Interview de M. Stéphane Le Foll, ministre de l'agriculture, de l'agroalimentaire et de la forêt, porte-parole du gouvernement, à "France Info" le 25 septembre 2015, sur les chiffres du chômage, sur l'accord à l'échelle européenne sur l'accueil de réfugiés, sur le scandale Volkswagen. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Stéphane Le Foll, ministre de l'agriculture, de l'agroalimentaire et de la forêt, porte-parole du gouvernement, à "France Info" le 25 septembre 2015, sur les chiffres du chômage, sur l'accord à l'échelle européenne sur l'accueil de réfugiés, sur le scandale Volkswagen.

Personnalité, fonction : LE FOLL Stéphane, ACHILLI Jean-François .

FRANCE. Ministre de l'agriculture, de l'agroalimentaire et de la forêt, porte-parole du gouvernement;

ti : JEAN-FRANCOIS ACHILLI
Bonjour Stéphane LE FOLL.

STÉPHANE LE FOLL
Bonjour.

JEAN-FRANCOIS ACHILLI
Rien à faire, ça ne veut pas, le chômage toujours à la hausse, 20.000 de plus, +0,6 en août, ça tombe mal pour vous, c'est le commentaire des chiffres du chômage mensuels. On est bientôt en 2016 Stéphane LE FOLL, à quand la baisse ?

STÉPHANE LE FOLL
Ça confirme à la fois des choses qui peuvent être contradictoires, moi je ne vais pas chercher ni à minimiser les chiffres… même si sur le chômage des jeunes je suis bien obligé de faire un constat c'est qu'il a baissé, on a une stabilité sur un trimestre, on est dans ces chiffres mensuels avec 20.000 demandeurs d'emploi supplémentaires en catégorie A. On est en 2015, vous l'avez rappelé, donc l'année prochaine c'est 2016…

JEAN-FRANCOIS ACHILLI
Ça c'est pas mal ça !

STÉPHANE LE FOLL
Et il faut que l'ensemble des mesures qui ont été prises et surtout le pari – qui est celui de la croissance à nouveau – permette de faire en sorte que la différence entre ceux qui entrent sur le marché du travail et ceux qui trouvent un travail soit en faveur de ceux qui trouvent un travail, c'est tout l'objectif pour la fin de l'année.

JEAN-FRANCOIS ACHILLI
Vous savez que le chômage des jeunes ce sont… enfin les jeunes sont concernés par les emplois aidés et bien souvent 6 mois, un an après ils sont dehors, ils sont de nouveau à la recherche d'un emploi…

STÉPHANE LE FOLL
Non, ça ce n'est pas si simple que ça, ce n'est pas vrai. Là-dessus, il y a des analyses qui ont été faites, des études qui ont été conduites. Les emplois qui ont été aidés sont souvent aussi un tremplin pour aller ensuite sur le marché du travail. Quand vous n'avez aucune expérience, je connais l'histoire par coeur, je n'ai pas d'expérience, je n'ai pas d'emploi et pour avoir un emploi, il faut de l'expérience, donc on est dans un cercle qui est complètement vicieux. Si on n'en sort pas…

JEAN-FRANCOIS ACHILLI
C'est très français ça !

STÉPHANE LE FOLL
Vous… et c'est très français, c'est vrai que du côté des Anglo-saxons ils ont plus tendance à faire confiance que chez nous. Et donc les emplois aidés quoi qu'on en dise ou les emplois d'avenir, c'est aussi une manière de dire « on a acquis une expérience, donc on peut être sur le marché de l'emploi », des jeunes en particulier qui ont cette expérience pour pouvoir acquérir un emploi. Donc ce n'est pas si simple que ça et ça a un impact positif.

JEAN-FRANCOIS ACHILLI
Moralité, vous serrez les dents, vous attendez que ça aille mieux !

STÉPHANE LE FOLL
Moralité, on a mis en place à la fois sur l'apprentissage, à la fois sur les emplois d'avenir, les emplois aidés, sur ce qui a été fait au niveau de la formation pour essayer de combler le Gap entre la formation avec des emplois qui ne sont pas pourvus aujourd'hui, plus de 100.000 emplois avaient été… 100.000 formations avaient été lancées, c'est 80.000 qui ont trouvé derrière un emploi. Donc on ne fait pas… on n'attend pas, on met tout en oeuvre mais on sait que pour baisser le chômage, l'élément croissance est essentiel.

