Déclaration de M. Alain Vidalies, secrétaire d'Etat aux transports, à la mer et à la pêche, sur les grandes orientations de la future politique logistique nationale, à Paris le 8 juillet 2015. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de M. Alain Vidalies, secrétaire d'Etat aux transports, à la mer et à la pêche, sur les grandes orientations de la future politique logistique nationale, à Paris le 8 juillet 2015.

Personnalité, fonction : VIDALIES Alain.

FRANCE. Secrétaire d'Etat aux transports, à la mer et à la pêche

Circonstances : Conférence nationale logistique organisée au siège de la Direction générale de l’aviation civile (DGAC), à Paris le 8 juillet 2015

ti : Monsieur le député François-Michel Lambert, président des travaux de la conférence nationale logistique,
Mesdames et messieurs les chefs d'entreprise, les représentants de fédérations qui oeuvrent dans la logistique,
Mesdames et messieurs,


Je tiens tout d'abord à remercier l'ensemble des personnes qui ont contribué à la Conférence Nationale Logistique, et ils sont nombreux : depuis le comité scientifique qui a réalisé le diagnostic, en passant par tous ceux qui ont répondu à la consultation nationale et enfin ceux qui ont participé aux ateliers de travail.

La logistique ne se résume pas à l'organisation des flux de transports. Le périmètre même de mon ministère a pu être qualifié de « ministère des transporteurs ». Pourtant ma charge est bien celle de l'organisation et du fonctionnement, dans leur ensemble, des déplacements de personnes et des échanges de marchandises dans notre pays.

Pour le déplacement de personnes, la mobilité urbaine est en pleine mutation. La multi-modalité, la désintermédiation entre le prestataire et le client, et le développement de services de transport effectués par des non-professionnels, comme le co-voiturage, bouleversent l'ensemble du système.

Pour les transports de marchandises, ce système, c'est celui de la logistique, qui inclut les fonctions d'entreposage, parfois une part de la production, les flux financiers et d'information. Et ces domaines sont porteurs de révolutions techniques et numériques qui remettent aujourd'hui profondément en question ce système, comme nos débats nous l'ont montré.

Le point de départ de l'exercice est celui d'une démarche de consultation : nous sommes partis des besoins des entreprises, des attentes des territoires, et des souhaits des opérateurs.

Cette approche consultative était un préalable essentiel pour bien cibler, ce qui était attendu des pouvoirs publics en général et de l'Etat en particulier.

1. Tout d'abord, le premier bénéfice de la conférence nationale sur la logistique est la mise en lumière, si besoin était, de l'importance stratégique du secteur de la logistique.

Il faut je crois insister sur le caractère inédit de cette démarche : jusqu'à aujourd'hui, l'Etat n'avait jamais donné cette place à la logistique.

L'organisation de cette conférence est un acte d'exploration et d'anticipation. Quand on sait que la logistique représente jusqu'à 1,8 millions d'emplois et contribue à hauteur de 10% au PIB de la France.

Nous devons pourtant y voir une contribution à la richesse nationale.

Dans cette salle, nous avons tous la conviction que si une mauvaise logistique créé des nuisances à la société, à l'inverse une bonne logistique améliore la vie quotidienne de nos concitoyens même si elle ne leur est pas immédiatement visible : il faut maintenant le faire savoir au grand public et à tous les décideurs.

Nous avons mis en place une dynamique qu'il faut poursuivre pour parvenir à des résultats.

2. Le deuxième enseignement de cette journée, c'est que l'Etat et plus largement les pouvoirs publics sont largement attendus, bien que la logistique repose majoritairement sur les acteurs privés.

C'est pourquoi, et nous nous y sommes engagés avec Emmanuel Macron, cet exercice débouchera sur une Stratégie Nationale pour la Logistique qui sera présentée d'ici la fin de l'année 2015.

Mais cette intervention de l'Etat doit reposer sur un contrat avec les acteurs privés de la logistique. En effet, dans le même temps, les acteurs privés de la logistique sont appelés à se structurer ; c'est l'action que poursuit mon collègue Emmanuel Macron au sein de la Commission Nationale des Services.

