Interview de M. Patrick Kanner, ministre de la ville, de la jeunesse et des sports à RTL le 25 septembre 2015, sur la construction et les quotas de logements sociaux pour les communes de plus de 3500 habitants. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Patrick Kanner, ministre de la ville, de la jeunesse et des sports à RTL le 25 septembre 2015, sur la construction et les quotas de logements sociaux pour les communes de plus de 3500 habitants.

Personnalité, fonction : KANNER Patrick, MAZEROLLE Olivier.

FRANCE. Ministre de la ville, de la jeunesse et des sports;

ti :

YVES CALVY
Olivier MAZEROLLE vous recevez le ministre de la Ville, Patrick KANNER.

OLIVIER MAZEROLLE
Bonjour Patrick KANNER.

PATRICK KANNER
Bonjour Olivier MAZEROLLE.

OLIVIER MAZEROLLE
Vous allez opérer tout à l'heure à Ormesson, une commune de 10 000 habitants, près de Paris, un débarquement, disons musclé, puisque vous allez imposer la construction de logements sociaux dont la commune ne veut pas. C'est l'Etat qui commande maintenant dans les communes ?

PATRICK KANNER
Vous savez, le problème qui se pose aujourd'hui dans notre pays, c'est la mixité sociale. Elle est insuffisante dans beaucoup de communes, il y a plus de 1 000 communes qui sont déficitaires dans leurs obligations, pour créer du logement social. La loi est claire, elle dit que dans les communes de plus de 3 500 habitants, il faut atteindre 20 % de logements sociaux, et plus dans les zones dites tendues. Dans ce cadre-là, nous avons repéré des communes qui vraiment ne jouent pas le jeu, permettez-moi l'expression, et qui mettent en péril la promesse républicaine, et c'est pour cela que nous allons intervenir.

OLIVIER MAZEROLLE
A Ormesson, il y a 1 % de logements sociaux à l'heure actuelle.

PATRICK KANNER
Un peu plus. Un peu plus…

OLIVIER MAZEROLLE
1,5, oui.

PATRICK KANNER
… 1,8 %. Très concrètement, parce qu'il faut donner les chiffres, sur 4 000 logements il y a à peu près 70 ou 80 logements sociaux, donc on est très très loin du compte.

OLIVIER MAZEROLLE
Alors, vous allez faire construire combien de logements sociaux dans cette ville, encore une fois, qui avoisine les 10 000 habitants ?

PATRICK KANNER
Alors, déjà, je vais m'expliquer avec Madame le Maire, avec madame SEGUI, je vais la rencontrer, je vais qu'elle va me recevoir…

OLIVIER MAZEROLLE
Oui, mais enfin vous y allez en mettant le poing sur la table.

PATRICK KANNER
Pas du tout…

OLIVIER MAZEROLLE
Presque le pistolet sur la table, hein, « madame c'est comme ça, et pas autrement ».

PATRICK KANNER
Je ne suis pas un Père Fouettard, je ne suis pas là pour donner des bonnes ou des mauvaises notes, je suis là tout simplement pour faire respecter la loi, c'est ce qu'a dit d'ailleurs le président de la République, hier au Congrès des HLM, à Montpellier, il a dit : « La loi SRU, la loi Solidarité au Renouvellement Urbain, ne peut pas s'arrêter aux frontières des communes ». Donc je vais voir pourquoi elle est aujourd'hui tellement en retard. Alors, je sais qu'elle n'est pas maire depuis des années et des années, mais quand même, depuis mars 2014, et que manifestement sa volonté n'est pas totalement avérée en ce sens. Donc, nous avons repéré un terrai qui appartient à l'Etat, en partie aussi à des privés que nous allons contacter, un terrain où on peut construire à peu près 500 logements, et moi, mon objectif, c'est que sur ces 500 logements, il y en ait 200, réservés à un public prioritaire. Permettez-moi l'expression, 70 % des Français, aujourd'hui, en France, sont éligibles aux logements sociaux, et ce ne sont pas tous des délinquants, comme parfois je peux l'entendre.

OLIVIER MAZEROLLE
Alors, on entendait tout à l'heure une des habitantes de Ormesson, qui dit : « Eh bien notre quartier, il est joli quand même – moi je précise d'ailleurs qu'il se situe à côté d'un château classé Monuments historiques…

PATRICK KANNER
Le château d'Ormesson.

OLIVIER MAZEROLLE
… et elle disait, voilà, de monsieur d'ORMESSON, et elle disait : « Mais si c'est des petits pavillons, c'est pas mal ». Ça va être quoi, des petits pavillons ou des immeubles, vos logements ?

