Déclaration de M. Manuel Valls, Premier ministre, sur les grandes orientations de la stratégie numérique du gouvernement, à Paris le 18 juin 2015. | vie-publique.fr | Discours publics

[ Publicité ]

Déclaration de M. Manuel Valls, Premier ministre, sur les grandes orientations de la stratégie numérique du gouvernement, à Paris le 18 juin 2015.

Personnalité, fonction : VALLS Manuel.

FRANCE. Premier ministre

Circonstances : Allocution faite à l'issue de la remise du rapport établi par le Conseil national du numérique, intitulé "Ambition numérique", à la Gaité lyrique à Paris le 18 juin 2015

ti : Mesdames, messieurs les ministres,
Mesdames, messieurs les députés,
Monsieur le président du Conseil national du numérique,
Mesdames, messieurs les membres du Conseil national du numérique,
Mesdames, messieurs,


La dernière fois que nous nous sommes vus, c'était le 4 octobre 2014, pour le lancement de la concertation.

Nous étions alors au Numa, une pépinière de start-ups et un vivier d'innovation ; un bel exemple de la capacité entrepreneuriale de la France, elle que l'on disait il y a encore dix ou quinze ans rétive à la création d'entreprises. Nos jeunes pousses ont aujourd'hui une notoriété mondiale ; elles partent à la conquête de marchés sur tous les continents.

Je rencontre beaucoup d'entreprises. Et je suis toujours marqué par combien notre pays a de talents, par combien il a toutes les cartes en main pour jouer sa partie dans notre économie globalisée.


Nous nous retrouvons, aujourd'hui, à la Gaité Lyrique, un autre lieu emblématique qui accueillait, la semaine dernière, le festival Futur en Seine. Cet évènement, porté par Cap Digital, a une nouvelle fois montré la créativité de notre pays en matière de numérique.

300 mètres à peine séparent notre lieu de départ de notre lieu d'arrivée … et pourtant, que de chemin parcouru !

1. La concertation

Ce chemin, c'est celui de la concertation que nous avons voulue avec Axelle LEMAIRE et Thierry MANDON, aujourd'hui appelé à d'autres fonctions, mais il y sera bien sûr souvent question de numérique. Clotilde VALTER qui le remplace rentre donc immédiatement dans le vif du sujet !

Depuis plusieurs mois, le Conseil national du numérique s'est mobilisé, et je mesure le travail accompli : près de 18 000 contributions, plus de 5 000 participants, 70 ateliers relais dans toute la France, y compris en Outre-mer.

Et, à l'arrivée, il y a ce rapport que vous me remettez, avec ses 70 propositions.

Même si nous devons, pour certaines, prendre le temps de la réflexion … même si nous ne serons pas d'accord sur tout … nous partageons le plus important : le constat qu'aujourd'hui, notre monde est numérique, et que l'Etat ne peut pas se contenter d'observer et de s'adapter.

Il doit être un acteur majeur de cette révolution !

Nous ne devons pas subir, mais porter la révolution numérique, en saisir toutes les potentialités, en modifiant nos manières de travailler jusqu'au coeur de nos services publics.

Le Gouvernement a pris la pleine mesure de ce défi. Et il entend bien le relever. C'est tout le sens de la stratégie que je vais vous présenter.

2. Notre stratégie numérique

Elle vise à faire de la France une « République numérique ». Sa devise – chère à Axelle LEMAIRE – c'est la Liberté d'innover, l'Egalité des droits, la Fraternité d'un numérique accessible à tous … et l'Exemplarité d'un Etat qui se modernise.

a) Liberté d'innover

Tout d'abord : « Liberté d'innover » qui doit permettre au numérique de jouer plus encore son rôle de moteur de la croissance.

Cela passe, en premier lieu, par le soutien aux start-up de la French Tech – ce label créé pour faire de la France un vaste incubateur d'innovation.

