Interview de Mme Ségolène Royal, ministre de l'écologie, du développement durable et de l'énergie, à BFMTV/RMC le 14 octobre 2015, sur l'état du dialogue social en France, la manipulation des tests d'émission par Volkswagen et la convergence des taxes sur l'essence et le diesel. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de Mme Ségolène Royal, ministre de l'écologie, du développement durable et de l'énergie, à BFMTV/RMC le 14 octobre 2015, sur l'état du dialogue social en France, la manipulation des tests d'émission par Volkswagen et la convergence des taxes sur l'essence et le diesel.

Personnalité, fonction : ROYAL Ségolène, BOURDIN Jean-Jacques.

FRANCE. Ministre de l'écologie, du développement durable et de l'énergie;

ti : JEAN-JACQUES BOURDIN
Ségolène ROYAL est notre invitée ce matin. Bonjour.

SÉGOLÈNE ROYAL
Bonjour.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Merci d'être avec nous, Ségolène ROYAL. On va parler évidemment d'écologie, de la COP21, on va parler de tous ces sujets environnementaux mais je voudrais commencer par le social. Refus de serrer la main du président de la République par un syndicaliste CGT à Saint-Nazaire, vous comprenez ou pas ?

SÉGOLÈNE ROYAL
D'abord Saint-Nazaire, qu'est-ce que c'est Saint-Nazaire ? Ce sont des chantiers navals qui ont failli fermer. Souvenez-vous en 2012, la détresse sur ce chantier, la détresse des salariés, c'était la fin nous disait-on des chantiers navals. Aujourd'hui, Saint-Nazaire est en train de construire le plus grand paquebot du monde et quatre cents salariés ont été recrutés et ça n'est pas terminé.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Il va y avoir d'autres recrutements à Saint-Nazaire ?

SÉGOLÈNE ROYAL
Sans doute, sans doute.

JEAN-JACQUES BOURDIN
« Sans doute » ou oui ou non ?

SÉGOLÈNE ROYAL
J'espère bien évidemment puisqu'une entreprise qui ainsi reprend le chemin de la croissance, du développement, de la réussite industrielle, mais c'est quelque chose de formidable. Et c'était là qu'étaient réunis les salariés, et c'était là qu'est allé le chef de l'Etat, donc parlons aussi des raisons pour lesquelles la France a de bonnes raisons précisément d'être fière de ce qu'elle fait.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Alors vous ne comprenez pas ce délégué syndical.

SÉGOLÈNE ROYAL
Je vous dis d'abord quel est le contexte. Parce que ce qui est quand même important, c'est qu'aussi de temps en temps on puisse être fier de notre pays, de ce qu'il réalise et que l'on n'oublie pas les réussites, les grandes réussites industrielles. Que l'on voit bien évidemment les difficultés pour les régler mais que l'on n'oublie pas non plus les grandes réussites industrielles. J'en viens à votre question. Ce que j'observe dans la scène qui s'est passée, c'est que malgré tout, bien sûr, il y a eu ce refus de serrer la main, ce qui est toujours un peu regrettable parce que serrer la main, ça n'empêche pas aussi de dire ce que l'on a à dire et de discuter mais ce n'est pas bien grave. Ce qui est positif, c'est qu'il y a eu un échange et l'on voit un échange respectueux, de qualité, entre le salarié, délégué CGT d'ailleurs, et le président de la République, et c'est ça qui est important. C'est d'avoir l'écoute, et c'est vrai pour tous les conflits auxquels on est en train d'assister. C'est qu'il y ait l'écoute, le respect mutuel et que l'on puisse reconstruire des liens sociaux qui se sont dégradés.

JEAN-JACQUES BOURDIN
On va parler d'AIR FRANCE mais autre image hier, c'est Emmanuel MACRON à Lyon, hué par une centaine de manifestants parmi lesquels, encore une fois, des membres de la CGT. On va regarder l'image et écouter.

