Interview de Mme Najat Vallaud-Belkacem, ministre de l'éducation nationale, de l'enseignement supérieur et de la recherche à RTL le 17 juin 2015, sur l'examen du baccalauréat et le niveau scolaire des candidats. | vie-publique.fr | Discours publics

[ Publicité ]

Interview de Mme Najat Vallaud-Belkacem, ministre de l'éducation nationale, de l'enseignement supérieur et de la recherche à RTL le 17 juin 2015, sur l'examen du baccalauréat et le niveau scolaire des candidats.

Personnalité, fonction : VALLAUD-BELKACEM Najat, APHATIE Jean-Michel.

FRANCE. Ministre de l'éducation nationale, de l'enseignement supérieur et de la recherche;

ti :


PHILIPPE CORBE
Jean-Michel APHATIE, en ce matin de début du bac, vous recevez la ministre de l'Education nationale

JEAN-MICHEL APHATIE
Bonjour Najat VALLAUD-BELKACEM.

NAJAT VALLAUD-BELKACEM
Bonjour.

JEAN-MICHEL APHATIE
684 734 personnes âgées de 13 à 93 ans, se présenteront aujourd'hui dans les 4 282 centres d'examens, où les attendent les 170 000 correcteurs et examinateurs de l'édition 2015 du baccalauréat. Tout est prêt, Najat VALLAUD-BELKACEM ?

NAJAT VALLAUD-BELKACEM
Oui.

JEAN-MICHEL APHATIE
Tout marche ?

NAJAT VALLAUD-BELKACEM
Oui, mais vous faites bien de rappeler ces chiffres, c'est dire à quel point c'est un évènement…

JEAN-MICHEL APHATIE
Oh, quelle usine à gaz !

NAJAT VALLAUD-BELKACEM
C'est un évènement pour la France entière, je crois que personne n'est insensible au bac, ni les élèves, bien sûr, pour qui c'est un moment décisif, ni les familles, ni la Nation toute entière, qui regarde ça comme si ça la concernait personnellement.

JEAN-MICHEL APHATIE
C'est ça, c'est un évènement national, vous avez raison, c'est un évènement national, il est exactement 07h50, vous n'êtes pas informée d'un bug, ou des sujets qui ne sont pas arrivés, d'examinateurs qui ne sont pas à leur place ? Pour l'instant tout va bien ?

NAJAT VALLAUD-BELKACEM
Ecoutez, un bug ça peut toujours exister, mais pour l'instant, croisons les doigts.

JEAN-MICHEL APHATIE
Est-ce que ça ne serait pas plus simple si le baccalauréat c'était du contrôle continu ?

NAJAT VALLAUD-BELKACEM
Il y a une part de contrôle continu…

JEAN-MICHEL APHATIE
Très faible.

NAJAT VALLAUD-BELKACEM
C'est un équilibre fin, à trouver en effet entre le contrôle continue et puis le contrôle final, mais c'est important tout de même d'avoir ce moment de vérité, d'une certaine façon, qu'est le contrôle final, c'est le moment où on est mis à l'épreuve, au sens propre du terme, et on arrive et on a peu de temps pour faire ses preuves. Voilà, c'est en ça que consiste le contrôle final et je crois qu'il faut en conserver bien sûr une part.

JEAN-MICHEL APHATIE
Cet évènement national coûte 1,5 milliard d'euros. Enorme.

NAJAT VALLAUD-BELKACEM
Ce sont les estimations de certaines organisations. Nous, pour dire les choses simplement, on estime que c'est 80 € par candidat. Donc 685 000…

JEAN-MICHEL APHATIE
On fera la multiplication, ça sera notre épreuve de maths.

NAJAT VALLAUD-BELKACEM
Non, ce qui ne fait pas 1,5 milliard d'euros…

JEAN-MICHEL APHATIE
Non, sans doute pas.

NAJAT VALLAUD-BELKACEM
… ce qui fait 60 millions d'euros.

