Interview de M. Jean-Marie Le Guen, secrétaire d'Etat aux relations avec le Parlement, à iTélé le 27 juillet 2015, sur l'affaire du bikini dans un parc de Reims, la crise de l'élevage, le pacte de responsabilité et le CICE, la négociation Agirc-Arrco et le calendrier des réformes de la justice. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Jean-Marie Le Guen, secrétaire d'Etat aux relations avec le Parlement, à iTélé le 27 juillet 2015, sur l'affaire du bikini dans un parc de Reims, la crise de l'élevage, le pacte de responsabilité et le CICE, la négociation Agirc-Arrco et le calendrier des réformes de la justice.

Personnalité, fonction : LE GUEN Jean-Marie, BERTOLUS Jean-Jérôme.

FRANCE. Secrétaire d'Etat aux relations avec le Parlement;

ti : Jean-Jérôme BERTOLUS
Bonjour Jean-Marie LE GUEN.

Jean-Marie LE GUEN
Bonjour Jean-Jérôme BERTOLUS.

Jean-Jérôme BERTOLUS
Est-ce que l'affaire de Reims qui a agité en quelque sorte les médias mais surtout les réseaux sociaux pendant tout le week-end montre à quel point la France est inflammable, la France est au bord de l'hystérie ?

Jean-Marie LE GUEN
Oui. Je crois qu'un certain nombre de responsables politiques – je pense à madame MORANO, monsieur CIOTTI et d'autres – devraient apprendre, surtout s'ils font oeuvre de responsabilité, à garder un peu leur calme. On ne peut pas partir sur des préjugés, sur des informations non-confirmées - en tout cas par les autorités compétentes, en l'occurrence la justice et la police – pour commencer à vouloir surfer sur l'actualité. La police est là pour dire les choses de façon très claire. Il semblerait qu'il s'agit d'un incident tout à fait condamnable d'ailleurs entre des jeunes. Cela nous renvoie aussi à l'idée qu'il faut apprendre un peu mieux à se respecter les uns les autres. Tout cela mérite aussi des conclusions mais je suis frappé de voir combien il y a un certain nombre de responsables politiques qui s'enflamment ou qui veulent jouer évidemment, qui veulent exister en quelque sorte. Finalement ça se retourne contre eux mais il faut que nos concitoyens eux aussi apprennent à prendre de la distance par rapport effectivement à une actualité qui vient peut-être en continu en quelque sorte.

Jean-Jérôme BERTOLUS
Il n'y a pas eu seulement des responsables politiques d'ailleurs, il y a eu également SOS Racisme où le délégué interministériel à la lutte contre le racisme et l'antisémitisme, mais on avance parce qu'il y a aussi les agriculteurs qui continuent leurs blocages sur la frontière espagnole, qui continuent leurs blocages et leurs contrôles sur la frontière allemande. La crise n'est pas finie, la revendication, la grogne va durer tout l'été ?

Jean-Marie LE GUEN
Je crois qu'il y a eu un choc, il y a un choc profond, on l'a vu, avec un crainte très forte et un vécu des agriculteurs – de nombreux agriculteurs, pas de tous les agriculteurs : d'abord ceux de l'élevage et en particulier du lait, sachant que le porc a été, je crois, géré dès le printemps avec une attitude qui permet de trouver un chemin positif. C'est un travail de longue haleine. Là, il y a une crise particulière sur le lait notamment. Je crois que les agriculteurs ont le droit tout à fait légitimement d'être vigilants.

Jean-Jérôme BERTOLUS
Ils sont face à leurs responsabilités aujourd'hui ?

Jean-Marie LE GUEN
Il faut faire attention parce que là aussi on ne peut pas prendre en otage un certain nombre de gens qui, à l'étranger, participent aussi du commerce. Je me souviens de phrases très définitives des agriculteurs sur la Grèce par exemple, de certains responsables agricoles sur la Grèce. Je rappelle que cinquante pourcent de la viande de boeuf de la Grèce est achetée en France.

Jean-Jérôme BERTOLUS
Donc vous renvoyez ce matin les agriculteurs à leurs propres responsabilités.

Jean-Marie LE GUEN
Attention ! Soyons responsables. Ne créons pas de faux problèmes, des illusions ; faisons confiance aux pouvoirs publics, au dialogue avec les organisations syndicales pour avancer. Il y a quand même des solutions très positives qui ont été trouvées, il faut les consolider.

