Déclaration de M. François Hollande, Président de la République, sur le transport maritime et sur le port du Havre, au Havre le 6 octobre 2015. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de M. François Hollande, Président de la République, sur le transport maritime et sur le port du Havre, au Havre le 6 octobre 2015.

Personnalité, fonction : HOLLANDE François.

FRANCE. Président de la République

Circonstances : Inauguration du CMA CGM Bougainville, au Havre le 6 octobre 2015

ti :
Madame et Messieurs, les ministres français et libanais, puisque nous avons ce privilège,
Mesdames et Messieurs les parlementaires,
Monsieur le Président du Conseil régional,
Monsieur le Député-maire du Havre,
Mesdames et Messieurs,


Je vous retrouve avec grand plaisir, Jacques SAADÉ. J'ai l'impression de ne pas vous avoir quitté.

Il y a deux ans nous étions à Marseille pour le baptême d'un de vos plus gros navires, en tout cas c'est ce que vous me disiez à l'époque. Aujourd'hui nous sommes au Havre, et c'est un nouveau record que vous établissez, avec le premier navire porte-conteneurs de cette taille, de ce gabarit, de cette performance battant le pavillon français.

Je voudrais rendre hommage, et il est déjà établi, à ce que vous avez fait pour votre compagnie et pour notre pays. Je ne veux pas ici raconter votre histoire, car elle est connue. Vous êtes parti du Liban, après avoir tout perdu en Syrie. Avec les quelques moyens qui vous restaient, vous avez racheté quelques bateaux. Aujourd'hui vous êtes le premier armateur français et vous êtes présent sur toutes les mers, presque dans tous les ports.

Voilà ce qu'il est possible d'accomplir avec la volonté humaine, avec des collaborateurs dévoués, et, je veux également les saluer, avec votre famille. Votre épouse, qui préside votre fondation ; votre fils, qui n'a pas pris la succession, il n'aurait pas osé, mais qui a pris la Direction ; et votre fille qui organise toutes les cérémonies et bien davantage dans votre grande entreprise.

Oui, c'est un beau succès. Un succès pour vous, pour vos personnels, pour les ports, comme ici au Havre.

C'est aussi un beau succès pour la France d'avoir une compagnie qui est capable de telles performances. Une compagnie qui a beaucoup investi, qui a su anticiper, qui a dû prévoir et qui a pris comme beau slogan : « Un temps d'avance ». Ce n'est pas toujours facile d'avoir un temps d'avance, c'est plus commode d'avoir des temps de retard. Pour ne pas être doublé, ou pour ne pas être surpris, il faut toujours faire le choix que les autres n'ont pas encore engagé. C'est ce que vous avez depuis longtemps saisi comme opportunité.

C'était déjà un temps d'avance que de lancer le Jules Verne à Marseille. C'est encore avoir un temps d'avance avec le Bougainville. Je l'ai dit : 400 mètres de long, une capacité de 18 000 conteneurs, le plus bas taux d'émission de CO2, et une technologie qui transforme les conteneurs en objets connectés, c'est-à-dire que pour chaque conteneur, vous savez le tracer et le retrouver. Vous êtes capable d'assurer cette traçabilité, et vous pouvez connaître très précisément les conséquences de vos décisions en termes d'environnement.

Vous êtes la première compagnie en France, la troisième au monde. Puisqu'être le premier français ne suffit pas, et qu'il faut, aussi, être le premier dans le monde. Je ne doute pas qu'au fur et à mesure de nos baptêmes, nous finirons par améliorer encore le rang de la France et donc de CMA CGM.

Votre pavillon est également en première position sur la liste blanche du Mémorandum de Paris. Il répond à toutes les exigences et les critères d'excellence définis par l'International Chamber Shipping. La défense du Pavillon français, ce n'est pas simplement une proclamation, une intention, ou une bonne volonté. Pour le ministre des Transports, la défense du pavillon français suppose de créer le meilleur environnement pour les investissements. J'aurai l'occasion de m'en entretenir avec les armateurs français.

Comment faire en sorte, dès lors que nous avons une ambition maritime, d'avoir les meilleures entreprises ? Celles qui sont capables, aux meilleurs coûts, mais aussi aux meilleures performances environnementales et sociales, de pouvoir tenir le rang le plus élevé.

Pour y parvenir, nous avons consolidé le système de taxation au tonnage et aussi celui du crédit-bail fiscal, qui est en discussion très avancée avec la Commission européenne et qui permettra de favoriser le financement des navires.

Le transport maritime doit chaque fois savoir se renouveler. Se renouveler en termes d'équipements. Et nous en avons la démonstration encore aujourd'hui. Se renouveler aussi pour ses personnels, d'où l'importance que nous avons attachée à l'inauguration de l'Ecole nationale supérieure maritime. Ici, au Havre, avec un bâtiment tout à fait remarquable et des conditions d'enseignement du plus haut niveau qui permettront à tous ceux qui seront diplômés de cette école, de pouvoir être accueillis dans vos navires comme dans ceux des armateurs français, et même au-delà.

