Interview de M. Stéphane Le Foll, ministre de l'agriculture, de l'agroalimentaire et de la forêt, porte-parole du gouvernement à "Itélé" le 24 juin 2015, sur l'ampleur des écoutes téléphoniques pratiquées par la NSA et révélées par Wikileaks, et sur le projet de loi sur le renseignement. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Stéphane Le Foll, ministre de l'agriculture, de l'agroalimentaire et de la forêt, porte-parole du gouvernement à "Itélé" le 24 juin 2015, sur l'ampleur des écoutes téléphoniques pratiquées par la NSA et révélées par Wikileaks, et sur le projet de loi sur le renseignement.

Personnalité, fonction : LE FOLL Stéphane, TOUSSAINT Bruce.

FRANCE. Ministre de l'agriculture, de l'agroalimentaire et de la forêt, porte-parole du gouvernement;

ti : BRUCE TOUSSAINT
Stéphane LE FOLL est l'invité d'iTélé ce matin, bonjour.

STEPHANE LE FOLL
Bonjour.
BRUCE TOUSSAINT
Merci d'être avec nous. Trois présidents, des ministres, des conseillers espionnés partout, jusque dans leur avion, par la NSA ; des documents obtenus par WikiLeaks et publiés par Libération et Mediapart révèlent donc que l'administration américaine a au moins de 2006 à 2012 espionné Jacques CHIRAC, Nicolas SARKOZY et François HOLLANDE. Quelle est la réaction du gouvernement ce matin ?

STEPHANE LE FOLL
La réaction du gouvernement, c'est qu'on a, le président de la République a convoqué un conseil de défense pour qu'il y ait un échange sur l'ensemble des informations qui sont disponibles. On en connaît une partie puisqu'il y a déjà des choses qui ont été divulguées il y a un an. On se rappelle la question de l'Allemagne et les écoutes de madame MERKEL. On est dans une situation où il est difficile d'accepter qu'un allié, des alliés, qu'entre la France et les Etats-Unis il puisse y avoir ce type de pratique, en particulier sur des écoutes liées à des présidents de la République. Ce conseil de défense va mettre l'ensemble des informations sur la table avec un échange sur le sujet, et puis il y aura sûrement à l'issue de ce conseil un certain nombre de choses qui seront demandées, ou des précisions qui seront demandées sur les questions des écoutes puisqu'il y a eu un communiqué, j'ai cru entendre ce matin, de la Maison Blanche qui disait qu'il n'y avait plus d'écoutes, en tout cas pour ce qui concernait François HOLLANDE. Tout ça devrait être précisé, ça sera l'objet de ce conseil de défense.

BRUCE TOUSSAINT
« C'est difficile d'accepter » : c'est inacceptable.

STEPHANE LE FOLL
C'est inacceptable, oui, oui, bien sûr. Entre alliés, je l'ai dit. Quand on est dans la lutte, et il y a eu des moments de tension dans le monde, quand on lutte contre le terrorisme, il y a des choix de protection. Là, on a du mal à imaginer ou à comprendre qu'est-ce qui motivait ainsi un allié d'aller écouter ses alliés qui sont dans le monde, d'ailleurs sur des positions ou sur des choix stratégiques qui font qu'on se retrouve d'ailleurs souvent ensemble.

BRUCE TOUSSAINT
Qu'est-ce qui vous surprend ? Qu'est-ce qui vous choque le plus ? Est-ce que c'est le principe d'espionner un allié comme vous le disiez à l'instant, ou est-ce que c'est l'ampleur ? Edwy PLENEL, le patron de Mediapart, parlait tout à l'heure sur iTélé de « système industriel » : c'est toute la République française qui a été espionnée.

