Interview de Mme Fleur Pellerin, ministre de la culture et de la communication à LCI le 19 juin 2015, sur la Fête de la Musique, les manifestations et commémorations culturelles de l'été et les nominations au CNAC et à France Télévisions. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de Mme Fleur Pellerin, ministre de la culture et de la communication à LCI le 19 juin 2015, sur la Fête de la Musique, les manifestations et commémorations culturelles de l'été et les nominations au CNAC et à France Télévisions.

Personnalité, fonction : PELLERIN Fleur, DURAND Guillaume.

FRANCE. Ministre de la culture et de la communication;

ti :


GUILLAUME DURAND
Fête de la musique, festival d'Aix et commémoration de Waterloo, beaucoup de choses évidemment nous interrogent. D'abord bonjour Fleur PELLERIN.

FLEUR PELLERIN
Bonjour.

GUILLAUME DURAND
Je suis ravi de vous recevoir, on va parler de toutes ces questions évidemment. Je suis tombé sur un article de Jamel dans un journal qui s'appelle TelQuel, qui est un hebdo disons plutôt progressiste au Maroc, et il dit, alors je mets mes petites lunettes fumées parce qu'il y a beaucoup de spots : « j'ai rencontré plein de chefs d'Etat français » - c'est du Jamel dans le texte – « qui n'en n'avaient rien à foutre de la culture. » Il a raison ou il a tort ?

FLEUR PELLERIN
Il a peut-être raison, il parle de son expérience passé, mais en tout cas ce n'est pas le cas du président de la République, François HOLLANDE, ce n'est pas le cas du chef du gouvernement Manuel VALLS, et Jamel le sait très bien, on travaille beaucoup ensemble, on travaille beaucoup ensemble sur l'impro théâtrale, sur un certain nombre de sujets pour lesquels il s'investit énormément, sur lesquels il accompagne les jeunes, et je sais…

GUILLAUME DURAND
Vous êtes sûre que ça ne concerne pas François HOLLANDE ?

FLEUR PELLERIN
Je sais qu'il sait l'intérêt que portent à la fois le chef de l'Etat et le chef du gouvernement, à un certain nombre de sujets qui l'intéressent.

GUILLAUME DURAND
Il aurait pu mettre « à l'exception de François HOLLANDE », il ne l'a pas mis.

FLEUR PELLERIN
Non… Jamel ne fait pas de politique, il fait des choses auxquelles il croit…

GUILLAUME DURAND
C'est un malin.

FLEUR PELLERIN
Posez-lui la question à l'occasion, mais je ne pense pas qu'il ait eu cette intention en tout cas.

GUILLAUME DURAND
Est-ce que vous considérez – parce que j'ai lu ce matin dans l'Opinion, c'est aussi important de lire les journaux avant de vous recevoir – qu'il y en avait un peu marre du journal, donc libéral, de cette manie qui concerne justement Waterloo, de commémorer le passé, et en plus de commémorer les défaites de la France. Ils disent, donc l'Opinion : « vivement une Waterloo-thérapie », en considérant que c'est une aberration. Vous leur diriez quoi, vous qui êtes une ministre de la Culture d'aujourd'hui ?

FLEUR PELLERIN
Oui, moi c'est vrai que… vous savez, j'ai ce type, aussi, de débat, sur la question du patrimoine par exemple, où effectivement il y a toujours des personnes qui souhaitent opposer le patrimoine du 21ème siècle, qui a vocation à devenir un patrimoine important pour les générations à venir, et le patrimoine plus ancien. Donc moi je ne souhaite pas opposer, je souhaite réconcilier un patrimoine avec la création actuelle, la création actuelle étant le patrimoine de demain, voilà.

GUILLAUME DURAND
Sauf qu'on dit « bravo Waterloo » et on tague, et on détruit Anish KAPOOR à Versailles.

FLEUR PELLERIN
Exactement, c'est ce que je dis. Moi je pense qu'il y a une création, il y a une création qui ne mérite pas que qui que ce soit délivre des brevets de beauté, d'esthétique, de dignité, je considère que dans l'art et dans la création il y a de la subversion, il y a de la provocation…

GUILLAUME DURAND
Mais qu'est-ce que l'Etat peut faire dans l'histoire d'Anish KAPOOR ? Parce que, vous savez, Barack OBAMA a dit nous sommes le seul pays au monde où justement il y ait des tueurs de masse qui sont motivés par le racisme. Nous on est quand même le seul pays au monde où on détruit les oeuvres d'art quand on les conteste.

