Entretien de M. Laurent Fabius, ministre des affaires étrangères et du développement international, avec BFM TV le 7 août 2015, sur la libération d'Isabelle Prime, une otage française retenue au Yémen. | vie-publique.fr | Discours publics

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Entretien de M. Laurent Fabius, ministre des affaires étrangères et du développement international, avec BFM TV le 7 août 2015, sur la libération d'Isabelle Prime, une otage française retenue au Yémen.

Personnalité, fonction : FABIUS Laurent.

FRANCE. Ministre des affaires étrangères et du développement international

ti : Q - Bonjour, Monsieur le Ministre. Quel est le protocole ce soir pour accueillir Isabelle Prime et dans quelles conditions se trouve-t-elle ?

R - Je l'ai eue ce matin, elle est à Mascate où elle est arrivée vers cinq heures du matin heure locale. Elle se repose. Elle est en très bonne forme, j'ai trouvé qu'elle avait une voix excellente quand je lui ai demandé de ses nouvelles. C'est vraiment une femme qui est forte mais il faut être tout à notre joie. J'ai également eu son papa, c'est une très grande joie dans la famille et c'est avec cet état d'esprit que nous allons l'accueillir ce soir. Je pense qu'elle ne souhaite pas du tout qu'il y ait de grandes démonstrations.

Elle a remercié énormément tous ceux qui ont contribué à sa libération et je veux le faire aussi parce que, vous savez, un travail tel que celui-là est un travail long, un peu frustrant pour vous parce que nous sommes obligés d'agir dans la discrétion : les deux mots d'ordre sont la détermination et la discrétion.

C'est d'autant plus difficile que c'est sur un terrain - le Yémen - qui est confronté à la guerre et à une crise humanitaire mais, finalement, c'est grâce à l'action de tous nos services, de la cellule de crise du Quai d'Orsay, qui est vraiment remarquable, et puis du Sultanat d'Oman que je veux à nouveau remercier pour leur coopération avec nos services, que nous sommes arrivés à la sortir de là. C'était la dernière otage que nous avions en captivité, c'est donc une très grande satisfaction.

Q - Il faut rappeler que cet otage travaillait pour une société américaine au Yémen, les tractations ont-elles été compliquées pour obtenir sa libération ?

R - Je ne veux pas vous donner trop de détails parce que c'est le principe que je suis depuis que je suis à la tête du Quai d'Orsay. Nous agissons, nous faisons le maximum pour être efficace, nous sommes parvenus jusqu'à présent à sortir nos otages de leur captivité. C'est bien sûr toujours très compliqué parce qu'il y a des jeux de forces, comme vous pouvez l'imaginer, qui sont extrêmement nombreux. Mais ce qui compte, c'est le résultat, la fidélité à nos principes qui est toujours la même, c'est-à-dire que l'État français ne paie pas de rançon et en même temps, nous sommes toujours très attentifs aux réalités humaines parce que ce qui compte, c'est qu'au bout de la chaîne, on parvienne à récupérer les nôtres.

C'est le principe que le président de la République et moi-même avons posé : la France n'abandonne jamais les siens.

Q - Que faisait Isabelle Prime au Yémen en février dernier quand elle a été prise en otage ?

R - Vous savez qu'elle travaillait pour une société qui se nomme «Ayala Consulting» qui a pour charge de distribuer de l'aide financière accordée par la Banque mondiale. Ensuite, elle est restée au Yémen pour tenter d'essayer de continuer à mettre en place une sorte de RSA locale.

C'est une femme très compétente, très équilibrée et tout à fait remarquable et nous sommes aujourd'hui extrêmement heureux qu'elle soit sortie d'affaire. Imaginez ce que cela signifie : être otage pendant six mois, dans un pays qui, par ailleurs est en conflit, c'est une pression extraordinairement dure et il faut une grande force de caractère pour y résister.

Ensuite, quand elle sera revenue en France, il y a toute la période que j'appelle de reconstruction où il faut être à la fois très attentif et très délicat. Mais j'ai confiance parce que le sentiment que j'ai eu, de ce que je connais d'elle et en parlant avec elle ce matin, c'est que c'est une jeune femme forte et solide.

Q - Y a-t-il encore des risques pour les Français dans cette région du monde ?

R - Bien sûr. D'ailleurs l'une des leçons que l'on doit tirer de ce dénouement heureux, c'est que, dans le monde d'aujourd'hui qui est extrêmement risqué surtout dans cette région - mais les risques existent un peu partout -, il faut toujours faire preuve d'une très très grande vigilance.

Alors, aujourd'hui, nous sommes tout à la joie de récupérer Isabelle mais il y a d'autres otages d'autres nations ; encore aujourd'hui même cet otage croate qui est détenu en Égypte - j'ai eu hier ma collègue croate - et qui est menacé.

Il faut donc penser à ceux qui s'en sont sortis. Il faut penser à ceux qui, malheureusement, sont encore otages. Il faut penser à ceux qui ont laissé leur vie. Et il faut, en même temps, lancer un grand appel à la vigilance, notamment à l'égard de nos compatriotes, partout.

Q - Il n'y a plus d'otages français dans le monde. J'imagine que c'est une grande joie pour vous. Est-ce que les Français seront une plus grande cible à travers le monde pour les terroristes ?

R - Non, maintenant le terrorisme est un terrorisme international. Quand on ajoute les liens entre Daech, Boko Haram, les menaces et les exactions d'Al-Qaïda, etc..., c'est un trait du terrorisme moderne. En plus, il peut y avoir aussi souvent des aspects crapuleux, un certain nombre d'otages sont enlevés par des groupes crapuleux qui les revendent ; enfin, c'est extrêmement complexe.

Mais la leçon qu'il faut tirer de tout cela, c'est que le terrorisme est un mal international, qu'il faut donc que tous nos compatriotes en particulier soient très vigilants et qu'il faut qu'il y ait une coopération internationale.

Là, en l'occurrence, je vous le répète, les Omanais nous ont énormément aidés.

Donc, j'ai remercié, comme le président de la République l'a fait vis-à-vis du Sultan d'Oman, mon collègue et ami, le ministre des affaires étrangères d'Oman parce qu'ils nous ont beaucoup aidés. C'est grâce à une coopération de tous les services qu'on est arrivé à sortir d'affaire Isabelle.

Q - Laurent Fabius, y a-t-il eu une contrepartie pour obtenir la libération d'Isabelle Prime ?

R - Non. En ce qui concerne l'État français, le principe est que nous ne payons pas de rançon. Pour le reste, évidemment, ce sont des négociations très compliquées, vous pouvez l'imaginer, sur lesquelles notre règle d'or pour des raisons d'efficacité est de rester extrêmement discret.

Q - Un dernier mot, Laurent Fabius, sur le protocole de ce soir. On sait que vous serez présent, également François Hollande ; et qui d'autre ?

R - La personne essentielle, c'est Isabelle Prime. Après, il est normal, comme à chaque fois, que les autorités françaises soient là pour l'accueillir. Il y aura le président de la République et moi-même et puis son père bien sûr, que j'ai eu ce matin au téléphone, et des membres de la famille. Mais je crois qu'Isabelle elle-même et la famille souhaitent, tout en comprenant qu'il y a un caractère un peu officiel à tout cela, une grande discrétion ; ce ne sont pas des gens qui recherchent la lumière, et je pense que c'est une grande qualité aussi.


Source http://www.diplomatie.gouv.fr, le 14 août 2015

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