L'Etat prendra sa part, mais cet exercice ne pourra se faire sans des engagements précis et concrets des entreprises, et des fédérations. En effet, l'Etat est ambitieux mais il ne remplacera pas l'action des acteurs privés qui sont les mieux placés pour gérer les milliers d'euros de stocks qui dorment dans les entrepôts, pour reprendre un exemple marquant de nos débats.

A partir de ce constat, de cette attente, quel peut être le rôle de l'Etat ? Je crois qu'il appartient à l'Etat de prononcer le discours de la Méthode : parce qu'il est lui-même pourvoyeur d'infrastructure logistique, parce qu'il est actionnaire de grands acteurs logistiques à l'instar de SNCF ou de La Poste, et parce qu'il fixe les réglementations de toutes natures, techniques, environnementales, fiscales, sociales etc…

Dans le même temps, l'Etat, au travers de son administration mais plus globalement les services publics et les entreprises publiques, dont certaines jouent un rôle logistique majeur, sont appelés à contribuer à cette dynamique. Développer une nouvelle approche de la logistique dans les grandes administrations et des services publics, c'est donner une impulsion au secteur tout en participant à la maitrise de la trajectoire des finances publiques.

L'Allemagne l'a fait en 2010 en éditant son « Master Plan » ; la stratégie nationale « France Logistique » intégrera quant à elle, une dimension prospective allant jusqu'en 2025.

La stratégie que nous souhaitons mettre en oeuvre doit en effet intégrer une vision de long terme et ne pas rester dans une approche micro-économique.

Derrière l'organisation de la logistique, il y a un modèle de société.


Il ne s'agit pas uniquement de travailler aux conditions de la compétitivité de la filière logistique, mais également de penser son inscription dans le développement durable, son adaptation dans la transition numérique, notamment au regard des enjeux sociaux qui y sont attachés.

3. Tous ces défis nécessitent de définir la méthode à suivre, en cohérence entre tous les acteurs.

A travers cette stratégie nationale, l'Etat doit formuler des objectifs :

- en matière d'emplois, de recrutements et de formation,
- en matière de réductions des émissions de gaz à serre,
- en matière d'investissements logistiques, qu'il s'agisse des projets d'infrastructures stratégiques pour la chaîne logistique ou la question particulière de la modernisation des entrepôts.

Pour inscrire la conduite de cette stratégie dans la durée, la question de notre organisation collective et singulièrement celle des pouvoirs publics, s'impose.

Cette stratégie nationale devra en premier lieu s'articuler avec les stratégies régionales et métropolitaines. En effet, pour cette question de la logistique, l'échelon pertinent est celui de la région et de la métropole. La nouvelle organisation territoriale de la République issue de la loi NOTRe et de la loi MAPTAM va légitimer cette articulation territoriale.

Il sera d'abord impératif d'articuler les politiques publiques à tous les niveaux. Notre feuille de route ne sera pas oubliée aussitôt approuvée. Ce document sera vivant, il s'inscrira en cohérence avec les stratégies régionales. Il s'appuiera sur un organe de pilotage souple que nous aurons à déterminer.

Je tiens d'ailleurs à saluer les démarches territoriales comme celle mise en place par la région Bretagne ou par la région Languedoc-Roussillon pour leur caractère exemplaire et précurseur, ou encore les chartes de logistique urbaine comme celles de Paris ou de Lyon.

Mais je pense qu'il nous faudra aller plus loin et inscrire la logistique dans les documents de planification à l'instar du SRADDET (Schéma régional d'aménagement, de développement durable et d'égalité des territoires). Parallèlement, le dialogue entre l'Etat et les régions sur ce sujet de la logistique pourrait se traduire par des réunions annuelles pour recenser les projets d'investissement logistique et coordonner les politiques.

La période est d'ailleurs une opportunité pour que les futures grandes régions se saisissent de ce sujet stratégique et prévoient parmi les délégations de compétences aux futurs élus, un vice-président chargé du développement économique et de la logistique.

