Interview de Mme Ségolène Royal, ministre de l'écologie, du développement durable et de l'énergie, à iTélé le 2 septembre 2015, sur la crise migratoire en Europe, le livre de Mme Françoise Fressoz intitulé "Le stage est fini", le développement de la "croissance bleue" et la préparation de la conférence de sur le climat, "Paris 2015". | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de Mme Ségolène Royal, ministre de l'écologie, du développement durable et de l'énergie, à iTélé le 2 septembre 2015, sur la crise migratoire en Europe, le livre de Mme Françoise Fressoz intitulé "Le stage est fini", le développement de la "croissance bleue" et la préparation de la conférence de sur le climat, "Paris 2015".

Personnalité, fonction : ROYAL Ségolène, TOUSSAINT Bruce.

FRANCE. Ministre de l'écologie, du développement durable et de l'énergie;

ti : BRUCE TOUSSAINT
Ségolène ROYAL est l'invitée d'I Télé ce matin. Bonjour.

SEGOLENE ROYAL
Bonjour.

BRUCE TOUSSAINT
Et merci beaucoup d'être avec nous. On va commencer avec ces images, vous êtes ministre de l'Ecologie, mais aussi des Transports, ça fait partie de vos attributions, je voudrais qu'on regarde ensemble ces images de la nuit, ça s'est passé donc dans le Tunnel sous la Manche, et c'est cette énorme pagaille, avec des centaines de passagers qui ont été contrains de renoncer à leur voyage à cause de l'intrusion de migrants. Ça se répète, ça fait plusieurs jours, plusieurs semaine que ça a lieu, parfois même ça donne lieu à des drames, il y a eu des morts. Qu'est-ce qu'on peut faire pour éviter ça ? Qu'est-ce que vous pouvez faire ?

SEGOLENE ROYAL
D'abord, force est de constater que l'Europe est confrontée à l'une des plus graves crises de migrations depuis la fin de la seconde guerre mondiale, que ce n'est pas un problème national, c'est un problème européen, mais aussi mondial, donc je crois que cette question-là, maintenant, elle doit être réglée au niveau des Nations-Unies, d'abord pour voir comment est-ce que les Nations démocratiques peuvent agir pour rétablir la démocratie, la paix, la sécurité, dans les pays d'origine de ces migrations de la violence. Et puis deuxièmement, il y a les migrations de la misère, et il y a deux grands types de migrations. Les migrations de la violence, c'est-à-dire des citoyens qui fuient, des familles qui fuient leur pays parce que c'est une question de survie, donc dans ces pays-là, il faut voir comment l'organisation des Nations-Unies peut intervenir pour rétablir la démocratie et la sécurité, et puis il y a les migrations de la misère, et beaucoup de migrations de la misère, qui sont d'ailleurs liées à la question climatique, puisque ce sont des familles qui fuient leur pays, parce que l'agriculture ne produit puis assez de quoi les nourrir, parce que l'eau se raréfie, parce que les déserts progressent, et là il y a un lien très direct avec la Conférence sur le climat.

BRUCE TOUSSAINT
Mais alors, est-ce que vous faites une distinction, comme Manuel VALLS l'a fait ce week-end à La Rochelle ? Il dit : il faut accueillir par exemple ceux qui sont des victimes de guerres, là vous parlez des personnes qui sont victimes des changements climatiques, ce n'est pas tout à fait la même chose.

SEGOLENE ROYAL
Ce n'est pas la même chose, mais à partir du moment où il y a ces migrations, massives, dans les migrations massives il y a les deux origines des migrations que j'évoquais à l'instant. La question du droit d'asile est une question qui est réglée par le droit international, donc c'est une obligation, maintenant il est évident que la France ne peut pas, toute seule, régler ce problème, ni les pays qui sont très directement confrontés par la proximité de leurs frontières, à ces problèmes. Il y a des pays qui sont confrontés, dont on ne parle jamais, c'est par exemple le Liban, qui a un million et demi de réfugiés, c'est-à-dire 25 % de sa population, donc ce sont des situations qui sont intenables, et la question doit être maintenant régulée, au niveau de l'organisation des Nations Unies pour que ça soit l'ensemble des pays qui prennent en charge cette difficulté-là et à commencer par la façon dont nous pourrions tarir la source, faire en sorte que ces gens ne fuient pas leur pays.

