Interview de M. Jean-Marie Le Guen, secrétaire d'Etat aux relations avec le Parlement, à France Info le 19 octobre 2015, sur le référendum du PS sur l'unité de la gauche aux élections régionales, le boycott par la CGT de la Conférence sociale et l'état du dialogue social en France. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Jean-Marie Le Guen, secrétaire d'Etat aux relations avec le Parlement, à France Info le 19 octobre 2015, sur le référendum du PS sur l'unité de la gauche aux élections régionales, le boycott par la CGT de la Conférence sociale et l'état du dialogue social en France.

Personnalité, fonction : LE GUEN Jean-Marie, ACHILLI Jean-François .

FRANCE. Secrétaire d'Etat aux relations avec le Parlement;

ti : FABIENNE SINTES
Votre invité, donc, Jean-François ACHILLI, ce matin, est secrétaire d'Etat chargé des Relations avec le Parlement.

JEAN-FRANÇOIS ACHILLI
Bonjour Jean-Marie LE GUEN.

JEAN-MARIE LE GUEN
Bonjour Jean-François ACHILLI.

JEAN-FRANÇOIS ACHILLI
Une formule magique, le top pas le flop, deux chiffres : 250 000 votants, 89 % de oui à ce référendum sur l'Union de la gauche face au FN, des chiffres invérifiables, il faut quand même le rappeler, Jean-Marie LE GUEN.

JEAN-MARIE LE GUEN
Il y a un comité très transparent de vérification, mais allons au-delà des chiffres, pour dire que c'est une réussite par rapport à ce qui était attendu, et deuxièmement cela a un sens, c'est surtout le sens, plus que les chiffres, qu'il faut regarder. C'est une volonté de mettre l'union au coeur de la réflexion de des femmes et des hommes de gauche, aujourd'hui. La division, elle est un peu partout, elle rode et elle nous mine, et donc l'idée de se rassembler pour faire face au Front national, c'est quelque chose de tout à fait essentiel. Voilà, revenons aux fondamentaux.

JEAN-FRANÇOIS ACHILLI
Alors ça c'est dit, mais les Verts et les Communistes vous ont déjà dit non, non au pacte de fraternité proposé par Jean-Christophe CAMBADELIS, ça c'est plutôt flop, hein.

JEAN-MARIE LE GUEN
Eh bien écoutez, on n'avait pas l'intention ou l'objectif, avec simplement ce référendum, de…

JEAN-FRANÇOIS ACHILLI
De les faire plier, de les faire revenir en arrière.

JEAN-MARIE LE GUEN
Oui, voilà, de… On le voit bien, il y a toute une gauche aujourd'hui, c'est d'ailleurs un problème général dans la société, dans la représentation. Il y a un certain nombre de gens qui sont pris dans des logiques d'appareil, où le système de jeu avec les médias, d'ailleurs, compte beaucoup, et où on oublie finalement la tâche fondamentale qui est la sienne, faire avancer ses idées, au profit de chacun sa petite boutique, sa petite polémique. Et donc, voilà, on est dans cette situation-là, mais je pense que les Français, au-delà de leurs opinions personnelles, sont assez sceptiques devant ce type d'attitude, et donc l'union ça reste quelque chose de très fort, d'ailleurs, est-ce que ce n'est pas le cas à droite ? Est-ce qu'à droite, pour gagner, ils ne se donnent pas les moyens d'être unis ?

JEAN-FRANÇOIS ACHILLI
Ah, ils sont unis, oui.

JEAN-MARIE LE GUEN
Voilà. Si la gauche ne comprend pas, eh bien elle aura de grandes désillusions.

JEAN-FRANÇOIS ACHILLI
Jean-Marie LE GUEN, Pierre LAURENT, pour le Parti communiste, a expliqué hier soir, sur France Info, d'ailleurs, qu'il ne changerait rien, que c'était une affaire interne au PS. « Un coup politique dont les Français se foutent », a déclaré la patronne des Verts, Emmanuelle COSSE.

JEAN-MARIE LE GUEN
Oh, essayons de garder un vocabulaire qui correspond…

JEAN-FRANÇOIS ACHILLI
Oui, mais elle n'a pas tort.

JEAN-MARIE LE GUEN
Non, je ne crois pas, je crois que les Français, de gauche, qui sont interpelés par l'action qu'a menée le Parti socialiste, Jean-Christophe CAMBADELIS, ils s'interrogent. Au-delà de ceux qui ont voté, il y a des gens qui se disent : mais, finalement, est-ce qu'ils n'ont pas tort ? Est-ce que le moment n'est pas venu de laisser tomber les polémiques secondaires et de se rassembler sur l'essentiel ? Est-ce dans telle ou telle région, ce n'est pas le Front national qui risque de l'emporter ? Voilà.

JEAN-FRANÇOIS ACHILLI
Justement, vous avez vu ce qui se passe en Provence-Alpes-Côte-d'Azur, le Front national donné en tête pour les élections régionales, selon ce sondage, choc, ODOXA BFM TV, publié par Le Parisien dimanche, je vous la fais courte : 35 % pour Marion MARECHAL LE PEN, 30 pour Christian ESTROSI, 18 % seulement pour le socialiste Christophe CASTANER. Comment est-ce qu'on en est arrivé là ?