? Propos d'une militante à Emmanuel MACRON, ministre de l'Economie :
« Tu ne devrais pas être là, tu ne devrais pas être dans un gouvernement socialiste. Tu es un assassin, tu assassines les chômeurs. Tu assassines les chômeurs, oui. Licencieur ! »

JEAN-JACQUES BOURDIN
« Vous assassinez les chômeurs », la jeune femme qu'on entend a été évacuée. Ensuite évidemment AIR FRANCE, tous ces mouvements-là, cette colère sociale est évidente. Elle est évidente, Ségolène ROYAL.

SÉGOLÈNE ROYAL
Qu'il y ait des difficultés, c'est évident. Pourquoi il y a des difficultés, mais pourquoi aussi il y a de grandes réussites ?

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais elle est où, la grande réussite ?

SÉGOLÈNE ROYAL
Je veux que les commentaires et que l'analyse des situations, bien sûr, mettent le doigt sur les difficultés mais mettent aussi le doigt sur les réalités. Parce que si tout le monde commence à dégrader la France, mais que va-t-il rester ? Comment va-t-on faire sans la fierté de notre pays ? sans mettre aussi l'accent sur ce qui réussit, sur ce qui marche, sur ce qui va de l'avant ? Et partout sur le territoire, je vois des choses positives qui vont de l'avant. Bien sûr il y a des difficultés. Pourquoi il y a des difficultés ? Parce que nous vivons des mutations industrielles importantes. Certaines mutations d'ailleurs qui sont positives, vous l'évoquiez tout à l'heure avec la transition énergétique. Donc l'industrie est en train de muter vers d'autres formes industrielles, des nouvelles filières à créer, des mutations à organiser et pour que l'on puisse bien organiser ces mutations qui sont difficiles à l'intérieur des entreprises, parce qu'il faut se remettre en cause, imaginer un autre futur et construire le présent, il faut du dialogue social de qualité.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais où est-il le dialogue social ?

SÉGOLÈNE ROYAL
Qu'est-ce que c'est qu'une entreprise, Jean-Jacques BOURDIN ? qu'est-ce que c'est qu'une entreprise ? C'est une communauté humaine, une communauté de travail et une communauté de destin. Par conséquent, pour construire cette communauté de destin, il faut du respect mutuel, il faut de l'intelligence collective, il faut associer les salariés aux choix d'orientation de l'entreprise.

JEAN-JACQUES BOURDIN
C'est ce que dit François HOLLANDE. François HOLLANDE dit et déplore la brutalité, pas simplement la brutalité dans les mouvements, mais aussi la brutalité d'un certain nombre de décisions qui peuvent être celles des patrons, et il fait allusion à AIR FRANCE. Vous êtes d'accord avec ça ? Il y a aussi une brutalité patronale à AIR FRANCE ?

SÉGOLÈNE ROYAL
Je pense que tout ce qui stigmatise, tous les propos excessifs sur les uns et sur les autres, tous les propos qui divisent, sont des propos qui ne doivent pas être tenus. Donc vous n'entendrez pas de ma part des propos qui divisent. J'appelle les salariés et j'appelle la direction d'AIR FRANCE – j'ai la tutelle aussi sur cette société…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Je sais, c'est pour ça que je vous en parle.

SÉGOLÈNE ROYAL
J'appelle la direction d'AIR FRANCE et j'appelle les organisations représentatives du personnel à reprendre le dialogue en respect mutuel.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Il n'a pas repris là.

SÉGOLÈNE ROYAL
Il a partiellement repris. Il a partiellement repris mais sur des bases un peu fragilisées, bien évidemment. Comme je l'ai dit hier à l'Assemblée nationale, reconnaissons qu'il y a eu des erreurs de tous les côtés et qu'en tout état de cause, rien ne justifie à ce qu'on en vienne aux mains dans un dialogue social. Mais quand on en vient aux mains dans un dialogue social, c'est évident que les responsabilités ne sont pas toutes du même côté. Voilà, les choses sont dites.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Il y a aussi des responsabilités patronales donc.