Le Bougainville concrétise un génie industriel mais aussi un travail. C'est cette conjugaison de ce génie et ce travail qui nous permet d'ouvrir de nouvelles routes à travers le monde et d'être exemplaires à bien des niveaux. Notamment technologiques, environnementaux, et économiques.

Le Bougainville fera escale ici, dans le port du Havre, tous les 77 jours. Vous vérifierez, Monsieur le Député-maire, s'il n'y a pas de retard. Et puisqu'on nous promet un temps d'avance, peut-être arriverons-nous à avoir cette régularité et cette fréquentation du port du Havre au plus haut niveau.

Le Havre, son port est en plein essor et nous en faisions l'évaluation aujourd'hui avec l'ensemble des élus. C'est le cinquième port Nord-européen, le premier port français pour le trafic de conteneurs. Aujourd'hui, il gagne des parts de marché, et il est en croissance continue depuis 2011. Je veux féliciter tous les acteurs qui ont permis cette performance et ce résultat. Le succès du port du Havre, c'est aussi celui d'un territoire, avec 1 000 entreprises implantées dans le domaine portuaire, totalisant 32 000 emplois directs, avec l'ensemble HAROPA, c'est-à-dire les ports du Havre, de Rouen et de Paris, puisqu'ici, d'une certaine façon, on est dans le port de Paris et donc de la région Ile-de-France.

Le Grand Paris est relié à la mer par le Havre et c'est ainsi que nous pouvons doter notre pays, de cette dimension maritime. Nous voulons donc qu'il y ait un axe majeur entre Paris et Le Havre, par des infrastructures de transport et des investissements dans les structures portuaires. C'est tout l'enjeu de la rénovation de l'axe Serqueux - Gisors, qui ne doit pas prendre de retard et qui doit, lui aussi, avoir un temps d'avance.

La croissance du Havre est le fruit d'un partenariat exemplaire entre la région, l'Etat et les collectivités locales. Ce sont 600 millions d'euros qui seront dépensés d'ici 2020, dans le cadre d'un contrat de plan interrégional, Vallée de la Seine, pour moderniser le transport multimodal. Il faudra faire attention à son équilibre, notamment en dynamisant le fret ferroviaire. Il faudra faire en sorte d'atteindre les objectifs.

Depuis la réforme de 2008, les grands ports français ont progressivement gagné la confiance des grands armateurs mondiaux et des chargeurs, en améliorant la qualité de services et en réduisant le temps de transit des marchandises. C'est tout l'enjeu du port du Havre.

Ici, de nouvelles étapes vont être franchies, pour mieux articuler les modes de transport, rechercher l'efficacité et faire en sorte que nous puissions être les plus compétitifs.

J'ai demandé au ministre des Transports de confier à une mission parlementaire la charge d'établir une vision stratégique, à cinq ans, de l'axe Seine.

Nous voulons aussi atteindre l'objectif de doubler le nombre de conteneurs, traités par an, à l'horizon 2030 grâce à la plateforme multimodale et grâce à tous les investissements qui pourront s'y faire. Et je pense ici à la SNCF qui devra prendre toute sa responsabilité.

Le développement de nos places portuaires passe aussi par une simplification administrative et une réduction des coûts. Je souhaite que toutes les entreprises importatrices disposent des mêmes facilités pour le dédouanement par les ports français, que celui qui existe dans les ports européens. Il n'y a aucune raison que nous mettions plus de temps que ce qui se fait partout dans le monde. C'est la raison pour laquelle nous avons pris un certain nombre de décisions. Depuis janvier 2015, l'accès à l'auto-liquidation de la TVA à l'importation, qui évite une sortie de trésorerie, bénéficie aux entreprises. La douane s'est fixé un objectif de 1 000 entreprises bénéficiant de cette facilité. Nous faisons en sorte que le service des douanes puisse être également organisé ici, au Havre, pour la plus grande efficacité.

Je réaffirme aussi mon engagement : le nouveau régime fiscal imposé aux grands ports maritimes sera compatible avec leur activité économique. Mais l'avenir de nos ports passe également par le développement des filières d'avenir. Il y a eu une conférence dédiée à la mer, le 31 août dernier, pour établir un schéma national d'orientation pour le déploiement du GNL comme carburant marin. J'en fais une priorité.

Le fonds de financement de transition énergétique accompagnera l'émergence et le déploiement de cette filière en faisant des ports français des lieux stratégiques d'approvisionnement dans ce carburant pour les navires faisant escale en Europe.

L'Etat doit respecter ses engagements, l'Etat doit lui aussi avoir un temps d'avance, comme vous Jacques SAADÉ. Nous suivons de ce point de vue-là votre exemple parce que nous sommes conscients de ce que sont nos atouts et nos forces. Parmi nos atouts et nos forces, il y a l'espace maritime. Nous avons le deuxième domaine maritime dans le monde, onze millions de kilomètres carré maritimes. C'est une force considérable si nous savons l'utiliser, si nous savons la mettre au service de l'emploi, de l'activité, du développement durable, du respect de l'environnement, de ces énergies nouvelles que nous pouvons trouver dans la mer, des ressources qui peuvent également y être puisées sans prélèvement excessif. Nous voulons exploiter, dans le meilleur sens du terme, la richesse que la géographie et l'histoire nous ont laissée.