FLEUR PELLERIN
On n'est pas le seul pays au monde… vous savez, il y a une très belle exposition VELASQUEZ en ce moment, avec une magnifique « Vénus au miroir » qui avait été lacérée par des féministes en Angleterre, donc on n'est pas le seul pays du monde où se font des contestations qui existent…

GUILLAUME DURAND
Non, mais qui avait, qui avait.

FLEUR PELLERIN
Et même encore aujourd'hui. Mais c'est vrai que, je trouve qu'il y a des réactions, de plus en plus conservatrices, réactionnaires, sur un certain nombre d'oeuvres, on l'a vu dans les mois, même les semaines récentes. Et que peut faire l'Etat ? Eh bien continuer…

GUILLAUME DURAND
Et vous les condamnez ceux qui ont fait ça ?

FLEUR PELLERIN
Bien sûr ; continuer à défendre la liberté de création. La liberté de création ce n'est pas l'Etat qui délivre un brevet de beauté, on n'est plus dans une époque de culture académique, où il y a une culture officielle validée par l'Etat, validée par les bien-pensants.

GUILLAUME DURAND
… La contestation, c'est la beauté, c'est de dire que finalement il n'y a pas de lien entre KAPOOR et Versailles, donc pourquoi mettre KAPOOR à Versailles ?

FLEUR PELLERIN
Mais, je ne vois vraiment pas en quoi quelqu'un peut décider…

GUILLAUME DURAND
Ce n'est pas moi qui…

FLEUR PELLERIN
Oui, quelqu'un pourrait décider qu'on ne peut pas faire des expositions temporaires à Versailles. Je crois que c'est quelque chose qui attire beaucoup les touristes, je crois que c'est quelque chose qui, aussi, anime, crée de l'animation dans un lieu qui est un lieu de patrimoine, sans remettre en cause sa vocation patrimoniale. Il y a de très belles expositions, il y a une très belle programmation musicale à l'opéra de Versailles, ce n'est absolument pas incompatible avec le fait de rendre hommage à la création contemporaine, et de permettre à nos concitoyens d'accéder à la création contemporaine.

GUILLAUME DURAND
J'ai plein de questions. Est-ce que vous pensez qu'un jour le ministère de la Culture va retrouver le budget qui était le sien, disons dans les années MITTERRAND ? Ou est-ce que c'est terminé définitivement ?

FLEUR PELLERIN
Non, je pense…

GUILLAUME DURAND
Parce que c'était une spécificité française.

FLEUR PELLERIN
Non, ce qui a été très spécifique dans les années 80, c'est qu'effectivement le budget a doublé…

GUILLAUME DURAND
Jusqu'à Jacques CHIRAC d'ailleurs.

FLEUR PELLERIN
Sous Jack LANG, mais avant il était très faible, c'est-à-dire que Jack LANG a permis au budget du ministère de la Culture d'atteindre à peu près 1 % du budget de l'Etat. Depuis il n'a pas baissé. C'est-à-dire qu'on est un pays qui est exceptionnel, on parle souvent de l'exception française en matière culturelle, on est exceptionnel également par les moyens que l'on consacre, y compris financiers, que l'on consacre à la culture. Demandez à des Italiens, demandez à des Espagnols, demandez à des Anglais, nulle part, dans aucun pays européen, vous n'avez autant de moyens qui sont consacrés à l'animation de la vie culturelle dans le pays. Ce budget il est resté important. Il est faible par rapport au budget de l'Etat, mais il est très important par rapport à ce que les autres pays consacrent à leur vie culturelle. Donc moi, la raison pour laquelle je me bats également, et dans la négociation budgétaire qui a lieu actuellement, mais vraiment actuellement, c'est pour respecter l'engagement qui a été pris par Manuel VALLS, le Premier ministre, pour non seulement préserver, mais également augmenter le budget de la création et de la transmission des savoirs ou de la transmission de la culture. Et c'est ce que je vais faire.

GUILLAUME DURAND
Pourquoi avoir réintégré Agnès SAAL pour lui coller une procédure juridique ?

FLEUR PELLERIN
Parce que la réintégration est le droit. A partir du moment où un administrateur civil, un fonctionnaire du ministère de la Culture, démissionne d'un poste sur lequel il est affecté, à l'extérieur du ministère, eh bien il revient automatiquement dans les effectifs budgétaires, la masse salariale si vous voulez, du ministère de la culture, c'est une procédure qui est automatique…

GUILLAUME DURAND
Mais vous avez vu tous les hiérarques de la culture qui la défendent par pétition en considérant qu'à partir du moment où elle a remboursé, lui coller une procédure…

FLEUR PELLERIN
Ecoutez, moi je suis extrêmement ferme, mais juste, dans cette procédure. C'est la raison pour laquelle j'ai pris le temps de faire une enquête…

GUILLAUME DURAND
Enfin… en pâture au public !