JEAN-FRANCOIS ACHILLI
Et vous dites quoi, « GATTAZ, des emplois » ?

STÉPHANE LE FOLL
Moi je dis que sur le crédit d'impôt compétitivité qui va dépasser les 18 milliards d'euros qui étaient nécessaires…

JEAN-FRANCOIS ACHILLI
Ça ne bouge pas en face !

STÉPHANE LE FOLL
Qui étaient nécessaires pour retrouver de la compétitivité au niveau des entreprises, il y a une contrepartie c'est l'investissement et l'emploi. J'ai noté d'ailleurs qu'en août – et c'est tout ça qui est compliqué à analyser – en août les intentions d'embauches hors intérim avaient augmenté de 3,8 %, mais ce n'est pas suffisant.

JEAN-FRANCOIS ACHILLI
Alors retour sur l'interview de Manuel VALLS hier soir sur France 2, vous faisiez une drôle de tête d'ailleurs à la télévision, vous aviez l'air de vous ennuyer, non ?

STÉPHANE LE FOLL
Non, mais je ne fais pas une drôle de tête, j'étais présent comme d'autres ministres, ça a été noté d'ailleurs…

JEAN-FRANCOIS ACHILLI
Ce n'est pas la joie !

STÉPHANE LE FOLL
Non, ce n'est pas ça, c'est qu'on est sur une émission sur un banc pendant combien… 2 h 30…

JEAN-FRANCOIS ACHILLI
Vous étiez plein cadre…

STÉPHANE LE FOLL
Oui, j'étais plein cadre peut-être et je n'ai pas toujours fait attention, donc… mais c'est long quoi, voilà, c'est tout. Et Manuel VALLS a été très bon.

JEAN-FRANCOIS ACHILLI
Alors des sujets sérieux, la France qui n'accueillera pas plus de 30.000 réfugiés, a précisé le Premier ministre hier soir. Question idiote mais si ce chiffre est dépassé, il peut l'être, qu'est-ce qui se passe ?

STÉPHANE LE FOLL
Mais il faut arrêter de prendre ces sujets-là avec la mise en perspective de l'angoisse, de la peur…

JEAN-FRANCOIS ACHILLI
Non, c'est une question comptable, puisqu'on parle de ça à Bruxelles !

STÉPHANE LE FOLL
Eh bien ! Justement, on parle de manière comptable. Il y a un accord à l'échelle européenne qui a été trouvé, cet accord il prévoit des choses bien précises. La première, c'est que pour éviter que des gens viennent en Europe, il faut d'abord qu'on soit capable d'aider ceux qui traitent le plus grand nombre de réfugiés aujourd'hui, c'est le Liban, c'est la Jordanie, c'est la Turquie, premier point. Deuxième point, pour ceux qui viennent en Europe conformément aux règles de Schengen, là dans le pays où ils arrivent il faut être capable de traiter les dossiers, entre ceux qui viennent avec l'intention d'une immigration économique et qui n'ont pas vocation à bénéficier du droit d'asile ; et ceux qui ont effectivement parce qu'ils sont dans des pays où c'est la…

JEAN-FRANCOIS ACHILLI
Regarder les dossiers et les traiter.

STÉPHANE LE FOLL
Voilà, donc c'est ce qu'on appelle les centres d'accueil et de traitement des dossiers. C'est ce qui a été mis en place en Italie et en Grèce et ça, c'est très important, ça ne peut se gérer que si c'est à la fois maîtrisé, contrôlé et organisé. Et puis troisième point, c'est le fait que pour que la solidarité s'exerce, il faut qu'il y ait une responsabilité partagée, d'assumer en partie un certain nombre de ces demandeurs d'asile pour que chacun en prenne sa part. C'est l'accord qui a été passé sur la répartition de ces demandeurs de droit d'asile, et qui fait que la France s'est engagée à en accueillir 30.000. Alors après 30.000, c'est un chiffre à la fois important mais…

JEAN-FRANCOIS ACHILLI
Oui, c'est la question.

STÉPHANE LE FOLL
Aussi à relativiser. On a 60.000 demandeurs d'asile à peu près par an en France, ça a été dit hier soir, l'Allemagne en a compté jusqu'à 400.000 l'an dernier, on n'est pas du tout dans une situation où comme certains le laissent penser, ça serait une espèce d'invasion parce que certains font de la politique et veulent faire peur…

JEAN-FRANCOIS ACHILLI
C'est ce que disent Marine LE PEN, Nicolas SARKOZY…

STÉPHANE LE FOLL
Oui, Marine LE PEN, Nicolas SARKOZY, certains à droite. Nous, il faut qu'on soit cohérent et clair vis-à-vis des Français. Il n'y a pas cette suspicion d'invasion, il y a une maîtrise d'un flux et le respect des principes de l'Europe et de la République.

