Interview de M. Alain Vidalies, secrétaire d'Etat aux transports, à la mer et à la pêche, à RTL le 6 octobre 2015, sur l'agression des cadres d'Air France par des manifestants, | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Alain Vidalies, secrétaire d'Etat aux transports, à la mer et à la pêche, à RTL le 6 octobre 2015, sur l'agression des cadres d'Air France par des manifestants,

Personnalité, fonction : VIDALIES Alain, MAZEROLLE Olivier.

FRANCE. Secrétaire d'Etat aux transports, à la mer et à la pêche;

ti : YVES CALVI
Olivier MAZEROLLE, vous recevez ce matin Alain VIDALIES, secrétaire d'Etat aux Transports.

OLIVIER MAZEROLLE
Bonjour Alain VIDALIES.

ALAIN VIDALIES
Bonjour.

OLIVIER MAZEROLLE
L'image de ces deux responsables d'AIR FRANCE, bousculés, molestés, qui échappent de peu au lynchage, ça nuit évidemment à la réputation d'AIR FRANCE mais aussi à celle de la France, car elles ont été montrées sur toutes les chaines de télévision du monde entier. La France qui veut organiser les Jeux Olympiques, comment on peut redresser ça ?

ALAIN VIDALIES
Je pense qu'on peut le redresser, d'abord, en ayant une condamnation tout à fait ferme et unanime. Je l'ai dit, le Premier ministre l'a dit hier, ces agissements sont inacceptables.

OLIVIER MAZEROLLE
Condamnation de justice aussi.

ALAIN VIDALIES
Et condamnation de justice, c'est ce que j'allais dire. Je pense qu'il faut qu'il y ait des poursuites pénales, parce qu'il n'y a pas d'autres réponses, il s'agit de violences, de violences faites contre des personnes, des images qui sont inacceptables, et donc je pense qu'aujourd'hui il faut isoler ces évènements, en disant : c'est des agissements qui méritent une répression pénale.

OLIVIER MAZEROLLE
On sait de qui il s'agit ?

ALAIN VIDALIES
Je ne sais pas de qui il s'agit, mais naturellement je pense que l'enquête permettra de le déterminer.

OLIVIER MAZEROLLE
Entre la nécessité de redresser une entreprise et la défense des avantages acquis, vous croyez qu'il y a encore une entente possible à AIR FRANCE ?

ALAIN VIDALIES
Écoutez, ce qui est important ce matin, c'est de voir la réaction de l'ensemble des acteurs, aussi bien du côté de la Direction que de l'ensemble des organisations syndicales. Il y a une condamnation très précise et très ferme, des agissements d'hier, et il y a une volonté réitérée, dans tous les cas, si j'en crois les déclarations de ce matin, à la fois de la Direction et à la fois des Syndicats, de reprendre le dialogue, dans tous les cas de se dire disponibles au dialogue. Et je pense que ce matin, devant la gravité de la situation, la meilleure des réponses serait justement qu'on passe aux actes, c'est-à-dire que la Direction et les organisations syndicales reprennent le chemin du dialogue. Il y a une voie, il y a une réponse possible dans cette difficulté, sans oublier les objectifs qui ont été posés par la Direction et les contraintes financières, mais je crois que vraiment, la meilleure réponse à la française, ça serait que justement, pour répondre à tous ceux qui à l'extérieur caricaturent, disent, ces évènements qui sont le fait d'individus isolés, que ces évènements ce n'est pas la France et que l'on peut reprendre le chemin du dialogue. Je leur demande à tous de le faire.

OLIVIER MAZEROLLE
Vous demandez à tous de le faire, mais pourquoi ce serait possible maintenant, alors que ça n'a pas été possible auparavant ? Et de plus, on entend quand même les syndicats qui, au-delà des condamnations, des violences, disent : « La Direction a une responsabilité énorme dans cette histoire, parce qu'elle a voulu diviser le personnel d'AIR FRANCE, en menant des conversations catégorielles.

