Interview de M. Manuel Valls, Premier ministre, à BFMTV/RMC le 15 octobre 2015, sur le climat politique à 18 mois de la présidentielle, la réforme par le dialogue social, l'interpellation de syndicalistes d'Air France, les mesures en réponse au malaise des policiers et la convergence de la taxation essence-diesel. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Manuel Valls, Premier ministre, à BFMTV/RMC le 15 octobre 2015, sur le climat politique à 18 mois de la présidentielle, la réforme par le dialogue social, l'interpellation de syndicalistes d'Air France, les mesures en réponse au malaise des policiers et la convergence de la taxation essence-diesel.

Personnalité, fonction : VALLS Manuel, BOURDIN Jean-Jacques.

FRANCE. Premier ministre;

ti : JEAN-JACQUES BOURDIN
Manuel VALLS est notre invité ce matin. Bonjour.

MANUEL VALLS
Bonjour Jean-Jacques BOURDIN.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Merci d'être avec nous. A un an et demi de la présidentielle, est-ce que François HOLLANDE est fini politiquement comme le dit Nicolas SARKOZY ?

MANUEL VALLS
Vous pensez que c'est la question que se posent aujourd'hui les Français ?

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais nous allons avoir toutes les questions, Manuel VALLS…

MANUEL VALLS
C'est la question que vous vous posez ou que vous me posez. Non, bien sûr, d'abord, parce que l'élection présidentielle a lieu dans dix-huit mois, et les Français se feront un jugement, à la fois sur le bilan du quinquennat, mais aussi sur les projets pour l'avenir…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Alors, vous allez me demander, mais pourquoi cette question ?

MANUEL VALLS
Mais ces mots définitifs dans la bouche donc de Nicolas SARKOZY ne correspondent pas, je crois, ni à la réalité ni ce à quoi les Français attendent, aspirent de la part d'un responsable politique.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Alors, vous allez me demander : mais pourquoi cette question ?

MANUEL VALLS
Eh bien, si vous faites et les questions et les réponses…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Non, mais je sais que ça a trotté dans votre esprit, pourquoi – alors, j'ai une question complémentaire – pourquoi êtes-vous incapables de vous rassembler à gauche, incapables de choisir une politique cohérente, incapables de répondre à l'insécurité sociale, mêlée à l'insécurité culturelle, ressentie par tant d'électeurs de gauche, prêts à s'abstenir ou à voter Front national ?

MANUEL VALLS
Vos questions sont légitimes, et c'est vrai que la gauche est trop divisée, trop fracturée face à deux autres blocs, de même taille à peu près, l'extrême droite et la droite républicaine, et face à ces divisions, face à ces fractures au sein de la gauche, moi, je n'ai qu'une seule réponse, qui est aussi celle, bien sûr, du président de la République et du gouvernement, nous assumons, nous assumons le fait de gouverner, de faire en sorte que la France soit plus forte sur le plan économique…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc au diable les divisions ?

MANUEL VALLS
Non, au contraire, parce que nous gouvernons, et parce qu'il y a ces fractures au sein de la gauche, nous devons pleinement assumer l'exercice du pouvoir. Parce que nous sommes conscients des défis, des difficultés de la France, des difficultés d'abord que traversent un certain nombre de Français, nous devons être à la hauteur, encore une fois, de ces enjeux, de ces défis, de ces difficultés que traverse notre pays.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais regardons, puisqu'on parle beaucoup du dialogue social, cette conférence sociale, sans la CGT, qui est l'un des principaux syndicats, j'imagine que vous le regrettez, mais que peut donner une conférence sociale sans l'un des principaux syndicats ? Est-ce que vous comprenez ces salariés syndiqués qui refusent de serrer la main du président de la République ? Ou cette salariée qui crie à Emmanuel MACRON : assassin, tu la souilles la Bourse du travail ! Toutes ces images…

MANUEL VALLS
A cette déferlante de questions de votre part, au fond…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais elles sont complémentaires.

