Interview de M. Michel Sapin, ministre des finances et des comptes publics, à "Europe 1" le 17 juillet 2015, sur l'accord signé entre la Grèce et les pays de la zone euro et la nécessité d'un allègement de la dette grecque. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Michel Sapin, ministre des finances et des comptes publics, à "Europe 1" le 17 juillet 2015, sur l'accord signé entre la Grèce et les pays de la zone euro et la nécessité d'un allègement de la dette grecque.

Personnalité, fonction : SAPIN Michel, KARA Alexandre.

FRANCE. Ministre des finances et des comptes publics;

ti : ALEXANDRE KARA
Michel SAPIN, bonjour !

MICHEL SAPIN
Oui bonjour !

ALEXANDRE KARA
Merci d'être avec nous ce matin, il y a quelques minutes, Christine LAGARDE, la patronne du FMI, était sur Europe 1, elle répondait aux questions de Maxime SWITEK. A la question « le plan d'aide à la Grèce est-il viable sans allégement de la dette ? », sa réponse a été sans ambigüité « non ». Est-ce que c'est aussi la position de la France ?

MICHEL SAPIN
Oui, c'est la position de la France et ça l'est d'ailleurs depuis le début ; c'est peut-être un des éléments qui a singularisé la position de la France et la voix de la France. Qu'est-ce que cela veut dire ? Ca veut dire qu'on ne peut pas simplement demander des efforts aux Grecs qui sont de lourds efforts, nécessaires, absolument indispensables sans apporter par ailleurs des éléments qui vont leur faciliter la vie. Il faut de l'investissement, donc on a un plan d'investissement, 35 milliards d'investissement portés par l'Europe et il faut alléger – alléger, je dirais quelques mots sur ce que veut dire « alléger » - mais alléger le poids de la dette tout particulièrement dans les prochains mois et les prochaines années pour laisser le temps à l'économie grecque de retrouver son envol, de retrouver de la croissance, de retrouver de l'emploi.

ALEXANDRE KARA
Alors, selon Christine LAGARDE pour alléger la dette, il y a trois manières, d'abord allonger la période de remboursement, ensuite allonger la période de grâce, c'est-à-dire la période pendant laquelle on ne rembourse pas et enfin, réduire les intérêts au maximum. Est-ce que vous êtes d'accord sur ces trois points ?

MICHEL SAPIN
Là encore, oui et c'est toute la différence avec ce que certains pouvaient préconiser, qui était de supprimer de la dette. Je dois cent aux Européens, je rembourserai 80. ca, c'était quelque chose que nous ne pouvions pas accepter et que je ne pouvais pas accepter parce que ça voulait dire aux Français qui ont participé à ces cent que finalement au bout du compte, ils ne retrouveraient pas leur argent. Nous, nous voulons que ceux qui ont fait acte de solidarité, j'entends souvent le terme de « créancier » comme si on était des Français ou des Européens étaient des sortes de banquiers qui cherchaient à faire de l'argent sur le dos des Grecs, non. C'est de la solidarité, on a apporté de quoi payer les fonctionnaires, de quoi payer les pensions et il fallait le faire mais il faut que nous puissions retrouver notre argent mais retrouver notre argent, ça n'est pas la même chose que d'étaler dans le temps le remboursement ; chacun le voit bien, vous achetez un appartement, vous rajoutez 5 ans de plus en discutant avec votre banquier, ça allège votre poids chaque mois. Et pourtant, au bout du compte, vous aurez remboursé la même somme. C'est ça que nous avons voulu ; c'était la position là aussi singulière de la France mais qui est à la fois le respect des règles européennes et en même temps apporter au peuple grec un allègement qui est nécessaire.

ALEXANDRE KARA
Cette positon singulière de la France dont vous parlez qui va avec la position du FMI, est-ce qu'elle peut être partagée par nos amis allemands ?

MICHEL SAPIN
Elle l'a été au bout du compte. Mais tout a été partagé, les efforts nécessaires …

ALEXANDRE KARA
Mais est-ce qu'elle sera sur la question de l'allègement de la dette ?

MICHEL SAPIN
Oui, ce que je viens de décrire, ce que Christine LAGARDE a décrit, c'est-à-dire cette manière de faire en sorte que le poids de la dette soit moins pesant sur ces premières années pour l'économie grecque, c'est très exactement ce qu'a été adopté dans l'accord, ce fameux accord qui a été négocié dans la nuit du dimanche au lundi ; ça n'a pas été simple mais c'est un élément indispensable et c'est ce que nous allons mettre en oeuvre dans le cadre de ce qui va être discuté maintenant dans les trois semaines qui viennent pour remettre vraiment sur les rails l'économie grecque, lui permettre de retrouver cette croissance dont elle a besoin mais dont nous avons aussi besoin parce que nous aidons entre guillemets la Grèce mais enfin, elle s'aide elle-même aussi avec des efforts considérables mais c'est aussi pour nous, c'est aussi pour nous Européens mais c'est aussi pour nous Français, on aune croissance qui reprend, qui reprend plus fortement que ce que nous avons pu connaitre au cours de ce quatre dernières années, ce n'est pas le moment d'inquiéter, ce n'est pas le moment de pousser telle ou telle entreprise à dire « j'allais investir mais finalement à cause de ces problèmes grecs, je vais repousser mon investissement. » Non on stabilise les choses, on donne de la visibilité, on donne de la confiance, c'est bon aussi pour notre économie.