JEAN-MARIE LE GUEN
S'agissant de la gauche, c'est d'abord la division. C'est une région où justement nous appelons plus qu'ailleurs à la nécessité du rassemblement, mais c'est une région…

JEAN-FRANÇOIS ACHILLI
Le Parti socialiste n'a jamais réglé le problème de Jean-Noël GUERINI à Marseille, dans les Bouches-du-Rhône.

JEAN-MARIE LE GUEN
Mais le problème est d'autant moins réglé, je suis désolé de le constater, que ça fait des années qu'il yi a des procédures judiciaires qui apparemment ne sont pas là. Mais le problème n'est pas, en l'occurrence Jean-Noël GUERINI, c'est…

JEAN-FRANÇOIS ACHILLI
C'est un problème de justice.

JEAN-MARIE LE GUEN
La gauche est faible dans cette région, on le sait bien, hein, dans la région PACA, c'est une gauche qui n'a pas su se renouveler suffisamment, et le cas GUERINI dont vous parlez, en témoigne, et donc la gauche est plutôt faible. Bien. La gauche en général, ce n'est pas le Parti socialiste, encore que ça soit le Parti socialiste, et Christophe CASTANER qui reprend le drapeau de l'unité et du combat. Maintenant…

JEAN-FRANÇOIS ACHILLI
GUERINI, c'est un problème de justice.

JEAN-MARIE LE GUEN
Non non non non, c'est un problème politique au-delà des problèmes de justice, c'est un problème politique, nous n'avons pas su nous renouveler. Il n'est pas normal que dans des départements comme ceux de Provence et notamment de la Côte d'Azur, la gauche n'ait pas une représentation plus forte, mais ça c'est une réflexion que nous devrions avoir eue déjà et en tout cas j'espère que nous l'aurons bientôt. En tout état de cause, CASTANER reprend les choses en mains et redresse, en quelque sorte…

JEAN-FRANÇOIS ACHILLI
Avec un déficit d'image, hein.

JEAN-MARIE LE GUEN
Non, mais dans une situation qui était extrêmement difficile, donc il continue à progresser. Mais c'est vrai, moi ce que je note dans votre sondage, outre le score prêté à madame Marion MARECHAL LE PEN, qui je le rappelle, cette fois-ci on oublie tous les habillages « ah ben le père c'était autre chose », non, là c'est bien Jean-Marie LE PEN, c'est bien Jean-Marie LE PEN, avec Marion MARECHAL LE PEN, qui revient. Et donc on voit bien que derrière tout ça, il y a une droitisation extrême et ce que je constate, c'est que monsieur ESTROSI, dans une région où l'UMP, l'ex-UMP dominait très largement, il est aujourd'hui battu, et ça sanctionne sa campagne, qui est de faire du Front national, sans le Front national. Voilà. C'est ça, c'est la sanction d'une certaine logique, sarkozyste, estrosiste, qui aboutit à ce que la droite soit incapable de résister au Front national, et la politique qu'elle défend, qu'elle met en oeuvre, finalement, ne fait qu'apporter de l'eau au moulin du Front national.

JEAN-FRANÇOIS ACHILLI
Jean-Marie LE GUEN, sanction également pour la gauche au pouvoir qui se coupe de ses classes populaires. Regardez la CGT qui boycotte la Conférence sociale ce matin, la CGT c'est quand même le syndicat qui défie le président sur le terrain.

JEAN-MARIE LE GUEN
Mais la CGT est une organisation qui connait les difficultés que l'on sait…

JEAN-FRANÇOIS ACHILLI
On l'a vu à Saint-Nazaire, hein.

JEAN-MARIE LE GUEN
Oui, mais vous savez très bien qu'à Saint Nazaire, c'était une personne qui par ailleurs, une entreprise d'abord, ce qu'il faut dire, qui va gagner des centaines d'emplois, grâce à l'action résolue du gouvernement. Alors j'ai été un peu étonné de voir comment quelqu'un pouvait quelque part porter une parole aussi critique sur l'état de l'économie et du social, quand cette entreprise a été sauvée et qu'elle va gagner plusieurs centaines d'emplois grâce à l'action du gouvernement. Alors, après, on apprend que c'est… le militant en question est un militant politique, on n'est pas totalement étonné…

JEAN-FRANÇOIS ACHILLI
Quelle formation

JEAN-MARIE LE GUEN
Peu importe, vous regarderez vous-même, ce n'est pas secret ce que je dis là. Et donc on se dit : oui, il y a une politisation, une radicalisation de certains syndicats, notamment de la CGT, qui la met un peu en dehors du dialogue social, qui tourne un peu le dos au syndicalisme tel qu'il existe, c'est-à-dire un syndicalisme où non pose des questions, on a un rapport de force, on négocie. Là, la politique de la chaise vide qui est adoptée, et de la contestation systématique et spectaculaire, de la CGT, me semble-t-il traduit aussi les problèmes à la fois internes de cette organisation, et deuxièmement, une certaine forme de marginalisation, et moi je le regrette, parce que la CGT est une marque, est une organisation…

JEAN-FRANÇOIS ACHILLI
Marginalisation ou radicalisation ?