SÉGOLÈNE ROYAL
Mais il y a des responsabilités de tous côtés. Lorsqu'un dialogue social se dégrade à ce point que l'on en vienne aux mains, c'est évident, mais à la limite peu importe. Que chacun fasse l'état de la situation, l'analyse de la situation. Ce qui est important aujourd'hui, c'est que les salariés aussi comprennent le sens des mutations de l'entreprise parce que, comme je le disais, c'est une communauté de travail une entreprise. Chacun, quelle que soit sa place dans l'entreprise, a le droit de comprendre les tenants et les aboutissants des décisions qui sont prises. Donc la première étape d'une négociation sociale et d'une négociation syndicale, c'est qu'il y ait un partage sur le diagnostic de la situation de l'entreprise et sur les choix des évolutions qui sont à faire.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Bien. J'ai deux questions concernant AIR FRANCE. Première question : aller interpeller des salariés à six heures du matin chez eux, est-ce bien ? Franchement, quelle image ça donne ?

SÉGOLÈNE ROYAL
Vous connaissez les règles, c'est la procédure judiciaire. Il y a l'indépendance de la procédure judiciaire.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous le regrettez ou pas ?

SÉGOLÈNE ROYAL
Je n'ai ni à le regretter, je n'ai pas à émettre de… Ce sont les lois de la République, monsieur BOURDIN.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc la loi a été appliquée.

SÉGOLÈNE ROYAL
Il y a une procédure judiciaire en cours, je n'ai pas à la commenter. Ensuite il y a le débat. Chacun va pouvoir faire valoir ses arguments.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Est-ce que c'était adapté à la situation ?

SÉGOLÈNE ROYAL
Je viens de vous répondre : c'est la loi. C'est la loi et chacun pourra se défendre. Nous sommes en démocratie, il y a des règles, il y a le principe de l'indépendance de la justice. Maintenant, il faut déjà penser à l'étape suivante.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Je vois ce que dit Anne HIDALGO : « Ça m'a choquée de voir des policiers débarquer à cinq ou six heures du matin pour aller arrêter des syndicalistes. Je pense qu'ils auraient pu être convoqués et que, sans doute, ils se seraient déplacés et rendus à leur convocation. »

SÉGOLÈNE ROYAL
Je n'ai pas à commenter ça. Ça ne sert à rien de jeter de l'huile sur le feu.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Pourquoi ? C'est jeter de l'huile sur le feu, ça ?

SÉGOLÈNE ROYAL
Je pense que tous les commentaires schématiques de la part de personnes qui ne sont pas impliquées dans ce conflit en effet ne facilitent pas la situation.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Et jette de l'huile sur le feu ?

SÉGOLÈNE ROYAL
Oui, oui.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais Jean-Luc MELENCHON, quand il dit hier à votre place : « Recommencez ! recommencez ! », c'est jeter de l'huile sur le feu ?

SÉGOLÈNE ROYAL
Oui, bien sûr. Jean-Luc MELENCHON n'est pas membre du gouvernement, donc nous n'avons pas la même responsabilité. Le poids de ma parole en tant que membre du gouvernement n'est pas le même que celui de celles et ceux que vous venez de citer, qui ne sont pas membres du gouvernement. Quelle est ma responsabilité aujourd'hui ? C'est de faciliter la reprise du dialogue social, c'est d'être responsable pour faciliter la reprise du dialogue social afin que cette entreprise française qui porte haut et fort le pavillon français, le drapeau français, puisse se remettre sur de bons rails, puisse retrouver le chemin de la croissance, puisse sécuriser les salariés et puisse redevenir la grande entreprise qui bénéficie dans le monde entier d'une marque qui a été un peu abîmée, disons-le, par les récentes images, mais surmontons les choses. Vous savez, il n'y a pas de problèmes sans solutions. Surmontons les choses. Il y a eu une difficulté ? Mettons-nous y tous ensemble pour surmonter cette difficulté, et j'en appelle à la responsabilité des dirigeants de cette entreprise qui ont sans doute été un peu faibles sur la qualité du dialogue social pour renouer les liens et pour faire en sorte que le respect mutuel s'installe et que les salariés soient associés à la réflexion sur l'orientation stratégique de l'entreprise.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous demandez ce matin à la direction d'AIR FRANCE de prendre une initiative pour relancer le dialogue social à l'intérieur de l'entreprise.