FLEUR PELLERIN
J'ai pris le temps de faire une enquête digne de ce nom, pas en me fondant sur des rumeurs de couloirs, ou sur des dénonciations anonymes, ou sur des articles de presse, j'ai pris le soin de vérifier un certain nombre de faits, j'ai pris le soin de vérifier leur qualification juridique. Et maintenant il y aura une sanction, s'il doit y avoir une sanction, s'il ne doit pas y en avoir, nous le verrons, mais en tout cas moi je souhaite faire les choses dans les formes, en respectant les droits de la défense…

GUILLAUME DURAND
Mais enfin, elle va être le bouc-émissaire d'une grande partie des gens.

FLEUR PELLERIN
En respectant les droits de la défense. Il y a des actions qui ont été commises, qui sont répréhensibles, et dans ce cas-là elles devront être sanctionnées, mais nous le ferons en respectant la procédure et les droits de la défense.

GUILLAUME DURAND
Est-ce que cette enquête, Fleur PELLERIN, va être élargie à tous ceux qui sont détenteurs d'un poste culturel dépendants de l'Etat ?

FLEUR PELLERIN
Non mais, il ne faut pas donner l'impression que c'est la jungle.

GUILLAUME DURAND
Parce que ça va devenir la chasse aux sorcières.

FLEUR PELLERIN
La plupart des fonctionnaires du ministère de la Culture, comme des fonctionnaires, dans leur grande majorité, de l'Etat, font leur travail en ayant cheville au corps l'intérêt général, et en ayant une éthique personnelle, donc il n'est pas question de discréditer la vocation et le travail que font tous ces fonctionnaires, et moi j'ai beaucoup de respect pour ces femmes et ces hommes qui s'engagent au quotidien pour l'intérêt général. Donc, ne donnons pas l'impression que, de manière très populiste et très démagogique, que tout le monde aurait quelque chose à se reprocher. Donc moi, mon souhait, c'est vraiment de faire la lumière sur cette histoire, en respectant, encore une fois, les procédures, s'il y a d'autres personnes qui ont commis des actes répréhensibles, eh bien ils seront poursuivis en respectant, encore une fois, les formes et les procédure. Mais, de manière générale, il y a beaucoup de fonctionnaires auxquels je souhaite rendre hommage, au ministère de la Culture, qui font extrêmement bien leur travail, et donc il n'y a aucune raison de jeter le discrédit sur ces femmes et ces hommes.

GUILLAUME DURAND
Est-ce que Muriel MAYETTE va aller à la Villa Médicis ?

FLEUR PELLERIN
Vous le verrez en temps utile, lorsque la nomination interviendra.

GUILLAUME DURAND
Vous pouvez nous le dire.

FLEUR PELLERIN
Non, parce que c'est une nomination qui fait l'objet d'une signature…

GUILLAUME DURAND
Qui est l'ancienne administratrice de la Comédie Française.

FLEUR PELLERIN
Par le président de la République, donc…

GUILLAUME DURAND
C'est une proposition que vous soutenez ?

FLEUR PELLERIN
C'est une proposition qui sera faite… le candidat, ou la candidate, qui sera proposé au président de la République, effectivement c'est la ministre de la Culture qui fait cette proposition au président de la République.

GUILLAUME DURAND
Donc c'est Muriel MAYETTE ?

FLEUR PELLERIN
Vous le saurez en temps utile.

GUILLAUME DURAND
J'aimerais bien le savoir justement.

FLEUR PELLERIN
Vous le saurez quand je ferai cette proposition et quand le président de la République signera.

GUILLAUME DURAND
D'accord. Elle a été une administratrice du « Français » qui a connu beaucoup de choses, et en même temps elle ne connaît pas grand chose à l'art contemporain. Il y a beaucoup de choses qui circulent, si vous voulez, dans les pétitions, dans la réflexion sur la culture, on nomme une présidente de FRANCE TELEVISIONS qui ne connaît rien à la télé, un patron du Centre Pompidou qui ne connaît rien à l'art contemporain, et Muriel MAYETTE, qui a été formidable à la Comédie Française, qui ne connaît pas grand chose à la culture. Pourquoi on fait ça, alors qu'aux Etats-Unis, par exemple, ça paraîtrait – ou même à Londres – totalement invraisemblable que le patron du MoMA ne connaisse rien à l'art contemporain, ou que le patron du MET ne connaisse rien à l'art lyrique ?