Axelle LEMAIRE annoncera dans les prochains jours les nouvelles villes qui recevront le label French Tech. Elle pourra vous en dire plus tout à l'heure sur le « French Tech Ticket », ce pack d'accueil pour les entrepreneurs qui viennent créer leur start-up en France.

Nous devons, plus largement, permettre à toute notre économie d'innover. C'est l'objet du plan « Industrie du futur » - Emmanuel MACRON l'a présenté le mois dernier – qui vise à transformer notre modèle industriel par le numérique. Ce sera aussi l'objet du programme « transition numérique », qui fournira aux TPE-PME les outils leur permettant d'être plus visibles sur Internet, de vendre en ligne, mais aussi de gagner en efficacité dans leur gestion quotidienne.

Nous devons également accompagner de nouveaux modèles de partage de l'innovation. Les démarches d' « innovation ouverte » des entreprises – qui consistent à aller chercher les connaissances à l'extérieur, auprès des start-up, des développeurs indépendants – seront encouragées et mieux accompagnées par les structures d'Etat. Vous le préconisez dans votre rapport. La diffusion de l'innovation sera également rendue plus fluide, que ce soit par le libre accès aux publications de recherche ou par la promotion des licences libres.

L'innovation stimule la croissance et donc, elle crée des emplois. Il faut donc l'encourager au maximum, agir sur tous les leviers.


Dans ce domaine de l'emploi, nous devons d'ailleurs profiter pleinement du potentiel des nouvelles technologies et nous ouvrirons, dans quelques semaines, un « Emploi store ». Il regroupera les services numériques développés par Pôle Emploi et ceux développés par des tiers à partir des données de Pôle Emploi … dans une démarche d'innovation ouverte.

Nous mettons également en place des outils – Myriam EL KHOMRI s'est impliquée dans ce projet – pour favoriser la création de start-up dans les quartiers, et encourager l'implication citoyenne par le numérique.

b) Egalité des droits

Le deuxième axe, « Egalité des droits », garantit les nouveaux droits du citoyen à l'ère numérique.

Je souhaite inscrire dans la loi une définition claire de la neutralité du net qui assure à tous un même accès aux réseaux des opérateurs. Cette définition, nous la construirons avec vous pour permettre à chacun de continuer à innover, de créer sa start-up et pourquoi pas – certains l'ont fait … – de devenir un géant du numérique depuis son garage.


Garantir à tous les mêmes droits, c'est également s'assurer que chacun respecte ses devoirs. Les données personnelles doivent être protégées, pour que les utilisateurs puissent décider de leur devenir, y compris quand elles sont transférées d'un service à un autre. Christiane TAUBIRA et Axelle LEMAIRE y veillent, en France comme en Europe.

C'est également à l'échelle européenne que nous devons définir de nouvelles obligations pour ces grands acteurs du numérique qu'on appelle les plateformes. Nous l'avons indiqué clairement à la Commission Européenne. Et nous devons d'ores et déjà envisager des dispositions en droit français pour garantir aux utilisateurs une information non biaisée, et des pratiques de référencement claires. Nous pourrons ainsi améliorer – de manière réfléchie, concertée – les dispositions introduites récemment au Parlement pour réguler les plateformes.

c) Fraternité : un numérique accessible à tous

Le troisième axe de notre stratégie, c'est la fraternité. Elle vise à garantir que les progrès liés au numérique pourront être partagés par tous.

Pour cela, nous devons assurer une couverture numérique complète du territoire. C'est l'objet du plan France très haut débit – vous le connaissez tous. Nous sommes également parvenus, il y a quelques semaines, à un accord avec les opérateurs téléphoniques pour couvrir toutes les communes de France en 3G d'ici la fin de l'année 2016.

Et pour assurer l'accès de tous à Internet, je souhaite que nous travaillions avec les opérateurs à un droit au maintien de la connexion pour les personnes en situation financière difficile. Garder sa connexion est en effet primordial pour mener ses recherches d'emploi et rester connecté aux autres.

