Interview de Mme Ségolène Royal, ministre de l'écologie, du développement durable et de l'énergie, à France Inter le 27 août 2015, sur les relations entre le gouvernement et les Verts, la lutte contre le gaspillage alimentaire et la préparation de la conférence de Paris sur le climat. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de Mme Ségolène Royal, ministre de l'écologie, du développement durable et de l'énergie, à France Inter le 27 août 2015, sur les relations entre le gouvernement et les Verts, la lutte contre le gaspillage alimentaire et la préparation de la conférence de Paris sur le climat.

Personnalité, fonction : ROYAL Ségolène, COHEN Patrick.

FRANCE. Ministre de l'écologie, du développement durable et de l'énergie;

ti : PATRICK COHEN
Bonjour Ségolène ROYAL.

SEGOLENE ROYAL
Bonjour.

PATRICK COHEN
Un élu écologiste qui ne se reconnait plus dans Europe Ecologie-Les Verts, le député François de RUGY qui annonce son départ ce matin. Ça vous inspire quel commentaire politique ?

SEGOLENE ROYAL
Moi je ne veux pas faire de commentaire sur ce qui se passe à l'intérieur d'une organisation politique, mais, ce que j'observe, c'est que, au fond, le gouvernement fait énormément sur l'écologie, et qu'Europe Ecologie-Les Verts ne parle plus beaucoup d'écologie. Ils ont parfaitement contribué au travail que j'ai porté sur la loi de transition énergétique pour la croissance verte, quels qu'ils soient, ceux qui démissionnent, ceux qui ne démissionnent pas…

PATRICK COHEN
Ils se sont opposés à vous aussi sur certains sujets.

SEGOLENE ROYAL
Ils se sont opposés à moi sur certains sujets.

PATRICK COHEN
Sur l'écotaxe, ou sur d'autres.

SEGOLENE ROYAL
Voilà, ou sur le nucléaire, etc., donc j'ai, au nom du gouvernement, arrêté un bon équilibre, je crois, sur le mix énergétique, c'était un chantier extrêmement difficile, il y a plein d'autres sujets concernant la protection de l'environnement, et moi qui m'importe, au-delà de ce qui se passe dans cette organisation politique, c'est que tout le monde continue à se mobiliser pour la transition énergétique et écologique.

PATRICK COHEN
Mais c'est un parti qui, dites-vous, ne met plus en avant l'écologie comme son intitulé, pourtant, le laisserait penser.

SEGOLENE ROYAL
Oui, c'est ce que tout le monde observe. Je ne veux pas dire que leurs convictions ne sont pas là, ne sont pas bien présentes, mais je crois qu'on a besoin d'une force politique qui met cette préoccupation au premier rang de son combat politique, et qu'aujourd'hui ce n'est plus le cas, et heureusement, d'ailleurs, que le gouvernement s'engage sur ces chantiers majeurs. Parce que, pour rebondir sur ce qui disait Bernard GUETTA à l'instant, je pense qu'une des solutions de sortie de crise c'est vraiment l'investissement massif dans la transition énergétique. Et c'est pour ça qu'aujourd'hui la loi est posée, c'est le premier pays au monde qui traduit dans le droit positif ses engagements pour lutter contre le réchauffement planétaire, tout en donnant, aux citoyens, aux entreprises, et aux territoires, les moyens d'investir, dans l'efficacité énergétique des bâtiments, dans les énergies renouvelables, dans la valorisation des déchets, tout ce qui aujourd'hui est susceptible de créer des activités et des emplois.

PATRICK COHEN
On va largement parler d'écologie Ségolène ROYAL, mais tout de même, sur le plan politique, c'est quand même un problème pour le Parti socialiste de ne plus avoir de partenaire, de partenaire de gouvernement, comme pouvait l'être Europe Ecologie-Les verts ?

SEGOLENE ROYAL
Ce qui compte ce sont les projets, les projets, les réalisations…

PATRICK COHEN
Oui, mais enfin, la vie politique ça permet d'accéder aux responsabilités aussi, Ségolène ROYAL, et de devenir ministre.

SEGOLENE ROYAL
Oui, mais on verra… ça, je ne sais pas si ceci est lié à cela, en ce qui concerne certains, mais moi je pense que de toute façon chacun est respectable dans ses choix, il n'y a aucune raison ni de les dénigrer, ni de les critiquer, et que de toute façon moi j'avance sur l'écologie, je crois comme jamais on n'a avancé dans ce pays.

PATRICK COHEN
Alors le gaspillage alimentaire, c'est le dossier du jour, vous voilà encore accusée de faire de la politique spectacle, c'est Michel-Edouard LECLERC qui emploie l'expression ce matin dans Le Parisien à propos de ce dossier. Vous avez convoqué les représentants de la grande distribution aujourd'hui au ministère pour les engager à faire, ce qu'ils font déjà disent-ils, c'est-à-dire ne pas jeter aveuglement leurs invendus et donner ce qui peut l'être à des associations. Vous ne les croyez pas ces distributeurs, vous ne leur faites pas confiance ?