FLEUR PELLERIN
Mais il faut regarder la spécificité de chaque institution. Vous parlez de la Villa Médicis, la Villa Médicis ce n'est pas uniquement…

GUILLAUME DURAND
Oui, il y a les écrivains, il y a les…

FLEUR PELLERIN
Absolument, c'est très pluridisciplinaire, il y a du spectacle vivant, et Muriel MAYETTE connaît très bien le spectacle vivant, comme d'autres personnes…

GUILLAUME DURAND
Donc c'est Muriel MAYETTE.

FLEUR PELLERIN
Non, mais vous citez Muriel MAYETTE…

GUILLAUME DURAND
Vous avez vu comme je suis malin !

FLEUR PELLERIN
Vous êtes très malin ; il y a les écrivains, il y a depuis cette année, j'en suis ravie…

GUILLAUME DURAND
Non, mais le patron de Pompidou, qui ne connaît rien à l'art contemporain, c'est quand même invraisemblable !

FLEUR PELLERIN
Il y a depuis cette année des créateurs, des musiciens de hip-hop, donc c'est pluridisciplinaire, et voilà, personne n'est multidisciplinaire, donc c'est bien qu'il y ait aussi, non pas seulement des historiens de l'art, mais aussi d'autres disciplines qui puissent être représentées à la tête de cette institution. Quant au Centre Pompidou, vous parlez du président, mais je vous rappelle qu'il y a un directeur du Musée d'Art Moderne, le directeur qui est le conservateur, qui est celui qui doit faire la programmation des expositions.

GUILLAUME DURAND
C'est Bernard BLISTENE.

FLEUR PELLERIN
C'est Bernard BLISTENE, qui est un excellent connaisseur d'art contemporain. Le président…

GUILLAUME DURAND
Mais tout à fait. Je vous dis simplement que par rapport aux grandes institutions internationales, nous sommes les seuls…

FLEUR PELLERIN
Le président du Centre Pompidou, c'est un ensemblier qui a vocation à faire travailler ensemble la Bibliothèque Publique d'Information, l'IRCAM, qui est un merveilleux laboratoire de musique contemporaine, le Centre Pompidou, et assurer le développement culturel de cet ensemble. C'est quelqu'un qui gère aussi du dialogue…

GUILLAUME DURAND
D'autant plus que nous sommes là aussi une exception, non ?

FLEUR PELLERIN
Non, nous ne sommes pas une exception, nous avons Bernard BLISTENE, pourquoi y aurait-il deux directeurs du musée ?

GUILLAUME DURAND
On dirait un dialogue de sourds. Je ne vous dis pas que vos arguments ne sont pas recevables, je dis qu'on est le seul pays au monde qui nomme à des postes importants des gens qui n'y connaissent rien, c'est tout ce que je dis.

FLEUR PELLERIN
C'est complètement faux de dire que, par exemple Serge LASVIGNES ne connaît rien. Ne connaît rien à quoi ? C'est quelqu'un qui a été secrétaire général du gouvernement pendant de nombreuses années, qui connaît extrêmement bien le dialogue social…

GUILLAUME DURAND
Oui, d'accord, mais ce n'est pas la peinture.

FLEUR PELLERIN
Qui connaît extrêmement bien le fonctionnement de l'administration, mais on ne lui demande pas de connaître la peinture, on lui demande d'être un ensemblier pour faire travailler ensemble des entités extrêmement différentes. Bernard BLISTENE, qui est le directeur du Musée d'Art Moderne…

GUILLAUME DURAND
Je le connais, il est très sympathique, et très compétent.

FLEUR PELLERIN
A besoin lui d'être un excellent expert de l'art contemporain, et c'est le cas, donc il n'y a pas besoin de dupliquer des postes, voilà. Je crois aussi que c'est une maladie française de, en permanence, trouver des critiques. Les gens du Centre Pompidou, allez les interroger aujourd'hui, sont extrêmement contents…

GUILLAUME DURAND
Evidemment.

FLEUR PELLERIN
Sont extrêmement contents de la présidence de Serge LASVIGNES…

GUILLAUME DURAND
Dans toutes les entreprises, si vous mettez à la tête de l'entreprise quelqu'un qui n'y connaît rien, ils adorent ça.

FLEUR PELLERIN
De la même façon que Delphine ERNOTTE est une excellente gestionnaire qui a su très bien diriger des centaines de milliers de salariés d'ORANGE, donc c'est quelqu'un qui aura à coeur, je pense, de bien gérer FRANCE TELEVISIONS et de bien s'entourer de gens qui connaissent bien les programmes. Vous savez, Nonce PAOLINI, par exemple, lorsqu'il a pris ses fonctions, ne connaissait pas non plus très bien le secteur audiovisuel, il a été un bon patron, je pense, d'audiovisuel, c'est le cas d'autres…

GUILLAUME DURAND
Vous êtes bien réveillée ce matin !

