Interview de M. Stéphane Le Foll, ministre de l'agriculture, , de l'agroalimentaire et de la forêt, porte-parole du gouvernement, à "Europe1" le 4 septembre 2015, sur le débat au sein des pays de l'Europe sur l'accueil des réfugiés. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Stéphane Le Foll, ministre de l'agriculture, , de l'agroalimentaire et de la forêt, porte-parole du gouvernement, à "Europe1" le 4 septembre 2015, sur le débat au sein des pays de l'Europe sur l'accueil des réfugiés.

Personnalité, fonction : LE FOLL Stéphane, ELKABBACH Jean-Pierre.

FRANCE. Ministre de l'agriculture, de l'agroalimentaire et de la forêt, porte-parole du gouvernement;

ti :
THOMAS SOTTO
L'interview politique d'Europe 1, Jean-Pierre ELKABBACH vous recevez Stéphane LE FOLL, ministre de l'Agriculture, porte-parole du gouvernement. Messieurs, c'est à vous.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Le souvenir trafique d'Aylan nous secoue, évidemment nous réveille et nous force à agir, bienvenu Stéphane LE FOLL, bonjour.

STEPHANE LE FOLL
Bonjour.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Ne soyons ni hypocrites, ni naïf, la Méditerranée à déjà rejeté des milliers d'Aylan, Syriens, Irakiens, même Africains, sans compter, comme dit François HOLLANDE, les morts qui ne sont pas photographiés. Mais cette fois, nos yeux ont vu, Stéphane LE FOLL, dans les opinions et chez les politiques, qu'est-ce qui va changer durablement ?

STEPHANE LE FOLL
Eh bien d'abord, c'est vrai que cette photo a cette force dramatique, d'un enfant sur cette plage, mort. Alors au-delà de ce drame et de la force de cette photo, il y a une question qui est posée à toute l'Europe. J'entends beaucoup de gens s'exprimer sur ce sujet, d'une manière quelquefois totalement irresponsable, démagogique, populiste.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
C'est quoi ? Quand le Front national dit par exemple qu'on ne doit pas les accueillir mais qu'on doit les ramener à leur port de départ, par exemple ?

STEPHANE LE FOLL
Oui, c'est ça, c'est-à-dire on ne sait pas comment ni à quoi elle fait référence, elle fait simplement de la surenchère, une manière de renvoyer tout le monde, alors que ces gens-là, vous l'avez vu, on l'a vu, et on le sait, sont prêts à mourir pour pouvoir traverser une mer. Donc il faut rester sur quatre grands principes forts. Le premier, c'est garder la raison et éviter tous ces amalgames, cette démagogie, cette irresponsabilité. Deuxième, c'est la fermeté. On a besoin, pour gérer ce flux migratoire, ce drame, d'être à la fois ferme sur les principes et les valeurs, le droit d'asile, et ferme sur, lorsque ce droit d'asile n'est pas accordé, sur la nécessité du retour de ceux qui ont voulu, souhaité venir pour d'autres problèmes et en particulier économiques. Et puis c'est la coordination à l'échelle de l'Europe. C'est indispensable, ça ne marchera que comme ça.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Elle fait défaut.

STEPHANE LE FOLL
Elle fait défaut aujourd'hui.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Alors, à Bruxelles le 14 septembre, dans quelques jours, les ministres de l'Intérieur vont se prononcer sur la proposition HOLLANDE-MERKEL, de créer un mécanisme permanent et obligatoire pour répartir les réfugiés. Obligatoire. Pourquoi ? Ceux qui ne respecteront pas, les Etats réfractaires comme par exemple la Hongrie, qu'est-ce qu'on leur fait ? Il y a des punitions, il y a des sanctions ? Financières ? Qu'est-ce qu'on fait ?

STEPHANE LE FOLL
Aujourd'hui il n'y a pas, je crois, à ma connaissance, oui mais monsieur ELKABBACH, moi je voudrais bien, écoutez, sur ce sujet-là, vu le drame qu'il y a, je vous dis qu'aujourd'hui il n'y a pas de règle en Europe qui imposerait ou qui mettrait des sanctions. Je n'en connais pas.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Mais vous dites…

STEPHANE LE FOLL
Monsieur ELKABBACH…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Est-ce qu'il en faudrait ? Il en faudrait.

STEPHANE LE FOLL
Est-ce qu'il en faudrait, monsieur ELKABBACH ? Il faut qu'on s'organise, il faut qu'on se coordonne, il faut qu'on rende obligatoire la solidarité, il faut qu'on fasse prendre conscience à chacun de sa responsabilité.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Comment on le rend obligatoire ?

STEPHANE LE FOLL
Comment on le rend obligatoire, en prenant des décisions à l'échelle européenne, en faisant en sorte que tous les Etats se rendent responsables, comme je l'ai dit, mais aujourd'hui, monsieur ELKABBACH, si la question…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Mais ne me citez pas, comme ça, sans arrêt !