STEPHANE LE FOLL
Je laisserai Edwy PLENEL faire les commentaires qu'il souhaite. Je pense qu'il y a les deux. Ce n'est pas toute la République mais en tout cas, c'est le fait qu'entre la France et les Etats-Unis qui sont, je l'ai dit, souvent des alliés dans le monde, et au nom de la démocratie et de la liberté. C'est très important de le rappeler. Qu'il y ait eu cette couverture avec l'ensemble de ces écoutes sur des personnalités, parce que ce n'est pas le sujet de l'ampleur, qui est écouté partout ou à quel moment, c'est des personnalités qui l'ont été avec des présidents de la République, tout ça n'est évidemment pas acceptable, et en tout cas intelligible et compréhensible.

BRUCE TOUSSAINT
C'est une crise ?

STEPHANE LE FOLL
Non. Il faut rester sur ces sujets. Je l'ai dit tout à l'heure, toutes ces informations sont libérées au compte-gouttes – ça fait déjà plus de deux ans, ce monsieur SNOWDEN, deux-trois ans. Tout ça, ça fait partie aussi de ce qui fait une actualité à un moment. Je le dis, ces infos WikiLeaks les avait, SNOWDEN les avait, elles sont sorties aujourd'hui, très bien. Mais donc, il faut rester avec d'abord la précision des faits et ça sera l'objet du conseil de défense, des précisions qui devront être demandées et des informations qui devront être données pour que ce genre de choses ne se reproduisent plus, et puis voilà. Après, on est entre grandes nations, grands pays, on a des responsabilités dans le monde les uns et les autres, donc il faut qu'on soit à la hauteur de tout ça.

BRUCE TOUSSAINT
Vous pensez que François HOLLANDE va parler aujourd'hui au président américain ?

STEPHANE LE FOLL
Je n'en sais rien, je n'en sais rien.

BRUCE TOUSSAINT
Vous devez vous rendre aux Etats-Unis aujourd'hui, hasard du calendrier.

STEPHANE LE FOLL
Oui.

BRUCE TOUSSAINT
Est-ce que ce voyage est maintenu ?

STEPHANE LE FOLL
Ecoutez, pour l'instant il est maintenu. C'était un voyage qui portait sur deux choses. Il y a à la fois les discussions – enfin, "les discussions„ -, la manière dont les Etats-Unis abordent la négociation sur le traité transatlantique et la défense des positions qui sont celles de la France et du ministre de l'Agriculture. Le deuxième point, c'était dans le cadre de la COP21 ; on a lancé un grand programme de stockage de carbone dans les sols – je vais éviter d'être technique – et l'INRA travaille avec une université dans l'Ohio, Columbus, où pour la COP21 c'est un enjeu majeur de capacité de limiter les gaz à effet de serre. Il y avait donc depuis deux mois de prévu ce voyage, et moi j'avais reçu d'ailleurs le Secrétaire d'Etat américain l'an dernier. Il m'avait invité et donc je souhaitais me rendre aux Etats-Unis. Résultat, à la veille du départ est sorti l'ensemble de ces informations.

BRUCE TOUSSAINT
Il n'est pas certain que le voyage soit maintenu ?

STEPHANE LE FOLL
Non, mais pour l'instant il n'y a pas de raison de remettre en cause un voyage qui porte, je vous l'ai dit, sur d'autres sujets. Et en même temps qu'il y aura le conseil de défense qui fera le point sur la situation des informations, toutes les précisions étant données les unes avec les autres, on doit pouvoir aussi… Je l'ai dit, on a tous une responsabilité. On ne va pas sur-jouer quelque chose dont, on le savait, toutes ces informations sortent au fur et à mesure. On connaissait, il y a déjà eu le débat au niveau de l'Allemagne, je le rappelle, mais on est entre grandes nations. On a tous une responsabilité dans le monde. Ce qui s'est passé n'est pas acceptable mais ce n'est pas pour autant qu'on va rentrer dans une crise. Il faut bien réfléchir à ce qu'on dit, en particulier sur ce genre de sujet. Il y a suffisamment de crises aujourd'hui, suffisamment de crises dangereuses dans le monde, pour qu'entre alliés on soit au niveau de la responsabilité qui est…

BRUCE TOUSSAINT
Vous qui êtes ministre de l'Agriculture - vous l'avez rappelé à l'instant puisque c'est en cette qualité que vous partirez aux Etats-Unis normalement tout à l'heure – on apprend que le standard du ministère de l'Agriculture a été placé sur écoute.

