Entretien de M. Jean-Yves Le Drian, ministre de la défense, dans "le Progrès" du 14 septembre 2015, sur le rôle de l'armée française dans la lutte contre le terrorisme. | vie-publique.fr | Discours publics

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Entretien de M. Jean-Yves Le Drian, ministre de la défense, dans "le Progrès" du 14 septembre 2015, sur le rôle de l'armée française dans la lutte contre le terrorisme.

Personnalité, fonction : LE DRIAN Jean-Yves.

FRANCE. Ministre de la défense

ti :
Q - Comment va le moral des armées ?

R - Il est bon. Je me déplace beaucoup dans les forces : une fois en moyenne par semaine. À chaque fois, je suis impressionné par la détermination et le professionnalisme de nos soldats, que ce soit dans les opérations extérieures ou sur le théâtre national. Et je constate que l'image de l'armée dans l'opinion n'a pas été aussi forte depuis très longtemps, ce qui aide !

Q - Les troupes ne sont-elles pas harassées dans un contexte d'intense activité à l'intérieur (Sentinelle) et à l'extérieur (Mali, Centrafrique, Irak et maintenant Syrie) ?

R - 2015 est une année difficile, car nous n'avons pas encore le résultat des nouveaux recrutements après la décision du président de la République de rehausser le format des armées suite aux attentats de janvier. Il y aura moins de pression sur les effectifs en 2016. Quoi qu'il en soit, nos soldats font leur travail avec beaucoup de sang-froid. Comme l'a décidé le président de la République, nous mobilisons 7000 hommes dans l'opération antiterroriste Sentinelle, un effectif pouvant être porté à 10.000. Ce sont les mêmes soldats qui interviennent dans les opérations extérieures. Les effectifs tournent !

Q - Ces opérations extérieures sont-elles un succès ?

R - Oui, et le Mali est un cas d'école. Face à une agression caractérisée de groupes terroristes, la France intervient à la demande des autorités maliennes et avec l'accord de l'ONU. Elle bloque la progression djihadiste, un processus démocratique s'enclenche, avec l'élection d'un président et d'une assemblée. L'ONU met en place la MINUSMA, l'Union européenne assure la formation de l'armée malienne. Les accords de paix d'Alger permettent la stabilisation des groupes armés et la France transforme l'opération Serval en opération Barkhane anti-terroriste sur l'ensemble du Sahel. C'est un succès militaire et politique, qui est d'ailleurs en train de se reproduire en Centrafrique, où des élections vont avoir lieu et où nous avons pu réduire notre présence à 800 soldats au lieu de 2600 au plus fort de l'opération Sangaris.

Q - Pourquoi avoir attendu un an avant de survoler - et éventuellement de frapper - la Syrie ?

R - Voici un an nous étions très réservés sur des frappes en Syrie parce que nous estimions qu'elles auraient permis de renforcer Bachar Al-Assad. Depuis, le contexte a changé : Assad est affaibli, Daech a progressé jusqu'à menacer l'axe Damas-Homs et le Liban. Et aujourd'hui, Daech tente d'organiser des attentats sur notre propre territoire national depuis la Syrie. Ce sont autant de raisons pour nous engager, tout en restant autonomes. Si le président décidait de frapper en Syrie, nous le ferions en choisissant nous-mêmes les cibles.

Q - À cause de l'aversion du gouvernement français envers Al-Assad, qui n'est pas partagée à ce point par les autres pays ?

R - Comment peut-on passer sous silence les 240.000 morts de ce dictateur ? La solution en Syrie sera de toute façon politique, complexe - d'où notre volonté d'agir de façon autonome - et ne pourra pas se faire avec Bachar Al-Assad.

Q - Il n'est toujours pas question d'intervention au sol ?

R - Non, il n'en est pas question. Et d'ailleurs, aucun de nos alliés ne le propose.


Source http://www.diplomatie.gouv.fr, le 29 septembre 2015

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