Jean-Jérôme BERTOLUS
Jean-Marie LE GUEN, est-ce que les Français peuvent s'attendre enfin –enfin ! – à une bonne nouvelle ce soir sur le front du chômage ?

Jean-Marie LE GUEN
Je n'en sais rien. Ce que je sais par contre, c'est que tous les indices économiques laissent à penser que la croissance est là et qu'il y a un nouveau démarrage de l'emploi. Par exemple sur le terrain de l'intérim, il semblerait que les chiffres que nous ayons soient des chiffres positifs mais nous verrons. Il ne faut pas non plus surréagir. Je faisais ces critiques. Il y a une tendance qui, à mon avis, va s'installer dans les mois qui viennent et qui sera une tendance à l'inversion de la courbe du chômage. Soyons raisonnables. Les choses vont se faire, je le dis depuis des mois.

Jean-Jérôme BERTOLUS
Et l'inversion de la courbe est pour les prochains mois. Voilà, quelque chose qu'on n'avait pas encore entendu.

Jean-Marie LE GUEN
L'économie, il y a une croissance, il y a un retour à l'emploi. On va voir comment ceci se traduit dans les chiffres, dans les semaines et les mois qui viennent.

Jean-Jérôme BERTOLUS
Jean-Marc GERMAIN, l'un des plus proches élus de Martine AUBRY, remet ce matin un rapport sur le Pacte de responsabilité, les fameux quarante milliards donnés aux entreprises. Il estime précisément qu'il faut en redonner une partie aux Français en termes de pouvoir d'achat et dirigée vers l'emploi. Oui ou non ?

Jean-Marie LE GUEN
Il faut sans aucun doute réfléchir à ce qui fonctionne et ce qui fonctionne un peu moins bien mais les équilibres généraux du Pacte ne doivent pas être touchés. C'est un engagement.

Jean-Jérôme BERTOLUS
Vous avez signé la motion A au congrès.

Jean-Marie LE GUEN
Oui, mais la motion A n'a pas dit autre chose. La motion A n'a pas dit autre chose, on pourrait faire l'exégèse de littérature.

Jean-Jérôme BERTOLUS
On s'était trompé alors sur la première exégèse.

Jean-Marie LE GUEN
Non, non, non, ce n'est pas ça. Il est dit : il faut faire un bilan du Pacte de responsabilité.

Jean-Jérôme BERTOLUS
Il n'est pas fait. Avant l'été mais il n'est déjà pas fait.

Jean-Marie LE GUEN
Non, non, non. C'est sur le CICE qu'il ne sera pas fait. Excusez-moi, c'est un peu compliqué mais le Pacte de responsabilité c'est les bilans dans les filières, les accords qui ont été passés. Il n'est pas complètement fait, le Pacte de responsabilité, mais il sera fait dans les semaines qui viennent. Le CICE, l'efficacité du CICE, elle, est plus compliquée à être mesurée. Pourquoi ? Parce que 2014 a été la première année d'application du CICE dans la réalité économique et on n'aura pas les chiffres avant un an, un an et demi.

Jean-Jérôme BERTOLUS
Donc ne bouleversons pas toutes les règles maintenant.

Jean-Marie LE GUEN
Fin 2015, voilà. En tout état de cause, l'engagement politique du président de la République qui est sur les quarante et un milliards de diminution des charges et de la fiscalité sur les entreprises, ce n'est pas du donné.

Jean-Jérôme BERTOLUS
Mais il ne bougera pas, cet engagement. Les quarante et un milliards, ce sera sur les entreprises.

Jean-Marie LE GUEN
Cet engagement-là ne doit pas bouger effectivement. Maintenant, on peut regarder comment être plus efficace dans l'allègement des charges sur les entreprises, comment être plus efficace dans le soutien à l'activité économique mais il n'y a dans ce pays absolument pas une politique d'austérité mais une politique de soutien à l'économie.

Jean-Jérôme BERTOLUS
Est-ce qu'il faut, et ç'avait été un débat il y a quelques mois, que les partenaires sociaux anticipent la négociation sur l'assurance-chômage ? En quelque sorte, est-ce qu'il faut attendre 2016, l'assurance-chômage qui a été en vigueur le 1er juillet 2014 ? Est-ce que vous seriez partisan d'anticiper ?

