Déclaration de M. Michel Sapin, ministre des finances et des comptes publics, sur le souhait du gouvernement que la Grèce reste dans la zone euro, à l'Assemblée nationale le 8 juillet 2015. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de M. Michel Sapin, ministre des finances et des comptes publics, sur le souhait du gouvernement que la Grèce reste dans la zone euro, à l'Assemblée nationale le 8 juillet 2015.

Personnalité, fonction : SAPIN Michel.

FRANCE. Ministre des finances et des comptes publics

Circonstances : Séance de questions d'actualité, à l'Assemblée nationale le 8 juillet 2015

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Monsieur le Député, un débat se tiendra, dans une heure, à l'initiative du bureau de l'Assemblée nationale. À cette occasion, le Premier ministre pourra, devra - il le fera évidemment - expliquer pleinement la position de la France, même si je vais d'ores et déjà vous apporter quelques éléments de réponse.

On peut vouloir faire le procès de tel ou tel pays, de son gouvernement ou même du gouvernement français - nous sommes là dans la politique politicienne, qui fait partie du débat démocratique, du débat existant au sein de cette assemblée. Monsieur le Député, je sais que, compte tenu de vos qualités, de vos engagements et des fonctions que vous avez assumées, vous êtes en mesure de vous situer à un plus haut niveau. Je vous appelle les uns et les autres, à faire attention au procès de l'histoire. C'est le seul qui compte aujourd'hui. Quel pourrait être le procès de l'histoire au regard de l'attitude que, les uns et les autres, nous prenons aujourd'hui ?

Que veut la France ? Que la Grèce reste, non pas seulement dans l'Europe - elle en fait partie intégrante - mais dans l'euro, parce que c'est l'intérêt de la Grèce et, plus largement, celui de l'Europe, de la zone euro et de la France. Non pas tant que nous soyons aujourd'hui menacés par une crise économique ou financière, comme cela a pu être le cas il y a quelques années - la France est beaucoup plus forte, l'Europe s'est elle-même renforcée, et la crise frapperait d'abord, et frappe d'ailleurs déjà, la Grèce - mais parce que c'est le projet européen que nous défendons, que vous défendez, que nous sommes capables de défendre ensemble.

La France, elle, veut que la Grèce reste dans l'euro, mais pas à n'importe quelles conditions. Cela n'est possible que si le gouvernement grec fait des propositions : c'est ce qu'il est en train de faire, et nous allons pouvoir juger dans les minutes, les heures ou les jours qui viennent de leur qualité. C'est sur ces propositions que nous pourrons, les uns et les autres, prendre nos responsabilités devant l'histoire.


Monsieur le Député, vous avez placé votre question au niveau qu'il convient. Vous avez rappelé que l'enjeu était de savoir non pas quels commentaires nous faisons au jour le jour, ou semaine après semaine, mais quel commentaire il sera fait sur le rôle des uns et des autres, le positionnement des uns et des autres lorsque la situation sera analysée dans cinq ou dix ans.

Je préfère largement la position que vous avez exprimée, Monsieur le Député, à savoir la nécessité que la Grèce reste dans l'euro, car c'est l'intérêt de la Grèce, de l'Europe et de la France, à celle de ceux qui déclaraient voilà quelques jours que la Grèce devait être accompagnée en dehors de l'euro.

Notre responsabilité est de nous interroger sur ce que nous pouvons faire pour que la Grèce reste dans la zone euro. C'est ce que nous voulons, mais c'est aussi ce que veut le gouvernement grec. Monsieur le Député, vous avez fait allusion au référendum qui a été organisé, librement - c'est la démocratie -, par le gouvernement grec. Quel enseignement va-t-il en tirer ? Je pense et j'espère qu'il en tirera la force d'une majorité et de partis démocratiques qui se sont rassemblés dès hier et avant-hier sur une même plateforme pour faire en sorte que des propositions soient avancées à l'ensemble de l'Europe afin de permettre à la Grèce de rester dans l'euro. Telle est sa responsabilité.

Le gouvernement grec, grâce aux résultats du référendum, est peut-être plus fort pour faire accepter plus facilement les compromis qui permettront d'avancer pour la Grèce en Europe. Voilà ce que je souhaite, voilà ce que je sens. J'en veux pour preuve la lettre qui vient d'être envoyée par le gouvernement grec demandant qu'un nouveau plan soit mis en oeuvre, que la Grèce dispose d'un nouveau moyen pour faire face à ses responsabilités, lesquelles consistent aussi avant tout à faire des réformes.


Madame la Députée, la réponse à votre question conclusive ayant déjà été donnée par le bureau de l'Assemblée nationale, je ne développerai pas cet aspect-là. Je veux néanmoins insister sur le fait que nous voulons le maintien de la Grèce dans la zone euro.

Cependant, comme dirait l'autre, il ne suffit pas de le dire. Il faut se donner les moyens d'y parvenir. Quels sont-ils ? C'est la position française qui rassemble les bons moyens pour permettre à la Grèce de rester durablement dans l'euro, sans aller de crise en crise, de situation difficile en situation difficile. Le plan doit être global pour être durable.

Un plan global doit traiter, à l'initiative du gouvernement grec, des réformes nécessaires, des réformes fiscales et budgétaires indispensables pour équilibrer le budget grec. Il doit traiter, à l'initiative de l'Europe, du soutien à l'investissement en Grèce pour que ce pays retrouve une capacité de développement économique sur tous les plans, y compris sur un aspect qui vous tient particulièrement à coeur, Mesdames, Messieurs les Députés du groupe écologiste : le développement durable.

Un plan global doit aussi prévoir un financement, sur plusieurs mois ou peut-être plusieurs années, pour accompagner le redressement de la Grèce dans les années qui viennent, car s'il n'y a pas de solidarité en face de la responsabilité, il n'y aura pas de solution pour sortir la Grèce de la situation dans laquelle elle se trouve.

Un plan global, enfin, doit traiter de la dette, du poids de la dette, et la France en a parlé depuis le début, malgré les difficultés qu'il y avait à aborder le sujet. Voilà le plan global que nous voulons. Il est sur la table, nous le portons depuis le début, c'est celui qui est examiné en ce moment même. La solution ne sera cependant trouvée qu'à l'initiative du gouvernement grec ; j'ai bon espoir qu'elle le soit.


Source http://www.diplomatie.gouv.fr, le 21 juillet 2015

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