STEPHANE LE FOLL
Si la question que vous me posez c'est de savoir pourquoi et comment, je suis obligé de vous dire que je n'ai pas, aujourd'hui, de réponse. Il n'y a pas, aujourd'hui, dans les textes européens, de moyens de dire à un Etat, « si tu ne fais pas ça, sur ce sujet-là, on te sanctionne ». Vous me posez cette…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Vous le déplorez ?

STEPHANE LE FOLL
Je le déplore.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Bien sûr.

STEPHANE LE FOLL
Mais attendez, je le déplore, voilà, je le déplore.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Très bien.

STEPHANE LE FOLL
Mais moi, aujourd'hui, je me bats pour agir.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Alors, le président JUNCKER et monsieur GUTERRES, de l'ONU, qui s'occupe des réfugiés, proposent, et ce matin quatre à cinq fois plus de réfugiés, c'est-à-dire 200 000 réfugiés à répartir. Est-ce que c'est possible ? Au niveau européen, avec l'état des opinions qui dans certains cas s'émeuvent, font semblant de s'émouvoir et puis dans quelques jours auront oublié ?

STEPHANE LE FOLL
Mais c'est possible. Il y a urgence à régler tous ces problèmes, alors il faut qu'on ait cette démarche franco-allemande, qui est engagée par le président de la République et Angela MERKEL, qui doit viser ensuite, avec des conseils européens, à essayer de faire en sorte que chacun, je l'ai dit, assume une part de l'effort qui devra être fait, et c'est en rendant obligatoire, alors après je n'a pas les mécanismes aujourd'hui, je ne sais pas ce qui sera décidé…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Très bien, on l'a compris.

STEPHANE LE FOLL
… mais je pense que la première des démarches c'est de prendre cette initiative et de faire prendre conscience à tout le monde du risque qu'il y a.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Est-ce que vous n'êtes pas choqué que toute la responsabilité, pour ne pas dire la culpabilité, tombe sur l'Europe toute seule ? Pourquoi on ne parle pas d'accueil en Arabie Saoudite, à Dubaï, à Abu-Dhabi, à Oman, au Qatar ?

STEPHANE LE FOLL
Mais parce que je crois que les migrants…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Pourquoi ces pays-là ne font pas de geste ?

STEPHANE LE FOLL
Oui, je suis, tout à fait… Alors après on peut se poser toutes ces questions, pourquoi les migrants viennent en Europe ? J'imagine que c'est parce qu'ils pensent qu'en Europe c'est là qu'ils vont pouvoir avoir un avenir. C'est là qu'ils veulent aller, je l'imagine comme ça, même si j'ai compris que dans la famille de ce petit enfant qui est décédé sur cette plage, ils voulaient aller au Canada. Bon. Donc c'est l'Occident qui les attire, aujourd'hui. Alors il faut que l'Europe réponse, que cet Occident qui est voulu et souhaité, se mettre en ordre pour pouvoir y répondre.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Que tout le monde se mobilise.

STEPHANE LE FOLL
Voilà, et avec les principes que j'évoquais.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Stéphane LE FOLL, dans quelques jours, le président de la République François HOLLANDE sera avec d'autres grands chefs d'Etat à l'assemblée générale des Nations Unies. Est-ce qu'on ne peut pas obtenir une résolution qui permettrait d'agir en Libye, et contre Daesh ? Parce qu'aujourd'hui, ce à quoi on assiste, c'est à la victoire de Daesh, de l'Etat islamique.

STEPHANE LE FOLL
Oui. Eh bien sur la question de la Syrie et sur l'Irak, de manière globale, tout le Moyen Orient, aujourd'hui, la France avait fait une proposition bien avant, et il y a longtemps, sur une proposition de frappes aériennes immédiates, c'était au moment, il y a un an, un an et demi, ça n'avait pas été possible, parce que les Américains ne l'avaient pas souhaité. A partir de maintenant, il faut que, au niveau de l'ONU, oui, au niveau des instances internationales, la diplomatie française s'y engage, on trouve et on agisse encore plus encore que ce qui est fait aujourd'hui. Je vous rappelle qu'il y a des frappes aujourd'hui.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Alors, maintenant, l'agriculture. Vous avez cru répondre à l'angoisse des agriculteurs, pendant tout l'été, et puis, ce matin, qu'est-ce que vous dites, Stéphane LE FOLL, à ceux qui ont repris leur travail, si dur, dans leurs fermes et qui ont quitté Paris déçus, amers, et même les larmes aux yeux ?

