Interview de M. Michel Sapin, ministre des finances et des comptes publics, à "RTL" le 8 juin 2015, sur les négociations de l'Union européenne avec la Grèce, sur la tribune signée par MM Macron et Pigasse dans le Journal du Dimanche. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Michel Sapin, ministre des finances et des comptes publics, à "RTL" le 8 juin 2015, sur les négociations de l'Union européenne avec la Grèce, sur la tribune signée par MM Macron et Pigasse dans le Journal du Dimanche.

Personnalité, fonction : SAPIN Michel, APHATIE Jean-Michel.

FRANCE. Ministre des finances et des comptes publics;

ti : YVES CALVI
Jean-Michel APHATIE, vous recevez le ministre des Finances Michel SAPIN.

JEAN-MICHEL APHATIE
Bonjour Michel SAPIN.

MICHEL SAPIN
Oui, bonjour.

JEAN-MICHEL APHATIE
Vous y croyez encore à un accord avec la Grèce ?

MICHEL SAPIN
Oui.

JEAN-MICHEL APHATIE
Vous êtes optimiste, c'est bien.

MICHEL SAPIN
Non, je ne cherche pas à être optimiste ou à être pessimiste, mais un accord avec la Grèce au bon sens du terme de… un truc bidouillé qui permet de s'en sortir pendant quelques jours est quelque chose qui est indispensable, d'abord pour la Grèce…

JEAN-MICHEL APHATIE
Mais ils n'ont pas l'air de dire ça, toutes les propositions que vous leur faites, ils disent « c'est inacceptable ». On a l'impression qu'il se moque un peu de vous Aléxis TSIPRAS !

MICHEL SAPIN
La Grèce, ce sont les Grecs, ce sont des gens qui ont…

JEAN-MICHEL APHATIE
La Grèce c'est le gouvernement aussi.

MICHEL SAPIN
Oui, mais il est représenté par un gouvernement légitime qui vient d'être porté, il y a quelques mois, au pouvoir et avec lequel on doit discuter en respectant ce gouvernement. Il n'est pas question de considérer que la démocratie ça ne vaut rien, la démocratie ça vaut quelque chose.

JEAN-MICHEL APHATIE
Il vous respecte ce gouvernement ?

MICHEL SAPIN
Mais oui mais chacun est ensuite à un moment donné… où il faut faire les choix, la responsabilité. Nous sommes au moment de la responsabilité, de la prise de responsabilité, ça n'est jamais simple, ni pour eux compte tenu de la situation économique, compte tenu de la situation personnelle de manière générale du peuple grec, et puis compte tenu de leur propre situation politique. Ça n'est pas simple non plus du côté européen parce que nous, nous avons aussi… pas seulement sauvé la Grèce mais c'est aussi sur le projet européen, le projet européen. Nous ne sommes en difficulté, il n'y a pas un drame pour nous à voir la Grèce sortir de l'euro, on s'est protégé, on a une économie qui est plus forte…

JEAN-MICHEL APHATIE
Ah ! Ce n'est pas grave si elle sort de l'Europe ?

MICHEL SAPIN
Ce n'est pas grave financièrement, ce n'est pas grave en termes d'activité économique. Par contre, c'est le projet européen qui serait mis en cause parce que le projet européen, ce n'est pas de se rétrécir, c'est de s'étendre, ce n'est pas de voir exclure un membre, c'est un accueil à d'autres.

JEAN-MICHEL APHATIE
Alors il y a un indice qui semble indiquer que la Grèce n'est pas prête de signer avec vous, c'est que son conseiller, le conseiller d'Aléxis TSIPRAS – qui est un Français, Matthieu PIGASSE, directeur général de la banque LAZARD – a signé ce week-end une tribune avec Arnaud MONTEBOURG où il vous demande de changer de politique. Il dit : vraiment cette politique d'austérité, ras-le-bol, il faut en changer. Donc quand le conseiller du Premier ministre grec vous écrit ça publiquement dans Le JDD, c'est que les Grecs ne sont pas prêts de signer.

MICHEL SAPIN
Il fait son métier…

JEAN-MICHEL APHATIE
Qui ?

MICHEL SAPIN
Monsieur le conseiller-là !

JEAN-MICHEL APHATIE
Que vous nommez ?

MICHEL SAPIN
Il fait son métier…

JEAN-MICHEL APHATIE
Monsieur PIGASSE, vous voulez dire.

