Interview de M. Alain Vidalies, secrétaire d'Etat aux transports, à la mer et à la pêche, à Europe 1 le 5 août 2015, sur la proposition de réduction de la vitesse sur les autoroutes à 90 km/h dans la traversée des grandes agglomérations et le blocage du port de Calais par les marins de SeaFrance. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Alain Vidalies, secrétaire d'Etat aux transports, à la mer et à la pêche, à Europe 1 le 5 août 2015, sur la proposition de réduction de la vitesse sur les autoroutes à 90 km/h dans la traversée des grandes agglomérations et le blocage du port de Calais par les marins de SeaFrance.

Personnalité, fonction : VIDALIES Alain, ROGER Patrick.

FRANCE. Secrétaire d'Etat aux transports, à la mer et à la pêche;

ti : PATRICK ROGER
Ce matin je reçois Alain VIDALIES, secrétaire d'Etat chargé des Transports, de la Mer et de la Pêche, vous êtes en duplex des Landes. Bonjour Alain VIDALIES.

ALAIN VIDALIES
Bonjour.

PATRICK ROGER
Avant d'en venir à Calais, où vous allez pour la première fois vraiment vous exprimer sur le conflit du port, il est beaucoup question de sécurité routière en ce moment. L'une des questions notamment, relancée cette semaine par Ségolène ROYAL sur Europe 1, c'est la réduction de la vitesse sur les autoroutes à 90 km/h dans la traversée des grandes agglomérations. En tant que ministre chargé des transports, vous trouvez que c'est une bonne piste ?

ALAIN VIDALIES
Oui, c'est une bonne idée, parce qu'elle s'inscrit dans le cadre du plan contre la pollution de l'air, qui est engagé par Ségolène ROYAL, et dont elle va donner bientôt le dispositif. Il faut comprendre qu'il s'agit d'autoroutes qui passent dans des zones urbaines, parfois à 300 mètres simplement du centre-ville. Il y a déjà un statut particulier puisque la vitesse est limitée à 110 km/h sur ces portions d'autoroute, et l'idée aujourd'hui, de ramener cette vitesse – à la demande des élus locaux et donc des populations concernées – à 90 km/h, va, me semble-t-il, dans le bon sens, et notamment pour la réduction de la pollution de l'air.

PATRICK ROGER
C'est à qui de trancher, c'est à l'Etat ou c'est aux maires ?

ALAIN VIDALIES
Aujourd'hui il nous faut modifier le dispositif puisque normalement ce sont des décisions qui sont prises par l'Etat. Ségolène ROYAL envisage de donner cette possibilité aux élus locaux, c'est-à-dire de répondre aux attentes des populations concernées, c'est-à-dire celles qui supportent en premier lieu cette population (sic), et il y aura donc une décision interministérielle à venir.

PATRICK ROGER
Vous êtes en charge aussi des routes, faut-il davantage de ralentisseurs dans les villes, dans les lignes droites, et qui décide d'ailleurs ?

ALAIN VIDALIES
Ce sont les maires qui décident de ces décisions en matière de sécurité, et je pense qu'ils le font régulièrement. Je crois que chacun sait que la vitesse est, malheureusement, très souvent à l'origine des accidents, les statistiques le montrent régulièrement, et que tout ce qui peut contribuer à ralentir la vitesse, et donc à améliorer la sécurité, est une bonne chose.

PATRICK ROGER
Oui, il y a encore eu un terrible accident cette nuit à Nice avec un mort, on l'a dit tout à l'heure dans le journal de 8H00. A propos, aussi, des accidents de la route, il y a eu cette tragédie en Bretagne, les obsèques ont lieu aujourd'hui, est-ce qu'il faut davantage renforcer la lutte contre l'alcoolisation des mineurs également ?

ALAIN VIDALIES
Oui, je pense qu'il y a aujourd'hui une prise de conscience qui est très forte, statistiquement les choses vont plutôt dans le bon sens, la réduction du nombre des tués sur les routes est une constante, maintenant depuis une dizaine d'années, et tous les gouvernements ont travaillé en ce sens, mais lorsque survient un drame de cette ampleur, cela nous rappelle que ce travail n'est jamais terminé et qu'il faut toujours continuer l'action, avec deux objectifs. D'une part la répression, et ça a été le sens de la diminution, notamment, à 0,2 du taux d'alcoolisation acceptable, et puis surtout d'essayer de continuer la pédagogie, toujours la pédagogie, expliquer les dangers de la route, mieux former les jeunes conducteurs et puis que le rôle de toute la société, pas simplement du gouvernement, mais aussi des parents, des éducateurs, soit sans cesse de rappeler que la route elle est dangereuse et qu'il faut toujours être extrêmement vigilant. Et je pense qu'aujourd'hui, dans le drame auquel nous sommes confrontés, qui touche toute la France, ces principes doivent être rappelés.

PATRICK ROGER
C'est ça. D'ailleurs, à propos de pénalisation, est-ce que vous, vous êtes favorable à ce que les contrevenants passent au tribunal plutôt que de recevoir une simple amende, pour ceux qui conduisent sans permis ?

ALAIN VIDALIES
Vous savez, il y a une proposition qui a été faite…

PATRICK ROGER
Oui, mais il y a polémique !

ALAIN VIDALIES
Il y a polémique. Christiane TAUBIRA a dit elle-même que dans le débat parlementaire elle entendrait les arguments. C'est une question d'efficacité de la politique pénale. Le débat qui aura lieu devant le Parlement sera de savoir si c'est plus efficace finalement, aujourd'hui, de faire payer immédiatement une amende, que d'attendre plus longtemps le passage devant un tribunal. Je pense que la ministre a accepté que le débat soit ouvert et le Parlement tranchera. Je crois que l'objectif de chacun dans cette affaire est de mettre fin à ce qui est un fléau aujourd'hui, à savoir le nombre de conducteurs, parfois jeunes d'ailleurs, qui conduisent sans permis et aussi sans assurance, c'est ça l'objectif et donc ce sera un débat sur quelle est la meilleure mesure efficace pour combattre ce fléau, c'est ça l'objectif final.

