Interview de M. Bernard Cazeneuve, ministre de l'intérieur, à France Inter le 8 octobre 2015, sur la mise en place d'une politique de contrôle des flux migratoires aux frontières extérieures de l'Union européenne, l'accueil des migrants relevant du statut de l'asile et les déchéances récentes de la nationalité française. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Bernard Cazeneuve, ministre de l'intérieur, à France Inter le 8 octobre 2015, sur la mise en place d'une politique de contrôle des flux migratoires aux frontières extérieures de l'Union européenne, l'accueil des migrants relevant du statut de l'asile et les déchéances récentes de la nationalité française.

Personnalité, fonction : CAZENEUVE Bernard.

FRANCE. Ministre de l'intérieur

ti : Patrick Cohen
Le ministre de l'Intérieur est votre invité, Léa Salamé.

Léa Salamé
Bonjour Bernard Cazeneuve.

Bernard Cazeneuve
Bonjour.

Léa Salamé
François Hollande est-il le vice-chancelier d'Angela Merkel, administrateur de la province France ?

Bernard Cazeneuve
Ça, ce sont les propos de violence, d'outrance et d'esbroufe qui ont été tenus hier après-midi par Marine Le Pen. Et en face de ces propos, il y avait la France, il y avait la force, il y avait la sérénité. Le président incarnait hier magnifiquement cette force, et elle n'était dans l'outrance, le mensonge, la violence que faiblesse.

Léa Salamé
Était-il dans son rôle de lui répondre à elle, lui, le chef de l'État, à elle, députée européenne, qui apparaît, du coup, comme sa première opposante ?

Bernard Cazeneuve
Ce que j'ai constaté surtout, c'est l'ovation dont a bénéficié le président de la République après cette intervention, comme si la grande majorité, pour ne pas dire la quasi-unanimité des parlementaires européens, étaient heureux de constater que le président de la France montrait à l'Europe tout entière que madame Le Pen n'était pas la France. C'est surtout ça que j'ai vu.

Léa Salamé
Le souverainisme, dont beaucoup se revendiquent, à droite comme à gauche, Bernard Cazeneuve, le souverainisme, c'est le déclinisme, a dit François Hollande, vous êtes d'accord avec ça ?

Bernard Cazeneuve
Oui, je suis tout à fait…

Léa Salamé
Souverainiste, c'est un gros mot ? C'est équivalent de populiste, de nationaliste, c'est la même chose ?

Bernard Cazeneuve
Mais François Hollande n'a pas dit que c'était un gros mot, mais il a utilisé les bons mots pour dire ce que le souverainisme était. C'est-à-dire tout simplement une erreur politique, nous pensons de ce qu'est le souverainisme…

Léa Salamé
Vous dites que c'est une faute, c'est une faute d'être souverainiste…

Bernard Cazeneuve
Je pense que c'est une erreur politique aujourd'hui que de préempter la question de la souveraineté pour la frelater et pour en faire une arme contre l'Union européenne, dont nous avons besoin. Donc François Hollande a raison dans le bruit, dans le vacarme, dans le tumulte, de rappeler avec courage certaines réalités.

Léa Salamé
La politique d'asile en Europe est obsolète, ont dit Angela Merkel et François Hollande hier. Il faut changer les règles, il faut changer le processus de Dublin qui fixe les règles actuelles. Très bien, pourquoi ce n'est pas fait ? Qui bloque ?

Bernard Cazeneuve
Non, je crois qu'il faut surtout replacer tout ça dans un cadre global, ce que nous devons faire en terme de solidarité ne peut être fait que s'il y a de al fermeté, que s'il y a de la maîtrise des flux migratoires. Donc ma responsabilité de ministre de l'Intérieur, en charge de la politique migratoire, j'y tiens beaucoup, ça veut dire des choses concrètes, il faut un véritable contrôle des frontières extérieures de l'Union européenne. Donc il faut que Frontex soit armée pour cela, quand je dis « armée », que Frontex ait les moyens en effectifs, en bateaux, en moyens aériens, c'est le premier point…

Léa Salamé
C'est-à-dire que, il faut plus de garde-côtes et plus de garde-frontières, mais là aussi, pourquoi il n'y en a pas assez ? Pourquoi ça tarde ?