MANUEL VALLS
Cela – sans doute – cela me permet de vous dire que… au fond, nous sommes face à un choix pour ce qui concerne notre pays, sans vouloir caricaturer les positions et les autres, soit, nous avançons en réformant, parce que le pays a besoin de changer, de se réformer, de s'adapter, mais en n'oubliant jamais son histoire, ses valeurs, la justice, l'égalité, et nous le faisons dans le dialogue, pas uniquement dans le dialogue social, c'est-à-dire avec les organisations patronales et avec les syndicats représentatifs des salariés, mais tout simplement avec les Français, parce que la société française a besoin, à la fois de rassemblement et d'apaisement. Soit, nous faisons un autre choix, il n'est pas le mien, il n'est pas celui du président de la République, c'est celui du conservatisme ou du refus du dialogue, ou tout simplement de la rupture, ce que présentent, avec des projets différents, je ne les mêle pas, mais d'une certaine manière, et l'extrême droite et Nicolas SARKOZY. La rupture. Plus de dialogue social, plus de paritarisme, plus de rôle, pas seulement pour les syndicats, mais pour tous les acteurs qui représentent aujourd'hui les Français. Il est là le choix, entre la réforme nécessaire, mais dans le respect des uns et des autres, soit la rupture, c'est-à-dire, au fond, on met par terre ce qu'est un modèle qui doit se réformer, mais qui est un modèle qui est le modèle français. Eh bien, face à ces choix, chacun doit au fond choisir, si vous me permettez cette expression. Et quand on refuse de serrer la main, quand on refuse de dialoguer, on ne fait pas avancer la société française. Et la société française a besoin, pourtant, de réformes et d'avancer.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Manuel VALLS, AIR FRANCE, la police, regardons en détail ce que vous apportez comme solutions, bonnes ou mauvaises, le plan prévoyant la suppression de 2.900 emplois est donc suspendu, on est bien d'accord ?

MANUEL VALLS
Non.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ah, alors, parce que, bien comprendre…

MANUEL VALLS
Soyons précis…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Parce que là, il faut bien comprendre, parce que, hier matin, Ségolène ROYAL nous disait : oui.

MANUEL VALLS
Oui, mais attention à ne pas tout mélanger, AIR FRANCE, la police, c'est d'ailleurs…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Non, mais là…

MANUEL VALLS
C'est d'ailleurs un paradoxe, nous n'avons jamais eu aussi peu de jours de grèves et de mouvements sociaux dans notre pays ; la colère, elle s'exprime parfois d'une autre manière, elle peut s'exprimer d'un point de vue électoral, elle s'exprime parfois par des attitudes de violences de la part d'un certain nombre de personnes, qui se sentent oubliées, humiliées, rejetées. Mais objectivement, il y a aujourd'hui moins de mouvements sociaux et beaucoup moins de jours de grève. Mais ensuite, il y a un certain nombre de conflits, dans le service public ou dans les entreprises privées. AIR FRANCE fait face à la concurrence, à une concurrence impitoyable…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, déloyale ? Parfois…

MANUEL VALLS
Parfois, parfois déloyale, mais en tout cas, une concurrence, celle du low cost…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, enfin, vous l'avez nourrie la concurrence déloyale en accordant des droits de trafics supplémentaires à des compagnies qui sont aidées par leur gouvernement, vous le savez bien !