JEAN-MARIE LE GUEN
Marginalisation et radicalisation vont souvent ensemble, voilà, et c'est quand même bien dommage qu'une organisation sociale, aussi importante dans l'histoire de notre vie sociale de ce pays, se laisse aller à ne plus siéger. Ce qui est important, quoi que, quels que soient les désaccords, parce qu'il peut y avoir des désaccords, mais quand j'entends monsieur MARTINEZ dire « aujourd'hui, c'est les 32 heures qui sont à l'ordre du jour », on se dit : mais dans quel monde sont-ils ? Est-ce que vraiment c'est sérieux de considérer ça ? Est-ce qu'on peut faire du cas d'AIR FRANCE qui a des difficultés, mais enfin celles qui ont été accrues, me semble-t-il, et celles qui ont marqué tous les Français, c'est aussi une certaine forme de revendication par la violence, qui avait été dénoncée d'ailleurs par la CGT locale, parce que la CGT d'AIR FRANCE n'était pas d'accord avec la manière dont les incidents sont survenus. Mais on a vu la CGT nationale, monsieur MARTINEZ, dire : « Ah ben non, mais nous on est d'accord, on y va, on soutient les gens qui viennent interrompre les lieux de dialogue syndical », parce que comité d'entreprise, c'est un lieu de dialogue syndical. Alors, moi je suis très étonné de ces attitudes.

JEAN-FRANÇOIS ACHILLI
Jean-Marie LE GUEN, François HOLLANDE, le président, lance cette conférence sociale ce matin, on le voit partout, il est tous azimuts, on l'a même vu aller féliciter les douaniers pour leur saisie record de cannabis à Paris. Pourquoi cette omni, j'allais dire présidence, cette omniprésence sur le terrain ? C'est à cause des sondages en berne ?

JEAN-MARIE LE GUEN
Non, pas du tout, ne reliez pas ça à une action simplement, j'allais dire sondagière. Le problème…

JEAN-FRANÇOIS ACHILLI
Vous êtes d'accord qu'il occupe tout l'espace.

JEAN-MARIE LE GUEN
… le président sent bien, soyons très honnêtes et il n'y a pas de difficultés à reconnaitre qu'il y a de grandes interrogations dans le pays, il y a des tensions multiples, il y a des inquiétudes, et donc le rôle du président de la République c'est d'aller partout, pour écouter bien sûr, mais aussi pour porter la parole, pour dire : « Regardez, la France est en train de se réformer, les choses vont aller mieux ». La France ce n'est pas le spectacle qu'en donnent en permanence un certain nombre d'esprits qui sont toujours sur le déclin, sur la critique. Il y a des réussites dans ce pays, il y a des talents extraordinaires, et le rôle du président de la République c'est de montrer que, au-delà des difficultés, il y a aussi des espoirs.

JEAN-FRANÇOIS ACHILLI
Et un plan de campagne.

JEAN-MARIE LE GUEN
Mais, campagne, quand on fait de l'action politique, et de l'action pédagogique, on est campagne en permanence, ce n'est pas le problème de rattacher ça à un objectif politique. Son objectif aujourd'hui, c'est de redonner confiance aux Français, de les mobiliser. Il y a des difficultés, mais c'est pas au milieu de ces difficultés, c'est pas en se battant la coulpe de façon exagérée, ce n'est pas en dénigrant tout le temps notre pays, qu'on avancera.

JEAN-FRANÇOIS ACHILLI
Jean-Marie LE GUEN, Najat VALLAUD-BELKACEM qui veut réformer la carte scolaire, c'est la Une de Libération, pour expérimenter un nouveau mode de répartition des élèves dans une dizaine de départements, dans les collèges. Réforme nécessaire ? Nous sommes quand même à sept semaines des régionales, quand même.

JEAN-MARIE LE GUEN
Mais quel rapport ? Ecoutez, si on ne peut plus respirer, sous prétexte qu'on est à sept semaines des régionales, il faut nous le dire, on va se mettre en apnée et puis je ne viendrai plus vous voir, Jean-François ACHILLI. Donc moi j'essaie d'expliquer la position du gouvernement, et puis partout ça réforme, partout ça réforme. On n'en parle pas, par exemple, mais il y a eu un accord la semaine dernière, tout à fait fondamental sur les retraites complémentaires, cette France du dialogue social voulue par le gouvernement, les choses se font, elles avancent, au milieu des difficultés, il faut modifier les comportements. Si on reste comme hier, les choses ne se feront pas. Il faut bouger, c'est ce que fait ce gouvernement avec courage, et en matière d'éducation, aussi bien qu'en matière sociale.

JEAN-FRANÇOIS ACHILLI
Voilà, vous pouvez respirer, Jean-Marie LE GUEN.

JEAN-MARIE LE GUEN
Voilà.

JEAN-FRANÇOIS ACHILLI
Merci.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 20 octobre 2015

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