Interview de M. Jean-Marie Le Guen, secrétaire d'Etat aux relations avec le Parlement, à France Info le 16 juin 2015, sur la nouvelle utilisation par le gouvernement du 49.3 pour faire adopter la loi Macron, les mesures en faveur de la fonction publique et le débat au sujet du "droit du sol". | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Jean-Marie Le Guen, secrétaire d'Etat aux relations avec le Parlement, à France Info le 16 juin 2015, sur la nouvelle utilisation par le gouvernement du 49.3 pour faire adopter la loi Macron, les mesures en faveur de la fonction publique et le débat au sujet du "droit du sol".

Personnalité, fonction : LE GUEN Jean-Marie, ACHILLI Jean-François .

FRANCE. Secrétaire d'Etat aux relations avec le Parlement;

ti : FABIENNE SINTES
Votre invité, Jean-François ACHILLI, ce matin, est donc secrétaire d'Etat aux Relations avec le Parlement.

JEAN-FRANÇOIS ACHILLI
Bonjour Jean-Marie LE GUEN.

JEAN-MARIE LE GUEN
Bonjour.

JEAN-FRANÇOIS ACHILLI
Manuel VALLS, donc, une fois de plus, dégaine le 49.3, et engage la responsabilité du gouvernement, pour faire adopter la loi Macron, sans vote. Pourquoi ce passage en force ?

JEAN-MARIE LE GUEN
Ce n'est pas un passage en force, on en est au quatrième examen de la loi, la semaine dernière encore il y a eu un travail en commission spéciale, qui a examiné les 400 articles, il faut véritablement, maintenant, depuis que les Français entendent parler de cette loi Macron, qu'elle puisse être mise en oeuvre très concrètement, dans le courant de l'été, je pense aux lignes de cars qui pourront joindre et faciliter le transport, notamment de jeunes, je pense au travail le dimanche, dans certaines zones, je pense au renforcement des salaire, des gens qui travaillent justement dans les commerces, du dimanche. Il y a un certain nombre de choses qui sont attendues, il faut qu'elles puissent être mise en oeuvre, dès cet été.

JEAN-FRANÇOIS ACHILLI
L'idée c'est ça, l'idée c'est d'aller vite.

JEAN-MARIE LE GUEN
Oui, l'idée c'est d'aller vite.

JEAN-FRANÇOIS ACHILLI
Moi je pense aux frondeurs, on les entend ce matin sur France Info, ils allaient voter contre.

JEAN-MARIE LE GUEN
Oui, peut-être, mais…

JEAN-FRANÇOIS ACHILLI
Oui.

JEAN-MARIE LE GUEN
Et alors, moi j'ai la conviction que ce texte serait tout à fait passé par ailleurs, mais ce n'est pas le problème, aujourd'hui on a les moyens d'avancer pour que les choses changent réellement, il y a une reprise économique qui est en train de naitre, il faut l'accompagner. Il y a des besoins qui ne sont pas satisfaits, la loi Macron y répond, mettons en place, je veux dire, par ailleurs, les jeux politiciens, je croyais, on nous avait dit d'ailleurs que c'était un peu terminé, bon, voilà, on ne peut pas empêcher les gens de s'exprimer toujours de la même façon et toujours avec l'idée de bloquer la manière dont les choses doivent avancer.

JEAN-FRANÇOIS ACHILLI
Parce qu'une partie du PS estime au fond que les promesses de Poitiers, donc le dernier congrès, ces promesses ne sont pas tenues.

JEAN-MARIE LE GUEN
Mais jamais il n'a été question de remettre en cause la loi Macron.

JEAN-FRANÇOIS ACHILLI
Parce que Manuel VALLS leur avait dit…

JEAN-MARIE LE GUEN
Mais pas du tout…

JEAN-FRANÇOIS ACHILLI
… ça y est, c'est le rassemblement.

JEAN-MARIE LE GUEN
Non mais ils écoutent… non, je pense, voyez, il y a quelques personnalités, comme dans toutes les formations politiques, qui essaient de se faire valoir en reprenant des arguments qu'ils inventent eux-mêmes, ce n'est pas le sujet. Là, on avance très simplement, pour que les choses rentrent dans la réalité. Vous avez entendu parler, nous discutons de la loi Macron, les Français en ont entendu parler, depuis le mois de novembre dernier. Quand on veut, dans une démocratie moderne, faire en sorte que les choses avancent, il faut que ça aille plus vite quand même, c'est d'ailleurs un sujet de réflexion. Déjà, encore une fois, 400 heures de débat. Quand j'entends dire que ça va passer sans débat, il y aura eu 400 heures de débat sur ce texte, deux lectures à l'Assemblée nationale, trois lectures à l'Assemblée nationale, deux lectures au Sénat. Honnêtement, il est temps d'avancer.