Bernard Cazeneuve
Eh bien, ça monte en puissance, vous savez que j'avais proposé en août 2014 qu'on substitue à l'opération, conduite par les Italiens, de sauvetage « Mare Nostrum », une opération conduite par Frontex, parce qu'elle permettait à la fois de sauver des vies et d'assurer le contrôle des frontières extérieures de l'Union européenne, il le faut. Il faut mettre en place ce que l'on appelle les hotspots, c'est-à-dire distinguer ceux qui sont réfugiés de ceux qui ne le sont pas, et organiser la reconduite à la frontière des migrants économiques irréguliers. S'il n'y a pas cela, tout le reste ne sera pas susceptible d'être mis en œuvre…

Léa Salamé
Et justement, vous partez à Luxembourg dans quelques minutes maintenant, pour une réunion des ministres de l'Intérieur, des 28, sur cette question-là. Comment expulser plus vite ceux qui n'obtiennent pas le statut de réfugiés. La Commission européenne pourrait imposer des sanctions et des amendes aux pays membres, est-ce que c'est une bonne mesure ?

Bernard Cazeneuve
Bon, traitons ce sujet, là, encore une fois, de façon pragmatique, pour pouvoir reconduire, il faut qu'il y ait une négociation avec les pays de provenance, la haute représentante de l'Union européenne, madame Mogherini, a un mandat pour négocier ces conventions de retour. Il faut que ce mandat soit mis en œuvre maintenant, rapidement. Deuxième point : il faut mettre en place ces fameux centres d'accueil des réfugiés et de contrôle des frontières extérieures, qu'on appelle les hotspots. Et 3°) : il faut aider plus ceux qui nous aident.

Léa Salamé
Bernard Cazeneuve, la France s'était engagée auprès de l'Allemagne à prendre sur son territoire plusieurs centaines de migrants, qui étaient à Munich jusque-là, où sont-ils aujourd'hui ? Ont-ils reçu le statut de réfugiés ?

Bernard Cazeneuve
Les migrants qui sont arrivés d'Allemagne, qui relevaient du statut de l'asile en France, du statut de réfugié, ont immédiatement été pris en charge par mon administration, ils ont eu rapidement le statut de réfugiés, parce qu'on a fait le travail qui devait être fait, et à partir d'aujourd'hui, ces réfugiés seront répartis dans les logements en zone non tendue, grâce à la mobilisation des collectivités locales…

Léa Salamé
Ça veut dire quoi ?

Bernard Cazeneuve
Ça veut dire que là où il n'y a pas de tension sur le logement, là où il y a des possibilités de logements, parce que…

Léa Salamé
Donc dans les campagnes ?

Bernard Cazeneuve
Bien entendu, dans les campagnes, beaucoup vont être répartis aujourd'hui, 12 demain, 15 en Haute-Marne, en Haute-Loire, en Champagne-Ardenne, et ensuite, dans le Sud de la France. Moi, mon objectif face à la crise migratoire, c'est qu'on maîtrise les flux, c'est qu'on puisse accueillir au meilleur standard ceux qui doivent l'être, et nous en faisons la démonstration avec ceux que nous avons accueillis d'Allemagne. Et que nous puissions reconduire ceux qui n'ont pas vocation à rester dans notre pays.

Léa Salamé
Vous annoncez des mesures très fermes contre les réfugiés dont le comportement n'est pas conforme à nos principes. Quelles vont être ces mesures très fermes ?