JEAN-MICHEL APHATIE
Oui oui, bien sûr.

NAJAT VALLAUD-BELKACEM
Mais 80 € par candidat, qui correspondent, grosso modo au remboursement des frais de déplacements, à l'organisation bien sûr et puis aussi à la rémunération des correcteurs, dont on a voulu, cette rémunération des correcteurs, qu'elle soit revalorisée. Depuis dix ans on a cessé de… on n'a pas cessé, plus exactement, de la revaloriser, mais honnêtement, ça les vaut, 80 € par candidat, pour une grande Nation comme la nôtre…

JEAN-MICHEL APHATIE
Oui, si vous comptez comme ça, mais il y a beaucoup d'enseignants qui, trois semaines avant, sont mobilisés ou ne peuvent plus donner des cours, et les 1,5 milliard, c'est aussi en tenant compte du temps perdu, des écoles fermées, voilà.

NAJAT VALLAUD-BELKACEM
Il y a un sujet, revanche, derrière votre question, en effet, qui est important, c'est ce que l'on a coutume d'appeler la reconquête du mois de juin, qui est important et avec le nouveau calendrier scolaire que j'ai fait adopter il y a quelques mois, vous vous en souvenez, on fait en sorte en effet que les cours ne s'arrêtent pas en plein milieu du mois de juin, mais se poursuivent bien jusqu'au 4 juillet, puisque la fin de l'année scolaire, je le redis ici, c'est le 4 juillet, pour le collège comme pour le lycée. S'agissant de l'école primaire, il n'y a aucun problème, les cours ont bien lieu bien sûr jusqu'à cette date. Pour le collège et pour le lycée, ce sont des instructions plus claires qui sont données, en effet aux enseignants pour que l'on puisse travailler dans de bonnes conditions jusqu'à la fin.

JEAN-MICHEL APHATIE
Question simple, réponse franche. Les correcteurs, dit-on, ont pour consigne de faire preuve d'indulgence à l'égard des candidats concernant le niveau de leur orthographe. Il y a des consignes ?

NAJAT VALLAUD-BELKACEM
Non, non non. Ça fait partie…

JEAN-MICHEL APHATIE
Il y a quoi, comment est-ce que l'on n'appelle ça ?

NAJAT VALLAUD-BELKACEM
Ça fait partie des mythes. D'abord, vous savez la société évolue. Oui, ce ne sont pas exactement les mêmes exigences qui sont évaluées aujourd'hui, par rapport à il y a 50 ans, mais j'allais dire, on a aussi d'autres compétences, d'autres exigences, qui se sont surajoutées, et moi par exemple je ne peux pas laisser dire que le bac d'aujourd'hui est moins difficile que le bac d'il y a 40 ans, c'est faux. Il y a des choses qui sont évaluées aujourd'hui, je pense aux capacités expérimentales dans le cadre des sciences, à la maitrise de l'oral dans le cadre des langues vivantes, à la capacité à conduire des projets, qui n'étaient pas évaluées il y a 50 ans, parce que c'est pas ce qu'on attendait des jeunes gens qui allaient entrer dans sur le marché du travail. Aujourd'hui on est dans un monde complexe, il faut se projeter en 2020, 2025, quand les jeunes dont on parle rentreront sur le marché du travail, on attendra d'eux ces compétences. Ça ne veut pas dire qu'il faut qu'ils renoncent à d'autres compétences, mais…

JEAN-MICHEL APHATIE
Oui, il faut quand même savoir écrire le français, il faut entretenir…

NAJAT VALLAUD-BELKACEM
Bien sûr, bien sûr.

JEAN-MICHEL APHATIE
Il faut respecter la langue.

