Déclaration de M. Harlem Désir, secrétaire d'Etat aux affaires européennes, sur les efforts en faveur de la mobilité des étudiants au sein de l'Union européenne, à Paris le 25 août 2015. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de M. Harlem Désir, secrétaire d'Etat aux affaires européennes, sur les efforts en faveur de la mobilité des étudiants au sein de l'Union européenne, à Paris le 25 août 2015.

Personnalité, fonction : DESIR Harlem.

FRANCE. Secrétaire d’Etat aux Affaires européennes

Circonstances : 6ème colloque franco-allemand sur l'action des CROUS et Studentenwerke, à Paris le 25 août 2015

ti :
Monsieur le Directeur, Cher Guillaume Houzel
Mesdames et Messieurs les Présidents,
Mesdames et Messieurs les Directeurs,
Mesdames et Messieurs,


1 - Je suis très heureux de pouvoir intervenir à l'occasion de ce 38ème colloque franco-allemand sur l'action des CROUS et Studentenwerke.

Je tiens à saluer la présence de partenaires italiens, portugais, polonais, belges, autrichiens, anglais mais aussi d'Azerbaïdjan, dans la salle, qui donne à ce colloque une dimension européenne.

Pendant quatre jours, vous allez débattre des grands enjeux de la vie estudiantine dans l'amphithéâtre Buffon.

Buffon était un grand savant, encyclopédiste, qui a pris sa part au mouvement des Lumières.

Mais avant cela, il a d'abord été un étudiant, à Dijon, puis à Angers, avant de suivre une sorte d'Erasmus avant l'heure, dans des circonstances que je ne conseille à aucun étudiant d'imiter.

En effet, c'est à la suite d'un duel au cours duquel il a tué un jeune officier croate qu'il fut obligé de s'éloigner brusquement de son université.

Il a alors décidé, de suivre un nouvel ami anglais, qu'il s'était fait à Nantes, le second duc de Kingston, et son précepteur allemand, le naturaliste Nataniel Hickman, dans une sorte de «Grand Tour», qui les a conduit à visiter une série d'universités , d'abord en France, à Bordeaux, Toulouse, Montpellier, mais aussi en Italie, à Turin, Milan, Gênes, Florence et Rome.

Pendant ce séjour, ils lisent Newton, ils élaborent des théories mathématiques et font de nombreuses découvertes d'histoire naturelle.

2 - Et finalement, notre objectif à tous, ici, doit être de permettre l'émergence en Europe des Buffon, des Newton, des Humboldt d'aujourd'hui.

En la matière, le rôle du CNOUS et des CROUS en France, des Studentenwerke en Allemagne, de la Fondation Andisu en Italie, et de leurs homologues en Europe, est évidemment fondamental.

Parce que pour être Buffon, on n'en est pas moins homme, ou femme. Il faut se nourrir, se loger, voyager, et l'on n'a pas forcément le soutien du Duc de Kingston.

D'où l'importance de votre action, qui se déploie dans tout ce qui permet la réussite des étudiants : les bourses, le logement, la restauration, la culture.

En France, le réseau des OEuvres universitaires occupe, depuis 60 ans je crois, une place de premier plan aux côtés des universités.

J'ai eu à le connaître. J'ai même été un temps, dans ma vie étudiante, élu dans mon CROUS, le CROUS de Créteil. Je défendais mes camarades pour qu'ils aient des aides, des logements universitaires, des places dans ces cités universitaires, une petite aide de ce que l'on appelait le FSU, évidemment de façon tout à fait équitable. C'est d'ailleurs la première fonction d'élu dans ma vie. Et j'en garde un très beau souvenir.

Les enjeux liés à la qualité de la vie étudiante sont primordiaux, pour éviter que l'absence d'accompagnement social et matériel ne renforce les inégalités dans la poursuite des études supérieures.

Votre accueil et les services que vous proposez aux étudiants sont donc absolument vitaux.

3 - Mais l'exemple de Buffon nous rappelle qu'il y a bien longtemps déjà que l'on ne peut concevoir la vie étudiante, la recherche évidemment, d'une façon générale l'université, uniquement à l'intérieur des frontières nationales.

Le mouvement d'ouverture et de mobilité est engagé depuis longtemps, et c'est un mouvement absolument indispensable.

Le modèle de l'échange universitaire et de la mobilité étudiante que nous connaissons actuellement a certes permis de très nombreuses avancées, en particulier avec Erasmus évidemment. Toutefois, il ne peut pas en rester là et doit encore progresser.

Il nous faut aller plus loin, pour permettre une mobilité plus large encore des étudiants à travers l'Europe, ce qui suppose une action déterminée sur leurs conditions de vie, partout en Europe et qui puisse concerner tous les étudiants, pas uniquement ceux qui sont bénéficiaires d'un programme d'échange.

4 - Les échanges et les débats que vous avez eus tout au long de cette première journée, et que vous allez continuer à avoir sur les résidences étudiantes en Europe, sur l'accompagnement social, les lieux de vie, l'engagement étudiant, le travail étudiant, ou encore la mobilité et la diversité sont donc particulièrement importants.

Et pouvoir enrichir la réflexion, confronter les projets de chacun de nos organismes de chacun de nos pays, ce qui marche le mieux, permet de se donner les moyens d'améliorer les prestations pour tous les étudiants, où qu'ils choisissent de faire leurs études.