JEAN-FRANÇOIS ACHILLI
Jean-Marie LE GUEN, les promesses n'engagent que ceux qui les écoutent, une partie du PS réclamait, c'était le cas à Poitiers, c'est ce qu'on lit plus ou moins entre les lignes, de la fameuse motion A, enfin, de la motion majoritaire, la réorientation de 15 des 41 milliards du pacte de responsabilité vers de l'investissement public, apparemment ça ne se fera pas, a dit François HOLLANDE.

JEAN-MARIE LE GUEN
Non, il a dit…

JEAN-FRANÇOIS ACHILLI
Du coup il y a une mauvaise…

JEAN-MARIE LE GUEN
…que nous respecterions les éléments du pacte, et il n'a jamais été question pour qui que ce soit, après, chacun veut tirer la couverture…

JEAN-FRANÇOIS ACHILLI
C'est ce que disent les amis de Martine AUBRY, par exemple.

JEAN-MARIE LE GUEN
Peut-être, mais je pense qu'ils ont, si tant est qu'ils aient entendu ça, je pense qu'ils se trompent. Un pacte de responsabilité a été passé devant les Français, et évidemment le président de la République a l'intention de faire appliquer les orientations qui sont les siennes. Pourquoi ? Non seulement parce qu'elles sont les siennes et qu'il est président de la République, mais tout simplement parce qu'elles sont bonnes pour l'économie, parce qu'il faut de la confiance, il faut de la stabilité, il faut de l'engagement, il faut aussi que nos entreprises puissent retrouver des marges pour investir, et embaucher. Voilà, c'est une ligne qui a été définie il y a maintenant 18 mois par le président de la République, qui n'a jamais eu l'intention d'en changer, et je pense que toutes les interprétations qui ont pu être faites à ce niveau-là étaient peut-être un petit peu sollicitées, comme on dit.

JEAN-FRANÇOIS ACHILLI
C'est une ligne assumée, en tous les cas…

JEAN-MARIE LE GUEN
Et c'est tout à fait assumé…

JEAN-FRANÇOIS ACHILLI
Et vous dites…

- Brouhaha -

JEAN-MARIE LE GUEN
Le reste n'est que billevesée. Nous sommes tout simplement sur l'idée, il y a eu des orientations qui ont été celles du président de la République, qui je le rappelle, a été élu par les Français, et donc quand il s'exprime, il dit un certain nombre de choses et il y a une très grande majorité de députés socialistes qui sont en faveur de cette orientation. Donc, il y a un jeu médiatique dans lequel nous sommes tous, mais avec quelques-uns qui s'expriment, qui viennent expliquer qu'ils ne sont pas d'accord, dont acte, on l'a bien compris, mais ça ne doit pas empêcher le pays d'avancer.

JEAN-FRANÇOIS ACHILLI
Ça ne va pas laisser des traces, au sein de la famille de gauche…

JEAN-MARIE LE GUEN
Le congrès a tranché les choses. Il y a une majorité aujourd'hui autour des propositions du président de la République et du Premier ministre et le reste, à mon avis, il va falloir quand même que tout le monde reprenne conscience que la gauche ne peut pas avancer, deux pas en avant, un pas en arrière, des gens qui viennent systématiquement critiquer ce que fait le gouvernement, alors qu'ils ont été élus dans la foulée de l'élection de François HOLLANDE.

JEAN-FRANÇOIS ACHILLI
Alors, il y a une mesure qui fait l'unanimité, vraisemblablement, c'est que le 49.3 va préserver la loi Evin, pas d'assouplissement pour la publicité sur l'alcool, vous vous en réjouissez ?

JEAN-MARIE LE GUEN
Ben vous savez, j'étais le rapporteur de cette loi Evin, donc je suis tout à fait engagé derrière cette idée qu'il ne faut pas baisser la garde dans la lutte contre l'alcoolisme dans ce pays. Il faut peut-être réfléchir à des formes encore plus actives, je pense notamment à ce qui se passe dans la jeunesse, ce qu'on appelle le binge drinking, qui quand même pose des problèmes majeurs, et peut être qu'il faut compléter d'ailleurs le dispositif.

JEAN-FRANÇOIS ACHILLI
Alors, ce matin, il y a des négociations qui démarrent pour augmenter le salaire des fonctionnaires, sans toucher, si j'ai bien compris, au point d'indice. Ils vont gagner plus, les fonctionnaires, dans ce pays ?

JEAN-MARIE LE GUEN
Ecoutez…

JEAN-FRANÇOIS ACHILLI
Il faut les caresser dans le sens du poil, c'est ça ?