BRUCE TOUSSAINT
Pour aller encore un peu plus loin, je voudrais vous montrer des images qui datent de ce matin, ça se passe à Budapest, et là c'est assez spectaculaire aussi, puisque ce sont des centaines et même des milliers de migrants… D'ailleurs, vous, vous dites migrants ou réfugiés ? Quelle est la bonne détermination ?

SEGOLENE ROYAL
Oui, j'ai vu cette polémique-là, je pense que ce sont des polémiques vraiment dérisoires et secondaire, par rapport… Ce sont des migrations…

BRUCE TOUSSAINT
Donc, migrants.

SEGOLENE ROYAL
Des migrations de citoyens, à la fois des réfugiés, des migrants qui sont aussi des réfugiés, mais le problème c'est qu'il faut le régler à la source.

BRUCE TOUSSAINT
Alors ça, c'est dans, c'est l'Union européenne, là on est… Est-ce qu'il faut, comme l'a dit Emmanuelle COSSE, par exemple, la patronne des Verts, qui était à votre place il y a quelques jours, sur I Télé, est-ce qu'il faut accueillir tout le monde, ou comme l'a dit Marine LE PEN, elle aussi à votre place il y a quelques jours, personne. Quelle est la bonne solution, la bonne proposition ?

SEGOLENE ROYAL
On ne peut pas accueillir tout le monde, c'est évident, et on ne peut pas non plus accueillir personne, puisque de toute façon il y a un droit international. L'objectif, c'est d'accueillir ceux qui risquent leur vie, mais pas seulement dans les pays frontaliers des pays concernés, ensuite pour qu'ils retournent dans leur pays. Donc il faut organiser leur retour, à la fois pour régler le problème à la source, pour que la Communauté internationale règle le problème à la source, c'est-à-dire sécurise ou aide la démocratie à émerger dans ces pays et à chasser du pouvoir les dictateurs sanguinaires. Ça c'est quand même la priorité des priorités, et ensuite que ces familles, d'ailleurs elles le veulent, retourner dans leur pays, vous savez, c'est quand même terrible d'être obligé de prendre ses enfants sur son dos et d'être obligé de traverser les frontières, passer sous les barbelés, monte sauvagement dans des trains, risquer sa vie, mourir dans les camions frigorifiques, se noyer en Méditerranée, c'est épouvantable, et en même temps on ne peut pas accueillir tout le monde.

BRUCE TOUSSAINT
Schengen, c'est un tabou à gauche ? Ou vous ce matin vous pourriez en parler ?

SEGOLENE ROYAL
Ce n'est pas un tabou Schengen, d'ailleurs dans le droit, il y a la possibilité de suspendre Schengen pendant trois mois, donc ce n'est pas un tabou. Rien ne doit être tabou, par rapport à des problèmes nouveaux auxquels nous sommes confrontés, pour trouver les solutions qui sont conformes au droit international, mais aussi réalistes…

BRUCE TOUSSAINT
… il n'est pas question de toucher, selon vous, à Schengen.

SEGOLENE ROYAL
Pour l'instant il n'est pas question de toucher à… De toute façon, ça ne peut se faire qu'en coordination avec l'ensemble des pays concernés. Il y a des pays qui subissent plus durement ces migrations de la misère et de la violence, d'autres qui ferment leurs frontières, il faut de la coordination, il faut du réalisme et il faut de la détermination, mais il faut aussi une prise en charge internationale, et l'Europe ne peut pas, toute seule, subir cette pression.