SEGOLENE ROYAL
Je pense que quand les critiques sont de ce niveau-là, elles ne sont pas bien graves, dans la mesure où, en plus, ça prouve que je dérange. Je dérange. Mais, il y a quand même un élément positif, c'est qu'elles viennent autour de la table. Et, voyez-vous, dans la loi de transition énergétique j'avais fait voter un certain nombre de dispositions contre le gaspillage alimentaire, parce que je trouve, comme d'autres d'ailleurs, que c'est intolérable de gaspiller à un moment où il y a tant de situations de précarité.

PATRICK COHEN
Mais ça a été mal fichu, il y a eu du gaspillage législatif si je puis dire, puisque ça a été censuré par le Conseil constitutionnel.

SEGOLENE ROYAL
Ça a été retiré par le Conseil constitutionnel pour des raisons de procédure, c'est-à-dire que le Conseil constitutionnel a dit qu'il n'y avait que des liens indirects entre…

PATRICK COHEN
Vous ne pouvez pas introduire un amendement après une commission mixte paritaire, précisément c'est cela.

SEGOLENE ROYAL
Voilà, donc c'est vraiment très procédural. J'observe que ces dispositions de lutte contre le gaspillage alimentaire ont été votées à l'unanimité de l'Assemblée nationale, toutes tendances politiques confondues, et d'ailleurs, à la réunion de tout à l'heure, j'ai convié les parlementaires de toutes tendances politiques, en leur disant qu'ils étaient bienvenus pour construire, avec moi, un nouveau dispositif. Deuxième observation, c'est que, contrairement à ce qui est parfois compris, un certain nombre de dispositifs de la loi ont été votés, et en particulier l'obligation pour toutes les structures de restauration à domicile, et notamment les restaurants administratifs, ou les restaurants scolaires, obligation, donc, de mettre en place des actions de lutte contre le gaspillage alimentaire. La deuxième disposition qui a été votée, qui est très très importante, j'y tiens beaucoup, c'est la question des dates de péremption. Parce que, les consommateurs, si parfois ils jettent un certain nombre de produits alimentaires qui sont encore consommables, c'est parce qu'ils sont trompés par le système des dates, et ils font une confusion entre la date limite de consommation, qui se met sur les produits frais, effectivement là il ne faut pas consommer après, et les dates limites de consommation conseillées qui elles n'ont aucun fondement. Et d'ailleurs…

PATRICK COHEN
Notamment pour les produits secs, on en parlait tout à l'heure avec Nathalie FONTREL.

SEGOLENE ROYAL
Et notamment pour les produits secs, et par ailleurs pour les dates limites de consommation, y compris pour les produits frais, ces dates sont mises de façon beaucoup plus précoce par les chaînes de distribution et par les producteurs agroalimentaires, et on sait parfaitement que sur un yaourt, par exemple…

PATRICK COHEN
On peut le consommer plusieurs semaines après la DLC.

SEGOLENE ROYAL
On peut le consommer 15 jours à 3 semaines après. Mais les gens ne le savent pas, ou les gens ont peur que ça rende malades leurs enfants, et donc ils jettent…

PATRICK COHEN
Sur ce point-là vous rejoignez Michel-Edouard LECLERC qui dit il faut revoir le système des DLC, des dates limites de consommation.

SEGOLENE ROYAL
C'est la première fois que j'entends une marque de distribution reconnaître qu'il y a des problèmes de dates, parce que à la fois ces chaînes de distribution, et l'industrie agroalimentaire, ont intérêt à mettre des dates qui trompent le consommateur, parce que le consommateur jette, donc il va racheter. Eh bien si, le système est fait aux dépens du consommateur !

PATRICK COHEN
Les distributeurs sont aussi tenus d'enlever des rayons les produits dont la DLC a été dépassée.

SEGOLENE ROYAL
Oui, mais si la DLC ne correspond pas à la réalité, ils enlèvent des rayons et donc…

PATRICK COHEN
S'ils ne les ont pas vendus c'est des pertes pour eux, vous comprenez cela aussi.

SEGOLENE ROYAL
C'est pour ça qu'ils ne veulent pas donner aux associations caritatives, exactement, vous avez tout à fait raison.

PATRICK COHEN
120 millions de repas donnés chaque année par les distributeurs, vous avez vu ces chiffres. Les distributeurs vous reprochent de leur faire un mauvais procès, l'action est là, ils disent qu'ils sont déjà les premiers contributeurs de l'aide alimentaire.

