Intervention de M. Christian Eckert, secrétaire d'Etat au budget, sur les missions du nouveau patrouilleur de la douane, baptisé Jean-François Deniau, La Seyne-sur-mer le 7 juillet 2015. | vie-publique.fr | Discours publics

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Intervention de M. Christian Eckert, secrétaire d'Etat au budget, sur les missions du nouveau patrouilleur de la douane, baptisé Jean-François Deniau, La Seyne-sur-mer le 7 juillet 2015.

Personnalité, fonction : ECKERT Christian.

FRANCE. Secrétaire d'Etat au budget

Circonstances : Inauguration du patrouilleur de la douane Jean-François Deniau, à La Seyne-sur-mer, le 7 juillet 2015

ti : Mesdames, Messieurs les parlementaires
Mesdames, Messieurs les élus,
Madame la directrice générale,
Monsieur le Secrétaire général de la mer,
Monsieur le préfet,
Monsieur le Préfet maritime,
Mesdames, messieurs les généraux et amiraux,
Mesdames, messieurs les directeurs,
Mesdames, messieurs,


C'est avec un grand plaisir que nous inaugurons aujourd'hui le nouveau patrouilleur de la douane baptisé « Jean-François DENIAU ».

Ce bâtiment a récemment rejoint son port d'attache, ici à La Seyne sur mer, dans les installations d'Orange Marine, dont je salue le représentant. Le patrouilleur est actuellement en préparation pour être opérationnel au cours de l'automne prochain. Il contribuera à l'ensemble des missions du dispositif de l'Action de l'Etat en mer, qu'il s'agisse de lutte contre les trafics, de surveillance ou de sauvetage.

La mer, et en particulier la Méditerranée, est à la fois une opportunité de développement et un concentré de défis :

- un défi démographique d'abord : 150 millions de personnes vivent autour de la Méditerranée, elles seront 200 millions dans seulement cinq ans, les échanges sont denses et les mobilités vont se multiplier d'une région à l'autre ;
- un défi économique aussi : l'espace maritime méditerranéen représente 25 % du transport fret maritime international, 30 % du trafic pétrolier mondial et 31 % du tourisme international ;
- un défi environnemental : plus de 200 industries (pétrochimie, industries chimiques) sont situées le long des côtes, les circulations maritimes sont intenses, le réchauffement climatique sensible, la mer elle-même se réchauffe, sa biodiversité s'amenuise ;
- un défi de sûreté enfin : la Méditerranée est bordée d'importants zones de production de stupéfiants et de contrefaçons mais aussi de plusieurs conflits, eux-mêmes sources de nouveaux trafics, en particulier d'armes et – malheureusement de façon grandissante – d'êtres humains.

Pour répondre aux différents défis posés par la dimension de notre espace maritime – le deuxième du monde – et par l'importance de nos côtes, le Gouvernement a choisi un modèle original en Europe, fondé sur la coordination et la mise en commun des moyens de plusieurs de ses services.

L'action de l'Etat en mer est ainsi une politique interministérielle dont le succès est indéniablement dû à la qualité de la coopération mise en place. C'est cette mobilisation sans faille et sans – trop – de concurrence entre nos administrations qui permet d'obtenir de bons résultats.

Je veux le dire sereinement mais fermement : la douane n'entend pas se retirer de l'Action de l'Etat en mer. N'en déplaise à la Cour des Comptes qui préfère la spécialisation à la mutualisation.

Pour ma part, je n'ai aucun doute : mieux vaut mettre en commun des savoir-faire. La diversité des situations, la complexité des interventions, nécessitent – par leur nature même – de pouvoir y répondre avec souplesse, avec agilité et avec des moyens variés. Seule la coopération permet de remplir ces conditions et c'est tout l'intérêt de l'Action de l'Etat en mer, aussi bien en métropole qu'outre mer. J'étais en mai dernier en Martinique et Guyane où j'ai pu constater l'excellent climat de travail entre les forces militaires, douanières et policières, dans une transversalité et une efficacité exemplaires. Il en est de même ici comme je viens de l'entendre à bord. Voilà ce qui, de façon concrète et opérationnelle, doit guider nos décisions politiques. La pratique du terrain est à ce titre toujours éclairante.

Bref, c'est grâce à la complémentarité des acteurs de l'État en mer que nos missions sont assurées avec toujours plus d'efficience et de compétence. Je veux remercier de sa présence le Secrétaire général de la mer, véritable pilote de la politique maritime française placé sous l'autorité du Premier ministre. Je tiens également à saluer le travail de l'ensemble des services de l'Etat et à remercier d'être à nos côtés ce matin les représentants de la marine nationale, des affaires maritimes, de la gendarmerie maritime et du Centre régional opérationnel de surveillance et de sauvetage (CROSS) Méditerranée.