BRUCE TOUSSAINT
Alors, j'aimerais maintenant que l'on parle de ce livre qui n'est pas encore sorti, mais qui fait déjà beaucoup de bruit, c'est un livre de la journaliste du Monde Françoise FRESSOZ, le titre c'est « Le stage est fini », c'est un livre qui raconte, comme ça, la première partie du quinquennat, et même un peu au-delà, de François HOLLANDE. Il y a quelques confidences du chef de l'Etat, et il dit notamment, d'après Françoise FRESSOZ, « si c'était à refaire, je ne serais pas allé aussi loin, j'aurais gardé l'augmentation de la TVA, qui avait été décidée par Nicolas SARKOZY ». Vous aussi vous regrettez que cette idée ait été écartée dès le début du quinquennat ?

SEGOLENE ROYAL
De toute façon, sur cette phrase-là, j'imagine, puisqu'il y a une conférence de presse du président de la République lundi prochain, donc je pense qu'il aura l'occasion de répondre à tous ces sujets, mais ce qui est important, c'est le présent et le futur. La politique c'est de savoir ce qu'on fait aujourd'hui et ce qu'on fera demain.

BRUCE TOUSSAINT
Alors, ok. Est-ce que le présent c'est un peu un inventaire de ce qui s'est passé depuis 2012 ? Est-ce que ça doit faire partie de ce qui va se passer jusqu'à 2017, c'est-à-dire, à un moment donné, dire, bon, alors on a fait des… on s'est trompé sur certaines choses, on n'aurait pas du faire ça comme ça et on va faire mieux la prochaine fois. Est-ce que ça doit faire partie de la stratégie ?

SEGOLENE ROYAL
Mais, quand on fait de la politique, la question de ce que vous appelez l'inventaire, c'est-à-dire l'évaluation de son action, pour toujours s'améliorer ou pour toujours réajuster les discussions que l'on prend par rapport à l'impact qu'on eu les décisions précédentes, mais ça fait partie de l'exigence même de l'action politique, et en même temps, s'appesantir sur le passé, ça ne sert pas vraiment à grand-chose, donc l'important c'est la situation dans laquelle la France se trouve aujourd'hui, la question c'est de savoir comment est-ce qu'on redonne confiance aux chefs d'entreprise pour qu'ils investissent. Moi j'observe qu'un certain nombre d'indicateurs sont quand même positifs, puisqu'on voit le moral des chefs d'entreprise qui remonte, l'investissement industriel qui repart, les constructions de logements neufs qui repartent, la croissance verte et la transition énergétique qui créent des activités, des emplois, dans des nouveaux secteurs du développement industriel, comme les énergies renouvelables, la valorisation des déchets, les biotechnologies, l'efficacité énergétique des bâtiments. Je vois aujourd'hui les chantiers qui s'accélèrent, qui se démultiplient, et c'est aujourd'hui notre responsabilité, c'est d'accélérer ce mouvement, pas de regretter ce qu'on a fait…

BRUCE TOUSSAINT
Donc, pour finir sur ce sujet-là, vous, vous ne pensez pas, ce n'est pas nécessaire de faire ce droit d'inventaire pour avancer et pour essayer de gagner 2017. Ça ne vous parait pas, comme ça, une priorité.

SEGOLENE ROYAL
Non, ce n'est pas une priorité, en ce qui me concerne, de toute façon j'ai toujours dit que les hausses d'impôts avaient été une erreur, donc je peux le redire ici, et même à l'époque, quand elles sont été faites, au début du quinquennat, donc les choses vont être rectifiées, puisqu'un certain nombre de baisses d'impôts viennent déjà d'être accordées, et je crois que c'est important que les Français le voient au moment où ils vont recevoir les feuilles d'impôts, et puis, en ce qui me concerne, je veille beaucoup à ne pas augmenter les tarifs d'énergie, en tout cas, à baisser les hausses qui avaient été prévues, en ayant réformé d'ailleurs les modes de calcul de la hausse du prix de l'énergie, parce que je considère que c'est comme une forme d'impôt, finalement, le prix de l'énergie, et donc je fais très attention, pour que justement les comportements se réorientent, notamment vers les énergies propres.