MANUEL VALLS
Oui, mais c'est minima, ça, par rapport aux défis d'AIR FRANCE…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui…

MANUEL VALLS
Le low cost et les grandes compagnies, les grandes compagnies du Golfe, d'une certaine manière, vous venez d'y faire allusion, mais d'une manière générale, les grandes compagnies qui ont su, elles, se réformer. Et donc face à cette concurrence, AIR FRANCE n'a pas d'autre choix que de se réformer. Comment ? Par le dialogue, et notamment, et je l'ai dit déjà plusieurs fois, depuis plusieurs semaines, par le dialogue avec les pilotes, qui doivent prendre leurs responsabilités, revenir à la table des négociations, c'est fait. Et il faut que ce dialogue se poursuive avec les pilotes, mais aussi avec toutes les autres catégories de personnels, pour éviter les suppressions…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Il n'a pas repris le dialogue pour l'instant…

MANUEL VALLS
Si, depuis vendredi, depuis vendredi dernier, la direction a reçu l'ensemble des organisations syndicales, donc le dialogue a repris, et il doit se poursuivre pour permettre à la compagnie d'affronter, là aussi, cette concurrence et ses défis, et pour que chacun…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Alors est-ce que la direction a retiré son plan ?

MANUEL VALLS
Non, et pour que chacun assume pleinement ses responsabilités. Si les pilotes n'assument pas leurs responsabilités, alors, c'est le plan B, ce qui a été voté par le conseil d'administration d'AIR FRANCE, qui peut conduire à la suppression…

JEAN-JACQUES BOURDIN
C'est-à-dire à la suppression de 2.900 emplois…

MANUEL VALLS
A la suppression de 2.900 emplois, pas des licenciements, mais des départs volontaires, des suppressions de postes, mais c'est du coup les autres catégories de personnels au sol qui vont supporter l'effort le plus important. Et moi, je considère que comme chacun a sa responsabilité, les pilotes aussi donc doivent l'assumer. Nous avons quelques semaines…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, il n'y a pas que les pilotes à AIR FRANCE, Manuel VALLS…

MANUEL VALLS
Il y a les personnels navigants, il y a les personnels au sol, chacun doit assumer ses responsabilités, les pilotes, les personnels navigants, les personnels au sol, pour trouver la meilleure solution pour l'avenir d'AIR FRANCE, mais AIR FRANCE doit faire des efforts, des réformes, si nous voulons que la compagnie nationale, qui porte nos couleurs, survive, parce que, Jean-Jacques BOURDIN, il est là le problème, c'est que s'il n'y a pas ces réformes…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, oui, il est là le problème…

MANUEL VALLS
Et s'il n'y a pas cette lucidité de la part de tous, des pilotes, des navigants comme des salariés au sol, comme des personnels au sol, c'est la compagnie elle-même qui risque d'être en danger de mort.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Sur le prix d'un billet d'AIR FRANCE, 53 % de taxes et de redevances…

MANUEL VALLS
Mais, l'Etat est prêt à assumer, bien sûr, ses responsabilités, comme premier actionnaire à 17 % de la compagnie…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Par exemple, la taxe CHIRAC, est-ce qu'on ne pourrait pas la transférer à la grande distribution, comme le propose Bruno LE ROUX ?

MANUEL VALLS
Oui, mais pourquoi pas ! Toutes ces pistes peuvent être étudiées, mais d'abord, il y a…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous n'êtes pas contre ?

MANUEL VALLS
Il y a des problèmes structurels d'AIR FRANCE par rapport aux autres compagnies…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc trop de personnels ? Problèmes structurels, ça veut dire… vous savez, problèmes structurels, ça veut souvent dire trop de personnels.

MANUEL VALLS
Non, pas seulement, il y a un problème d'un certain nombre de lignes…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Il y a trop de personnels ou pas à AIR FRANCE ?

MANUEL VALLS
Moi, je ne pose pas les questions ainsi…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, mais les salariés, eux, se posent cette question !

MANUEL VALLS
Mais, il faut faire attention, s'il n'y a pas de dialogue social, si toutes les catégories ensemble n'avancent pas avec la direction, et le gouvernement, à la fois, soutient le plan de restructuration d'AIR FRANCE, et appelle au dialogue, car ce dialogue, il est indispensable…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Médiateur nommé ou pas ? Besoin ou pas ?