NAJAT VALLAUD-BELKACEM
Mais moi je suis, alors, vraiment, je vais le dire simplement, parce qu'on m'interroge si souvent sur ce point, que je voudrais y répondre sur votre antenne, mais je suis une amoureuse de la langue française…

JEAN-MICHEL APHATIE
Pourquoi, les gens…

NAJAT VALLAUD-BELKACEM
… j'adore les dictées et je pense en effet, je pense en effet, qu'il nous faut être très vigilants avec le niveau en langue française, et donc c'est pour ça que dans l'ensemble de la scolarité, je veille à réintroduire des évaluations du niveau de français, à avoir des programmes de français qui soient plus exigeants sur ce qui doit être acquis par les élèves. Donc pas de doute sur ce sujet.

JEAN-MICHEL APHATIE
Et pas de consignes sur un éventuel laxisme en matière d'orthographe.

NAJAT VALLAUD-BELKACEM
Et sûrement pas de consignes, non non non, l'orthographe est absolument essentiel et en plus l'orthographe est une courtoisie, une politesse. Personnellement, je ne supporte pas de lire des textes avec des fautes d'orthographe.

JEAN-MICHEL APHATIE
C'est dit, pour la courtoisie et la politesse. Vous avez passé votre baccalauréat il y a 20 ans, vous étiez stressée, ce jour-là, vous vous en souvenez ?

NAJAT VALLAUD-BELKACEM
C'est affreux de se dire que c'était il y a 20 ans…

JEAN-MICHEL APHATIE
…

NAJAT VALLAUD-BELKACEM
Oui, il y a 20 ans. Est-ce que j'étais stressée, sans doute, sans doute. Je me souviens surtout du moment où je suis allée découvrir les résultats. A l'époque j'étais en forte compétition avec ma soeur ainée qui l'avait passé un an plus tôt, et donc je voulais absolument faire mieux qu'elle. Bon, je crois que je n'ai pas réussi, mais c'est pas grave, du coup l'émulation a été saine.

JEAN-MICHEL APHATIE
Vous êtes plus stressée aujourd'hui qu'il y a 20 ans ?

NAJAT VALLAUD-BELKACEM
Oh, ce n'est pas le même type de stress.

JEAN-MICHEL APHATIE
Vous êtes stressée aujourd'hui par le bac ?

NAJAT VALLAUD-BELKACEM
En fait, non, je n'utiliserai même pas ce terme-là, en fait je suis de tout coeur avec les candidats, honnêtement, vraiment.

JEAN-MICHEL APHATIE
Avec chacun des 684 734 candidats.

NAJAT VALLAUD-BELKACEM
Non, ça peut paraitre étrange, peut-être que je devrais être davantage dans l'organisationnel et espérer qu'il y ait aucun bug, bien sûr je l'espère et je veille à ce que tout se passe bien, mais surtout je suis en empathie avec chacun de ces candidats, à qui j'ai envie de dire aussi d'être sereins. Vous savez, le bac, on peut ne pas l'avoir, et puis le repasser l'année prochaine, ce n'est pas une tragédie.

JEAN-MICHEL APHATIE
Parmi les 684 000, évidemment, certains ne l'auront pas, mais on est de tout coeur avec eux, vous avez raison.

NAJAT VALLAUD-BELKACEM
Et par contre, ceux qui auront la chance d'avoir les meilleurs résultats au bac, je le dis ici, c'est aussi une motivation peut être, sachez que dans tous les lycées de France, les 10 % des meilleurs bacheliers, pourront, grâce à une mesure que nous avons adoptée, désormais accéder aux classes préparatoires aux grandes écoles, à un certain nombre de grandes écoles de commerce, d'ingénieurs, etc. parce qu'on sait à quel point ces grandes écoles jusqu'à présent étaient homogènes socialement, et que si on veut créer davantage de diversité dans l'accès à ces grandes écoles, eh bien il faut permettre à tous les élèves, y compris ceux qui n'avaient pas pensé à s'y inscrire, tous les élèves qui ont fait preuve de leur mérite, en étant meilleur bachelier dans leur lycée, d'y accéder, et donc désormais cette possibilité leur est offerte.

