Interview de M. Emmanuel Macron, ministre de l'économie, du commerce et de l'industrie, à "France Bleu Drôme Ardèche" le 21 septembre 2015, sur sa vision de la fonction publique et sur les effets de la loi sur la libéralisation du transport de voyageurs par autocar. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Emmanuel Macron, ministre de l'économie, du commerce et de l'industrie, à "France Bleu Drôme Ardèche" le 21 septembre 2015, sur sa vision de la fonction publique et sur les effets de la loi sur la libéralisation du transport de voyageurs par autocar.

Personnalité, fonction : MACRON Emmanuel, BEAUDET Florence.

FRANCE. Ministre de l'économie, de l'industrie et du numérique;

ti : PHILIPPE COSTA
Emmanuel MACRON, le ministre de l'Economie, est votre invité ce matin, Florence BEAUDET.

FLORENCE BEAUDET
Bonjour Emmanuel MACRON.

EMMANUEL MACRON, MINISTRE DE L'ECONOMIE, DE L'INDUSTRIE ET DU NUMERIQUE
Bonjour.

FLORENCE BEAUDET
Merci de prendre ces quelques minutes depuis Paris avant votre départ pour l'Ardèche. On va venir à la raison de votre visite mais d'abord, ce débat que vous avez relancé sur le statut de fonctionnaire. En quoi pour vous l'emploi garanti à vie ne serait plus adéquat pour certaines missions ?

EMMANUEL MACRON
D'abord, c'est toujours important de préciser le cadre. Je n'ai pas relancé un débat. J'étais dans un cercle de réflexion où j'assume totalement mes propos, j'ai débattu de ce sujet parce qu'on doit pouvoir débattre de tous les sujets importants et la fonction publique en est un. Simplement, quand on le jette en pâture ensuite à la sphère médiatique, on a passé le week-end à réagir en disant : « Il a dit qu'il fallait supprimer la fonction publique, il a été recadré » et cætera. Débat qui n'a aucun intérêt parce que ce n'est pas la question de savoir si on est pour ou contre. J'ai choisi, moi, il y a dix ans de fonctionnaire, je suis fils de fonctionnaire.

FLORENCE BEAUDET
Oui. Vous êtes haut fonctionnaire vous-même.

EMMANUEL MACRON
Voilà, tout à fait. Mais on doit passer des concours pour ça, républicains, méritocratiques. Je n'ai pas hérité de ces concours, donc la fonction publique a un sens. La neutralité, l'emploi à vie, ça a du sens. Ce sont des missions qui sont définies.

FLORENCE BEAUDET
Mais pourquoi pour vous il faudrait réformer ?

EMMANUEL MACRON
Je dis que ça fait partie des sujets sur lesquels nous devons réfléchir pour le futur, mais je ne suis pas en charge de ce sujet dans le collectif gouvernemental auquel je suis attaché.

FLORENCE BEAUDET
Non. J'entends bien que c'était votre vision personnelle. C'était votre vision personnelle mais pourquoi vous pensez qu'il faut…

EMMANUEL MACRON
Voilà. Il ne faut pas mélanger avec tout le reste, et donc moi j'ai simplement dit que c'était important de pouvoir réfléchir à ce sujet parce que chacune et chacun voit bien qu'il n'ait plus forcément adapté dans toutes ses composantes. Donc c'est une réflexion prospective, ce n'est pas un débat pour aujourd'hui ni une réforme pour aujourd'hui.

FLORENCE BEAUDET
J'entends bien que c'est votre vision personnelle mais c'est intéressant de la partager et de l'expliquer.

EMMANUEL MACRON
Aujourd'hui, il y a une réforme qui est d'ailleurs menée par Marylise LEBRANCHU avec beaucoup de courage. Il y a des évolutions qui sont en cours, donc c'est ça qui compte ; comme de mon côté, ce sont les réformes que je conduis dans mon périmètre ministériel pour lesquelles je viens d'ailleurs à Annonay qui comptent. Après, il faut pouvoir de manière apaisée, constructive, débattre des sujets importants de notre pays dont celui-ci.

FLORENCE BEAUDET
Juste quand même la précision, puisque j'entends bien que c'est votre vision personnelle, que ce n'est pas un projet gouvernemental qui est conduit, tout ça on l'entend. Mais en quoi pour vous ce serait plus adéquat pour certaines missions ? Est-ce que vous pouvez préciser ?

EMMANUEL MACRON
Mais je viens de le préciser. C'est-à-dire qu'il faut regarder s'il y a des missions qui ne justifient pas, compte tenu de leur sensibilité, de plutôt recruter des fonctionnaires que des contractuels. Regardez la réalité qu'il y a autour de vous. Il y a beaucoup de gens qui sont contractuels, qui ne sont pas fonctionnaires et qui occupent des missions de grande sensibilité. A l'inverse, il y a des missions qui sont devenues moins sensibles, pour lesquelles on recrute des fonctionnaires là où on pourrait avoir peut-être plus de flexibilité. C'est ce sujet sur lequel il faut réfléchir, pas plus.