BRUCE TOUSSAINT
Bon, alors, il y a un Conseil des ministres tout à l'heure, là on est mercredi, vous y serez…

SEGOLENE ROYAL
Bien sûr, oui.

BRUCE TOUSSAINT
Il n'y aura pas de ministre du Travail, toujours, enfin c'est… il y a une chaise vide, comment ça se passe ?

SEGOLENE ROYAL
Eh bien non…

BRUCE TOUSSAINT
Comment est-ce que vous expliquez…

SEGOLENE ROYAL
Mais François REBSAMEN n'a pas quitté ses fonctions.

BRUCE TOUSSAINT
Oui. Il est là, mais enfin il a démissionné il y a maintenant un peu plus de 15 jours…

SEGOLENE ROYAL
Oui, ben je pense que ça va se…

BRUCE TOUSSAINT
Comment est-ce que vous expliquez qu'il n'y ait toujours pas de remplaçants ? C'est un casting ? Qu'est-ce qui se passe ? Comment est-ce que vous comprenez cette espèce de vacance du pouvoir dans un poste aussi important ?

SEGOLENE ROYAL
On ne peut pas vraiment parler de vacance du pouvoir, parce que François REBSAMEN est là, il y a le principe du non-cumul des mandats, voilà, il prend tranquillement ses responsabilités de maire de Dijon, c'est incompatible et c'est vraiment une loi vertueuse, une réglementation vertueuse qui a été mise en place, partout, dans tous les…

BRUCE TOUSSAINT
Vous, ça ne vous aurait pas intéressé ce job, ministre du Travail ?

SEGOLENE ROYAL
Ce n'est pas un job, ministre, c'est une responsabilité lourde…

BRUCE TOUSSAINT
Je ne sais pas, un rôle, cette responsabilité. Vous n'avez pas postulé ?

SEGOLENE ROYAL
Mais comment voulez-vous que j'imagine même changer de responsabilités, à moins de 90 jours de la conférence sur le climat. Ce n'est pas sérieux.

BRUCE TOUSSAINT
Vous pourriez cumuler. Vous n'arrêtez pas de dire que la croissance verte, voire la croissance bleue, on va en parler, crée des emplois. Pourquoi pas. Bon, non, vous n'avez pas…

SEGOLENE ROYAL
Mais justement, je veux dire, tous les champs d'activité peuvent créer des emplois, et j'essaie d'être le plus efficace possible pour la création d'emploi dans la croissance.

BRUCE TOUSSAINT
Alors, la croissance verte, on connaissait, la croissance bleue, c'est quoi çà, la croissance bleue ?

SEGOLENE ROYAL
La croissance bleue, c'est celle qui est liée à la mer et à l'océan, puisque vous savez que la France est la deuxième puissance maritime du monde, avec 11 millions de kilomètres carrés, nous sommes présents dans les cinq parties des océans, c'est un atout extraordinaire, et je veux justement que les entreprises qui sont liées aux activités maritimes, puissent créer des activités, des emplois, se déployer sur les nouvelles technologies. Alors, il y en a beaucoup, c'est les énergies marines, par exemple, avec l'éolien flottant, l'éolien off-shore, l'énergie marine des mers, et puis par exemple on pourrait rendre autonomes en énergie tous les outremers, en utilisant la chaleur de la mer, l'énergie qui utilise la forces des vagues, qui utilise la houle, donc il y a u champ d'investigations dans lequel les entreprises françaises sont très très performantes, et je les pousse en avant pour qu'elles puissent aussi conquérir les marchés mondiaux. Après il y a l'exploitation de tout ce qui est dans le sous-sol marin, avec la protection, bien évidemment, trop de destructions, trop de sur-pêche, trop d'exploitations non contrôlées, donc il y a un aspect protection, un aspect valorisation. Regardez par exemple les premiers principes actifs contre le cancer ont été trouvés dans les étoiles de mer, ou à partir des algues on fabrique des médicaments, des cosmétiques, et même des matières biodégradables, donc il y a un potentiel de développement des ressources marines qu'il faut déployer, tout en protégeant les écosystèmes marins.