SÉGOLÈNE ROYAL
Bien sûr. Vous savez, le dialogue social c'est de la responsabilité des dirigeants de l'entreprise. En même temps, la responsabilité des organisations syndicales aussi, c'est d'entrer positivement dans ce dialogue social, de poser les questions qu'ils ont le droit de poser, d'avoir les réponses qu'ils sont en droit d'avoir, de restructurer, de consolider une communauté de travail qui est au service de l'intérêt de l'entreprise. Parce que l'intérêt de l'entreprise, c'est l'intérêt des salariés et plus vite l'entreprise se redressera - et elle en a parfaitement les moyens parce que c'est une magnifique entreprise avec des métiers magnifiques, avec un drapeau, avec une image de marque qui doit être redressée et qui est l'image de marque de la France qui compte à l'échelle de la planète -, donc cette entreprise a tous les moyens pour se redresser et pour que ce que l'on vient de voir ne soit plus qu'un mauvais souvenir et cela le plus rapidement possible, et là telle est ma responsabilité, et je forme le voeu que les choses se fassent rapidement.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Question : est-ce que l'avenir d'AIR FRANCE passe par la suppression de deux mille neuf cents postes ?

SÉGOLÈNE ROYAL
Je ne peux pas émettre des jugements à la serpe.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous non, mais le président de la République le fait. Vous avez vu ce qu'il a déclaré ?

SÉGOLÈNE ROYAL
Oui, mais nous ne sommes pas là en train de jouer.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais je ne joue pas !

SÉGOLÈNE ROYAL
Nous ne sommes pas là en train d'opposer les déclarations des uns aux autres. Je vais vous dire, moi, très clairement les choses.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui. Est-ce que ça passe par la suppression de deux mille neuf cents postes ? oui ou non ?

SÉGOLÈNE ROYAL
Je ne pense pas, je ne pense pas, je ne le crois pas.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ils vont revenir sur ces suppressions de postes ?

SÉGOLÈNE ROYAL
Il faut remettre les choses à plat et on ne gère pas une entreprise par une pression ou une déstabilisation des salariés.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc on ne commence pas par dire : « Il y aura deux mille neuf cents postes supprimés ».

SÉGOLÈNE ROYAL
Nous ne pouvons pas là, entre nous ce matin, faire à nous deux la négociation syndicale.

JEAN-JACQUES BOURDIN
L'Etat est actionnaire, Ségolène ROYAL, vous l'avez dit tout à l'heure : vous avez en charge ce dossier.

SÉGOLÈNE ROYAL
En charge, non, puisque nous la laissons à la direction. L'Etat est actionnaire à dix-sept pourcents, nous avons un droit de regard bien évidemment.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous avez un droit de regard et une exigence de regard.

SÉGOLÈNE ROYAL
Si vous ne me laissez pas parler, je ne peux pas vous dire les choses.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Allez-y, allez-y.

SÉGOLÈNE ROYAL
Nous avons un droit de regard et c'est ce droit de regard qui me permet de dire – je l'ai déjà dit, je le répète, je le dis clairement – que la direction de l'entreprise a une responsabilité sur la qualité et la reprise du dialogue social. J'invite l'ensemble des partenaires de cette entreprise à revenir autour de la table pour pouvoir remettre à plat les solutions qui vont permettre à l'entreprise…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc on rediscute les deux mille neuf cents suppressions de postes.

SÉGOLÈNE ROYAL
Je termine ma phrase, je termine ma phrase. Qui vont permettre à l'entreprise de se redresser. Je pense que toutes les solutions ne sont peut-être pas encore mises sur la table. Il faut faire preuve d'imagination, il faut identifier les problèmes qui se posent et les réponses que l'on met en face. Il y a une mutation mondiale du transport aérien, on ne peut pas l'ignorer.