Par ailleurs, il sera impératif de poursuivre le travail engagé, d'une meilleure connaissance du périmètre de la logistique et du meilleur partage des données associées entre l'ensemble des acteurs. Pour définir l'organisation adaptée à mettre en place, nous mobiliserons nos inspections générales – le CGEDD et le CGE – pour nous faire des propositions avant la fin de cette année, en prenant appui notamment sur les services statistiques du MEDDE (SOeS) et du Ministère de l'Economie (INSEE), mais aussi les différents observatoires régionaux ou sectoriels déjà en place.

4. Les leviers d'action

Au delà de cette méthode collective de gouvernance, nous aurons à peser sur différents leviers d'action. Les discussions d'aujourd'hui ont permises d'en mettre en exergue quelques-uns, que je souhaite mentionner pour terminer :

A. Optimiser les infrastructures de transport

La performance logistique passe par une meilleure utilisation de nos équipements et infrastructures. Nous disposons encore de marges qu'il faut savoir exploiter, pour rendre nos infrastructures déjà existantes plus performantes encore, en optimisant leurs usages au service des besoins de la logistique. Le travail est d'ailleurs déjà engagé par la conférence fret ferroviaire :

- en réalisant des investissements ciblés et stratégiques sur les lignes capillaires fret essentielles aux entreprises et à la logistique ;
- en améliorant l'accès aux infrastructures ferroviaires, par la qualité des sillons ;
- tout en veillant à ce que les évolutions tarifaires soient strictement corrélées aux évolutions de la qualité de service offerte aux entreprises.

Les actions conduites pour une plus grande efficacité des terminaux de transport combiné, ou les mesures visant à faire des Grands Ports Maritimes des acteurs centraux pour l'organisation de chaines logistiques performantes, doivent être poursuivies et encouragées : elles montrent déjà des résultats.

Avec la massification des flux, il faudra permettre l'ouverture des données de transport de marchandises pour que les développeurs créent les services de demain, qui partiront le plus souvent du besoin du client.

Pour poursuivre ces efforts et engranger de nouveaux résultats, je suis heureux de vous annoncer avec le CGI, le lancement d'un nouvel appel à projets dans le cadre du Programme Investissement d'Avenir.

Cet appel à projets, intitulé « Logistique et intermodalité » vise à financer des projets de recherche et développement dans le domaine de la logistique et du transport de marchandises. Le Gouvernement entend ainsi renforcer l'efficacité économique des acteurs de cette filière tout en limitant les impacts environnementaux générés par ces activités. L'appel à projets favorisera l'intermodalité et le report modal, ainsi que le développement de solutions qui permettent d'optimiser les flux de marchandises au niveau des ports, gares, aéroports ou plateformes logistiques.

Les porteurs de projets ont jusqu'au 31 octobre 2016 pour déposer des projets qui pourront notamment porter sur :

- La manutention et le transfert de marchandises entre les différents modes de transports ;
- L'identification et la traçabilité des marchandises ;
- Le développement de conteneurs de nouvelle génération ;
- Les systèmes de gestion optimisée des flux logistiques ;
- L'automatisation de la gestion des stocks afin d'optimiser les taux remplissage et de limiter les retours à vide des moyens de transport.

B. 2ème levier d'action : l'emploi et la formation

Vos contributions l'ont montré : le secteur connait également un déficit d'attractivité en termes d'emplois et de compétences. Je suis prêt à m'engager auprès de vous dans l'action de valorisation des métiers et le renforcement des formations de la logistique et supply chain, tel qu'il ressort de vos ateliers. Ce travail sera initié entre les services compétents avec les représentants des branches pour avancer sur la définition des métiers et des compétences afférentes, notamment au travers des deux référentiels nationaux sur les métiers (le « ROME ») produits par Pôle Emploi, et en matière de formation, le Formacode. J'ai également interrogé mon collègue Ministre du Travail sur les possibilités existantes en termes de renforcement de la formation professionnelle et de préparation des emplois au monde de demain. Notre responsabilité collective est de se préparer aux changements déjà engagés avec la transition numérique, les objets connectés ou encore l'automatisation de certaines fonctions. Ces éléments seront intégrés dans la Stratégie Nationale, en conservant notre préoccupation constante en matière d'organisation du travail et de conditions de travail. La conférence européenne sur le transport routier que nous avons organisée l'an dernier a fourni nombre d'illustrations des risques qui pèsent, à terme, sur un secteur mal régulé, s'agissant en particulier d'emplois de main d'oeuvre voire d'emplois peu qualifiés.