Jean-Marie LE GUEN
D'abord il faut conclure sur la négociation Agirc-Arrco, c'est-à-dire sur les retraites complémentaires. Ça, c'est un élément relativement important. Ensuite, je pense qu'on voit bien que sur la question de l'accompagnement des chômeurs, on peut faire plus que nous ne le faisons à l'heure actuelle. On voit bien que sur l'apprentissage et sur la formation professionnelle, voilà trois domaines sur lesquels il faut avancer.

Jean-Jérôme BERTOLUS
Sur l'indemnisation aussi ?

Jean-Marie LE GUEN
Ecoutez, à partir de là il y a des jeux de somme qui doivent pouvoir bouger de l'un à l'autre me semble-t-il. Mais on voit bien qu'il y a trois domaines qui sont essentiels pour l'emploi et pour la compétitivité et donc pour la justice sociale et pour le pouvoir d'achat. Je pense qu'il faut dans la période actuelle continuer à avancer sur le terrain des réformes, y compris – je le dis, ça ne dépend pas de l'Etat puisque l'assurance-chômage ce sont les partenaires sociaux, mais ils doivent quand même réfléchir à l'idée d'avancer sur un meilleur accompagnement des chômeurs. De ce point de vue, si nous avions des chiffres plus positifs sur l'emploi, ce pourrait être un élément qui les amène effectivement à faire évoluer raisonnablement les choses.

Jean-Jérôme BERTOLUS
Emmanuel MACRON avait dit « pas de tabou en matière d'assurance-chômage » ; ce sera l'invité des réformateurs, ceux que vous appelez les réformateurs, les modérés, les sociaux-libéraux du gouvernement que vous réunissez juste avant La Rochelle. Comme les frondeurs se réunissent avant La Rochelle, comme Arnaud MONTEBOURG avec VAROUFAKIS. On a l'impression que l'unité, c'est un vague souvenir.

Jean-Marie LE GUEN
Non. La gauche est un lieu et la vie politique est un lieu de débat et de réflexion. Ce que nous sommes, nous effectivement, le courant réformateur - et ça nous suffit comme définition ; il n'y a pas besoin de rajouter d'autres considérations -, c'est d'essayer justement de réfléchir à cette économie qui est en train de muter, tous les Français le savent. On l'a vu avec l'affaire Uber, ça nous a tous frappés : il y avait le choc des taxis, les problèmes d'ordre public et ces taxis qui étaient angoissés, on le comprend bien. Mais derrière tout ça, beaucoup de Français ont compris qu'il allait y avoir avec la numérisation une transformation de notre économie. Nous pensons qu'il faut être capable d'affronter la mondialisation, non pas de la subir ni de l'ignorer. La gauche trop longtemps, la France trop longtemps, ont essayé d'ignorer la mondialisation. L'Europe devait les protéger, l'Europe est nécessaire, elle ne suffit pas : nous sommes, nous devons affronter la mondialisation et être plus forts.

Jean-Jérôme BERTOLUS
Une dernière question, Monsieur le Ministre des relations en charge avec le Parlement. Est-ce qu'une réforme emblématique, réforme de gauche, un marqueur de gauche : la réforme des mineurs de Christiane TAUBIRA, la garde des Sceaux, sera bien débattue à l'Assemblée à la rentrée prochaine ?

Jean-Marie LE GUEN
Il y aura d'abord une communication en conseil des ministres de Christiane TAUBIRA.

Jean-Jérôme BERTOLUS
A la rentrée ?

Jean-Marie LE GUEN
Deuxièmement, la réforme des mineurs elle est bonne pour la France, elle n'est pas bonne pour la gauche.

Jean-Jérôme BERTOLUS
Elle sera inscrite au conseil des ministres à la rentrée ?

Jean-Marie LE GUEN
Cette réforme de la justice du XXIème siècle, il y a par ailleurs un travail sur la réforme des mineurs. Nous allons voir que si elles s'articulent l'une avec l'autre, ou si elles sont parallèles. En tout état de cause, nous ne devons-nous interdire de réfléchir en rien, il n'y a pas de tabou. Ce que nous savons, c'est qu'il y a des vieux critères qui ne fonctionnent pas toujours très bien dans beaucoup de domaines, y compris dans le domaine de la justice, et puis il y a à inventer des nouvelles politiques.

Jean-Jérôme BERTOLUS
Merci beaucoup Jean-Marie LE GUEN d'avoir été l'invité d'iTélé ce matin.

Jean-Marie LE GUEN
Merci à vous.


Source http://www.diplomatie.gouv.fr, le 31 juillet 2015

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