MANUEL VALLS
Aujourd'hui, il n'y a pas de médiateur, nous favorisons le dialogue, la discussion entre la direction et l'ensemble des personnels…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Et la direction est allée un peu vite, a mal présenté son plan ?

MANUEL VALLS
Je ne le crois pas…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Non ? Vous la soutenez ?

MANUEL VALLS
Je ne le crois pas…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous soutenez la direction d'AIR FRANCE ? La direction actuelle, vous la soutenez ?

MANUEL VALLS
Mais bien sûr, mais attendez, le rôle du gouvernement, le rôle de l'Etat, actionnaire…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Actionnaire à 17 %...

MANUEL VALLS
Avec des représentants au conseil d'administration, qui ont voté les différents plans, c'est de soutenir la direction, et en même temps, d'appeler au dialogue social, moi, j'assume pleinement mes responsabilités, je ne change pas d'opinion au gré des images et de je ne sais quels commentaires. Nous soutenons la direction, nous lui demandons – et c'est normal – de favoriser ce dialogue social, pour trouver, encore une fois, avec l'ensemble des personnels, la bonne solution, parce que je comprends les inquiétudes des personnels, je comprends les inquiétudes des agents d'AIR FRANCE, je comprends les inquiétudes des petits d'AIR FRANCE, qui ont des petits salaires, et qui ont l'impression qu'ils peuvent trinquer parce que d'autres ne feraient pas l'effort. Donc chacun doit assumer ses responsabilités.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous avez traité les salariés qui ont bousculé les deux dirigeants de la compagnie de voyous. Ce sont toujours des voyous dans votre esprit ?

MANUEL VALLS
Jean-Jacques BOURDIN, « bousculé » ?

JEAN-JACQUES BOURDIN
Bousculé et frappé ou pas ? Quel mot emploieriez-vous ?

MANUEL VALLS
Bousculé, frappé, humilié. Ce sont des images qui ont fait le tour du monde. Parfois, vous savez, ces images sont beaucoup plus difficiles à supporter pour les intéressés - que les deux cadres d'AIR FRANCE, je n'oublie pas non plus les vigiles qui ont été frappés par d'autres salariés.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc ce sont des voyous.

MANUEL VALLS
Ces actes sont inadmissibles et j'ai déjà eu l'occasion de le dire. Oui, ce sont des comportements de voyous. Quand on a un mandat syndical, quand on a une responsabilité d'élu, on est encore plus responsable face à ce type d'événement. Comment quelqu'un qui a un mandat syndical – moi, je respecte les syndicats, et d'ailleurs l'ensemble des confédérations ont condamné ces faits très sévèrement – la plupart des syndicats d'AIR FRANCE ont condamné ces actes. Pourquoi ? Parce qu'on ne peut pas confondre le mandat syndical au moment où on remet en cause les syndicats, où certains pensent – je pense du côté de Nicolas SARKOZY – qu'ils n'ont plus de rôle à jouer, confondre, ne pas voir qu'il faut faire une différence entre le rôle des syndicats indispensable et le comportement d'une poignée, d'une minorité, alors à ce moment-là on prête totalement le flanc à cette critique vis-à-vis des syndicats.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Un mot. Jean-Luc MELENCHON était à votre place il y a deux jours. Il disait : « Interpellation de salariés au petit matin, à six heures dans leur famille. Est-on allé chercher monsieur CAHUZAC dans son lit ? Est-on allé chercher Nicolas SARKOZY dans son lit », disait-il avant-hier. « La loi, c'est la loi ; y a-t-il deux poids deux mesures en fonction du statut des personnes ? »

MANUEL VALLS
La loi c'est la loi, et à la place qui est la mienne je respecte l'indépendance de la justice. Ce n'est pas le gouvernement, ce n'est pas la ministre de la Justice ou le ministre de l'Intérieur qui…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Rien à redire sur ces interpellations ?