JEAN-MICHEL APHATIE
On profite de votre passage, Najat VALLAUD-BELKACEM, on ne parle plus de la réforme des collèges, ça y est, c'est fait ? C'est terminé, il n'y a plus de débat ?

NAJAT VALLAUD-BELKACEM
Eh bien elle est adoptée, de fait, donc…

JEAN-MICHEL APHATIE
Oui, ça oui, mais il y avait des contestations, on n'entend plus personne.

NAJAT VALLAUD-BELKACEM
Oui, il y avait un débat, qui d'ailleurs pour beaucoup était assez éloigné de la réalité des défis que pose cette réforme, et pour vous répondre…

JEAN-MICHEL APHATIE
Oui, des pseudo-intellectuels, oui, on s'en souvient.

NAJAT VALLAUD-BELKACEM
Et pour vous répondre, je considère que les défis posés par cette réforme sont immenses, et que donc le travail est devant nous.

JEAN-MICHEL APHATIE
Mais il n'y a plus de contestation ?

NAJAT VALLAUD-BELKACEM
C'est un travail…

JEAN-MICHEL APHATIE
Ça va passer ? Ça va entrer en vigueur ?

NAJAT VALLAUD-BELKACEM
Mais, aujourd'hui, les interrogations, parce que fort heureusement le débat polémique est un peu derrière nous, les interrogations elles sont de nature professionnelle, elles sont portées par les enseignants, ceux qui seront amenés à appliquer cette réforme demain, et c'est pourquoi je dis que le travail est devant nous, parce qu'il va s'agir d'accompagner, de former ces enseignants aux nouvelles pratiques pédagogiques…

JEAN-MICHEL APHATIE
Mais il n'y a plus de contestations ?

NAJAT VALLAUD-BELKACEM
… pour que ce soit mis en oeuvre en 2016.

JEAN-MICHEL APHATIE
Il n'y a plus de contestations.

NAJAT VALLAUD-BELKACEM
C'est à moi qu'il faut le demander ?

JEAN-MICHEL APHATIE
Oui, je vous le demande. Non ?

NAJAT VALLAUD-BELKACEM
Non, mais il y a eu… il y a des syndicats qui ont dit leur…

JEAN-MICHEL APHATIE
D'accord. Bon, on n'en parle plus, quoi.

NAJAT VALLAUD-BELKACEM
Voilà, qui ont dit leur position.

JEAN-MICHEL APHATIE
Vous vous fâchez avec les pseudos-intellectuels ?

NAJAT VALLAUD-BELKACEM
Non non, mais moi, vous savez, j'aime beaucoup les intellectuels.

JEAN-MICHEL APHATIE
Mais les pseudos, vous les aimez aussi ?

NAJAT VALLAUD-BELKACEM
(Rires).

JEAN-MICHEL APHATIE
Question de philosophie : les pseudo-intellectuels, vous les aimez ?

NAJAT VALLAUD-BELKACEM
C'est vrai que ça pourrait être une bonne question…

JEAN-MICHEL APHATIE
De philosophie ?

NAJAT VALLAUD-BELKACEM
… de philo.

JEAN-MICHEL APHATIE
Il parait que ça sert à rien la philo. Najat VALLAUD-BELKACEM…

NAJAT VALLAUD-BELKACEM
Non. Non non, je m'inscris en faux, la philosophie c'est très important.

JEAN-MICHEL APHATIE
C'est un professeur de philosophie, qui nous a dit ce matin, sur RTL : « Ça ne sert à rien la philosophie ! ».

PHILIPPE CORBE
« Mais c'est pour ça que c'est indispensable », il a rajouté.

JEAN-MICHEL APHATIE
Ah, ben c'est un philosophe. Bonne journée.

NAJAT VALLAUD-BELKACEM
Merci.

PHILIPPE CORBE
Merci à tous les deux.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 18 juin 2015

Rechercher