MICHEL SAPIN
Il fait son métier…

JEAN-MICHEL APHATIE
Son métier en écrivant à la une du JDD, au gouvernement français…

MICHEL SAPIN
Il est banquier d'affaires.

JEAN-MICHEL APHATIE
« Changez de politique ».

MICHEL SAPIN
Il est banquier d'affaires…

JEAN-MICHEL APHATIE
Il fait son métier ?

MICHEL SAPIN
Il est banquier d'affaires et il est conseiller de la Grèce aujourd'hui, comme il était d'ailleurs conseiller de la Grèce il y a 5 ans, on en voit les résultats, et voilà ! Il fait son métier.

JEAN-MICHEL APHATIE
Le conseiller…

MICHEL SAPIN
Je préfère…

JEAN-MICHEL APHATIE
Excusez-moi, le conseiller du gouvernement grec fait son métier quand il écrit au gouvernement français qu'il doit changer de politique ?

MICHEL SAPIN
Il fait son métier.

JEAN-MICHEL APHATIE
Eh ben ! Dites donc, vous êtes accommodant ce matin !

MICHEL SAPIN
Il fait son métier parce qu'il est payé pour ça, point. Ce n'est pas une histoire de pensée, ce n'est pas une histoire d'intelligence, c'est une histoire d'intérêt. Pour le reste, j'attache beaucoup plus d'importance à la parole que peut porter Arnaud MONTEBOURG par ailleurs, dans cet étrange attelage entre un banquier d'affaires et quelqu'un qui était retiré de la politique…

JEAN-MICHEL APHATIE
Il n'est pas très attiré…

MICHEL SAPIN
Ça c'est plus important parce que c'est une pensée, parce que c'est une expression, parce que ce n'est pas nouveau, parce que ça peut être respecté dans son principe même si c'est totalement erroné dans ce constat.

JEAN-MICHEL APHATIE
Comment vous avez réagi hier matin en découvrant ça, quel mot vous avez lâché, 3 lettres ou 5 lettres ?

MICHEL SAPIN
Non, parce que moi je suis… c'est pacifique et assez dans la recherche… comment dirai-je, de la compréhension. Mais le mot qui me vient c'est « erreur », il est dans l'erreur. Ce qu'il dit est faux, ce qu'il dit sur l'Europe d'aujourd'hui est faux, ce qu'il dit sur la France d'aujourd'hui est faux. Je prends juste un exemple, il y a une phrase qui dit « la France fait beaucoup moins bien que tous les autres pays en termes de croissance », alors que nous venons de constater au premier trimestre de cette année que la France faisait beaucoup mieux que tous les autres pays, enfin sauf l'Espagne, c'est l'Espagne qui fait un peu plus que…

JEAN-MICHEL APHATIE
Il dit « le chômage continue d'augmenter », il dit « 600.000 chômeurs…

MICHEL SAPIN
On fait deux fois plus que…

JEAN-MICHEL APHATIE
Depuis le début du quinquennat ».

MICHEL SAPIN
On fait deux fois plus que la Grande Bretagne, on fait deux fois plus les Allemands…

JEAN-MICHEL APHATIE
Il a tort ?

MICHEL SAPIN
Donc juste comme ça, il a oublié qu'en l'espace de quelques mois les choses avaient changé, que la nature de l'Europe était en train de changer, il y a une réorientation de l'Europe, que la politique souhaité par l'ensemble de l'Europe et par nous-mêmes en termes budgétaires, c'est une politique sérieuse mais pas une politique d'austérité.

JEAN-MICHEL APHATIE
Vous êtes très accommodant ce matin Michel SAPIN…

MICHEL SAPIN
Non mais ça ne sert à rien…

JEAN-MICHEL APHATIE
Tout le monde est gentil !

MICHEL SAPIN
De polémiquer avec ceux qui sont dans l'à côté, à côté du débat politique, à côté de l'action politique…

JEAN-MICHEL APHATIE
Il est à côté…

MICHEL SAPIN
Moi je suis dans l'action…

JEAN-MICHEL APHATIE
Il vous a gâché la dernière journée du Congrès au Parti socialiste.

MICHEL SAPIN
Il est à côté, en étant à côté. S'il avait été dans le Congrès socialiste, je pense que ça aurait été plus respectueux, y compris pour sa propre pensée.

JEAN-MICHEL APHATIE
Vous croyez qu'il a pris sa retraite politique MONTEBOURG ?

MICHEL SAPIN
Je ne suis pas sûr qu'il soit capable de prendre quelque chose.

JEAN-MICHEL APHATIE
Bon ! La polémique bat son plein !