MANUEL VALLS
C'est le choix du juge, c'est le choix du juge, du Parquet en l'occurrence de Bobigny, c'est le choix et il faut respecter ces choix. Parce que si moi, à la place qui est la mienne, je remets en cause l'action et les décisions de justice, alors on remet en cause l'Etat de droit, l'indépendance de la justice. Ces salariés ont le droit de se défendre, il va y avoir un procès. Laissons encore une fois la justice faire son travail.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Justice, police, on y vient. J'imagine que je suis policier à la BAC, j'arrête un adolescent de quinze ans pour la quinzième ou vingtième fois pour des faits qui méritent des peines lourdes. J'en veux au juge, vous comprenez ?

MANUEL VALLS
Je comprends la colère, l'indignation, l'harassement des policiers. J'ai rencontré les collègues de Yann SAILLOUR, ce policier de la BAC de Saint-Denis qui lutte aujourd'hui pour la vie.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Comment va-t-il ?

MANUEL VALLS
Je ne donnerai aucune information par respect vis-à-vis de la famille mais il lutte pour la vie, il lutte contre la mort. C'est le troisième d'une génération de policiers. Son père, son grand-père étaient policiers, son frère est policier. C'est une famille admirable qui donne tout pour le service public, pour la sécurité de nos compatriotes. J'ai rencontré les policiers, ses collègues, qui étaient fatigués, harassés, qui n'en pouvaient plus et qui, face à une délinquance très jeune parfois, avec le sentiment de rencontrer toujours les mêmes…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Un policier nous disait : « J'ai croisé un délinquant de seize ans, il avait un gilet pare-balles bien mieux que le mien, bien plus moderne que le mien, bien plus efficace que le mien ».

MANUEL VALLS
Nous comprenons et nous entendons cette colère, cette angoisse de la part des policiers. C'est pour cela qu'ils ont besoin et de moyens et c'est ce que nous faisons depuis 2012. Il faut poursuivre ce travail car les policiers ont besoin de voitures plus modernes, d'armes de feu aujourd'hui qui soient adaptées au type de délinquance, de locaux - je pense aux commissariats, aux hôtels de police, aux postes de police – qui soient dignes du XXIème siècle et ils ont besoin aussi de procédures judiciaires qui soient bien plus allégées.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Simplification de la procédure pénale, c'est ce que vous avez annoncé hier. Un plan pour lutter contre le trafic d'armes, c'est ce que vous avez annoncé hier. Et un encadrement plus strict des permissions de sortie. Là, j'ai une question : les policiers vont-ils participer aux commissions d'application des peines ?

MANUEL VALLS
C'est une des pistes que j'ai ouvertes hier.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous y êtes favorable ?

MANUEL VALLS
J'y suis favorable mais, encore une fois, ce n'est pas un sujet facile donc avec le ministre de l'Intérieur et la garde des Sceaux, nous allons travailler sur ce sujet. C'est une des propositions qui a été faite mais j'ai ouvert cette piste et donc maintenant il faut y travailler avec les intéressés. Parce que là aussi, moi ce qui m'intéresse dans le travail de la police et de la justice, c'est ce que les Français attendent, c'est ce que les policiers et les magistrats attendent : c'est de l'efficacité pour lutter contre la délinquance.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais pourquoi ne pas mettre tout le monde autour de la table ? Parce que les syndicats de policiers et de magistrats travaillent ensemble déjà. Policiers et magistrats travaillent tous les jours ensemble, pourquoi ne pas mettre autour de la table et le ministère de la Justice et le ministère de l'Intérieur pour coopérer et pour agir en commun ? Pour résoudre ces incompréhensions ?