FLEUR PELLERIN
C'est le cas d'autres patrons également. Non, je réponds à vos questions, mais, voilà. Je pense qu'il ne faut pas critiquer en permanence, a priori, faire des procès a priori.

GUILLAUME DURAND
Non, je pose des questions, c'est normal.

FLEUR PELLERIN
Oui, bien sûr.
GUILLAUME DURAND
La dernier question concerne évidemment les festivals, puisqu'il y a Aix qui démarre, il y a la Fête de la musique, alors c'est de nature tout à fait différente, ce week-end, qui est importante en France. Est-ce que vous pouvez faire un effort pour que les conventions qui sont passées avec les villes concernant les festivals soient un petit peu améliorée…

FLEUR PELLERIN
Non.

GUILLAUME DURAND
Parce qu'il y a beaucoup de gens qui considèrent qu'effectivement là aussi il y a un problème budgétaire ?

FLEUR PELLERIN
Il n'y a pas de convention passée, avec les villes, sur les festivals. Vous savez, le ministère de la Culture ne finance qu'à peine une dizaine de festivals, ceux qui ont un rayonnement national ou international, comme Aix, comme Avignon, etc.…

GUILLAUME DURAND
Mais je parle de l'action que vous pouvez faire comme auprès des conseils régionaux, des conseils généraux, des villes, etc., une sorte de pression quoi !

FLEUR PELLERIN
Lorsque que j'ai pris mes fonctions, effectivement les collectivités territoriales étaient en train d'établir leur budget, et je sentais venir le risque que, confrontées à des difficultés budgétaires, elles aient envie de sacrifier la culture, c'est la raison pour laquelle j'ai lancé cette dynamique de pactes culturels et que je signe avec elles un engagement sur 3 ans à préserver les budgets de la culture, ce qui est très rassurant pour les acteurs culturels, festivals, compagnies et autres. Le fait d'avoir dans la durée l'assurance que les budgets de la culture ne seront pas rognés, c'est quelque chose qui donne beaucoup d'assurance. Aujourd'hui on en est à peu près à une cinquantaine de pactes signés, il y en aura probablement une soixantaine d'ici l'été, et c'est vrai que moi j'engage, j'exhorte les collectivités à rentrer dans cette logique de partenariat avec l'Etat, qui est d'ailleurs celle de la politique culturelle, c'est une politique partenariale. Les festivals aujourd'hui, dont vous parlez, il y en a des milliers, on parle de 2600 festivals dans toute la France, ils sont financés par les collectivités locales. Donc moi, ce que je leur dis c'est, ne sacrifiez pas cette vie culturelle à laquelle nous sommes tous très attachés, pour laquelle, d'ailleurs, j'ai, avec François REBSAMEN, travaillé à sauver le régime de l'intermittence, qui est très important aussi pour la vie des festivals, et donc engagez-vous, ne sacrifiez pas la culture, vous risqueriez de le regretter, et ce n'est pas pour ça que les gens ont élu les exécutifs. Donc, voilà la logique dans laquelle je souhaite inscrire les festivals. Et la Fête de la musique, c'est une très belle fête, c'est aussi…

GUILLAUME DURAND
Au Palais Royal Amin MAALOUF…

FLEUR PELLERIN
Absolument.

GUILLAUME DURAND
On en termine parce qu'on a dépassé l'heure.

FLEUR PELLERIN
C'est aussi, pour moi, l'occasion de montrer la façon dont je conçois la culture aujourd'hui, c'est-à-dire quelque chose de très participatif, il y aura des milliers d'amateurs qui vont venir avec leurs instruments et qui vont improviser avec le talentueux Amin MAALOUF. Pour moi c'est ça la culture aujourd'hui, c'est la participation, c'est la pratique amateur, c'est la pratique collective, retrouver ce goût du collectif, et cette démocratisation, qui n'a pas forcément rempli toute sa promesse depuis qu'on en parle. Donc je souhaite vraiment pouvoir incarner cela, et je trouve que la Fête de la musique, cette Fête de la musique, est une très belle façon d'illustrer la conception que j'ai de la culture.

GUILLAUME DURAND
Merci beaucoup Fleur PELLERIN d'être venue en direct sur l'antenne de Radio Classique et de LCI.

FLEUR PELLERIN
Merci.

GUILLAUME DURAND
Ils seront très contents, vous avez parlé de Nonce PAOLINI à LCI.

FLEUR PELLERIN
C'est fait exprès, c'est fait exprès.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 22 juin 2015

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