Je sais que vous insisterez également sur les relations entre vos structures, l'État et les collectivités.

Nous devons en effet certainement apprendre à travailler encore mieux ensemble.

Nous devons lever les obstacles, souvent juridiques ou administratifs, qui ralentissent les décisions, les investissements, et donc finalement les mouvements, la mobilité des étudiants eux-mêmes.

5 - Promouvoir la mobilité des étudiants dans l'espace européen tout en en renforçant la dimension sociale est bien notre objectif.

J'ai été chargé par le Premier ministre de piloter trois projets pour développer la mobilité des jeunes dans l'Union européenne, en lien étroit avec les ministres du travail, de la jeunesse, et de l'éducation, de l'enseignement supérieur et de la recherche.

Ces trois projets sont différents : l'un consiste à donner une dimension européenne au service civique là où il existe ; l'autre à promouvoir un Erasmus professionnel pour que les jeunes qui sont en apprentissage ou en formation professionnelle, pas simplement dans le système supérieur, puissent eux aussi bénéficier de mobilité ; le troisième vise à soutenir la mise en place d'une carte étudiante européenne.

Évidemment, Guillaume Houzel n'y est pas pour rien. Quand il est venu me présenter ce projet, je l'ai trouvé enthousiasmant.

6 - Je sais que vous évoquerez jeudi après-midi le thème de l'accompagnement de la mobilité et de la diversité, et en particulier ce projet de carte étudiante européenne.

Avec la carte étudiante européenne, l'identité d'étudiant sera reconnue, quels que soient l'institution et le pays d'origine.

La mobilité et la citoyenneté européenne des étudiants seront ainsi facilitées et donc renforcées.

L'idée, c'est bien d'ouvrir de nouveaux droits en matière de logement, de restauration, de loisirs, en mettant en place un dispositif simple, qui respecte les procédures de chaque pays.

On est étudiant dans son pays et reconnu comme tel : on devrait pouvoir l'être partout, dans toute l'Union européenne, dans tout l'espace universitaire mais aussi dans l'espace social de l'Union européenne.

L'étudiant pourra ainsi faire valoir ses droits dans l'Union par simple présentation de sa carte.

Sa carte, donc sa carte d'étudiant ordinaire, se verrait ajouter une identité européenne, reconnue par tous. Cette carte constituerait donc l'affirmation d'une identité étudiante européenne et un puissant instrument de mobilité ainsi que d'inscription et d'appartenance dans l'espace européen.

L'expérience récente, concrète, menée par la Fondation Andisu en Italie, avec le projet «Piazza dello Studente», qui permet la mise en place d'une carte multiservices attestant du statut et de l'identité de l'étudiant à travers l'ensemble de l'Italie est en ce sens précieuse. De même que les travaux qui ont été menés par le CNOUS depuis longtemps pour la reconnaissance du statut d'étudiant, quels que soient la ville et le CROUS dont on dépend.

7 - Nous soutenons donc la mise en place d'un projet pilote porté par les organismes des États volontaires - la France, l'Allemagne et l'Italie, dont je sais qu'ils ont montré un vif intérêt pour cette idée - afin d'identifier les bonnes pratiques et les clés du succès.

Ce projet-pilote permettra alors d'étendre le dispositif, par la suite, à tous les États membres avec l'appui de la Commission européenne. Nous voulons évidemment l'associer dès ce stade à cette perspective.

8 - Nous devons agir à tous les niveaux pour soutenir la mobilité étudiante.

C'est une façon de promouvoir l'engagement citoyen et le sentiment d'appartenance, je le disais.

L'Europe des étudiants, cela se fait par des grands projets comme Erasmus ou la carte étudiante.

Cela se fait par des solutions pratiques entre CROUS et Studentenwerke, entre établissements transfrontaliers ou non.

Cela se fait aussi grâce à des projets universitaires comme le Campus européen qui est un très beau projet entre la France, l'Allemagne et la Suisse, qui est notamment mené par les universités de Strasbourg, de Kehl et de Fribourg ou l'université de la Grande Région, entre la Lorraine, le Luxembourg.

9 - C'est la rencontre avec l'Europe qui a fait de Buffon l'homme qu'il est devenu.

Nous devons bien cela aux jeunes d'aujourd'hui : leur donner la possibilité, eux aussi, de devenir eux-mêmes par la rencontre avec l'Europe et de s'épanouir dans l'espace européen !

Construire cette Europe étudiante, c'est aussi continuer à construire l'Europe des Lumières.

L'Europe en a bien besoin aujourd'hui face à tous les nationalismes, à tous les populismes, à tous les extrémismes, à tous les mouvements de repli.

C'est donc d'abord un très beau projet pour les étudiants eux-mêmes mais c'est aussi un très beau projet pour faire vivre l'idée européenne d'une façon plus large encore.

Merci de ce projet que vous soutenez et des travaux que vous avez entrepris.

Je voulais simplement vous dire, en étant avec vous aujourd'hui, tout le soutien et l'appui du gouvernement français, sur lequel vous pouvez compter, et vous assurer de notre volonté de mobiliser au plan diplomatique nos partenaires en Allemagne, en Italie, et évidemment les institutions européennes, en premier lieu la Commission, pour faire qu'avec vous puisse voir le jour cette identité étudiante européenne.


Je vous remercie.


Source http://www.diplomatie.gouv.fr, le 21 septembre 2015

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