JEAN-JACQUES BOURDIN
On est d'accord Ségolène ROYAL, mais vous ne me répondez pas : est-ce que la direction doit pour l'instant suspendre ces deux mille neuf cents suppressions de postes ?

SÉGOLÈNE ROYAL
Mais bien sûr, pour revenir autour de la table.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Bon, alors on est d'accord.

SÉGOLÈNE ROYAL
On ne revient pas autour de la table en annonçant et en leur disant : « C'est à prendre ou à laisser », et je pense que les stratégies qui ont consisté à dresser les salariés les uns contre les autres sont de mauvaises stratégies.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais pardon, quand on emploie le mot « voyou », c'est un mot qui blesse, non ?

SÉGOLÈNE ROYAL
Cela, c'est du passé. Construisons le présent.

JEAN-JACQUES BOURDIN
D'accord, mais est-ce que vous avez trouvé que c'était maladroit ce mot « voyou » ?

SÉGOLÈNE ROYAL
C'est du passé. Moi, je vous parle de la situation d'aujourd'hui.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais ça vous gêne, Ségolène ROYAL. Je le sens. Vous auriez employé le mot « voyou » ? Est-ce que vous l'auriez employé ?

SÉGOLÈNE ROYAL
C'est du passé. Monsieur BOURDIN, j'ai la responsabilité avec d'autres de faire en sorte que cette entreprise retrouve le chemin de la réussite, et donc je parle de ce qui se passe aujourd'hui et de ce qui doit se passer dans les jours qui viennent.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Bon, vous ne me répondez pas sur « voyou » mais on va passer à autre chose. Le scandale Volkswagen, où est-ce qu'on en est ? Vous avez organisé des premiers tests à l'aveugle, vous avez les premiers résultats, les premiers bilans ?

SÉGOLÈNE ROYAL
On les aura très prochainement, dans trois semaines.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous croyez tous les autres constructeurs qui nous disent, à nous consommateurs : « Ne vous inquiétez pas, tous nos tests sont fiables » ; vous les croyez ?

SÉGOLÈNE ROYAL
Oui, je pense qu'ils sont sincères. On verra puisqu'ils ont accepté que leurs véhicules soient testés. J'ai pris cette initiative-là qui est d'ailleurs regardée par les autres pays européens puisque la France est le premier pays à prendre cette initiative de contrôle, d'élaboration d'un système, d'une technologie de contrôle de ces véhicules, parce que cette fraude est proprement inacceptable. C'est intolérable d'avoir trompé les automobilistes de cette façon-là pour faire croire que les véhicules étaient propres alors qu'ils ne le sont pas, et alors que l'on sait que la question de la pollution de l'air est un problème de santé publique majeur puisqu'on estime non seulement qu'il y a des problèmes cancérigènes mais en plus des morts prématurés – quarante mille morts prématurés selon un récent rapport du Sénat.

JEAN-JACQUES BOURDIN
C'est pour ça que vous voulez interdire aux motos antérieures à 2000 de circuler en centre-ville.

SÉGOLÈNE ROYAL
Ce n'est pas moi, ça.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ce n'est pas vous, c'est la mairie de Paris, oui. Vous trouvez que c'est une bonne idée, ça ?

SÉGOLÈNE ROYAL
Il faut une action globale. Je n'ai pas à commenter les actions. J'ai donné aux maires la responsabilité de gérer la question, comme ils le souhaitaient d'ailleurs, la question du transport propre dans les villes. Maintenant, ils ont les outils pour le faire et ils ont par exemple légalement le droit de faire des zones à circulation restreinte avec des certificats de qualité de l'air sur les véhicules. Donc qu'ils le fassent, en concertation avec les associations d'automobilistes ou les motards et puis qu'ils le fassent en association avec la population, mais c'est un sujet très important, la question de la qualité de l'air.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Projet de loi de finances, on va évidemment parler du diesel. Projet de loi de finances là ou projet de loi de finances rectificative le diesel ? A quel moment ?