MANUEL VALLS
Jean-Jacques BOURDIN, tous les jours policiers et magistrats travaillent ensemble. Les policiers OPJ, Officiers de Police Judiciaire, avec les magistrats travaillent ensemble. C'est ça le fonctionnement d'une chaîne pénale efficace. C'est d'autant plus important, et j'ai rappelé que pour moi c'était un talisman, l'Etat de droit repose sur la police, policiers et gendarmes et la justice. Il ne faut pas les opposer parce que si on les oppose, si on crée une rupture entre la sécurité et la justice, entre la police et la magistrature et la justice, alors à ce moment-là c'est l'Etat de droit qui s'effondre. Et ça, nous ne pouvons pas l'accepter. Comme ministre de l'Intérieur, et Bernard CAZENEUVE c'est le cas aujourd'hui, nous avons constaté avec Christiane TAUBIRA que policiers et magistrats pouvaient porter un certain nombre de propositions ensemble. Je vous rappelle que le président de la République rencontre la semaine prochaine et policiers et magistrats, et nous allons faire en sorte que dans les jours et dans les semaines qui viennent, avec les deux ministres Bernard CAZENEUVE et Christiane TAUBIRA, nous puissions davantage faire travailler ensemble les représentants des uns et des autres, notamment après les propositions que j'ai annoncées hier.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Est-ce que vous allez supprimer les tribunaux correctionnels pour mineurs ?

MANUEL VALLS
C'est un engagement du président de la République.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, engagement du président de la République. Christiane TAUBIRA était venue me voir au mois de juillet et nous avait dit : « Si ce n'est pas fait avant la fin de l'année, je m'en vais ».

MANUEL VALLS
Non. Je ne pense pas du tout que ce soit son état d'esprit.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Pardon, ce jour-là ça l'était.

MANUEL VALLS
Non, parce que de toute façon, la loi sur la procédure pénale ne viendra qu'au début de l'année 2016, donc on a un peu de temps devant nous. Sur tous ces sujets, notamment la justice des mineurs, moi je veux de l'efficacité et je veux qu'on sorte de tout débat idéologique. Parce que je vois bien que sur ces questions liées à la justice, contrairement à tous les chiffres qui font la démonstration qu'il y a aujourd'hui une politique pénale particulièrement sévère, mais il suffit d'un événement et surtout d'un événement dramatique pour qu'on questionne à juste titre, et c'est normal dans notre société, le fonctionnement de la justice ou de la police. Donc je souhaite que ces questions-là soient traitées de la manière la plus réaliste, la plus efficace possible.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous supprimez les tribunaux correctionnels pour mineurs.

MANUEL VALLS
Nous verrons bien, nous verrons bien.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais vous y êtes favorable ou pas ? Vous ne me répondez pas.

MANUEL VALLS
Moi, je ne suis pas favorable à toute décision prise dans la précipitation.

JEAN-JACQUES BOURDIN
C'est une promesse de François HOLLANDE qui ne peut pas être tenue aujourd'hui.

MANUEL VALLS
Qui donne, Jean-Jacques BOURDIN, qui donne le sentiment qu'on relâcherait une politique vis-à-vis des mineurs alors que nous savons…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc vous dites non puisque ça donne le sentiment.

MANUEL VALLS
Nous savons qu'il y a des mineurs particulièrement violents, donc il faut être capable d'apporter la bonne réponse. Est-ce que les tribunaux correctionnels apportent aujourd'hui la bonne réponse vis-à-vis des mineurs ? Non, non. Donc ça veut dire que par rapport au texte de loi que Christiane TAUBIRA présentera, il faut travailler à une politique efficace des mineurs.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc à la suppression.

MANUEL VALLS
A une politique efficace des mineurs.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc à la suppression des tribunaux.

MANUEL VALLS
Nous verrons.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Puisque ces tribunaux apportent une mauvaise réponse.

MANUEL VALLS
Nous verrons si ça passe par la suppression définitive des tribunaux. Ce que je souhaite, c'est qu'on travaille sur de l'efficacité.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Bien. Je voulais vous parler du gazole et de l'essence. Rapprochement, si j'ai bien compris, la taxe sur l'essence baisse d'un centime par an en 2016-2017 ; gazole, hausse d'un centime par an pour rapprocher les taxes évidemment. La TVA sur le gazole récupérée dans les entreprises, vous revenez dessus ou pas ?