ALEXANDRE KARA
Michel SAPIN, moi qui ne suis pas dans le secret des dieux, vous allez m'éclaire, vous allez m'expliquer un peu la subtilité de ces négociations , j'aimerais comprendre pourquoi on n'a pas parlé de l'allègement de la dette lors de la négociation de ce plan alors que vous me dites que tout le monde est au courant, que le FMI l'avait déjà mis sur la table et pourtant, on n'a pas l'impression d'en avoir entendu parler au moment des négociations à Bruxelles.

MICHEL SAPIN
Si, c'est un sujet que …

ALEXANDRE KARA
Est-ce que ça pouvait heurter un certain nombre de pays, notamment les pays les plus durs, que ce soit l'Allemagne, la Finlande par exemple …

MICHEL SAPIN
Je vais redire les choses parce qu'on parle beaucoup de cette question de la dette, on a raison mais ce qui est impossible, ce qui heurtait tout le monde, y compris moi parce que c'était une atteinte à l'intérêt de nos citoyens contribuables, c'était de faire diminuer la valeur de la dette, voilà, supprimer de la dette, ça, ça n'était pas possible mais depuis des semaines, nous avons mis sur la table le fait qu'il serait nécessaire de traiter cette question de la dette pour avoir un accord. Souvenez-vous des paroles du président de la République : un accord global pour que ce soit un accord durable. On n'a pas envie de recommencer toutes les trois semaines ce genre de cinéma.

ALEXANDRE KARA
Est-ce que ce n'est pas aussi une manière aujourd'hui de redonner confiance aux économistes, à l'économie en général parce qu'on l'a vu, le consensus des économistes juge généralement ce plan de sauvetage quasi intenable pour les Grecs !

MICHEL SAPIN
Alors, je ne sais pas ce que c'est que le consensus des économistes mais moi, j'en connais beaucoup qui heureusement savent que c'est le bon …

ALEXANDRE KARA
En tout cas, on en a entendu plus qui ont dit que ce plan était intenable ….

MICHEL SAPIN
Parce que c'est normal et que c'est comme ça ! Dans la vie, on entend toujours ceux qui sont contre et on n'entend jamais ceux qui sont pour, mais heureusement que ce plan a été construit par un certain nombre de spécialistes, d'économistes comme vous dites, qui ont essayé de faire en sorte qu'il soit calibré de manière à ce qu'il soit à la fois supportable par l'économie grecque et, en même temps, qui lui redonne à terme dans les semaines et dans les mois qui viennent cette énergie nécessaire. Il faut imaginer ce que c'est que l'économie grecque : elle est à l'arrêt total. Les banques sont fermées, il n'y a plus de transactions, 80 % de l'alimentation grecque – paraît-il une partie de la feta – sont importés de l'extérieur, il n'y a plus une importation, il n'y a plus rien dans les grands magasins, 80 % de l'énergie pour faire fonctionner les usines est importée, il n'y a plus d'importation d'énergie. Vous avez des usines qui sont fermées parce qu'il n'y a plus de pétrole ou il n'y a plus de charbon. C'est à cela qu'il fallait aujourd'hui mettre fin pour que la Grèce retrouve un peu d'animation, un peu d'activité et à partir de là un peu d'espoir.

ALEXANDRE KARA
J'imagine que ça fera plaisir aux Grecs d'entendre votre optimisme, mais ce n'est pas toujours le cas de tous parce que, par exemple, votre homologue Wolfgang SCHÄUBLE, lui, milite toujours – il l'a dit dans une interview hier – pour un Grexit temporaire, c'est-à-dire pour la sortie temporaire de la Grèce de l'union monétaire.

MICHEL SAPIN
Ce n'est pas ce qu'il va dire au Parlement aujourd'hui puisqu'il va, avec Angela MERKEL…

ALEXANDRE KARA
En tout cas, il l'a dit hier. S'il a une capacité à changer d'avis en vingt-quatre heures…

MICHEL SAPIN
Je vais vous dire ce que j'en pense. Ce n'est pas ce qu'il dit en ce moment ou dans quelques heures à son Parlement puisqu'en Allemagne, pour que cet accord puisse être mis en oeuvre, il faut un accord formel du Parlement. Vous savez que chez nous, nous l'avons voté à une très, très large majorité même si ce vote n'était pas nécessaire ; en Allemagne, c'est absolument nécessaire. Il défend le plan tel qu'il est et, évidemment, dans le plan il n'y a pas de Grexit qui soit temporaire. Je suis radicalement opposé à cette idée. Je pense que c'est une illusion. Elle part peut-être d'une bonne intention mais c'est une illusion. Ou bien on est dans une monnaie, ou bien on n'est pas dans une monnaie. Etre en dehors d'une monnaie pendant un certain temps, ça n'existe pas. Vous récupérez votre drachme puis après vous revenez dans l'euro ? Non mais chacun voit bien que ce n'est pas possible. L'union monétaire elle est – ce sont les termes mêmes de nos traités – irrévocable, à condition bien sûr que chacun respecte les règles du fonctionnement de cette union monétaire, et c'est ce que nous demandons aujourd'hui aux Grecs.