C'est très important que les Français qui, quelquefois s'interrogent sur leur avenir, sur leur destin, puissent se convaincre que la mer est pour eux non pas simplement un paysage qu'ils contemplent, non pas simplement un agrément pour temps estivaux, non ! Que la mer c'est une ressource, c'est un investissement, c'est aussi un domaine qu'il convient de protéger. La mer peut donner ce que j'appelle la croissance bleue, c'est-à-dire une croissance nouvelle qui viendra des technologies, qui viendra des transports, qui viendra de la logistique, qui viendra aussi de tout ce que l'on peut ajouter : le tourisme, la culture, l'agriculture, l'industrie agro-alimentaire. Grâce à la mer, par la mer. Mais nous devons aussi prendre conscience de nos responsabilités, c'est l'enjeu du changement climatique.

La conférence de Paris, parfois beaucoup s'interrogent en se demandant si cela va servir, si c'est un accord comme les autres, si c'est simplement un rassemblement de chefs d'Etat et de gouvernement, peut-être davantage d'ailleurs puisqu'il y a des mobilisations qui se préparent pour hâter la conversion à la transition énergétique. Non, la conférence de Paris c'est aussi de nous mettre devant le défi principal, celui d'éviter que le réchauffement climatique crée des catastrophes. Nous en connaissons, des catastrophes, elles reviennent de plus en plus souvent, avec plus d'intensité et donc plus de dégâts. Il y a des pays pour lesquels cette question peut paraître secondaire. Ils ont tort, nous sommes tous concernés. Les pays côtiers, tous les pays côtiers et puis il y a tous ces pays insulaires qui peuvent dans trente ans, cinquante ans, cent ans, disparaître purement et simplement.

Mais la conférence de Paris, ce n'est pas simplement d'éviter le pire, c'est de préparer le meilleur. Là aussi, gardons-nous de la tendance à toujours penser que la catastrophe est ce qu'il faut éviter. Oui, on connaît les causes et on doit donc les prévenir. Mais en même temps, nous devons regarder ce que nous pouvons faire pour donner de meilleur qui est, justement, l'investissement. L'investissement dans la mer au sens de tout ce qu'elle peut apporter. L'énergie maritime, l'aquaculture, le tourisme, la croisière, les biotechnologies, les ressources marines, la pêche, le transport, l'activité portuaire, la transformation, la construction navale, plein de métiers, plein d'emplois qui peuvent tirer toute une industrie.

C'est donc cette confiance dans ce que nous avons là, sous les yeux, la mer, dans ce que nous sommes capables de construire et de faire travailler - le plus grand porte-conteneurs battant le pavillon français -, c'est cette confiance-là qui, ici aujourd'hui si je puis dire, est baptisée. Ce n'est pas simplement un bateau, ce n'est pas simplement une performance, ce n'est pas simplement une compagnie que nous saluons, avec son fondateur.

Ce que nous venons dire au monde, c'est que la France veut prendre toute sa place et c'est la raison pour laquelle partout où je vais - vous avez bien fait de le rappeler - aussi bien en Chine, à Cuba et je salue ici son représentant, que dans nos territoires d'Outre-Mer. Partout, c'est l'enjeu du transport maritime parce que l'essentiel du commerce mondial passe par le transport maritime. Partout, nous devons favoriser des partenariats, des coopérations, car c'est ainsi que nous pouvons nous établir sur les principaux ports. Ce que fait la diplomatie économique avec Laurent FABIUS, c'est justement cela, nous permettre d'avoir des alliés. Nous avons des concurrents, nous les connaissons. Parfois, ce peut être des partenaires mais cela peut être aussi à un moment une façon de pénétrer sur un certain nombre d'espaces et de ports.

Monsieur SAADE, je ne sais pas si je reviendrai encore à Marseille ou au Havre pour inaugurer un bateau encore plus gros, encore plus performant, et dans le délai qui m'est imparti. Je suis également conscient du défi que m'a lancé le député-maire du Havre pour le 500ème anniversaire de sa ville qui est en 2017. Je ne sais pas exactement le mois, mais je lui demande de tout préparer pour cette opération.

Aujourd'hui, c'est un grand jour pour Le Havre parce qu'ici, recevoir un tel bateau c'est savoir que cela va générer de l'activité et de l'emploi. C'est un grand jour pour vous et pour votre groupe parce qu'une nouvelle fois, nous saluons sa performance. Mais c'est aussi un grand jour pour la France qui sait, grâce à vous, grâce à tous, qu'elle est capable d'avoir une grande ambition maritime et que la France est toujours conquérante. Elle peut faire non seulement le tour du monde comme BOUGAINVILLE mais elle peut être aussi la première au monde. Merci.

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