ALAIN VIDALIES
Vous savez, la situation aujourd'hui à AIR FRANCE elle est assez simple. L'objectif, c'est un passage obligé, c'est-à-dire qu'on est face à une compagnie, qui est en difficultés sur le plan financier, dont sur le plan boursier la capitalisation n'est que de 2 milliards, RYANAIR c'est 7 milliards, donc une société qui est fragile, on va dire les choses comme ça. Ensuite c'est une société dont on connait aujourd'hui qu'elles sont les fragilités. Les fragilités, c'est le long-courrier, il y a des lignes sur lesquelles le déficit atteint 80 %. Ce que dit la Direction, c'est qu'il faut réduire cette activité. Il n'y a que deux solutions : ou l'effort est partagé par tous, et il n'y a pas de licenciements, c'est le plan A. Ou l'effort sera en fait payé par quelques-uns, c'est-à-dire les 2 900 qui seront licenciés, les autres conservant leur situation.

OLIVIER MAZEROLLE
Mais pour arriver à la reprise du dialogue, il faut un médiateur, il faut quelqu'un qui joue un rôle entre les deux camps ?

ALAIN VIDALIES
Vous savez, aujourd'hui j'entends ce matin ceux qui se tournent vers l'Etat, ce n'est pas le contribuable…

OLIVIER MAZEROLLE
J'allais vous poser la question aussi.

ALAIN VIDALIES
Ce n'est pas le contribuable qui va payer, et l'intervention du médiateur, il y a des moments, dans ce genre de conflit, où c'est toujours possible, mais je crois que la situation ce matin, après les évènements d'hier, c'est : la meilleure des réponses c'est que ça soit les acteurs de l'entreprise qui reprennent le chemin du dialogue. Il y a un espace. Il y a eu un accord à KLM, qui est la société associée à AIR FRANCE. Pourquoi ça ne serait pas possible ?

OLIVIER MAZEROLLE
Quel est le rôle que l'État peut jouer ? Vous êtes présent, enfin, l'État est présent à 17 % dans le capital de l'entreprise, est-ce que l'État, quand même, qui a été alerté, a joué un rôle pour empêcher cette glissade, pour faire en sorte que finalement il y ait quand même des négociations avant que l'accident ne se produise ?

ALAIN VIDALIES
Vous savez, l'État est en permanence en relations avec les acteurs, avec la Direction de l'entreprise, en correspondance avec les organisations syndicales. Je crois qu'il y a aujourd'hui une entreprise privée, nous, nous avons 17 %. 17 % dans une entreprise, c'est même pas la minorité de la minorité de blocage.

OLIVIER MAZEROLLE
Oui mais enfin, c'est un actionnaire un peu particulier.

ALAIN VIDALIES
Oui, c'est un actionnaire assez particulier, et je le conçois, et j'entends le rester, mais en même temps, en même temps, que les choses soient claires, si la réponse demain, par rapport à ces incidents, c'est, eh bien c'est le gouvernement qui va tout régler, je ne suis pas sûr qu'on ne rajoute pas à la caricature que sera l'image de la France. Je le redis, je crois que vraiment, la force de ce matin, profitons de cette situation dramatique pour reprendre le chemin du dialogue. C'est possible, les syndicats le disent ce matin, la Direction aussi.

OLIVIER MAZEROLLE
Si ce n'est pas le gouvernement qui peut régler, à quoi ça sert d'être présent dans une entreprise, au capital d'une entreprise ?

ALAIN VIDALIES
Eh bien vous savez, ça c'est le résultat de l'histoire, de ce qu'était cette entreprise au départ.

OLIVIER MAZEROLLE
Oui mais justement, c'est difficilement compréhensible, aussi bien pour l'opinion publique que pour les salariés d'AIR FRANCE de se dire : l'État est présent, donc il veut jouer un rôle et il est inerte, il ne fait rien.