SEGOLENE ROYAL
Ça ne me gêne pas que les distributeurs disent du bien d'eux-mêmes, je pense que c'est logique qu'ils s'auto-défendent, mais, une fois de plus…

PATRICK COHEN
Vous contestez ces chiffres ?

SEGOLENE ROYAL
Je ne vais pas rentrer dans la bataille des chiffres, ce que je veux c'est que… alors qu'il y a 15 jours seulement le Conseil constitutionnel a annulé cette disposition, si aujourd'hui une nouvelle convention est signée et si, finalement, on fait rentrer en application ce que le Parlement et le Sénat, l'Assemblée nationale et le Sénat, ont voté à l'unanimité, c'est donc qu'il y a bien un problème, les parlementaires sont des élus quand même responsables, toutes tendances politiques confondues. Et croyez bien qu'au cours du débat parlementaire les grandes marques de distribution ont fait beaucoup de pression au cours de ce débat, et c'est respectable, chacun défend ses intérêts. Aujourd'hui j'observe qu'elles viennent autour de la table, donc même si elles renâclent, même si elles me critiquent, ce n'est pas grave, l'important c'est que, même si ça dérange, que de nouvelles pratiques soient mises en place et que cesse ce considérable gaspillage alimentaire, et en particulier qu'elles signent un engagement selon lequel elles ne détruiront plus de denrées consommables, mais elles le donneront aux associations caritatives.

PATRICK COHEN
On y reviendra sûrement tout à l'heure. Quelques mots avant la pause, avant d'écouter la revue de presse, sur la COP21. On est maintenant à moins de 100 jours de l'ouverture de cette conférence de Paris sur le climat, de nombreux pays n'ont toujours pas annoncé leurs engagements, les objectifs aujourd'hui qui sont sur la table sont insuffisants pour limiter la hausse de température à 2 degrés. Vous pensez y arriver, Ségolène ROYAL ?

SEGOLENE ROYAL
Oui, je pense que les choses vont s'accélérer. D'abord la date limite c'est le 1er octobre, donc tous les pays ont encore tout le mois de septembre pour apporter leur contribution, c'est-à-dire pour dire comment est-ce qu'ils vont agir pour limiter le réchauffement climatique. Je l'ai dit tout à l'heure, la France est le seul pays non seulement à prendre des engagements à l'oral, mais à les prendre aussi à l'écrit, puisque maintenant cette loi est votée avec les actions concrètes qui l'accompagnent. L'Europe va fortement s'engager. L'Afrique, où je me suis rendue cet été, qui est restée très en retrait lors des conférences climat précédentes, parce que l'Afrique subit gravement le réchauffement climatique et n'a pas les moyens, par exemple d'accéder à l'énergie solaire, donc ça c'est en train de changer beaucoup. Et surtout, ce qui est très nouveau, c'est que les entreprises s'engagent enfin dans le réchauffement climatique parce qu'elles ont bien observé que, aujourd'hui, ça coûte beaucoup plus cher de ne rien faire que d'agir, et en agissant on peut en plus créer des activités et des emplois dans des secteurs très innovants, sur la transition énergétique.

PATRICK COHEN
C'est une course contre la montre qui est engagée maintenant ?

SEGOLENE ROYAL
C'est une course contre la montre parce que voilà trop longtemps que cela dure, il y a 23 ans j'étais au premier sommet climat à Rio, déjà en tant que ministre de l'Environnement, donc je peux mesurer à la fois ce qui ne va pas assez vite et en même temps ce qui s'accélère. Ce qui s'accélère c'est que maintenant tous les pays sont touchés par le dérèglement climatique, tous, autrefois il n'y avait qu'un certain nombre de pays, que les pays riverains ou que les Etats insulaires par exemple, aujourd'hui tout le monde subit les dégâts du réchauffement climatique, toutes les professions, au premier rang desquelles d'ailleurs l'agriculture, premièrement. Et deuxièmement, il y a des solutions, c'est-à-dire c'est une chance d'avoir un défi à relever, parce qu'il faut penser autrement le développement économique. On peut, en pensant autrement le développement économique, en diminuant les gaspillages et en accédant aux énergies renouvelables, et en valorisant les déchets, faire en sorte, aussi, de régler le problème de la pauvreté et du développement, et de régler la question des migrations climatiques, qui aujourd'hui font une très grosse pression sur l'Europe. Or, il est évident que si les familles sont bien dans leur pays, parce que justement la transition énergétique leur permettra de cultiver la terre, d'accéder à l'eau potable, de vivre dans des villes durables, à ce moment-là on réglera aussi la question de la sécurité planétaire.

PATRICK COHEN
A tout de suite dans quelques minutes Ségolène ROYAL avec les questions des auditeurs qui vous appellent et qui veulent vous interpeller au 01.45.24.7000.


source : Service d'information du Gouvernement, le 27 août 2015

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