BRUCE TOUSSAINT
Et ça, ça crée combien d'emplois ?

SEGOLENE ROYAL
Ah, ça peut créer 300 000 emplois, facilement, selon l'estimation des filières concernées. Il y a bien sûr les…

BRUCE TOUSSAINT
D'ici à quand ?

SEGOLENE ROYAL
Mais le plus rapidement possible, parce que nous avons des entreprises très dynamiques. Il y a bien sûr en plus la pêche, l'aquaculture, les constructions maritimes, le tourisme lié à la mer, la navigation de plaisance, donc c'est un potentiel magnifique, mais qu'il faut protéger, c'est pour ça que je me suis fixé l'objectif de créer au total dix parcs marins, de protection, donc les prochains vont être créés au large du Cap Corse, un autre en Martinique, je viens de créer le parc des Pertuis charentais le long de la façade atlantique, et donc c'est l'idée de concilier la protection des écosystèmes marins très fragiles, et le développement d'activités et d'emploi.

BRUCE TOUSSAINT
Voilà donc la croissance bleue. Autre question, Ségolène ROYAL, est-ce qu'il y a des personnes qui travaillent au noir, pour votre ministère ?

SEGOLENE ROYAL
Je ne crois pas, mais avec ces surprises qui ont été découvertes ce matin…

BRUCE TOUSSAINT
Vous n'en êtes pas certaine…

SEGOLENE ROYAL
Non, j'espère que non.

BRUCE TOUSSAINT
On a appris donc que le ministère de la Justice emploie 40 000 personnes au noir, conclusion d'un rapport, bon, qui date de 2014, qui était resté secret, c'est quand même incroyable.

SEGOLENE ROYAL
Oui, je ne sais pas si c'est vrai, je ne sais pas si c'est vrai, maintenant je me méfie toujours des informations qui sont lancées, comme ça, par surprise, ça me parait très curieux. Je pense que c'est une information qui faut vérifier.

BRUCE TOUSSAINT
Oui. Enfin, vous-même, peut-être que vous pourriez vérifier si ça se passe bien dans votre ministère.

SEGOLENE ROYAL
Absolument, c'est ce que je vais faire, mais je pense, vous savez, c'est un ministère, en plus, qui a beaucoup de salariés de terrain, l'entretien des routes, l'entretien des ports, les voies navigables, enfin il y a des métiers très diversifiés, les lycées de la mer, et je fais prochainement d'ailleurs la rentrée scolaire dans un lycée de la mer, qui dépend du ministère de l'Ecologie, donc il y a des métiers très diversifiés, et auxquels je tiens beaucoup, dans la qualité de la formation professionnelle, et dans la valorisation de ces métiers.

BRUCE TOUSSAINT
La COP 21, donc c'est la fameuse conférence sur le climat, on a posé la question d'ailleurs à tous ceux qui nous regardent depuis ce matin 7h, on leur a demandé : est-ce qu'ils ont le sentiment que ça va être un succès ? On va regarder les résultats dans un tout petit instant, mais juste avant, je voudrais vous faire réagir à ce qu'a dit hier Claude BARTOLONE, qui est candidat – on le sait - aux régionales pour la gauche pour le PS, alors lui il a une grande inquiétude en ce qui concerne la COP 21, c'est les bouchons. Il pense que tout Paris va être bloquée à cause de cette organisation. C'est vrai ça ?

SEGOLENE ROYAL
Je ne crois pas. Il y a un travail considérable qui est fait. Je trouve que c'est un peu dommage que le président de l'Assemblée nationale dénigre toutes les équipes qui travaillent vraiment depuis deux ans sur l'organisation de cette conférence, il ferait mieux de trouver des solutions pour aider en effet à la fluidité du trafic pour que les Franciliens soient le moins gênés possible par l'organisation d'un évènement qui est très important pour la France, parce que lors de cet évènement on a organisé aussi une vitrine des entreprises françaises dans le domaine de la croissance verte, par exemple. C‘est un apport considérable, 40 000 personnes qui viennent ça fait beaucoup de pouvoir d'achat qui arrive, les hôtels, les restaurants, les spectacles etc.