MICHEL SAPIN
Non.

JEAN-MICHEL APHATIE
Samedi soir, le Premier ministre a pris un avion gouvernemental, ça c'est incontestable, pour aller à Berlin voir un match de football Barcelone/Juventus, deux équipes étrangères. Honnêtement, tout le monde juge ça illégitime !

MICHEL SAPIN
Non, je pense qu'on a tort et je trouve que par exemple ce que vous dites, deux équipes étrangères, alors si ça avait été une équipe française…

JEAN-MICHEL APHATIE
Si ça avait été le PSG…

MICHEL SAPIN
Alors là, ça aurait été légitime, je trouve que…

JEAN-MICHEL APHATIE
Davantage.

MICHEL SAPIN
Pardon, pardon de dire que je trouve qu'il y a derrière ça une forme de chauvinisme un peu maladroit…

JEAN-MICHEL APHATIE
Tiens ! Ça fait longtemps…

MICHEL SAPIN
Un peu maladroit…

JEAN-MICHEL APHATIE
D'accord.

MICHEL SAPIN
Non mais qu'est-ce que…

JEAN-MICHEL APHATIE
Il n'y avait pas l'équipe française à Berlin…

MICHEL SAPIN
Ok, mais c'était quoi ? C'était des équipes qui sont dans le combat européen, qui sont dans la bataille…

JEAN-MICHEL APHATIE
David CAMERON n'y était pas.

MICHEL SAPIN
De football européenne, donc il était parfaitement légitime d'y… est-ce que madame MERKEL y était ? Oui, elle y était…

JEAN-MICHEL APHATIE
Oui mais David CAMERON n'y était pas.

MICHEL SAPIN
Est-ce qu'elle y était ou pas ? Elle y était…

JEAN-MICHEL APHATIE
C'était où ? A Berlin.

MICHEL SAPIN
Ben oui ! Voilà !

JEAN-MICHEL APHATIE
C'était à Berlin.

MICHEL SAPIN
Oui voilà, donc quand on est coincé chez soi on a le droit d'y être, quand ce n'est pas chez soi on n'a pas le droit d'y être. Bon ! Il faut arrêter avec cette polémique…

JEAN-MICHEL APHATIE
Vous voyez bien que ça parait difficilement défendable et que beaucoup de gens sont choqués. Vous avez beaucoup critiqué Nicolas SARKOZY, bling-bling, tout ça…

MICHEL SAPIN
Mais Nicolas SARKOZY qui se déplace pour aller de Paris au Havre, c'était très loin, c'est vrai, en jet c'est son affaire, c'est payé par…

JEAN-MICHEL APHATIE
Par l'UMP.

MICHEL SAPIN
Par l'UMP, je n'arrivais même plus à trouver le terme de son nouveau parti…

JEAN-MICHEL APHATIE
C'est les Républicains…

MICHEL SAPIN
Oui mais ça devait être l'UMP à l'époque, donc voilà, vous aussi vous aviez oublié, bien. Mais là c'est un Premier ministre…

JEAN-MICHEL APHATIE
Mais c'est les contribuables…

MICHEL SAPIN
C'est le Premier ministre de la France qui va là-bas à l'invitation de monsieur PLATINI, ça ne vaut vraiment pas, même pas que l'on gâche quelques minutes de notre conversation avec ça.

JEAN-MICHEL APHATIE
Eh bien ! On l'a fait et sachez que beaucoup d'auditeurs de RTL appellent pour le faire aussi, voilà. Vous défendez Manuel VALLS et vous avez du mérite Michel SAPIN, parce que samedi lors de son discours, Manuel VALLS – c'est Le Parisien qui rapportait ça hier – a cité beaucoup de ministres : FABIUS, LE DRIAN, CAZENEUVE, TAUBIRA, ROYAL, TOURAINE, VALLAUD-BELKACEM, il vous a oublié.

MICHEL SAPIN
Oui, avec d'autres, ce n'est pas oublié, c'est parce qu'il a rendu hommage à juste titre à des gens qui sont dans un combat politique extrêmement difficile…

JEAN-MICHEL APHATIE
Et vous non ?

MICHEL SAPIN
Moi, je suis dans l'action politique…

JEAN-MICHEL APHATIE
C'est facile pour vous ?