JEAN-FRANCOIS ACHILI
Stéphane LE FOLL sur le scandale VOLKSWAGEN, 1 million de véhicules potentiellement concernés selon nos informations ce matin sur France Info. J'ai envie de vous poser une question toute simple : et si vous supprimiez tout simplement le diesel, comme l'a dit Emmanuelle COSSE en meeting ?

STÉPHANE LE FOLL
Mais ça c'est… j'ai bien entendu ce qu'a dit Emmanuelle COSSE, d'abord de quoi il s'agit là sur le sujet…

JEAN-FRANCOIS ACHILLI
Ce n'est pas idiot, non ?

STÉPHANE LE FOLL
Attendez, deux points. Un, il s'agit en fait de ce qu'a mis en place VOLKSWAGEN sur le marché américain pour rentrer dans les clous en trichant un peu avec un système électronique dans chacune des voitures. C'est ça le sujet, c'est de là que part le scandale. On sait que le diesel a un gros inconvénient, un gros inconvénient qui peut avoir des conséquences graves, c'est les macro-particules qui sortent après la combustion en diesel. Et il y a eu des filtres mais c'est un sujet majeur de santé publique. Qu'est-ce qui a été décidé ? C'est de faire en sorte que maintenant, on vérifie ce qui est annoncé sur les voitures par les constructeurs automobiles, et qui doit correspondre à des engagements de réduction de la pollution et, en particulier, sur les macro-particules. D'où les tests qu'a annoncé Ségolène ROYAL et c'est très bien, ça sera fait avec les industriels mais aussi les associations de défense de l'environnement ; et aussi l'Etat pour que ça soit transparent et que ça s'applique à tout le monde.

JEAN-FRANCOIS ACHILLI
Vous êtes d'accord qu'il n'y a pas de décision musclée, il faut regarder… Fessenheim évoqué à l'instant par Fabienne SINTES, l'interview du président dans Le Parisien, il n'y a pas de vraie décision avec des dates et des calendriers précis !

STÉPHANE LE FOLL
Alors je suis d'accord, je suis d'accord mais c'est tout le débat qu'il y a, entre faire évoluer une société comme la France ou considérer qu'il y a des décisions très simples qui vont résoudre les problèmes immédiatement. La question du diesel, malheureusement ce n'est pas une histoire d'aujourd'hui, ce n'est pas il y a 6 mois, c'est 40 ans de politiques qui ont été conduites parce qu'au départ, il faut bien se rappeler pourquoi, c'est que le diesel consommait moins que l'essence au km, donc…

JEAN-FRANCOIS ACHILLI
Le monde a changé trop vite.

STÉPHANE LE FOLL
Et le monde a changé. Mais pour faire changer le monde et la société française, il faut engager des politiques qui, au bout, font changer les choses. Mais considérer qu'il n'y a qu'une mesure à prendre, ça y est, c'est l'interdiction, c'est ce qu'il y a de plus facile à dire mais ce n'est pas ce qui permet la solution.

JEAN-FRANCOIS ACHILLI
Sur la crise agricole, vous êtes ministre de l'Agriculture, faut-il le rappeler, ce n'est pas fini, pas de cotations au marché du Cadran de Plérin hier dans les Côtes d'Armor, qu'est-ce que ça veut dire ?

STÉPHANE LE FOLL
Qu'est-ce que ça veut dire…

JEAN-FRANCOIS ACHILLI
…Je ne comprends rien…

STÉPHANE LE FOLL
Je vais être très clair ce matin sur France Info oui. Il y a un marché au Cadran sur lequel… parce que les producteurs de porcs avaient demandé qu'on revalorise leurs prix compte tenu de la difficulté dans laquelle ils étaient. On avait trouvé un accord commun entre les producteurs, les industriels et la grande distribution. On a mis en place des stratégies avec la valorisation des viandes françaises vivantes, de porc français. Et hier, je vais être très clair, c'est l'Union des groupements de producteurs de porcs breton qui a demandé à ce que le prix baisse, très clairement. Alors à partir de là, chacun assumera ses responsabilités.

JEAN-FRANCOIS ACHILLI
Vous n'êtes pas content !