SÉGOLÈNE ROYAL
Plutôt rectificative.

JEAN-JACQUES BOURDIN
A la fin de l'année, au mois de décembre ?

SÉGOLÈNE ROYAL
Oui, je pense.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Moi, j'aimerais connaître votre position. Les entreprises récupèrent la TVA sur le gazole cent pourcents pour les véhicules utilitaires et quatre-vingts pourcents pour les véhicules particuliers. Il faut supprimer ?

SÉGOLÈNE ROYAL
C'est un projet global. On est en train de regarder globalement l'ensemble des pistes…

JEAN-JACQUES BOURDIN
On pourrait supprimer cette récupération de la TVA ?

SÉGOLÈNE ROYAL
Je ne sais pas encore. Je ne sais pas encore. En tout cas, la question que vous posez est tout à fait légitime, donc il faut regarder les choses et surtout l'impact des décisions.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc on doit poser cette question.

SÉGOLÈNE ROYAL
Oui. On doit poser toutes les questions qui donnent au diesel un avantage par rapport aux véhicules propres, en donnant des moyens pour monter en puissance sur la voiture électrique qui est à la fois la voiture la moins chère quand elle circule – un euro au cent kilomètres – et en même temps la moins polluante.

JEAN-JACQUES BOURDIN
On pourrait encourager les entreprises, on pourrait supprimer cette récupération de TVA et encourager parallèlement les entreprises à s'équiper de véhicules électriques.

SÉGOLÈNE ROYAL
C'est ce qui est fait. Déjà pour les particuliers puisqu'il y a une prime de dix mille euros qui va être étendue à tous les véhicules en contrepartie de l'abandon d'un véhicule diesel de dix ans d'âge – avant c'était quinze ans d'âge. Ça va donc permettre à plus d'automobilistes de changer leur véhicule diesel pour un véhicule électrique à condition, et j'y veille, qu'il y ait un déploiement des bornes électriques sur le territoire et que le prix de la voiture électrique puisse aussi baisser. Mais un bonus de dix mille euros, c'est déjà un coup de pouce très important pour permettre de monter en puissance sur le développement de la voiture électrique.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais parce que le gazole, le diesel, a des avantages considérables encore en France, les taxes qui sont moins lourdes.

SÉGOLÈNE ROYAL
Bien sûr, oui. Quinze centimes d'écart, vous vous rendez compte.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui. Est-ce qu'il faut rapprocher les taxes ?

SÉGOLÈNE ROYAL
Il faut les rapprocher sans augmenter la charge fiscale.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Alors comment faire ?

SÉGOLÈNE ROYAL
Il faut baisser sur l'essence, monter sur le gasoil mais à condition de donner aux automobilistes les moyens d'acheter une voiture propre parce qu'il y a plein, il y a plein…

JEAN-JACQUES BOURDIN
C'est ce qui va être fait ? Baisse des taxes sur l'essence et augmentation ?

SÉGOLÈNE ROYAL
On est en train de regarder mais en faisant attention au fait que certains automobilistes n'ont pas les moyens. Ils voudraient bien, les Français ne polluent pas par plaisir, donc il faut avoir les moyens de changer de voiture. Tout le monde ne peut pas changer de voiture du jour au lendemain, donc on ne peut pas égaliser ces taxes du jour au lendemain. Il faut étaler le dispositif.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Sur combien de temps ?

SÉGOLÈNE ROYAL
Sur cinq ans mais en baissant le prix des voitures propres et en donnant des bonus pour que les gens puissent acheter des voitures neuves et des voitures propres.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc sur cinq ans, on rapproche les taxes sur l'essence des taxes sur le gazole. Sur cinq ans.

SÉGOLÈNE ROYAL
On diminue les taxes sur l'essence…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Et on augmente les taxes…

SÉGOLÈNE ROYAL
On l'augmente sur le gasoil, à condition que cet écart puisse permettre aux gens de changer de voiture et de s'acheter des voitures propres.