PATRICK ROGER
Venons-en à Calais Alain VIDALIES, alors c'est l'un de vos dossiers, peut-être le prioritaire actuellement, à côté de la crise des migrants il y a ce conflit des marins de l'ex-compagnie SEAFRANCE, mise en liquidation, il y a un comité d'entreprise cet après-midi. Que dites-vous aux marins en conflit, et tous les acteurs même, de ce dossier, ce matin ?

ALAIN VIDALIES
Vous savez, c'est un dossier très particulier puisque la coopération SEAFRANCE avait un seul client, qui était EUROTUNNEL, propriétaire des bateaux. EUROTUNNEL avait été attaqué devant la commission de la concurrence britannique, une décision favorable était intervenue devant la cour d'appel de Londres, et malgré ça EUROTUNNEL, qui est une société cotée en bourse, et dont l'Etat n'est pas actionnaire, a décidé de vendre deux de ses bateaux à une autre société, concurrente d'ailleurs, DFDS, qui intervient déjà sur Calais et Douvres.

PATRICK ROGER
Oui, et ça ne passe pas forcément auprès de tous les marins grévistes.

ALAIN VIDALIES
Mais je les comprends puisque, aujourd'hui ils se retrouvent sans bateau, sans activité, et sans employeur au sens du droit du travail, ce qui est une situation tout à fait singulière. Ils n'ont aucun revenu, plus aucun client, ce qui a entraîné la liquidation judiciaire de la coopérative pour pouvoir payer les salaires du mois de juillet et puis que les marins soient indemnisés. Donc, tout le travail que j'ai entrepris c'est d'essayer de mettre en permanence cinq tables rondes consécutives, de tous les acteurs, pour essayer de trouver une solution. Nous avons aujourd'hui des propositions de reprise d'une part, 130 salariés, par EUROTUNNEL avec un dernier bateau, et puis 202, qui était le nombre proposé à ce jour, avec l'utilisation de ce qu'on appelle « le pavillon français », en résumé, l'application du droit français, ce qui est une bonne proposition. Et donc, nous poursuivons le travail. L'objectif, je l'ai toujours dit, c'est de sauvegarder un maximum d'emplois.

PATRICK ROGER
Donc, du coup, vous dites aux marins « arrêtez de bloquer », et puis à tous les acteurs « mettez-vous autour de la table et discuter, et arrêtez », parce qu'effectivement ça bloque depuis maintenant plusieurs semaines.

ALAIN VIDALIES
Vous savez, nous avons déjà obtenu, et j'ai obtenu des marins qu'ils laissent les autres bateaux de DFDS travailler sur le port, donc aujourd'hui la situation est bloquée pour les deux bateaux qui sont occupés par les marins. Les marins devraient normalement être licenciés dans les prochains jours, ce qui est une condition préalable à leur reprise par DFDS, nous sommes dans ce temps-là, et j'espère que la situation pourra se débloquer. J'ajoute que pour qu'elle se débloque complètement il faudrait aussi qu'on puisse faire des propositions complémentaires en matière d'emploi et j'invite tous les acteurs locaux à rejoindre les efforts que fait le gouvernement pour arriver à un plan qui soit le meilleur possible en matière d'emploi.

PATRICK ROGER
Alain VIDALIES, on ne parle que de vous pour un prochain changement dans le gouvernement, êtes-vous prêt à reprendre le ministère du Travail pour succéder à François REBSAMEN qui repart à la mairie de Dijon ?

ALAIN VIDALIES
Vous savez, la situation que vous évoquez aujourd'hui elle est consécutive au décès d'Alain MILLOT, le maire de Dijon, qui était un ami proche de François REBSAMEN. Il me semble qu'aujourd'hui il nous faut respecter le deuil de la famille, d'abord, d'Alain MILLOT, de François REBSAMEN lui-même et de tous les Dijonnais, et pour la suite ce sont des décisions qui appartiennent à François REBSAMEN lui-même…

PATRICK ROGER
Oui, mais vous, vous êtes prêt quand même, Alain VIDALIES ?

ALAIN VIDALIES
Je crois que je viens de répondre à votre question.

PATRICK ROGER
Si on fait appel à vous, vous irez ?

ALAIN VIDALIES
Je viens de répondre à votre question. Je crois qu'aujourd'hui il nous appartient de respecter ce temps particulier et ces circonstances particulières.

PATRICK ROGER
Oui, c'est la priorité des mois à venir la lutte contre le chômage, ça ne vous laisse pas insensible ?

ALAIN VIDALIES
Ça ne m'a jamais laissé insensible, comme tous les membres du gouvernement. Je pense que c'est la feuille de route de ce gouvernement, on sait aussi que c'est la préoccupation principale des Français et chacun dans nos domaines, et moi aujourd'hui dans celui des transports, naturellement, nous agissons avec cet objectif prioritaire tel qu'il nous a été fixé par le président et le Premier ministre.

PATRICK ROGER
Donc ça pourrait vous intéresser le ministère du Travail ?

ALAIN VIDALIES
J'ai répondu déjà.

PATRICK ROGER
Merci Alain VIDALIES, secrétaire d'Etat chargé des Transports, de la Mer et de la Pêche, vous étiez en duplex des Landes. Merci.

ALAIN VIDALIES
Merci à vous.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 6 août 2015

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