STÉPHANE LE FOLL
Je ne suis pas content parce que ça se fait toujours de la même manière avec toujours la même stratégie, en particulier pour certains en Bretagne. Ca consiste à dire que sur la question du porc, la question qui est posée c'est le prix et par définition le marché au Cadran. Le reste…

JEAN-FRANCOIS ACHILLI
Qu'est-ce que vous allez faire…

STÉPHANE LE FOLL
N'existe pas.

JEAN-FRANCOIS ACHILLI
Vous allez faire quoi alors ?

STÉPHANE LE FOLL
Je vais faire quoi ? Ça c'est une décision malheureusement qui dépend quand même de l'Union des producteurs bretons. C'est un accord que moi j'ai passé, j'ai essayé de faire en sorte de répondre à la demande des producteurs, si maintenant l'Union des groupements de producteurs dit « ce n'est pas ça qu'on veut, ce n'est pas ça qu'on veut ». Mais moi je le dis, on ne sortira pas moyen terme ou à long terme de cette crise du porc en Bretagne – et en France de manière globale – s'il n'y a pas une stratégie différente… et c'est pourquoi j'ai fait des propositions sur la contractualisation. Il y a des manières différentes d'avoir une compétitivité, ça s'appelle… la compétitivité prix elle existe, mais la compétitivité hors prix c'est aussi l'essentiel de la compétitivité. Et il y en a certains qui, aujourd'hui, ne veulent pas l'entendre et ça, ça me met effectivement monsieur ACHILLI quelques fois un peu en colère.

JEAN-FRANCOIS ACHILLI
A bon entendeur. Dernière question rapide, le « Macron-ras-le-bol » de Martine AUBRY qui a fait couler beaucoup d'encre, beaucoup de commentaires aussi depuis, pour vous plus jamais ça, la gauche se divise…

STÉPHANE LE FOLL
Moi je…

JEAN-FRANCOIS ACHILLI
Rapidement, rapidement.

STÉPHANE LE FOLL
Rapidement, il y a un sujet… MACRON évoque quelque chose dans un truc en temps réel, c'est repris, c'est amplifié et on aboutit…

JEAN-FRANCOIS ACHILLI
Comme ça.

STÉPHANE LE FOLL
Chacun après… il faut garder toujours de la mesure, à la fois sur la critique ou dans la critique plutôt et dans ce que peut être l'affirmation d'une proposition ; et toujours s'inscrire dans une logique collective. C'est ça l'essentiel et il faut le rappeler ce matin, comme cet après-midi, comme ce soir et comme demain et à chaque fois que je viendrai à l'invitation de France Info, toujours avec plaisir.

JEAN-FRANCOIS ACHILLI
Merci Stéphane LE FOLL.

JOURNALISTE
Ne bougez pas, voici Guy BIRENBAUM.

STÉPHANE LE FOLL
Et je ne bouge pas.

(…)

GUY BIRENBAUM
Ce sont nos élus et nos maires endormis au fond de leur couette qui sont appelés pour récupérer la vache ou le cheval qui a pris la poudre d'escampette.

STÉPHANE LE FOLL
Et c'est une obligation.

GUY BIRENBAUM
Absolument…

STÉPHANE LE FOLL
Mon père a été maire, plusieurs fois il est sorti dans la nuit et même sous les gels et barrières de dégel, moi-même j'y suis allé plusieurs fois.

(…)

GUY BIRENBAUM
Je pense aux divagations de deux éléphants du Parti socialiste, on vient de parler du ras-le-bol de Martine AUBRY, on n'a pas parlé de Dominique STRAUSS-KAHN et je pense aux divagations d'un drôle de zèbre nommé Emmanuel MACRON, lesquels vous empêchent de dormir ?

STÉPHANE LE FOLL
Aucune, c'est plutôt les divagations animales mais au sens littéral du terme…

GUY BIRENBAUM
Les vrais animaux !

STÉPHANE LE FOLL
Les vrais animaux.

GUY BIRENBAUM
Pas les animaux politiques.

STÉPHANE LE FOLL
Non, pas les animaux politiques.

GUY BIRENBAUM
Quel estomac !

STÉPHANE LE FOLL
C'est plutôt le matin qu'on est réveillé par les animaux politiques, vous le savez bien vous ici.

JOURNALISTE
Merci beaucoup Stéphane LE FOLL et merci à tous.

STÉPHANE LE FOLL
Merci.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 1er octobre 2015

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