BRUCE TOUSSAINT
Ca vous a un peu agacée cette polémique ou pas ?

SEGOLENE ROYAL
Un peu. Je pense que ce ‘n'est pas à la hauteur du sujet, qu'on est là au contraire pour constituer une équipe de France capable d'accueillir une conférence Climat qui va être regardée dans le monde entier, qui va faire rayonner la capitale, la région Ile de France et le pays tout entier, et qui va apporter beaucoup de dépenses pour les commerçants, les artisans, les entreprises de la région Ile de France. C'est une chance extraordinaire. Donc il ne faut pas mélanger…

BRUCE TOUSSAINT
L'ex-ministre Chantal JOUANNO, se moque de Claude BARTOLONE en disait « oui il s'est rendu compte que la COP21 allait avoir lieu pendant les régionales », et que donc ça allait perturber sa campagne. C'est ça son souci d'après vous ?

SEGOLENE ROYAL
Il faut lui demander.

BRUCE TOUSSAINT
Enfin ça ne vous a pas fait rire.

SEGOLENE ROYAL
Non, ça ne m'a pas fait rire, non.

BRUCE TOUSSAINT
On regarde ensemble le résultat provisoire parce que ça vote depuis ce matin mais ça voter jusqu'à 10h, notre question du jour concernant donc la COP21, est-ce que selon vous ce sera un succès ? On n'a pas le truc en entier, mais je vais vous donner le résultat, c'est oui 13 % seulement et non 87 %. Il y a encore un peu de boulot de pédagogie non ?

SEGOLENE ROYAL
Oui c'est vrai. Il y a un peu de boulot.

BRUCE TOUSSAINT
C'est une indication, ce n'est pas un sondage.

SEGOLENE ROYAL
Ce n'est pas représentatif. Mais il faut convaincre. Je vais vous dire c'est déjà un succès pourquoi ? Parce que les entreprises ont compris, elles invertissent dans la croissance verte, la France s'est mise au niveau avec la loi de transition énergétique et les territoires énergie positive. J'ai lancé un projet sur les territoires énergie positive c'est-à-dire dans les villes et les campagnes là où on est prêt à produire autant d'énergie qu'on en consomme, à faire des travaux d'isolation, à développer la protection de l'environnement, à lutter contre les déchets. Et plus de 500 candidatures ont été reçues représentant les deux tiers de la population française avec une créativité, une imagination territoriale formidable. Et moi j'ai confiance. Et je vois aussi que les grands leaders du monde s'engagent. Le Pape qui a fait une encyclique exceptionnelle sur l'écologie radicale, en liant le développement, la protection de l'environnement et la justice sociale, et la sortie justement de la pauvreté, de leaders mondiaux comme OBAMA et même la Chine qui commence à s'y mettre, l'Inde. Au contraire, il y a une compétition qui va se faire pour savoir quelles sont les entreprises et quels sont les pays qui seront les plus en avance pour capter le plus possible de valeur ajouté et d'emploi dans les secteurs de la croissance verte et des énergies renouvelables. Donc c'est déjà un succès parce que le secteur économique s'engage, ce qui n'était pas le cas l'année dernière.

BRUCE TOUSSAINT
Après il faudra trouver un accord. Ce sera l'objet de ce qui se passera en décembre à Paris. Alors, trois images pour terminer, on les regarde ensemble et vous les commentez. Première image, alors c'est une personnalité, c'est Michèle OBAMA, parce que votre idée de potager dans les écoles, vous lui avez un peu piqué non ?

SEGOLENE ROYAL
Je l'ai lancé bien avant, parce que déjà dans ma région pendant dix ans, et je sais que c'est formidable…

BRUCE TOUSSAINT
Alors c'est elle qui vous a copié ? Est-ce qu'elle vous inspire ? Est-ce que son combat notamment...