C. 3ème levier d'action : Harmoniser et simplifier

Les contributions sont unanimes : au travers de la consultation publique, dans les travaux des ateliers, une demande d'harmonisation, de simplification mais aussi de stabilisation de la réglementation s'est fortement exprimée. Le choc de simplification amorcé par le Président de la République en mars 2013 doit pouvoir trouver sa mise en oeuvre au bénéfice de la logistique. Evidemment, compte-tenu de la diversité des champs réglementaires qui touchent la logistique, ces questions dépassent nos seuls domaines de compétence. Mais je proposerai, avec mon collègue E. Macron, qu'un chantier spécifique soit engagé dans le vaste programme de simplification mené par le gouvernement, autour des enjeux particuliers de la logistique. J'ai déjà pu constater des améliorations notables pour le passage douanier dans nos ports, notamment avec la possibilité donnée aux entreprises agréées d'autoliquider leur TVA à l'importation ou encore la procédure fluvio-maritime qui décale le dédouanement au plus près de l'entreprise importatrice. Je souhaite que nous puissions poursuivre dans ce sens, notamment en élargissant à davantage d'entreprises cette mesure.

D. 4ème levier d'action : préparer la logistique de demain

Ainsi, je souhaite que la Stratégie Nationale aboutisse à la mise en place d'un référentiel RSE commun et partagé par l'ensemble des acteurs. Il s'agit d'adapter au secteur spécifique de la logistique, les normes utilisées dans beaucoup d'autres secteurs permettant d'attester la responsabilité sociale et environnementale des acteurs. Inspirons nous des excellentes initiatives sectorielles ; je pense évidemment à l'engagement des transporteurs autour de la « Charte CO2 », démarche d'engagement volontaire qui sera prochainement renforcée par la création d'un label pour les entreprises ayant atteint un haut niveau de performance environnementale. Et plus récemment le lancement, avec l'ADEME, de « Fret 21 – les chargeurs s'engagent ». Nous devons y travailler ensemble afin de rendre plus lisibles les multiples dispositifs aujourd'hui en place.

Dans le même temps, le changement climatique nous interroge sur les différents modèles économiques en place. La loi sur la transition énergétique fixe donc des objectifs en matière d'économie circulaire. La logistique doit s'y préparer, en améliorant la logistique inverse et la gestion des déchets, et participer à la réduction de l'impact de l'économie sur notre environnement.

La COP 21 va être un moment majeur de cette fin d'année 2015 et les urgences climatiques vont de plus en plus rythmer la vie de notre pays et de notre planète. Chaque secteur doit s'y adapter et le prendre en compte.

5. Conclusion

La Conférence Nationale Logistique est un formidable exercice qui réveille nos organisations et créé une dynamique sans précédent.

Nous pouvons être fiers, je crois du travail réalisé dans un calendrier très contraint qui a permis de cibler les défis que la filière logistique doit réussir : anticiper les mutations, innover sans cesse et développer une responsabilité sociale et environnementale.

Nos travaux déboucheront sur une stratégie nationale pour la logistique qui intégrera à la fois une vision de long terme et des actions concrètes.

Cette stratégie sera interministérielle afin de mettre en place une politique publique cohérente, elle sera assise sur un dialogue approfondie avec les futures grandes régions et les territoires qui développeront leurs stratégies territoriales.

Avec le ministre de l'Economie, de l'Industrie et du Numérique, nous sommes les porteurs de cette ambition pour construire « France Logistique 2025 ».


source www.developpement-durable.gouv.fr, le 16 juillet 2015

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