JEAN-MARIE LE GUEN
Non, il s'agit de moderniser la Fonction publique, et de reconnaitre peut-être mieux encore les efforts qui sont faits par un certain nombre et par la plupart des fonctionnaires. Donc il y a une réflexion pour moderniser les carrières, pour avoir une meilleure gestion des ressources humaines à l'intérieur de la Fonction publique, c'est le travail que mène Marylise LEBRANCHU, je crois que c'est un travail nécessaire, utile, et voilà, vous essayons, à tous les niveaux, à la fois de répondre à la justice, mais aussi de moderniser l'outil économique, en l'occurrence le fonctionnement de l'Etat à travers le statut des fonctionnaires.

JEAN-FRANÇOIS ACHILLI
Alors, Jean-Marie LE GUEN, l'Europe est face à l'urgence des migrants en Méditerranée, le débat est permanent. Que faire ? Et pendant ce temps, Nicolas SARKOZY, au nom des Républicains, s'interroge sur le droit du sol. Est-ce qu'il pourrait être remis un jour, en cause, au profit de ce que l'on appelle le droit du sang ? C'est un débat qui agite la droite.

JEAN-MARIE LE GUEN
Ecoutez, Nicolas SARKOZY s'était engagé depuis longtemps et avait combattu tous ceux qui à droite étaient pour la remise en cause du droit du sol. Aujourd'hui il a l'impression de se renier, si c'est la seule avancée qui est la sienne, si comme le dit d'ailleurs un parlementaire de droite, pour combattre le Front national, il se sent obligé de s'aligner sur les positions du Front national, alors effectivement on ne voit pas bien le sens de son action politique. Donc, pour ma part, je pense que depuis au moins la révolution française, le droit du sol est constitutif de ce qu'est notre Nation, vouloir le remettre en cause c'est vouloir remettre en cause la République. Alors, évidemment, il ne suffit pas de s'appeler « les Républicains », pour avoir le droit de remettre en cause la République.

JEAN-FRANÇOIS ACHILLI
Que dire du débat public, du débat politique, quand on voit se sondage de ce week-end, 89 % des Français, Odoxa pour Le Parisien, qui ont une mauvaise opinion des politiques, vous êtes dedans.

JEAN-MARIE LE GUEN
Oui, d'ailleurs nous sommes dedans, les médias aussi.

JEAN-FRANÇOIS ACHILLI
Les médias sont dedans aussi.

JEAN-MARIE LE GUEN
Ne l'oubliez pas. Donc il y a vraiment une distance, une perte de confiance des Français dans les gens qui sont sensés les représenter. C'était un sujet profond de préoccupations, il faut à la fois trouver des formes de représentation, plus simples, et puis peut être conduire encore des politiques est expliquer ces politiques d'une façon plus nette.

JEAN-FRANÇOIS ACHILLI
Quand vous voyez le président de la République sifflé aux 24 heures du Mans, est-ce que c'est…

JEAN-MARIE LE GUEN
C'est un épiphénomène, je, voilà, je ne crois pas que quelques sifflets dans une foule, soient significatifs non plus de ce que pensent les Français.

JEAN-FRANÇOIS ACHILLI
Une question, parce que vous êtes quand même membre du gouvernement. L'heure d'un mini remaniement a sonné, c'est-à-dire c'est pour aujourd'hui, c'est ça, de nouveaux visages vont apparaitre, j'imagine qu'il faut attendre le communiqué, vous ne nous direz rien là-dessus. C'est ça ?

JEAN-MARIE LE GUEN
Voilà, vous avez la réponse.

JEAN-FRANÇOIS ACHILLI
Je peux vous aider, hein. Il est question de remplacer Geneviève FIORASO, l'Enseignement supérieur et Carole DELGA, le Commerce et l'Artisanat. Les deux noms sont déjà dans la boite, j'imagine.

JEAN-MARIE LE GUEN
Ecoutez, je n'en sais rien, donc voilà, vous le saurez comme moi.

JEAN-FRANÇOIS ACHILLI
En temps utiles. J'ai envie de vous poser une dernière question, puisque vous êtes là, Jean-Marie LE GUEN, bon, l'info ne date pas d'hier, mais Dominique STRAUSS-KAHN, votre ami, relaxé dans le procès du Carlton, pour vous une page a été tournée, que dites-vous, par rapport à cette fin d'épisode ?

JEAN-MARIE LE GUEN
Eh bien, écoutez, pour lui, sûrement, le fait d'avoir vécu maintenant depuis des années avec des menaces judiciaires, qui apparemment, et d'une façon assez unanime, sont reconnues, et définitives, sont reconnues comme non fondées, c'est évidemment pour lui une satisfaction, pour ceux qui d'ailleurs ont toujours pensé que quelles que soient les fautes qui étaient les siennes, au plan politique, au plan peut être moral, selon la justification des uns et des autres, il n'y avait pour le coup pas de dispositions, enfin, d'enfreint à la loi, eh bien c'est évidemment une satisfaction, voilà.

JEAN-FRANÇOIS ACHILLI
Merci à vous, Jean-Marie LE GUEN.

JEAN-MARIE LE GUEN
Merci.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 17 juin 2015

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