Pour autant, est-ce que nous devons avoir une gestion dispendieuse ? Bien sûr que non. La fonction garde-côtes en témoigne, combinant rationalisation des moyens et renforcement des capacités opérationnelles.

L'arrivée du patrouilleur « Jean-François DENIAU » s'inscrit dans le cadre du projet stratégique de la douane et dont une des principales mesures consiste à optimiser nos moyens d'intervention, en particulier pour les garde-côtes.

Les capacités aéromaritimes de la douane française vont donc connaître, à partir de cette année, un profond changement :

- c'est aujourd'hui l'arrivée d'un nouveau bâtiment ;
- ce sera, à la fin de l'année, le déploiement du nouvel avion Beechcraft 350 affecté à la surveillance aéromaritime. Il sera basé à Hyères, non loin d'ici ;
- c'est aussi le renouvellement en cours des vedettes de surveillance rapprochée qui exercent des missions d'intervention au plus près des côtes et contribuent à une mise en cohérence globale du dispositif douanier ;
- c'est enfin un nouveau système de communication en temps réel entre les avions, les navires et les centres opérationnels de la douane qui sera mis en place.

Ainsi, le renforcement des moyens de la direction garde-côtes des douanes de Méditerranée est à l'image des enjeux et de la diversité des missions assurées par les services de l'Etat dans la zone : lutte contre les trafics illicites de stupéfiants, de tabac, d'armes mais également d'immigration illégale ; maintien de la sécurité et de la sûreté maritimes, sauvetage des personnes, lutte contre les pollutions en mer, contrôles des pêches et des espaces maritimes protégés...

Dans ce contexte, les missions du patrouilleur « Jean-François Deniau » seront de deux ordres.

Tout d'abord, il sera un élément essentiel du dispositif de lutte contre le trafic de migrants et de secours des personnes naufragées. Les drames de ces derniers mois ont montré combien les deux problématiques allaient de pair. Ce patrouilleur fait partie des engagements pris par le Président de la République lors du conseil européen extraordinaire du 23 avril dernier à Bruxelles pour contribuer à la mobilisation européenne contre les trafics d'êtres humains. Les organisations criminelles qui s'enrichissent en monnayant une traversée bien incertaine, parfois en envoyant sciemment à la mort par noyade des milliers de candidats à l'exil, doivent être combattues avec la plus grande détermination.

Le patrouilleur « Jean-François Deniau » a été conçu pour recueillir des personnes en détresse. Il dispose d'un espace protégé dédié à l'accueil de 40 naufragés ainsi que d'une plateforme extérieure permettant d'augmenter, en cas de besoin, sa capacité d'emport de personnes.

De ce fait, il s'agit d'un navire dont les caractéristiques en font le bâtiment le plus important de la flotte navale douanière. Long de près de 54 mètres pour près de 10 de large, il dépasse en taille les deux autres patrouilleurs de la douane, basés respectivement à Boulogne et à Brest.

Ces capacités d'intervention seront rapidement mises en oeuvre, puisque le patrouilleur « Jean-François DENIAU » sera bientôt déployé dans les zones maritimes où les flux de migrants imposent à la France d'être présente. Il participera aux opérations de l'agence européenne FRONTEX dont la mission est de coordonner l'action des États membres aux frontières extérieures de l'Union européenne en matière de lutte contre l'immigration clandestine. La douane garde-côtes et ses équipages sauront s'y engager avec motivation.

La deuxième grande mission du « Jean-François DENIAU » est la surveillance hauturière. Il dispose pour cela de capteurs modernes multiples, de moyens d'interception puissants, et d'un système de mission et de conduite opérationnelle performant. Il est également équipé de cabines spécialement aménagées pour la rétention de personnes interpellées, nécessaires à l'accomplissement de missions purement douanières, quelle que soit la nature du trafic concerné.

Je me félicite de la construction française de ce très beau bâtiment, réalisé dans les chantiers de Saint-Malo et Boulogne-sur-Mer. Je remercie de sa présence parmi nous son constructeur.

Si la coopération interministérielle est essentielle, la coopération internationale est indispensable.

Pour l'ensemble des missions qu'elle exerce en mer, la douane travaille étroitement avec ses partenaires européens. Les trafics en mer se jouant – par nature – des frontières, ces partenariats sont une nécessité.

C'est la raison pour laquelle, tout à l'heure, j'ai signé avec la directrice générale des douanes et le général CAPOLUPO, Commandant général de la garde des Finances italiennes, - que je remercie chaleureusement de sa présence – un protocole d'accord de coopération en matière d'échange d'informations entre nos deux services.