STEPHANE LE FOLL
Quand ?

BRUCE TOUSSAINT
Pendant cette période, notamment en 2010, avant que vous ne soyez ministre.

STEPHANE LE FOLL
Oui, mais tout ça, je le dis, on ne va pas répéter : tout ça est parfaitement inacceptable et surtout pour moi incompréhensible. En 2010, je ne vois même pas…

BRUCE TOUSSAINT
Est-ce que vous vous êtes dit ce matin en vous levant : « Si ça se trouve, mon téléphone est sur écoute » ?

STEPHANE LE FOLL
Mais ça, je vais vous rassurer tout de suite : le fait de me dire que je peux être sur écoute, ça fait longtemps que je me le dis, et même avant que je sois ministre.

BRUCE TOUSSAINT
Donc vous faites attention à ce que vous dites ?

STEPHANE LE FOLL
Non. Là franchement, quand il y a des choses importantes que j'ai envie de dire, ça se dit de manière très claire et en évitant de passer par le téléphone. Mais le téléphone, cette idée qu'on puisse être écouté, là je me le suis toujours dit. D'ailleurs quelquefois, je plaisante : « Allo, ici Stéphane LE FOLL. Pour tous les renseignements vous pouvez appeler le numéro du fixe, et caetera ». On peut plaisanter mais il faut être sérieux quand même sur ces sujets, donc on va être sérieux.

BRUCE TOUSSAINT
La France écoute ses alliés ?

STEPHANE LE FOLL
Mais la France, dans la lutte contre le terrorisme et la loi sur le Renseignement, a besoin de développer des stratégies pour éviter ou pour prévenir des attentats, des actes terroristes, donc on a un système d'écoute, des moyens, un système de renseignement.

BRUCE TOUSSAINT
Un système d'écoute de ses alliés ? Ça peut aller jusque-là ? On peut écouter ? La France écoute-t-elle un dirigeant étranger ?

STEPHANE LE FOLL
Comment vous pouvez imaginer que la France écoute un dirigeant étranger ? Je vous rappelle que nous sommes, quand nous avons besoin d'écouter, quand nous avons besoin d'avoir des renseignements d'abord dans un échange de services de renseignement à l'échelle internationale. Deuxièmement, la cible de la France c'est le terrorisme. C'est ceux qui agissent et qui risquent à chaque fois de commettre des actes terroristes, c'est ça.

BRUCE TOUSSAINT
Ces révélations, c'est du pain béni pour les adversaires du projet de loi sur le Renseignement.

STEPHANE LE FOLL
J'ai bien vu, j'ai vu ce débat commencer, c'est juste à la veille du vote. Du pain béni, pourquoi ? Quel est le rapport ? Quel est le rapport entre la lutte contre le terrorisme, le fait d'ailleurs qu'on ait mis un cadre…

BRUCE TOUSSAINT
Ça montre que tout est permis si on dit que c'est du renseignement.

STEPHANE LE FOLL
Alors allons jusqu'au bout. Est-ce que tout est permis parce que c'est du renseignement ? Aujourd'hui dans la loi, d'abord on a remis le cadre de la loi au goût de l'Internet et de l'information du numérique. D'abord, ça n'existait pas, c'est fait. Deuxième point, il y a une commission : tout Premier ministre qui décide une écoute doit la justifier. Il peut décider d'écoute mais après, automatiquement, ça doit passer par cette commission qui va faire le contrôle et les juges peuvent être saisis. Où ils existent, ils sont dans la commission, ou le conseil d'Etat est immédiatement saisi, pour arrêter et de manière rétroactive toute décision d'écoute qui ne serait pas conforme aux engagements de la France dans le cadre de ce qui est une lutte, une protection et du renseignement à l'échelle internationale, donc c'est ça. On a un cadre, on a une commission de contrôle, le politique peut décider mais il est contrôlé. Donc, on n'est pas du tout dans le même débat, pas du tout.