PATRICK KANNER
L'image du logement social, avec des grandes tours de 15 ou 20 étages, c'est terminé monsieur MAZEROLLE. Aujourd'hui nous faisons des logements sociaux, dans des bâtiments qui font deux ou trois étages, parfaitement équilibrés sur le plan énergétique, avec des populations qui sont intéressées. Vous savez, les familles qui disent cela, les personnes qui disent cela, parfois elles sont très contentes que pour leurs enfants ou leurs petits-enfants, on trouve du logement social, qui manque aujourd'hui dans notre pays.

OLIVIER MAZEROLLE
Alors, vous allez viser d'autres communes qu'Ormesson, dans les semaines qui viennent ? Neuilly, par exemple ?

PATRICK KANNER
Tout à fait. Alors, je ne sais pas…

OLIVIER MAZEROLLE
Neuilly ?

PATRICK KANNER
Je ne sais pas si j'irai à Neuilly, Neuilly fait des efforts.

OLIVIER MAZEROLLE
C'est emblématique, Neuilly, hein.

PATRICK KANNER
Mais Neuilly fait des efforts, parce que, ce que nous voulons montrer, c'est le fait qu'il y ait des villes qui aujourd'hui ne jouent pas le jeu. Très concrètement, il y a 221 villes en France qui sont carencées, le mot n'est pas très joli, carencées, c'est-à-dire qu'elles paient des amendes plutôt que de construire des logements sociaux. Mais certaines font des progrès. J'aurai la liste, le Premier ministre, Manuel VALLS, annoncera cette liste au comité interministériel Egalité et citoyenneté, qui aura lieu à la fin du mois d'octobre. Nous pensons aujourd'hui qu'il y a entre 30 et 40 communes en France, donc c'est finalement très peu, qui ne jouent pas le jeu…

OLIVIER MAZEROLLE
Et vous allez vous y rendre.

PATRICK KANNER
Et je vais m'y rendre.

OLIVIER MAZEROLLE
D'accord.

PATRICK KANNER
Systématiquement.

OLIVIER MAZEROLLE
Dans toute la France.

PATRICK KANNER
Dans toute la France, essentiellement, disons-le quand même, dans la région PACA et dans la région Ile-de-France.

OLIVIER MAZEROLLE
Alors, dites-moi quand même, la loi Duflot a été adoptée définitivement début 2014, elle a amplifié la possibilité de préempter des terrains. Préempter, vous les payez quand même, quand ce sont des privés.

PATRICK KANNER
Naturellement, je veux dire il n'est pas question d'exproprier sans indemnisation quand cela est possible.

OLIVIER MAZEROLLE
D'accord, mais pourquoi vous l'appliquez maintenant ? C'est la proximité des élections, pour montrer quand même aux électeurs de gauche que le gouvernement est à gauche malgré Emmanuel MACRON ?

PATRICK KANNER
La loi Duflot, monsieur MAZEROLLE, est récente. La loi SRU, elle date de quand ? 2000. Elle a 15 ans.

OLIVIER MAZEROLLE
Oui, mais c'est la loi Duflot qui a permis d'amplifier tout ça.

PATRICK KANNER
Pas du tout, pas du tout. Déjà dans la loi Gayssot, loi SRU, Gayssot du nom du ministre de l'époque, eh bien il y avait des dispositions contraignantes. Elles n'ont jamais été appliquées, les préfets préférant, et je peux le comprendre, négocier que d'imposer. Mais moi je suis là…

OLIVIER MAZEROLLE
Vous vous dites : « Bon, ça y est, il y a des élections en vue bientôt, on va montrer quand même que, bon, il y a Emmanuel MACRON, mais on est quand même vraiment à gauche ».

PATRICK KANNER
Emmanuel MACRON est un ministre tout à fait compétent…

OLIVIER MAZEROLLE
Non mais vous êtes vraiment à gauche ?

PATRICK KANNER
Je suis vraiment à gauche, lui est aussi à gauche, rassurez-vous, et cette mesure n'est pas une mesure de gauche ou de droite, c'est simplement l'application de la loi de la République, et moi je suis là pour dire aux maires…

OLIVIER MAZEROLLE
Pas de coïncidence avec les élections.

PATRICK KANNER
Vous savez, il y a eu le 11 janvier. D'abord le 7 janvier et le 11 janvier. On a parlé d'apartheid, de ségrégation, de séparation. On manque de logements sociaux dans notre pays, eh bien moi je suis là pour créer cette dynamique.

OLIVIER MAZEROLLE
Je voudrais vous faire entendre quelqu'un.

MARTINE AUBRY
MACRON, comment vous dire… ras-le-bol. Ras-le-bol.