Nous devons ensuite mieux accompagner l'utilisation des nouvelles technologies, en donnant un vrai cadre à ce que l'on appelle la médiation numérique. Nous allons par exemple expérimenter un « compagnon digital » pour les personnes âgées, et travailler à l'accessibilité numérique pour les personnes souffrant d'un handicap. Nous établirons ainsi dans les prochains mois une charte pour l'accessibilité, qui devra être signée par les e-commerçants.

Nous devons plus généralement nous assurer que les citoyens de demain auront les clés pour décrypter ce monde qui se construit, et en devenir les acteurs. Najat VALLAUD-BELKACEM y travaille – en améliorant la formation des enseignants au numérique, en modernisant radicalement nos outils d'enseignement. C'est l'objectif du plan numérique annoncé par le Président de la République le 7 mai dernier.

d) Exemplarité de l'Etat

Enfin, quatrième et dernier axe : l'exemplarité de l'Etat. Il consiste à accélérer la transformation numérique de notre administration. La France est l'un des leaders mondiaux dans ce domaine. Soyons-en fiers, et allons encore plus loin.

Tout le monde connaît bien sûr la déclaration d'impôt en ligne. On sait moins que 90% des agriculteurs – par exemple – saisissent leur demande d'aides de la PAC en ligne.

Nous avons voulu accentuer ce mouvement. Ainsi, dorénavant, un nouvel outil permet à tous les Français de faire une simulation en ligne pour connaître – Marisol TOURAINE le sait – les prestations auxquelles ils ont droit, depuis l'allocation logement jusqu'aux prestations familiales.

Nous voulons également développer une justice plus accessible, pour que chacun puisse déposer une plainte en ligne et suivre son traitement. Le programme « Dites-le nous une fois » évitera aux usagers de saisir les mêmes informations d'un service à l'autre.

La prochaine étape, c'est de mettre en place une plateforme qui donnera aux développeurs les moyens de créer avec l'Etat de nouveaux services numériques. C'est l'objectif du site EtatPlateforme.gouv.fr, qui ouvrira cette année.

Nous renforcerons dans cette même logique notre politique de mise à disposition des données publiques en inscrivant dans la loi le principe d'open data par défaut.

Notre ambition pour le numérique, nous la portons également en Europe. C'est l'échelle pertinente pour agir de manière efficace - car le numérique, par définition, ne connaît pas de frontière.

Notre objectif est de mettre en place les règles nécessaires au respect de la concurrence loyale, que ce soit en matière fiscale ou en matière de préservation de nos valeurs et de notre exception culturelle, dans le cadre des droits d'auteur.

L'Europe doit également créer un environnement favorable à l'émergence de champions européens – grâce notamment au plan d'investissements JUNCKER. Nous construisons ainsi la souveraineté numérique de notre continent.


Mesdames, messieurs,

Beaucoup des mesures que je viens de vous présenter formeront le socle de notre projet de loi sur le numérique.

Et dans une logique de participation, de partage de l'information, il sera mis en ligne dès juillet dans sa première version, ou version « Béta » pour parler comme vous ! Chacun pourra ainsi proposer ses compléments ou ses modifications qui seront étudiés par les ministères avant transmission du texte final aux Conseil d'Etat.

Nous avons donc encore du chemin à parcourir ! Mais je sais que je peux compter sur votre motivation, sur votre énergie, sur votre enthousiasme pour que l'on continue à avancer, ensemble.

Car le numérique, c'est une vitrine des talents de notre pays. Alors, soyons fiers du dynamisme de nos entrepreneurs, de la qualité de nos chercheurs, de la créativité de tous ceux qui inventent les outils de demain.

Nous devons les accompagner toujours plus efficacement pour asseoir notre place d'acteur majeur du numérique sur la scène internationale.

C'est ainsi que le numérique pourra jouer pleinement son rôle en faveur de la croissance, de la création d'emplois, du rayonnement de notre pays.

Soyez donc convaincu de ma détermination pour ancrer dans les actes la « République numérique » de demain.


Je vous remercie.


Source http://www.businessimmo.com, le 19 juin 2015

Rechercher