En matière de démantèlement des trafics de tous ordres, le renseignement est en effet le nerf de la guerre. La douane française est dotée d'une direction spécialisée en la matière – la DNRED, direction nationale du renseignement douanier – particulièrement performante et à l'origine de nombreuses affaires. Pour la zone qui nous intéresse aujourd'hui, au cours du seul été 2014, ce sont presque 70 tonnes de stupéfiants qui ont été saisies en Méditerranée grâce à des informations fournies par la douane française.

Cette coopération, et je dirai même cette vocation, européenne s'inscrit au coeur du projet de construction de ce navire puisque le « Jean-François DENIAU » est cofinancé par le fonds frontières extérieures de l'Union européenne, à hauteur de 67 %. C'est assez considérable.

Tous ces résultats ne seraient pas atteints sans les hommes et les femmes qui font la douane.

Spécialistes de la mer, les quelques 600 marins des douanes, dont plus de 50 femmes, font preuve d'un professionnalisme et d'un investissement remarquables.

Parmi eux, la nouvelle brigade des douanes affectée au patrouilleur, constituée de 46 douaniers marins, illustre à la fois la continuité de l'engagement douanier en mer et son adaptation aux nouveaux enjeux.

Cet engagement et cet attachement à leurs missions, j'ai pu le mesurer. J'ai navigué ce matin avec eux et j'ai apprécié la motivation et la rigueur des marins qui composent son équipage.

Toutes les spécialités à bord exigent une excellence que chacun s'emploie à atteindre. À la machine, sur le pont, à la passerelle, ces douaniers marins, forts de leur expérience, s'entraînent et préparent leurs missions futures avec autant d'implication que d'application.

Je sais que les marins sont également soucieux de l'organisation de leur travail et je veux leur dire très simplement qu'avec la directrice générale et le nouveau directeur interrégional, nous sommes attentifs à leurs attentes. Je veux également leur dire que le commandement et l'équipage que j'ai rencontrés ce matin me donnent une pleine confiance en leur succès. Je salue la présence de son fils, de son neveu, de plusieurs de ces petits-enfants.

Pour conclure, il me faut dire un mot du nom de baptême de notre patrouilleur.

Jean-François DENIAU est de ces hommes aux vies multiples et à l'esprit vif : commissaire européen, ministre, député, président de conseil général, ambassadeur, académicien... Comment autant de talents pouvaient-ils coexister dans un même crâne ?!?

De son parcours d'une infinie richesse, oscillant entre service de l'Etat et engagement, je retiendrai pour ma part trois choses à partager avec vous aujourd'hui.

D'abord, Jean-François Deniau, c'est l'Europe des pères fondateurs, cette Europe de la réconciliation et de la paix, cette Europe incroyablement audacieuse qui en 1957 fait le pari d'une coopération institutionnelle et économique quasi-révolutionnaire pour l'époque. Le traité de Rome, Jean-François Deniau a contribué à son élaboration. C'est un texte fondateur, socle encore aujourd'hui de notre destin européen et de la coopération que nous déployons, notamment en matière douanière. Il était fier, je crois, d'avoir réussi à y glisser le mot « idéal »...

Idéaliste... et sans aucun doute homme de valeurs et infatigable combattant des droits de l'homme, il l'était. C'est la deuxième chose que je retiendrai. Je dois dire que je suis particulièrement fier, et que vous pouvez être particulièrement fiers, vous son équipage, que le patrouilleur français chargé de secourir les migrants en détresse porte le nom d'un homme qui a lui-même participé à une opération de sauvetage de réfugiés vietnamiens en 1987. Il avait alors dénoncé avec force le drame des boat people.

Enfin, Jean-François Deniau, c'est un marin. C'est un amoureux et un écrivain de la mer. On connaît tous son appartenance à l'Académie Française mais on sait moins que sa passion lui a valu d'être élu à l'Académie de Marine en 1999, en remplacement – excusez du peu – d'Eric Tabarly. Quelques années plus tard, il fonde le groupe des « Ecrivains de Marine » qui lui vaudra le « Grand Prix de la Mer » pour son action et son oeuvre littéraire.

Ainsi , Jean-François DENIAU incarne à lui seul beaucoup des valeurs portées par les missions confiées à ce navire : faire de la Méditerranée une zone de sécurité et de paix ; protéger les hommes et les femmes de tous les trafics ; incarner la présence de la France et l'action de l'Etat en mer.

C'est pour rendre hommage à ce grand européen, à cet homme d'Etat et à ce marin que nous avons voulu honorer sa mémoire en proposant à sa famille que ce navire exceptionnel porte son nom.

C'est Jeanne, la petite fille de Jean-François DENIAU qui, maintenant, va lui donner son nom et le baptiser, comme le veut la tradition.


Je vous remercie de votre attention.


Source http://www.economie.gouv.fr, le 15 juillet 2015

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