JEAN-JACQUES BOURDIN
J'ai vu un amendement socialiste relever de deux centimes la taxe sur le gasoil dès 2016, vous le soutenez ?

SÉGOLÈNE ROYAL
On verra ! Je ne sais pas, il faut en discuter avec le ministre du Budget.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Bon !

SÉGOLÈNE ROYAL
Moi je ne veux pas improviser sur ces sujets-là ! Parce que ça… d'abord ça concerne la vie quotidienne, en milieu rural par exemple il n'y a pas de transport en commun, donc les gens ils n'ont pas le choix, donc s'ils ont des véhicules diesel ce n'est pas du jour au lendemain qu'on peut les changer, donc il faut faire que les choses soient bien claires, c‘est à dire très cohérentes par rapport au recul de la pollution, à la montée en puissance des véhicules électriques, à l'investissement dans les filières industrielles qui vont pouvoir créer des emplois pour fabriquer les véhicules électriques - ça c'est quand même très important – à la baisse du coût de circulation, je le répète, puisqu'un véhicule électrique c'est 1 euro 100 kilomètres, donc c'est quand même tout bénéfice pour les consommateurs, mais il faut le faire de façon claire, maîtrisée et surtout compréhensible.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Alors la COP21 approche, j'ai une question à propos d'ENGIE, ENGIE qui a investi dans le charbon en Turquie…

SÉGOLÈNE ROYAL
Oui ! Alors c'est terminé, ils se sont engagés à arrêter les investissements dans le charbon.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Il n'y aura plus aucun investissement de cette entreprise dans le monde sur le charbon ?

SÉGOLÈNE ROYAL
Vous savez que, premièrement, l'Etat - à la suite de la décision du président de la République – arrête de subventionner les investissements dans le charbon, ça c'est quand même une décision très importante…

JEAN-JACQUES BOURDIN
L'Etat arrête de subventionner !

SÉGOLÈNE ROYAL
Parce que pour qu'on nous comprenne bien le réchauffement climatique vient de l'utilisation des énergies fossiles, dont le charbon et le pétrole, donc il faut préparer l'après-charbon et il faut préparer l'après pétrole - on vient d'en parler – et les entreprises françaises vont retirer leurs investissements dans le charbon et ENGIE s'y est d'ailleurs engagée.

JEAN-JACQUES BOURDIN
ENGIE arrête tous les investissements ?

SÉGOLÈNE ROYAL
ENGIE en effet, ENGIE va programmer la fin des investissements dans le charbon.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Terminé ! Terminé, plus d'investissement dans les centrales au charbon dans le monde ?

SÉGOLÈNE ROYAL
Eh bien, écoutez, il faut être logique. On ne peut pas d'un côté déplorer les effets catastrophiques du dérèglement climatique et de l‘autre continuer à investir dans les énergies fossiles, donc il faut là aussi de la rigueur et un bon ordre des choses, bien fixer les objectifs, pour que tout le monde se mette dans cette direction-là. Et je crois que la COP21 il y a encore beaucoup, beaucoup de travail à faire, il faut…

JEAN-JACQUES BOURDIN
On va en parler évidemment !

SÉGOLÈNE ROYAL
Il y a énormément de travail à faire, mais je pense que comme tout le monde voit les dégâts du dérèglement climatique et que tout le monde a compris aussi que penser le développement économique autrement c'est aussi une chance...

JEAN-JACQUES BOURDIN
Sauf les climato-sceptiques !

SÉGOLÈNE ROYAL
C'est ça qu'il faut voir Jean-Jacques BOURDIN, c'est que c'est aussi une chance…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Dites-moi ce sont des connards les climato-sceptiques, comme l'a dit Nathalie KOSCIUSKO-MORIZET ?

SÉGOLÈNE ROYAL
Ils veulent faire les malins peu, qu'on entende parler d'eux, mais je crois que c'est en bonne voie – même si c'est encore difficile – et surtout c'est une formidable opportunité aussi de créer des emplois dans la croissance verte.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Merci Ségolène ROYAL.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 14 octobre 2015

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