BRUCE TOUSSAINT
Stéphane LE FOLL, j'aimerais avoir votre réaction sur deux autres sujets d'actualité importants aussi. D'abord la guerre entre les taxis et UBERPOP. Que peut faire, que va faire le gouvernement concrètement pour stopper UBERPOP qui est illégal et accessoirement éviter le genre d'agression comme en a vu à Lyon il y a quelques jours et qui était particulièrement choquante ?

STEPHANE LE FOLL
Ce n'est pas accessoire les agressions, c'est inadmissible, inacceptable. Les taxis n'ont pas à faire la justice eux-mêmes. Ça, il faut qu'on soit très clairs là-dessus. En même temps sur UBERPOP, il y a eu des décisions qui ont été prises par la justice, elles doivent être appliquées. Le problème, c'est que les applications sur Smartphone, c'est quelque chose qu'il faut surveiller et empêcher puisque c'est l'application de la loi puisqu'il y a eu des décisions de justice. Mais les taxis ne peuvent pas tous seuls régler leurs comptes et faire ce qui s'est passé ; la violence, bien sûr, est inadmissible. Ça, c'est la première réponse, elle est très claire.

BRUCE TOUSSAINT
Sur le mariage qui est fini finalement avant même qu'il n'ait commencé entre BOUYGUES et SFR ; finalement ça arrange le gouvernement qui était opposé à cette opération.

STEPHANE LE FOLL
Ecoutez, sur ces questions il y a eu un conseil d'administration de BOUYGUES qui à l'unanimité a refusé la proposition. Sous-entendu d'ailleurs, d'après ce que j'ai compris, pas forcément la proposition en termes financière mais l'idée que de toute façon, elle serait sous le coup de l'Autorité de la concurrence. Qu'est-ce que dit le gouvernement ? Dans le moment où nous sommes, est-ce que c'est une concentration supplémentaire qui va régler les grands problèmes liés à la téléphonie mobile ? Quels sont les axes stratégiques qu'on doit développer ? Les investissements pour demain, la 4G, la couverture du territoire, la question de l'emploi. Est-ce que cette fusion avait un sens dans le projet industriel ? Emmanuel MACRON l'a dit : non. C'est ça qui nous intéresse, nous. Après, il y a des discussions et des possibilités entre entreprises, mais nous pensions – je pense comme Emmanuel MACRON – que cette proposition, cette fusion n'avait pas de grand sens stratégique et industriel. Voilà ce qui a été dit.

BRUCE TOUSSAINT
Dernière question. Vous serez peut-être dans l'avion tout à l'heure pour les Etats-Unis à dix-huit heures lorsque les chiffres du chômage tomberont. Ils seront bons ?

STEPHANE LE FOLL
Ecoutez, il faut demander à François REBSAMEN et attendre dix-huit heures/dix-huit heures quinze ce soir.

BRUCE TOUSSAINT
Mais puisque vous partez, peut-être qu'il peut vous les communiquer un peu à l'avance ?

STEPHANE LE FOLL
Non, de toute façon un peu à l'avance ne me donnerait pas grand-chose donc je n'ai pas à avoir des chiffres à l'avance. Ils seront publiés à dix-huit heures.

BRUCE TOUSSAINT
Ce matin sur France Info, François REBSAMEN a déclaré : « En fin d'année, il y aura une stabilisation puis une décrue ». C'est un bon pronostic ?

STEPHANE LE FOLL
On le sait, c'est que sur cette question du chômage, tant qu'on n'a pas un relais de croissance et de création d'emploi dans l'économie marchande proprement dite, on aura du mal compte tenu du fait qu'il y a une arrivée, et c'est tant mieux, de jeunes sur le marché à réduire le nombre de chômeurs. Mais on est sur la bonne voie économique, la croissance revient et donc l'objectif devra être atteint d'ici la fin de l'année, même si on peut aller plus vite ce serait encore mieux.

BRUCE TOUSSAINT
Merci beaucoup Stéphane LE FOLL. Bon voyage !

STEPHANE LE FOLL
Merci beaucoup.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 25 juin 2015

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