MANUEL VALLS
Jean-Jacques BOURDIN, je ne vais pas vous répondre précisément sur toutes ces questions.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Pourquoi ?

MANUEL VALLS
Il y a des ministres qui travaillent.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous êtes Premier ministre, Manuel VALLS, pardon. Vous savez que c'est une question qui revient sans cesse.

MANUEL VALLS
Je sais, mais je sais.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Sans cesse !

MANUEL VALLS
Mais nous sommes en plein débat sur la loi de finances. J'ai annoncé hier une décision importante, vous l'avez rappelée, qui est la convergence essence-diesel attendue depuis très longtemps, qui n'avait jamais été mise en oeuvre. Pourquoi ? Parce que tout simplement on considère, et vous en parlez souvent à cette antenne, que le diesel et les Français s'en préoccupent, pose un problème sur la qualité de l'air. Nous sommes à quelques semaines par ailleurs de la COP21, c'est-à-dire le moment où le monde doit prendre conscience de l'urgence climatique. Ce gouvernement, avec la loi de transition énergétique portée par Ségolène ROYAL, avec son mix énergétique qui donnera plus de place notamment aux énergies renouvelable, fait des choix aussi concernant l'essence et le diesel. Ensuite, il peut y avoir toute une série d'autres mesures techniques qui concernent la TVA, qui concernent aussi le renouvellement du parc diesel et j'ai annoncé aussi la prime de conversion pour tous les diesels au-dessus de dix ans, de plus de dix ans. La prime double, elle passe de cinq cents à mille euros. Voilà, c'est toutes ces mesures que nous avons annoncées, que nous mettons en oeuvre.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Pas de réflexion pour l'instant autour de la TVA. Bien. Je change complètement de sujet. L'Arabie Saoudite : est-ce qu'il n'est pas indécent franchement de se réjouir de la signature de contrats commerciaux avec l'Arabie Saoudite, un pays qui a exécuté cent trente-quatre personnes depuis le début de l'année, qui bombarde avec nos armes peut-être au Yémen des populations civiles, des hommes, des femmes, des enfants, qui condamne à la décapitation un homme de vingt et un ans opposant au régime ? Franchement ?

MANUEL VALLS
Indécent de se battre pour notre économie, pour nos industries, pour nos emplois, et pas seulement avec l'Arabie Saoudite alors, avec l'Egypte, avec l'Iran…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Nous ne vendons pas nos Mistral à la Russie parce que nous sommes scandalisés par la politique russe en Ukraine !

MANUEL VALL
Avec l'Iran demain, nous accueillons le président ROHANI, le président iranien au mois de novembre. Il y a une délégation de 150 entreprises, grands groupes, et PME, vous parlez souvent des PME…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, beaucoup…

MANUEL VALLS
Il y avait beaucoup de PME avec moi aussi à Riyad pour conquérir des marchés dans le domaine des transports, de l'énergie, de la santé, des services. Donc mon rôle à moi, c'est de faire en sorte que les industries, les entreprises françaises, l'économie de notre pays soit la plus performante possible à l'extérieur. Est-ce que nous oublions pour autant nos valeurs ?

JEAN-JACQUES BOURDIN
Alors, qu'est-il devenu Ali Mohammed Al-NIMR ?

MANUEL VALLS
Est-ce que nous oublions nos valeurs ?

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui ?

MANUEL VALLS
Partout, et nous rappelons quelle est la position de la France, nous sommes contre la peine de mort, et nous avons demandé vis-à-vis de ce jeune garçon, oui, un geste de clémence aux autorités saoudiennes…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Où est-on ? Vous avez eu une réponse ?