OLIVIER MAZEROLLE
Vous avez reconnu la voix ?

PATRICK KANNER
Bien sûr !

OLIVIER MAZEROLLE
C'est qui ?

PATRICK KANNER
C'est Martine AUBRY, maire de Lille.

OLIVIER MAZEROLLE
Maire de Lille et vous-même vous êtes élu de Lille.

PATRICK KANNER
Je suis élu, conseiller départemental de Lille, mais je ne suis plus adjoint au maire de Lille.

OLIVIER MAZEROLLE
Mais dites-moi, ça promet dans le Nord, là.

PATRICK KANNER
Oh, Martine AUBRY a sa manière d'être, je veux dire, on la connait, elle est franche, directe. Je pense que par rapport à un ministre de la République, on pouvait employer peut-être des mots un peu plus politiquement corrects, mais c'est son choix, ce n'est pas le mien. Je considère qu'Emmanuel MACRON, aujourd'hui, est un ministre essentiel dans la réforme dont notre pays a besoin.

OLIVIER MAZEROLLE
La cohésion au PS dans le Nord, pour les élections régionales, c'est mal parti.

PATRICK KANNER
Elle est totale.

OLIVIER MAZEROLLE
Ah bon ?

PATRICK KANNER
Elle est totale.

OLIVIER MAZEROLLE
Avec des déclarations pareilles, et vous, vous dites le contraire ?

PATRICK KANNER
Nous avons un candidat, Pierre de SAINTIGNON, qui a été élu par les militants socialistes. Je le soutiens, il est en campagne, et je ne participe pas à cette petite musique qui consisterait à dire que la gauche serait éliminée dès le premier tour.

OLIVIER MAZEROLLE
Vous ne regrettez pas que Martine AUBRY ne se soit pas lancée dans la bataille contre Marine LE PEN ?

PATRICK KANNER
C'est son choix. C'est son choix et c'est un choix qui est maintenant derrière nous, puisque nous avons un candidat. Donc moi, mon objectif, c'est que la gauche soit qualifiée pour le second tour.

OLIVIER MAZEROLLE
Je reviens aux logements sociaux. Manuel VALLS, hier, sur France 2, a assuré que les réfugiés qui arrivent en France, ne seraient pas logés dans ces logements-là, au détriment des demandeurs de logements sociaux qui sont sur des listes, parfois depuis de nombreuses années. Mais comment en être sûr, dans des régions comme l'Ile-de-France ou PACA, que vous avez mentionnées tout à l'heure, qui manquent cruellement de logements sociaux ?

PATRICK KANNER
Ah, nous avons des dispositifs de logements d'urgence, vous le savez, ce que l'on appelle des CADA, en particulier. Nous avons aussi des logements vacants dans beaucoup de communes, et dans un parc social qui fait aujourd'hui, qui a une capacité de pouvoir reloger 11 millions de personnes en France, le nombre de Français qui vivent dans le logement social, c'est 11 millions, pouvoir accueillir 20 000, 25 000, peut être 30 000 réfugiés sans…

OLIVIER MAZEROLLE
Mais il y en a qui sont sur les listes d'attente depuis longtemps…

PATRICK KANNER
Bien sûr, il y a 1,8 million…

OLIVIER MAZEROLLE
… et ils disent : « Les Syriens vont passer devant nous », enfin, ils redoutent en tout cas.

PATRICK KANNER
Il y a 1,8 million demandes de logements social dans notre pays, et moi je n'oppose pas les populations.

OLIVIER MAZEROLLE
Bien sûr, mais…

PATRICK KANNER
Nous avons un devoir d'accueil, de bienvenue.

OLIVIER MAZEROLLE
Sauf que c'est factuel.

PATRICK KANNER
C'est factuel, mais je suis intimement persuadé que nous sommes en capacité de pouvoir accueillir dans de bonnes conditions ces réfugiés, sans toucher à la demande. 28 000 demandes, 30 000 demandes peut-être de Syriens, et encore ce sont des familles, bien souvent, donc ça sera moins de demandes. Je pense que la France est capable de faire ce geste de solidarité et d'humanité.

OLIVIER MAZEROLLE
Merci Patrick KANNER.

YVES CALVY
Patrick KANNER, qui donc sera à Ormesson ce matin. Vous avez cité des chiffres vraiment étonnants : 70 % des Français sont éligibles aux logements sociaux, 11 millions de logements dans notre pays et 1,8 million de Français qui attendent. On comprend qu'il y a des difficultés. Interview à retrouver sur le site RTL.fr et puis les « gens d'Ormesson », eh bien on va en parler dans Le Figaro. Voilà.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 1er octobre 2015

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