Bernard Cazeneuve
Non, ce que je souhaite très concrètement, c'est que tous ceux qui bénéficient de l'accueil de la France se conforment aux principes de la République, et s'ils ne s'y conforment pas, parce qu'ils sont en lien avec des activités terroristes, parce que, ils commettent des actes de délinquance, les conclusions doivent en être tirées. Qu'est-ce que j'ai fait ? J'ai procédé à des déchéances de nationalité pour des individus qui étaient en lien avec des entreprises terroristes et qui avaient fait l'objet de jugements, c'est-à-dire dont les actes avaient été avérés par la justice, et j'ai pris des positions très fermes, je continuerai de le faire. Cinq déchéances de la nationalité en quelques mois, là où, au cours des six dernières années, il n'y en avait pas eu du tout…

Léa Salamé
Depuis 2007, c'est la première fois depuis 2007…

Bernard Cazeneuve
Exactement cinq, et je continuerai cette politique. Deuxièmement, j'interdis de retour sur le territoire tous ceux qui sont engagés sur des opérations terroristes et qui sont étrangers, qui n'ont pas vocation à être accueillis dans notre pays. Je procède à des expulsions, et je donnerai les chiffres, d'imams prêcheurs de haine ou de prêcheurs de haine ou d'individus…

Léa Salamé
Combien ?

Bernard Cazeneuve
Je donnerai les chiffres le 13, de façon précise. J'ai moi-même mon calendrier d'annonces, si vous m'y autorisez, et ceux qui ont pu obtenir le statut de réfugié et dont j'ai suffisamment d'éléments pour considérer qu'ils ne l'utilisent pas pour s'intégrer, mais au contraire, pour frapper la République dans ses fondements, seront traités avec la même rigueur.

Léa Salamé
Les cinq personnes qui ont perdu leur nationalité ont-elles été expulsées ?

Bernard Cazeneuve
Mais une première personne a été expulsée le 22 septembre, et les autres suivront au terme de la déchéance de la nationalité, bien entendu.

Léa Salamé
Donc ça va avec.

Bernard Cazeneuve
Mais bien entendu.

Léa Salamé
AIR FRANCE, un mot, Jean-Luc Mélenchon a déclaré : je dis merci aux salariés d'AIR FRANCE qui ont permis de montrer la violence que l'on ne voit pas, dix fois pire que le DRH agressé, c'est la violence sociale. Manuel Valls se comporte comme un véritable garde-chiourme d'AIR FRANCE.

Bernard Cazeneuve
Vous avez vu le ton utilisé, et les mots utilisés par Jean-Luc Mélenchon, est-ce que vous pensez vraiment qu'il est de la responsabilité de ceux qui portent la parole publique que d'attiser constamment les feux, que d'être constamment dans l'incitation à la violence ; aucune forme de violence n'est acceptable, aucune. Considérer qu'il puisse y avoir des formes de violence légitimes plutôt que de chercher systématiquement le dialogue, avec, au cœur du dialogue, le respect, ce n'est pas très responsable.

Léa Salamé
Bernard Cazeneuve, pourquoi les policiers ne sont pas intervenus à AIR FRANCE alors qu'il y avait des alertes, on savait que ça allait être tendu, que ça allait être chaud ?

Bernard Cazeneuve
Mais les policiers, non, mais, écoutez, il faut arrêter de mettre constamment en cause les policiers, dont vous avez vu encore le tribut qu'ils ont payé récemment face à la violence. Moi, je soutiens les policiers de France, et dans ma responsabilité de ministre de l'Intérieur, à chaque fois…

Léa Salamé
Ils n'avaient pas à intervenir lors du comité d'entreprise d'AIR FRANCE ?

Bernard Cazeneuve
Écoutez, vous voulez que je mette des policiers maintenant dans chaque comité d'entreprise de toutes les entreprises de France ? Mais là aussi, essayons sur ces sujets-là de mettre de la rationalité. S'il y a des violences, que la police est appelée, elle intervient systématiquement, et elle met fin à ces violences. Et parfois, au péril de la vie des policiers, je tiens à leur rendre ce matin à votre antenne, parce que ce sont des hommes, des femmes, qui travaillent avec moi quotidiennement, un vibrant hommage pour leur courage.

Léa Salamé
Bernard Cazeneuve était notre invite. Belle journée à vous.

Patrick Cohen
Merci à vous Léa Salamé.

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