Interview de M. Alain Vidalies, secrétaire d'Etat aux transports, à la mer et à la pêche, à Europe 1 le 8 juillet 2015, sur la modernisation des trains intercités. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Alain Vidalies, secrétaire d'Etat aux transports, à la mer et à la pêche, à Europe 1 le 8 juillet 2015, sur la modernisation des trains intercités.

Personnalité, fonction : VIDALIES Alain, SWITEK Maxime.

FRANCE. Secrétaire d'Etat aux transports, à la mer et à la pêche;

ti : JOURNALISTE
De moins en moins de passagers, des trains hors d'âge, des lignes qui coûtent très chères, le gouvernement veut réorganiser le réseau des trains Intercités. Va-t-on vers la suppression de plusieurs lignes, la France va-t-elle sacrifier son réseau ferroviaire ? C'est « la question qui fâche » de 7h15 sur Europe 1.

MAXIME SWITEK
Question que nous allons poser en direct à Alain VIDALIES. Bonjour.

ALAIN VIDALIES
Bonjour/

MAXIME SWITEK
Vous êtes secrétaire d'Etat en charge notamment des Transports. Vous l'avez annoncé hier, vous allez mettre sur la table, d'ici 2025, un milliard et demi d'euros pour acheter de nouvelles rames pour ses fameux trains intercités. Ca c'est la bonne nouvelle. Mais pourquoi ne pas avoir tout dit tout de suite, et pourquoi ne pas avoir annoncé tout de suite que des lignes allaient être supprimées ?

ALAIN VIDALIES
Je ne sais pas si les lignes seront supprimées, le constat aujourd'hui c'est que ces fameux trains Intercités – qu'on appelait les trains Corail – ce sont des trains, c'est très hétérogène, un certain nombre sont des trains qui remplissent ….ce que font aussi les TER gérés par les régions, d'autres sont des grandes lignes structurantes, et un matériel très vieillissant. Trente-deux ans de moyenne d'âge, parfois 40 % pour les locomotives, et les voyageurs qui ne sont pas aujourd'hui au rendez-vous, 200 millions de déficit en 2010, 400 millions cette année, probablement 500 millions si on ne fait rien.

MAXIME SWITEK
Donc il faut tout revoir.

ALAIN VIDALIES
Donc il faut tout revoir. C'était l'objectif d'un rapport que j'avais demandé, le rapport DURON. Il faut tout revoir, apporter des réponses ; une partie de la réponse relève de la négociation avec les régions, d'où la difficulté de calendrier - ne pas négocier avec les exécutifs sortants, alors qu'il y a des élections dans quatre mois – donc on engage la négociation, et elle sera finie au mois de mai 2016.

MAXIME SWITEK
Mais ça veut dire aussi que vous n'avez pas voulu jeter de l'huile sur le feu avant les régionales et vous fâchez avec un certain nombre d'électeurs en annonçant ces fameuses suppressions de lignes qui auront lieu, c'est inévitable, vu le constat que vous faites ?

ALAIN VIDALIES
Ce n'est pas inévitable. Parce qu'un certain nombre de lignes qui sont gérées aujourd'hui dans le cadre de ces TET sont aussi gérées aussi par les régions. Je pense que …

MAXIME SWITEK
Alors le TET c'est les Intercités.

ALAIN VIDALIES
Voilà c'est les Intercités, les trains Corail. Mais il y a un certain nombre de doublons. Ce système est complètement hétérogène. A part la question des trains de nuit il y a des lignes structurantes qui seront maintenues, donc je ne pars pas dans cette discussion avec l'idée qu'à la fin on va forcément fermer les lignes.

MAXIME SWITEK
Mais vous parliez du rapport DURON, rapport d'un député socialiste, qui vous a été rendu en mai, dans ce rapport c'était très clair, il était dit qu'il fallait par exemple fermer au moins cinq lignes, Quimper/Nantes, Bordeaux/Toulouse – il y en avait d'autres – qu'il fallait remplacer certaines lignes Intercirtés par des cars comme pour Bordeaux/Lyon. Vous reconnaissez que ça c'est à l'étude ?

ALAIN VIDALIES
Ça c'est à l'étude, évidemment c'est le rapport DURON. Mais les solutions ne sont pas forcément celles là. Nous allons examiner avec les régions et avec les nouvelles régions, parce qu'un certain nombre de ces lignes qui aujourd'hui sont à cheval sur deux régions, à partir du mois de janvier, par exemple si vous faites Bordeaux/Brive, aujourd'hui c'est deux régions, mais demain ce sera une seule région ; donc ça change la donne, y compris du point de vue de la région, et donc il peut y avoir des solutions de substitution. Mais dans tous le cas l'objectif il est clair, je veux renouveler le matériel, ce n'est pas possible de faire cette offre-là. Deuxièmement je veux revoir l'ensemble des services, parce que ces trains n'ont pas aujourd'hui la qualité suffisante, mais aussi maitriser les déficits.

MAXIME SWITEK
Mais alors justement, si vous dites : aujourd'hui je ne peux pas assurer que telle ou telle ligne sera maintenue, ou telle ou telle ligne sera supprimée, quelles sont les pistes d'économie que vous envisagez concrètement ?

ALAIN VIDALIES
Les pistes d'économie aujourd'hui c'est que les régions reprennent un certain nombre de ces lignes qui ne relèvent pas….

MAXIME SWITEK
Les régions vous disent qu'elles n'ont pas les moyens.

