Interview de M. Bernard Cazeneuve, ministre de l'intérieur, à TF1 le 26 juin 2015, sur les attentats commis à Saint-Quentin-Fallavier en Isère et sur la plage de Sousse en Tunisie. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Bernard Cazeneuve, ministre de l'intérieur, à TF1 le 26 juin 2015, sur les attentats commis à Saint-Quentin-Fallavier en Isère et sur la plage de Sousse en Tunisie.

Personnalité, fonction : CAZENEUVE Bernard, CHAZAL Claire.

FRANCE. Ministre de l'intérieur;

ti : Claire Chazal
Bonsoir Bernard Cazeneuve.

Bernard Cazeneuve
Bonsoir.

Claire Chazal
Merci beaucoup d'être sur ce plateau ce soir. D'abord, est-ce que vous pouvez nous dire si d'autres suspects, on a vu qu'il y avait quatre gardes-à-vue actuellement dans cette affaire, est-ce que d'autres complices sont recherchés ? Est-ce que d'autres personnes ont été arrêtées déjà ?

Bernard Cazeneuve
D'abord, Claire Chazal, vous comprendrez que j'ai une pensée pour la victime, pour sa famille, une pensée aussi pour les 43 salariés qui étaient présents sur le site et dont j'ai pu constater lorsque je me suis rendu sur place à quel point ils étaient traumatisés et dans l'émotion, une pensée aussi pour le pompier qui a mis hors d'état de nuire ce terroriste et l'ensemble des forces de sécurité placées sous ma responsabilité qui sont mobilisées sous l'autorité du parquet antiterroriste pour faire aboutir l'enquête. Le procureur de la République, François Molins, s'est exprimé tout à l'heure avec un haut niveau de précision pour dire qu'il y avait quatre gardes-à-vue, que ces gardes-à-vue concernaient des membres de la famille de la personne suspectée, incriminée et des personnes éventuellement impliquées dans cette affaire. Je ne ferai pas d'autres commentaires parce que, comme l'a dit le procureur François Molins tout à l'heure, il faut être d'une extrême prudence et faire attention à ce qu'il n'y ait pas de déclaration qui puisse venir obérer l'efficacité de l'enquête.

Claire Chazal
Alors, monsieur le ministre, on a compris aussi que le suspect numéro 1 était connu de services de police pour radicalisation à un moment dans certaines années antérieures. Pourquoi n'était-il plus sous surveillance ou cette surveillance, pourquoi a-t-elle été relâchée ?

Bernard Cazeneuve
Il faut être extrêmement précis sur ce point. Il a été mis sous surveillance parce qu'il était suspectée dans les années 2005 et puis ensuite entre 2006 et 2008 d'être en lien non pas avec des groupes terroristes mais avec des groupes salafistes, radicalisés. Cette surveillance a eu lieu entre 2006 et 2008, il a fait l'objet d'une fiche S, il a été inscrit au fichier des personnes recherchées et puis en 2008, les services ont considéré qu'en l'absence d'éléments venant en appui de la suspicion dont il faisait l'objet, on levait la fiche S.

Claire Chazal
On ne sait pas s'il est parti en Syrie …

Bernard Cazeneuve
Ensuite, il y a eu d'autres éléments qui sont intervenus en 2014 qui ont fait l'objet d'une nouvelle mobilisation des services sur la base d'un témoignage d'une personne qui n'a pas confirmé son témoignage mais nous avons malgré tout continué les enquêtes d'entourage, procédé aux surveillances qui n'ont rien donné et il n'y a pas d'éléments entre les mains des services témoignant de l'engagement avant les événements de ce jour de ce personnage dans des activités …Il est évoqué dans des séjours à l'étranger qui n'ont pas été confirmés. Sur ce sujet, je veux dire ce que j'ai eu l'occasion de dire à plusieurs reprises lorsque des événements de ce type se sont déroulés. Premièrement, le ministère dont j'ai la charge est bien entendu désireux de la plus grande transparence, il l'a montré devant le Parlement, il l'a montré devant la presse et il continue à faire la transparence et la lumière aux côtés de la justice. Deuxièmement, nous sommes face à des actes d'une extrême barbarie et qui appellent la plus grande maîtrise à la fois dans les propos publics dans un contexte où il y a un traumatisme dans le public et la plus grande précision quant aux informations que l'on diffuse. Et enfin, troisièmement, j'en profite pour le dire, lorsqu'il y a des événements d'une telle ampleur qui suscitent un tel effroi et je l'ai vu ce matin sur le terrain, un tel chagrin, chacun qui est dans la responsabilité publique doit s'employer à assembler les forces du pays, à faire en sorte que le pays renforce la capacité de résilience par le rassemblement et la dignité des propos.

Claire Chazal
Alors, Bernard Cazeneuve, est-ce que vous estimez aujourd'hui que le risque terroriste qui existe en France on le voit depuis plusieurs mois, a changé de nature ?