FLORENCE BEAUDET
D'accord. Emmanuel MACRON, dans deux heures et demie vous serez chez IVECO BUS à Annonay, vous venez mesurer les effets de votre loi sur la libéralisation du transport de voyageurs par autocar. Elle est entrée en vigueur seulement début août ; est-ce que ce n'est pas un peu tôt pour savoir déjà si elle fonctionne ? Est-ce que vous avez déjà des chiffres, vous ?

EMMANUEL MACRON
Oui. On a des chiffres d'une part, puis ensuite c'est important parce qu'il faut accompagner une réforme dans le réel et dans son évolution. Un mois après l'entrée en vigueur de la loi, on sait déjà qu'il y a soixante-quinze villes françaises qui sont desservies par autocar. Il y a d'ores et déjà sept cents emplois qui ont été crées et il y a deux cent cinquante mille passagers transportés alors que sur l'année dernière intégralement, il y avait cent dix mille, un peu plus de cent dix mille voyageurs, donc vous voyez les effets.

FLORENCE BEAUDET
Donc cent quarante-huit mille passagers supplémentaires.

EMMANUEL MACRON
En un mois, les effets sont déjà extrêmement perceptibles. Sept cents emplois crées, je n'ai pas beaucoup de filières qui m'offrent ces résultats. Là, je vais voir un constructeur d'autocars parce que c'est important que toute la filière soit précisément impliquée et donc cette réforme, elle aura aussi des effets pour Annonay.

FLORENCE BEAUDET
Chez IVECO, pour l'instant c'est un frémissement : trois autocars commandés par LES COURRIERS Pays-de-Savoie, ce n'est pas encore le grand boom non plus dans l'activité de l'usine. Comment vous pouvez, et est-ce que vous pouvez soutenir d'ailleurs, cette usine qui est française, qui est la dernière à fabriquer des autocars en France ?

EMMANUEL MACRON
Cette usine est en effet l'une des deux dernières à fabriquer des autocars. C'est un site important de production pour la filière. En me rendant sur place, je viens mettre justement un coup de projecteur sur le sujet pour sensibiliser l'ensemble des transporteurs sur leur mode d'achat. Je pense que c'est très important qu'en particulier les grands transporteurs mais aussi les différentes PME – il y en a beaucoup dans la région – puissent acheter les autocars qui sont aussi produits en France. Ça ne se définit par la loi, ça ne se décrète pas mais je pense que c'est des comportements d'achat qui aident aussi à maximiser l'impact en emploi d'une réforme de ce genre. Parce que ça veut dire qu'on ne crée pas seulement des emplois de chauffeurs, de services d'entretien dans les gares routières mais également dans la production. Ce site a donc des perspectives, vous avez raison, c'est juste un frémissement à ce stade, mais il va y avoir de la construction dans les mois à venir et les années à venir. Il est important qu'il puisse y prendre toute sa part.

FLORENCE BEAUDET
Mais Emmanuel MACRON, est-ce que ce n'est pas juste des vases communicants ? Les autocaristes récupèrent de la clientèle, on crée de l'emploi mais la SNCF, de son côté, perd des clients. Est-ce qu'on n'est pas juste dans un transfert en fait de clients ?

EMMANUEL MACRON
Non, pas du tout parce que vous créez de la nouvelle mobilité avec les autocars. D'ailleurs, les chiffres qu'on est en train de collecter le montrent. Tous les déplacements que j'ai pu faire sur le terrain l'ont montré et c'est exactement ce qui s'est passé en Allemagne qui a fait la même réforme il y a deux ans. Largement plus de la moitié, ce sont des transports nouveaux, c'est-à-dire ce sont nos concitoyens qui soit ne pouvaient pas se déplacer parce que le train était trop cher et donc ils peuvent maintenant prendre le car, on ne peut que s'en féliciter, des gens qui ne pouvaient pas se déplacer. Soit c'est des gens qui prenaient leur véhicule individuel et ils trouvaient que ça commençait à être cher. Soit ce sont des gens qui faisaient du covoiturage. Vous savez, beaucoup de nos concitoyens ont recours au covoiturage et maintenant le car est une perspective. Donc plus de la moitié largement, ce sera du déplacement nouveau, de la mobilité nouvelle et moins chère, et donc on crée de la mobilité en plus.

FLORENCE BEAUDET
D'accord. Donc vous, Emmanuel MACRON, vous êtes fier de ce texte et de cette libéralisation.

EMMANUEL MACRON
J'y crois, comme vous l'avez constaté, parce que sinon je ne l'aurais pas poussée et puis je ne l'aurais pas fait passer, et maintenant je ne serais pas en train de veiller à son application, donc oui j'y crois profondément. Vous savez, je serai fier quand on aura tous les résultats, quand les choses seront en place.

FLORENCE BEAUDET
Merci Emmanuel MACRON pour ces commentaires matinaux, et bon voyage en direction de l'Ardèche où vous serez tout à l'heure.

EMMANUEL MACRON
Merci beaucoup à vous.

FLORENCE BEAUDET
Merci beaucoup et bonne journée.

EMMANUEL MACRON
Au revoir et bonne journée.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 30 septembre 2015

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