ALAIN VIDALIES
Quand je dis reprendre c'est un peu plus compliqué que ça, puisqu'il y a des trains qui sont gérés par les régions qui font le même parcours déjà, c'est-à-dire en fait du cabotage, donc il peut y avoir de la rationalisation de ce point de vue. Un certain nombre de lignes, j'espère, seront améliorées. Il y a des travaux sur les lignes, des nouveaux trains…..il faut aussi qu'il y ait des voyageurs, parce que la question de fond c'est que le nombre de voyageurs diminue, parce qu'ils choisissent d'autres formes de mobilité. Donc il faut aussi renouveler les matériels et puis renouveler les …

MAXIME SWITEK
Mais pour l'instant, dans tout ce que vous dites, ça ne fait pas des économies.

ALAIN VIDALIES
Ce que l'on dit pour l'instant ça ne fait pas des économies concrètement, mais j'ai dit clairement les choses, l'objectif : je n'accepte plus, parce que tout simplement ce n'est pas raisonnable, d'avoir 500 millions de déficit uniquement sur ces trains. Donc je ne veux pas faire des bénéfices, ce n'est pas l'objectif, mais je veux réduire le déficit à un niveau raisonnable.

MAXIME SWITEK
Mais quand on voit le tableau général, c'est un système qui coute trop cher et qui est boudé par les voyageurs, pour vous ce n'est pas la preuve que le système est complètement dépassé, dépassé par l'avion, dépassé par le covoiturage par exemple ?

ALAIN VIDALIES
Je pense que c'est surtout un système dont on ne s'est pas occupé. Quand vous avez des lignes qui sont vieillissantes, on est obligé de faire 2 milliards de travaux. Aujourd'hui qu'est-ce qu'on fait ? Les lignes sont tellement vieilles qu'on ralentit les trains. Eh bien quand on ralentit les trains, la ponctualité n'est pas au rendez-vous non plus, avec du matériel qui est vieux et il y a d'autres formes de mobilité qui apparaissent. Donc c'est vrai aussi que sur la qualité et l'accès à la wifi à l'intérieur des trains, à la ponctualité, je demanderai à la SNCF de faire des efforts. Mon objectif c'est effectivement la question budgétaire, mais surtout que les trains d'équilibre du territoire ont un avenir.

MAXIME SWITEK
En sacrifiant éventuellement donc des lignes Intercités – on voit que vous ne voulez pas vous engager ce matin – en remettant en cause certaines lignes à grande vitesse prévues est-ce que vous n'êtes pas en train de sacrifier tout le système ferroviaire français ?

ALAIN VIDALIES
Je pense que je fais exactement le contraire. C'est-à-dire qu'aujourd'hui moi je crois à l'avenir du ferroviaire ; je crois que le train, en tant que moyen de mobilité, il a un atout sur les autres. C'est qu'à un moment de vie où on peut travailler, dormir, échanger, ce qu'on ne peut pas forcément faire dans un avion, dans une voiture, en covoiturage. Encore faut-il qu'il soit à ce rendez-vous avec ces qualités-là. Donc je crois à l'avenir du train, mais ça ne sert à rien de rester passif, en regardant la dégradation et du réseau, et des trains. Je fais exactement le contraire.

MAXIME SWITEK
Mais on sait que le train coûte très cher en termes d'infrastructures. Est-ce que nous avons encore les moyens de nos ambitions ferroviaires ?

ALAIN VIDALIES
Je pense que nous avons les moyens de nos ambitions ferroviaires, à condition de faire un certain nombre de choix. J'ai dit, les choses ne vont pas être faciles, nous n'en avons pas parlé mais sur les trains de nuit il y a deux lignes qui sont nécessaires sur Briançon et sur la Tour de Carol, sur les autres la discussion va s'ouvrir. C'est 3 % des voyageurs des TET simplement, les trains de nuit c'est 100 millions de déficit, c'est-à-dire 25 % du déficit. Là aussi c'est aussi le voyageur, c'est-à-dire le citoyen qui choisit à un moment donné ce qu'il veut comme mobilité. Je crois que les trains ont un avenir.

MAXIME SWITEK
Je vous repose la question, vous vous engagez ce matin à ce qu'il n'y ait aucune ligne fermée, aucune ligne Intercités supprimée ?

ALAIN VIDALIES
Je ne sais pas ce que sera le résultat, si effectivement sur telle ou telle ligne il n'y a pas de solution de substitution et qu'aujourd'hui la dégradation est trop importante, il y aura peut-être ici ou là des fermetures lorsqu'il y aura des solutions alternatives en matière de mobilité ; donc je ne veux pas m'engager sur des choses qui ne seront pas forcément au rendez- vous. J'essaye de concilier la rénovation, l'avenir des trains Intercités et la maitrise des déficits.

MAXIME SWITEK
Une toute dernière question, remplacer, comme c'est évoqué, certaines lignes de train par des lignes de car, c'est écolo ?

ALAIN VIDALIES
Vous savez ce qui a été dit précédemment montre que parfois on peut en matière de pollution et notamment de CO2 avoir des moyens automobile ou de car qui sont performants, mais il y a aussi la question budgétaire. Vous savez ce n'est pas d'aujourd'hui que parfois dans un certain nombre d'endroits on a supprimé les trains pour mettre des cars ; c'est par l'objectif, il n'y a pas aujourd'hui une décision qui consiste à dire on va mettre des cars à la place des trains. Mais songez que sur un certain nombre de lignes de train la subvention publique aujourd'hui, c'est dans le rapport DURON, c'est 265 euros par voyageur et par jour. Donc on est dans les limites du raisonnable. Si on trouve une autre solution, on fera différemment, mais sinon il faut offrir à ces gens là un autre mode de mobilité. Je crois que ça chacun doit le comprendre.

MAXIME SWITEK
Merci Alain VIDALIES, secrétaire d'Etat aux Transports, d'être venu en direct ce matin sur Europe 1.


source : Service d'information du Gouvernement, le 21 juillet 2015

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