ALEXANDRE KARA
Mais pour que ce plan soit viable, il va falloir que la France et l'Allemagne parlent d'une même voix, et aujourd'hui on n'a pas forcément le sentiment que c'est toujours le cas, notamment avec ces déclarations.

MICHEL SAPIN
Bien sûr, mais il n'y a rien qui peut se résoudre en Europe si la France et l'Allemagne sont en opposition ou en désaccord, mais une fois que j'ai dit cela, est-ce que j'ai dit qu'on doit être toujours aligné l'un sur l'autre ? Et, pour le dire autrement, est-ce qu'il faut que la France soit toujours alignée derrière l'Allemagne ? C'est arrivé. Je me souviens d'un temps où on employait le terme de « Merkozy ». Bien, une France alignée derrière l'Allemagne. Non ! On a le droit d'avoir une pensée, une expression, une singularité d'un côté comme de l'autre. Ensuite il faut converger et nous avons convergé, non pas sur la position de l'un ou sur la position de l'autre, mais sur la position qui permettait à l'Europe de s'en sortir.

ALEXANDRE KARA
Est-ce que vous n'avez pas dans cette affaire la facilité de donner à l'Allemagne finalement le mauvais rôle et, vous, de récupérer le bon rôle déjà, on va dire, dans une utilisation politique évidente ? C'est-à-dire qu'en gros, la France serait le sauveur de la Grèce alors que la France serait le méchant flic qui tenterait effectivement de pressuriser les Grecs ?

MICHEL SAPIN
Je n'accepte pas certaines descriptions qui sont faites en Grèce ou en France, une Allemagne qui serait avec parfois des références au passé qui sont totalement inadmissibles. Mais ce n'est pas des rôles qu'on distribue, c'est des rôles que, j'allais dire, l'Histoire nous donne, que les cultures nous donnent. La relation entre le peuple français et le peuple grec n'est pas de même nature que la relation entre le peuple allemand et le peuple grec. Qu'on utilise, nous, nos singularités pour pouvoir ensuite avancer ensemble, tant mieux ; c'est ça qu'il y a de plus beau en Europe. On n'est pas tous pareils en Europe.

ALEXANDRE KARA
Michel SAPIN, très vite. Selon nos confrères Les Echos, le gouvernement envisagerait le retour à une TVA à 5,5 % pour les métros, les bus et les TER. Est-ce que vous nous confirmez ce matin cette information ?

MICHEL SAPIN
Ça, c'est non pas une information mais une rumeur qui revient comme ça, de temps en temps, et qui est portée par un certain nombre de gens qui ont parfaitement intérêt à ce qu'il y ait une baisse du taux de la TVA, mais enfin, ça coûte un peu cher, vous ne croyez pas ?

ALEXANDRE KARA
C'est une rumeur crédible ? Ça se fera ?

MICHEL SAPIN
On est dans une période – ça, c'est l'autre versant de mon travail – où il faut être sérieux budgétairement.

ALEXANDRE KARA
Donc ça n'arrivera pas.

MICHEL SAPIN
Et si on veut avoir une voix forte à l'extérieur, comme nous l'avons eue, il faut être sérieux budgétairement. Il faut diminuer nos déficits, il faut diminuer les impôts qui pèsent sur les entreprises pour qu'il y ait plus d'activité.

ALEXANDRE KARA
Donc il n'y aura pas de diminution de TVA sur les transports.

MICHEL SAPIN
C'est des sujets qui sont périodiquement sur la table à cette période-là de l'année parce qu'on prépare la loi de finances pour l'année prochaine, mais ce n'est pas un sujet qui est sur ma table.

ALEXANDRE KARA
Dernière question Michel SAPIN. Dans quelques jours, la Banque de France et le gouvernement devront décider de la nouvelle rémunération du Livret A.

MICHEL SAPIN
Là aussi ça revient périodiquement.

ALEXANDRE KARA
Exactement. Avec une inflation à 0,3 %, cette rémunération devrait théoriquement s'abaisser à 0,75 ou 0,5 %. Est-ce que ce sera le cas ?

MICHEL SAPIN
Comme vous connaissez les règles, j'attends que la Banque de France, le gouverneur de la Banque de France, nous écrive pour dire que donne l'application des règles et à partir de là, nous prendrons une décision.

ALEXANDRE KARA
Vous êtes favorable à cette baisse des taux ?

MICHEL SAPIN
On n'est pas dans du favorable ou pas favorable. Il y a des règles là aussi et c'est les règles qu'il faut respecter.

ALEXANDRE KARA
Merci Michel SAPIN.

MICHEL SAPIN
Merci.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 27 juillet 2015

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