STEPHANE LE FOLL
Ecoutez, je leur dis que depuis que je suis arrivé, en 2012, la question du lait par exemple a été au coeur de décisions dès 2013, que je connais parfaitement la détresse et surtout l'angoisse, après des prix qui ont baissé en 2013, qui ont remonté en 2014, et qui rebaissent aujourd'hui.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Mais vous les avez alertés eux, comme les éleveurs de porcs, mais qu'est-ce qu'on fait maintenant ? Qu'est-ce que vous leur dites ?

STEPHANE LE FOLL
Qu'est-ce qu'on fait maintenant ? D'abord on met des aides pour essayer de passer une étape, qui est la plus dure, parce qu'il y a des situations de difficultés majeures.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
On va voir ça.

STEPHANE LE FOLL
… les aides. Ensuite il y a une question qui est posée : pourquoi le prix baisse ?

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Ben pourquoi ? Les marchés mondiaux, la Chine…

STEPHANE LE FOLL
Oui, la Chine, les marchés mondiaux…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
L'embargo sanitaire sur les Russes.

STEPHANE LE FOLL
Voilà les deux raisons, vous les avez évoquées. Donc il y a une question qui a été, sur le lait en particulier, d'une stratégie européenne de certains pays, et aussi de la France, d'exportation sur la Chine, tout le monde s'y est mis, l'Europe, la Nouvelle Zélande, l'Australie et les Etats-Unis.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Mais il n'y a plus rien à faire maintenant ?

STEPHANE LE FOLL
Mais si il y a à faire, mais sauf que le débouché chinois n'était pas ou n'a pas été cette année à la hauteur de ce qu'étaient les anticipations, et on se retrouve avec un excédent. Donc il faut le traiter, donc c'est l'Europe qui doit le traiter.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Donc la solution là aussi, crise européenne, solution par l'Europe. Lundi vous serez à Bruxelles…

STEPHANE LE FOLL
En partie, l'Europe a une responsabilité, parce que cette situation de baisse des prix est liée à un excédent de production.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Alors, lundi vous serez à Bruxelles, les agriculteurs disent qu'ils vont y être pour vous soutenir. Pour eux, qu'est-ce que vous pensez obtenir de plus ?

STEPHANE LE FOLL
Moi je vais essayer d'avoir trois objectifs. Il y a d'abord sur la question des prix, les prix d'intervention, c'est compliqué et technique, c'est comment je fais remonter en partie le prix qui permet d'être acheté, pour stocker une partie de la production, c'est les promotions et des offensives à l'exportation pour essayer de voir comment on peut améliorer et dégager une partie du marché.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Deuxième point.

STEPHANE LE FOLL
Voilà. Des aides qui doivent être apportées, lorsque c'est nécessaire, à l'échelle européenne, mais on a, avec ces trois grands principes, une Europe qui doit être en capacité de répondre à ce qui est l'excédent de l'offre.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Stéphane LE FOLL, je vais vite. Vous avez dit une année blanche, c'est-à-dire le report des annuités bancaire de 2015, ça soulage, et en février, après l'année blanche, ils vont payer les traites, qu'est-ce que vous pourrez faire à ce moment-là ?

STEPHANE LE FOLL
Alors, donc, le principe c'est que cette année on reporte ce que l'on appelle sept annuités à la fin du tableau, c'est-à-dire à la fin de l'annuité de l'emprunt.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Et après ?

STEPHANE LE FOLL
A la fin. Mais après il y a eu des emprunts. Ce que l'on espère, c'est aider, là, aujourd'hui, les agriculteurs à passer l'étape la plus difficile, mais je faits tout, et nous faisons tout, et on fera tout, pour que les marchés se redressent.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Vous dites une pause, réclamée aussi pour les normes, elle dure six mois, et surtout avec les écolos, qu'est-ce que vous faites, et après cette pause, est-ce qu'elle peut être prolongée ?

STEPHANE LE FOLL
Cette pause a consisté, et c'est la demande qui a été faite, à ce qu'on change complètement de méthode, les agriculteurs ne supportent plus de devoir subir des normes, qu'ils disent ne pas être en capacité, ni de négocier, ni de discuter. Donc il faut revoir la méthode, et deuxièmement, je le rappelle, moi, en tant que ministre de l'Agriculture, je n'ai jamais surtransposé, j'ai cherché à organiser la grande question de l'environnement, autour d'un projet sur l'agroécologie, pour faire en sorte que la performance économique soit liée à la performance écologique.

THOMAS SOTTO
Merci…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Vous dites aux agriculteurs « message d'amour », vous croyez que cet amour est partagé ce matin ?

STEPHANE LE FOLL
Je ne le pense pas, mais le vrai problème, pour un homme politique, c'est de trouver des solutions et d'apporter des réponses.

THOMAS SOTTO
Merci Stéphane LE FOLL d'être venu sur Europe 1 ce matin.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 18 septembre 2015

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