SEGOLENE ROYAL
Pour l'alimentation…

BRUCE TOUSSAINT
Pour l'alimentation.

SEGOLENE ROYAL
…contre l'obésité, c'est très important, la santé alimentaire, c'est très important, et le développement de coins nature et potagers dans les écoles, et même dans les lycées, je vois la passion aussi, même des grands élèves sur ces sujets, est très importante, et j'ai décidé d'ailleurs de les déployer dans toutes les écoles, collèges, lycées, pour que les enfants aient accès, aient le contact avec la nature, d'abord parce qu'autour d'un coin nature, il y a toutes les sciences, c'est-à-dire que ça permet aussi l'apprentissage des matières fondamentales, comme la biologie, les sciences et même les mathématiques, la chimie, la physique, autour de ce concept, et puis bien sûr l'éducation à l'alimentation, à la santé de l'alimentation, et ça a aussi un impact très fort sur les comportements, parce que ça développe, contrairement aux écrans, aux excès d'écran des enfants, ça développe la capacité d'observation, le sens de la lenteur des choses, la lenteur avec laquelle les plantes poussent, ça permet aussi d'apprendre la patience, et donc il y a beaucoup de vertus liées à cela, et le dernier point, c'est que, et dans la loi de transition énergétique, il y a l'éducation à l'environnement, donc toutes les écoles, je vous l'annonce, vont recevoir une exposition sur le réchauffement climatique. Qu'est-ce que ça veut dire ?

BRUCE TOUSSAINT
Toutes les écoles, primaires, collèges, lycées ?

SEGOLENE ROYAL
Primaires, collèges, lycées, donc il pourra y avoir, dans toutes les écoles, l'exposition sur ce qu'est le réchauffement climatique, ce qu'est l'articulation entre l'être humain et la nature qui l'entoure, et pourquoi la planète c'est comme un jardin C'est parce que c'est un espace clos, c'est un espace limité, qu'on a considéré comme un espace illimité et à l'heure où je vous parle, la planète a déjà, à la mi-année, consommé la totalité de ce qu'elle est capable de produire en ressources naturelles. Donc aujourd'hui, à partir d'aujourd'hui, nous vivons à crédit sur les générations futures, et ça, il faut que ça cesse, et c'est ça l'enjeu du sommet de Paris sur le climat.

BRUCE TOUSSAINT
Alors, on est au bout de cette interview, une dernière question, et je voudrais vous montrer Barack OBAMA qui a annoncé qu'il allait participer à une émission de télévision un peu particulière, c'est une émission, c'est une sorte de téléréalité, l'émission s'appelle « Bear Grylls », c'est un énorme carton dans de nombreux pays d'ailleurs, le concept de l'émission est très simple : c'est un type qu'on lâche en pleine jungle, si vous voulez, dans un milieu hostile, et qui doit se débrouiller tout seul, il y a un caméraman qui le suit, et donc Barack OBAMA, qui est fan de cette émission, a annoncé qu'il allait participer lui aussi à cette émission, parce que ça a… c'est un message environnemental, si vous voulez, de se retrouver comme ça dans un milieu particulièrement hostile, et il y en a de moins en moins, parce qu'on le sait, la…

SEGOLENE ROYAL
Tout s'artificialise.

BRUCE TOUSSAINT
Voilà. Vous pourriez, vous, faire un geste, comme ça, pas forcément participer à cette émission, mais vous seriez prête à aller jusqu'où ?

SEGOLENE ROYAL
Mais pourquoi pas. Je pense que toutes les idées ou toutes les solutions pour sensibiliser à la question climatique, voyez l'enquête que vous venez de faire, il y a encore du travail, sont bonnes à prendre, parce que chacun regarde le sujet en fonction des centres d'intérêt qu'il peut avoir, donc il faut toucher absolument tous les publics, parce que chaque citoyen peut agir pour lutter contre le dérèglement climatique.

BRUCE TOUSSAINT
Merci beaucoup Ségolène ROYAL, bonne journée à vous.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 17 septembre 2015

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