MANUEL VALLS
Nous n'avons pas eu de réponse, nous n'avons pas eu de réponse. Mais nous avons demandé ce geste de clémence. Mais le mot d'indécence amènerait, alors, Jean-Jacques BOURDIN, à considérer que nous ne pouvons pas discuter avec les pays qui ont, soit, la peine de mort, soit qui n'ont pas des régimes considérés comme pleinement démocratiques. Alors, à ce moment-là, nous serions bien isolés, donc. Par ailleurs, nous partageons avec l'Arabie Saoudite un certain nombre de visions stratégiques, notamment pour ce qui concerne la Syrie.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Alors justement, j'ai deux questions, les djihadistes, est-ce que des djihadistes français ont été tués par les bombes des Rafale, de nos Rafale en Syrie ?

MANUEL VALLS
Mais à ce stade, je n'ai pas d'information…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous n'avez pas d'information, vous ne savez pas…

MANUEL VALLS
Mais nous avons décidé, le président de la République a décidé de frapper Daesh, cette organisation terroriste, qui prépare des attentats depuis la Syrie, des attentats contre les Français, contre la France, et notre rôle, au nom même de la légitime défense, c'est de faire en sorte d'assurer la sécurité des Français. Et donc oui, de frapper Daesh, là où il prépare ses attentats. Et il y a des terroristes de toutes nationalités, mais l'essentiel : protéger les Français, assurer leur sécurité, lutter contre le terrorisme, c'est ça aussi la responsabilité d'un chef d'Etat et d'un gouvernement.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Jean-Yves LE DRIAN va conduire la liste socialiste dans la région Bretagne, il reste ministre de la Défense s'il est élu, restera-t-il au gouvernement ?

MANUEL VALLS
Mais, vous connaissez les règles, elles sont particulièrement claires de ce point de vue-là…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc il ne restera pas au gouvernement ?

MANUEL VALLS
Jean-Yves LE DRIAN, mais, étape par étape, Jean-Yves LE DRIAN va s'exprimer demain, donc c'est à lui de s'exprimer. Il reste ministre de la Défense…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, pour l'instant…

MANUEL VALLS
Et c'est un ministre de la Défense tout à fait admirable…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais s'il est élu ?

MANUEL VALLS
Mais aux Bretons de décider, chaque chose en son temps…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Non, mais d'accord, mais enfin…

MANUEL VALLS
Vous connaissez la règle, Jean-Jacques BOURDIN.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc s'il est élu, il ne reste pas au gouvernement ?

MANUEL VALLS
Mais on ne peut pas être président de région, maire d'une grande ville, et être membre du gouvernement, donc, mais attendez que les Bretons aient fait le choix…

JEAN-JACQUES BOURDIN
C'est clair. J'ai une dernière question, c'est un tweet : monsieur VALLS soutient la direction d'AIR FRANCE, mais dit aux salariés de faire des efforts et du dialogue, la claque aux régionales arrive, la claque aux régionales, vous pensez ?

MANUEL VALLS
Vous savez, tant qu'une élection n'a pas eu lieu, il faut se battre, il faut convaincre, nous avons des bons bilans à la tête des régions, de bons candidats, et puis, quels sont les enjeux de cette campagne ? C'est la nouvelle France des territoires, autour de 12 grandes régions hexagonales, c'est des nouvelles compétences pour les régions, en matière d'emplois, de développement économique, de formations, d'environnement. Donc c'est aussi l'avenir du pays qui se joue. Et puis, encore une fois, quelle France voulons-nous ? Une France qui se rassemble, qui apaise, qui regarde l'avenir avec plus d'optimisme, qui se réforme, ensemble, ou d'une rupture ? Et ça se joue aussi au niveau des régions. Et moi, j'engagerai dans cette campagne, et il faut convaincre les Français, ceux qui doutent, ceux qui souffrent, mais il faut les convaincre, et moi, j'ai suffisamment d'énergie pour mener cette campagne avec la conviction que, on peut changer les choses.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Merci Manuel VALLS d'être venu nous voir ce matin.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 15 octobre 2015

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