ALAIN VIDALIES
L'État est actionnaire à travers l'Agence de participation de l'État, et si le modèle auquel vous faites référence, c'est le modèle de la Corée du Nord, ce n'est pas le nôtre. Je veux dire, on n'est pas dans la situation aujourd'hui, où la solution ça serait la nationalisation d'AIR FRANCE. Si c'est ça, qui est derrière votre question, la réponse c'est non. Nous sommes dans une situation où il y a une entreprise privée, l'État est actionnaire à travers la gérance de participation, il joue son rôle, il entend le jouer. Quand l'année dernière…

OLIVIER MAZEROLLE
Vous avez encore confiance dans la Direction, pour mener les négociations ?

ALAIN VIDALIES
Mais, je pense que cette Direction-là, elle a un objectif qui est partagé, mais ce n'est pas un objectif qu'elle a choisi, c'est aujourd'hui une situation qui réelle. Quand vous perdez 80 % sur du long-courrier, sur certaines lignes, la décision de se dire : finalement, il faudrait peut-être faire quelque chose, c'est pas une décision qui est partisane.

OLIVIER MAZEROLLE
L'État peut peut-être intervenir ailleurs, parce qu'on vous dit : « Mais AIR FRANCE est défavorisée, les cotisations sociales en France sont beaucoup plus élevés que pour les compagnies qui ont leurs sièges sociaux dans d'autres pays. Les taxes d'aéroports sont très élevées en France et c'est AIR FRANCE qui en paie le plus ». Et il y a d'autres taxes encore. D'autant plus que les taxes d'aéroports ça bénéficie au budget de l'État, donc l'État, d'un côté, mange sur le dos d'une société dont il est actionnaire.

ALAIN VIDALIES
Les taxes d'aéroports, ça bénéficie au budget des aéroports ça ne bénéficie pas au budget de l'État. Et deuxièmement, en ce qui concerne la situation, les cotisations sociales, je veux dire, c'est la situation générale de l'économie française. Il y a un problème spécifique, il y a deux questions qui ont amené à cette affaire, c'est un, l'émergence du low-cost, qu'on n'a pas vu venir et sur laquelle on n'a pas réagi il y a une quinzaine d'années, et deux, c'est vrai, aujourd'hui, la concurrence limite, déloyale, d'un certain nombre de compagnies du Golfe, mais c'est l'État, et c'est là qu'est notre responsabilité. J'ai pris l'initiative au mois de juin dernier, de saisir la Commission européenne, avec l'Allemagne, d'ailleurs, et nous avons demandé à ce qu'il y ait une négociation sur les conditions de la concurrence. Voilà. C'est ça la responsabilité de l'État et il l'assume.

OLIVIER MAZEROLLE
Dernière question : est-ce qu'il est concevable qu'un jour on apprenne qu'AIR FRANCE, le pavillon français, est propriété d'une compagnie étrangère ou de capitaux étrangers ?

ALAIN VIDALIES
Mais justement, pour ne pas avoir à répondre oui à cette question, y'a qu'une solution, c'est de trouver une solution, et je leur demande ce matin, à tous, de trouver cette solution. Elle est possible, il y a un avenir et il y a une croissance possible pour AIR FRANCE.

OLIVIER MAZEROLLE
Merci Alain VIDALIES, je vous laisse partir au Havre, là il y a quand même une société française qui fonctionne, troisième porte-containers au monde. Voilà, vous allez…

YVES CALVI
Société marseillaise.

OLIVIER MAZEROLLE
Marseillaise, absolument, merci.

YVES CALVI
Je vous en prie. Juste une question, monsieur VIDALIES, est-il envisageable que le gouvernement puisse nommer un médiateur dans le conflit AIR FRANCE ?

ALAIN VIDALIES
Vous savez, il y a des moments où c'est toujours possible, mais je pense que, aujourd'hui, compte tenu de ce qu'ont dit hier les partenaires sociaux, c'est à eux de reprendre le chemin du dialogue. Franchement, je pense que ce matin c'est la meilleure réponse, et le plus vite sera le mieux.

YVES CALVI
Alain VIDALIES, qui vient de nous dire que ces agissements étaient inacceptables, qu'il fallait aussi des réponses pénales aux violences à AIR FRANCE, et qu'après les évènements d'hier, la meilleure réponse française était la reprise du dialogue. Merci à tous les deux.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 8 octobre 2015

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