Bernard Cazeneuve
Oui, il a changé de nature et nous n'avons cessé avec le président de la République et le Premier ministre de le dire : nous sommes face à un risque extrêmement élevé. Nous ne sommes plus face à des groupes terroristes qui venaient de l'extérieur, commettaient des actes et repartaient. Nous sommes face à ce que j'ai appelé un terrorisme en libre accès, c'est-à-dire par le biais de la fréquentation d'Internet, par le biais d'une propagande extraordinairement sophistiquée des groupes terroristes, un nombre de ressortissants des pays de l'Union européenne parmi les plus vulnérables basculent dans l'activité terroriste et c'est la raison pour laquelle nous n'avons cessé de nous adapter à cette menace pour être efficaces face à elle. En quelques mots …

Claire Chazal
Ça veut dire que les arrestations se multiplient ?

Bernard Cazeneuve
Non… attendez… en quelques mots, là aussi je veux être extrêmement précis : beaucoup de postes ont été perdus dans les services de police et de renseignement ; nous en recréons et vous vous souvenez qu'au mois de janvier, le Président de la République et le Premier ministre ont pris la décision de créer 1.500 postes dont 1.000 dans les services de renseignement et de faire un effort de 233 millions d'euros sur trois ans pour moderniser nos services. Il y a deux lois antiterroristes qui ont été adoptées par le Parlement, une portée par le Premier ministre lorsqu'il était ministre de l'Intérieur, une portée par moi-même ; et nous avons adopté il y a deux jours une loi sur le renseignement dont on expliquait qu'elle était un dispositif de surveillance généralisée qui est pour l'essentiel de ce dispositif, centré sur la lutte antiterroriste et qui doit nous permettre dans un contexte de menace très élevée, d'être plus efficaces en mobilisant des techniques qui permettent de faire de la prévention. Donc le gouvernement n'a cessé d'agir en créant des postes, en donnant des moyens, en prenant des dispositions législatives, en réorganisant les services et dans la responsabilité qui est la mienne, sous l'autorité du Président de la République et du Premier ministre, je continuerai en permanence à adapter nos services à la réalité de la menace.

Claire Chazal
Avec un plus grand nombre d'arrestations ?

Bernard Cazeneuve
Je vais vous donner là aussi des chiffres : la semaine dernière – la semaine dernière – avant cet attentat, la DGSI, placée sous ma responsabilité, a procédé à 14 arrestations. Depuis quelques mois, depuis que la menace augmente, nous avons 150 instructions judiciaires qui ont permis l'arrestation de plus de trois cents personnes. Nous avons à peu près 120 personnes qui ont été incarcérées, à peu près un soixantaine de contrôles judiciaires et 180 mises en examen ; c'est dire à quel point nous travaillons sans trêve ni pause ; et nous continuerons à le faire parce que nous devons aux Français la vérité : le niveau de menace est élevé et face à ce niveau de menace, nous devons nous adapter – législativement nous le faisons – donner à nos services de nouveaux moyens, améliorer la coopération européenne et internationale et il faut comprendre que nous sommes entrés dans un site de menaces qui nous impose de la vigilance, de la capacité d'adaptation et aussi du sang-froid, de la maîtrise et de la dignité.

Claire Chazal
… Nous allons vous entendre encore dans un instant Bernard Cazeneuve.

Reportage en Tunisie touchée par un attentat
(…)

Claire Chazal
On parlait de cette menace, Monsieur le Ministre, tout à l'heure. Pour cet attentat de Sousse, est-ce qu'on est sûr que des Français ne figurent pas parmi les victimes ?

Bernard Cazeneuve
Je n'ai pas d'autres informations à communiquer que celles qui ont été communiquées par le Quai d'Orsay au journaliste qui s'exprimait tout à l'heure. 38 morts, 42 blessés, un drame absolu qui a conduit le ministre Laurent FABIUS et le Président de la République à exprimer la solidarité de la France à l'égard de la Tunisie ; une coopération dans la lutte antiterroriste entre les pays de l'Union européenne, la Tunisie et notamment la France, qui m'a conduit au moment de l'attentat du Bardo, à me rendre en Tunisie pour approfondir encore cette coopération ; d'autres pays de l'Union européenne coopèrent également parce que la lutte contre le terrorisme, c'est une affaire de mobilisation nationale, c'est aussi une affaire de mobilisation européenne et c'est une affaire de mobilisation de tous ceux qui aspirent à vivre dans la paix et dans la liberté. C'est la raison pour laquelle l'action de la France est également très forte en Europe : modification du dispositif Schengen pour faire en sorte qu'il puisse y avoir des contrôles systématiques et coordonnés aux frontières ; mise en place du PNR européen pour faire en sorte que nous soyons plus efficaces dans le rétablissement de la traçabilité du parcours des terroristes et que nous puissions judiciariser ceux qui reviennent sur le territoire européen après avoir franchi les frontières Schengen, coopération entre nos services de renseignement, renforcement d'EUROPOL, renforcement d'EUROJUST. C'est aussi cette action que nous conduisons au sein de l'Union européenne et qui nous mobilise, avec nos principaux partenaires, je pense aux Allemands notamment, aux Espagnols, aux Italiens, aux Britanniques.

Claire Chazal
Merci beaucoup Bernard Cazeneuve, d'être venu ce soir commenter cette double et triste actualité.


Source http://www.interieur.gouv.fr, le 29 juin 2015

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