MICHEL SAPIN
Mais ce n'est pas plus facile que pour d'autres, mais je ne suis pas dans l'action qui fait qu'il y a une manifestation dans la rue comme il a pu y en avoir contre TAUBIRA, je ne suis pas dans l'action pour défendre les réformes des programmes, qui est une bonne réforme et qui fait la Une des journaux partout. Moi, je suis dans une action opiniâtre pour rétablir les comptes de la France et pour faire en sorte que nous retrouvions de la croissance et de l'emploi.

JEAN-MICHEL APHATIE
Vous êtes super de bonne humeur ce matin, vous avez envie de vous fâcher avec personne.

MICHEL SAPIN
De très bonne humeur.

JEAN-MICHEL APHATIE
Alors Manuel VALLS a aussi oublié de citer Emmanuel MACRON, alors ça, ça a plus froissé parce qu'Emmanuel MACRON, on a noté que dans la semaine le premier secrétaire du Parti socialiste Jean-Christophe CAMBADELIS à la question « MACRON, il est socialiste », il a répondu « non ». Ils ne sont pas sympas vos copains au Parti socialiste…

MICHEL SAPIN
Mais ça, ce sont des questions de fait.

JEAN-MICHEL APHATIE
Ah ! Il n'est pas socialiste MACRON ?

MICHEL SAPIN
Moi je suis socialiste parce que comme on dit dans le jargon, j'ai ma carte au Parti socialiste…

JEAN-MICHEL APHATIE
Pour être socialiste, il faut avoir sa carte ?

MICHEL SAPIN
Depuis l'année 1974, ça fait quand même quelques années de cela, je ne suis même pas sur que MACRON à l'époque était en capacité de prendre sa carte. Eh bien ! Voilà, vous voyez comme quoi il faut aussi des gens qui viennent…

JEAN-MICHEL APHATIE
Il faut avoir sa carte pour être socialiste ?

MICHEL SAPIN
Qui viennent à la rescousse de ceux qui ont de l'expérience.

JEAN-MICHEL APHATIE
On ne peut pas se dire socialiste si on n'a pas sa carte du Parti socialiste ?

MICHEL SAPIN
…Mais là en l'occurrence, quand on va à Poitiers au Congrès du Parti socialiste, c'est parce qu'on a sa carte au Parti socialiste.

JEAN-MICHEL APHATIE
Sauf que ma question c'était…

MICHEL SAPIN
Oui mais…

JEAN-MICHEL APHATIE
Est-il socialiste, voilà. Vous n'avez pas honte d'Emmanuel MACRON ?

MICHEL SAPIN
La réponse est il n'est pas socialiste au sens membre du Parti socialiste…

JEAN-MICHEL APHATIE
Ça sonnait un peu comme une honte d'Emmanuel MACRON…

MICHEL SAPIN
Mais non…

JEAN-MICHEL APHATIE
De ce qu'il représente et de ce qu'il dit.

MICHEL SAPIN
De même que monsieur BAYLET n'est pas socialiste, il est radical.

JEAN-MICHEL APHATIE
Bon ! Enfin tout ça n'est pas très grave…

MICHEL SAPIN
Non, ce n'est pas très grave, en l'occurrence pas du tout…

JEAN-MICHEL APHATIE
Et donc vous…

MICHEL SAPIN
Ce qui est important par ailleurs, c'est au fond ce qu'il a dit sur qu'est-ce qu'on fait, est-ce qu'on continue, est-ce qu'on tient le cap ? Oui, on tient le cap ; est-ce qu'on réforme ? Oui, on réforme ; est-ce qu'on réforme jusqu'au bout ? Oui, on réforme jusqu'au bout ; est-ce qu'il faut une croissance qui soit plus forte et qui soit productrice d'emplois ? Oui…

JEAN-MICHEL APHATIE
Evidemment…

MICHEL SAPIN
Il faut une croissance plus forte et productrice d'emplois et c'est ce qu'on fait.

JEAN-MICHEL APHATIE
Et l'inverse ça serait…

MICHEL SAPIN
Oui mais c'est ça l'important.

JEAN-MICHEL APHATIE
Michel SAPIN…

MICHEL SAPIN
C'est ça le fondamental, c'est ça d'ailleurs que vos auditeurs eux-mêmes demandent plus, plus encore que de savoir s'il fallait aller à Berlin.

JEAN-MICHEL APHATIE
En avion ou en voiture. Michel SAPIN plus avocat que ministre ce matin, était l'invité de RTL.

MICHEL SAPIN
Merci.

YVES CALVI
Avec la Grèce, nous voulons sauver le projet européen, vient de nous dire le ministre des Finances, merci à tous les deux.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 9 juin 2015

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