Déclaration de M. Laurent Fabius, ministre des affaires étrangères et du développement international, sur les efforts en faveur du tourisme en France, à Paris le 19 octobre 2015. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de M. Laurent Fabius, ministre des affaires étrangères et du développement international, sur les efforts en faveur du tourisme en France, à Paris le 19 octobre 2015.

Personnalité, fonction : FABIUS Laurent.

FRANCE. Ministre des affaires étrangères et du développement international

Circonstances : Conférence «Excellence des formations dans le domaine du tourisme, un enjeu pour la France», à Paris le 19 octobre 2015

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Merci, Monsieur le Président, pour vos propos extrêmement clairs, et tout à fait positifs. Merci à toutes et à tous d'être là, à la fois professeurs, étudiants, et puis personnalités diverses. Je vais faire mon topo et je répondrai ensuite à quelques questions.

Tout d'abord, c'est un plaisir d'être avec vous aujourd'hui, dans le cadre de cette rencontre consacrée aux formations dans les métiers du tourisme. Je veux saluer les organisateurs, l'institut de recherche et d'études supérieures du tourisme, et l'association AsTRES - c'est un acronyme, avez-vous dit, c'est juste, et assez prometteur - qui regroupe de plus en plus d'universités qui proposent des formations d'excellence dans le domaine du tourisme. C'est une initiative tout à fait excellente. Je pense qu'elle doit être encore mieux connue.

J'ai eu déjà l'occasion de faire des conférences à la Sorbonne, mais c'est la première fois que j'ai l'occasion de parler du tourisme, et aux acteurs du tourisme d'aujourd'hui et de demain. Si je comprends bien, vous étudiez différentes matières, pour certains le droit du tourisme, pour d'autres, davantage ce qui concerne l'hôtellerie, la restauration ; pour d'autres encore, peut-être pour les mêmes, le patrimoine. Tout cela reflète la diversité et la richesse du tourisme français.

Quel que soit le choix que vous avez fait - je parle des étudiants -, vous voulez travailler dans et pour notre tourisme. C'est un choix tout à fait excellent. Au risque de radoter - mais quelqu'un disait que les responsables politiques n'ont le choix qu'entre deux éléments, ou bien se répéter, ou bien se contredire, et il vaut mieux choisir le premier -, oui, c'est un trésor national. D'abord, sur le plan économique. Bien sûr je m'adresse à des spécialistes, ou à des futurs spécialistes, en tout cas des convaincus, mais il faut être simple, poser une devinette et, en même temps, y répondre.

En matière économique, et chacun sait à quel point l'économie est évidemment fondamentale, si l'on pose la question : pour la France, quel est le secteur économique qui, d'une part, apporte maintenant près de 2 millions d'emplois, qui ne sont pas délocalisables, qui rapporte un excédent de balance commerciale de plus de 10 milliards d'euros, où la France est la première du monde, et dans un secteur dont on sait déjà à l'avance qu'il va, dans les années qui viennent, grandir ? Si on additionne toutes ces données, il sort un secteur, qui est le secteur du tourisme. Mais, pour des raisons étranges, sur lesquelles je ne vais pas faire de recherches - mais peut-être faudrait-il en faire -, jusqu'à présent, ce secteur - et ne soyez pas choqués que je vous dise cela - a été considéré comme marginal. Il y a eu certainement des ministres du tourisme excellents, mais ce n'est pas le seul critère pour juger si un secteur est marginal ou central. En allant plus loin, le tourisme a été considéré depuis très longtemps comme un secteur a-économique - «a» d'alpha privatif. C'est une sottise ; et quand je dis cela, j'adopte le langage choisi qui est celui du Quai d'Orsay. C'est un trésor, et un bon trésor. Ce n'est pas une mallette que l'on va ouvrir et dans laquelle on ne trouvera rien. On est sûr, si la France fait les efforts nécessaires en matière de tourisme, de choisir un secteur positif central.

Au-delà de cet apport économique considérable, c'est un trésor pour notre image internationale. C'est d'ailleurs la raison pour laquelle j'ai demandé au président de la Réplique et au Premier ministre, qui ont bien voulu me dire oui, de m'attribuer cette compétence, qui n'était pas classiquement celle du Quai d'Orsay. En effet, mon rôle, en tant que chef de la diplomatie, est de faire rayonner notre pays et de véhiculer l'image la plus positive possible de la France. Et il se trouve que le tourisme, à condition bien sûr qu'il soit bien mené, est le meilleur ambassadeur de la France. Des touristes qui viennent chez nous et qui sont satisfaits de leur séjour, seront des ambassadeurs excellents. En revanche, s'ils sont mal accueillis, ils feront de la contre-publicité. Comme je suis à la tête d'ambassadeurs professionnels, j'ai considéré que le tourisme pouvait et devait être dans le champ de compétences du Quai d'Orsay.

C'est la raison pour laquelle, depuis maintenant avril 2014, le Quai d'Orsay a reçu la compétence de la «promotion du tourisme», mais j'ai un peu élargi et j'ai dit «tourisme» tout court, même si une de mes collègues qui est secrétaire d'État au ministère de l'économie s'en occupe très activement, et à mes côtés, M. Fekl, qui est aussi secrétaire d'État.

Nous nous sommes mis à la tâche, avec les professionnels. C'est tout à fait passionnant, d'abord parce que c'est un secteur extrêmement divers, et cela touche beaucoup de secteurs ; c'est d'ailleurs sans doute pour cela que vous avez choisi de vous y investir dans toutes les dimensions : à la fois les régions, les villes, les monuments, les musées, la créativité culturelle, la gastronomie, les vins, l'art de vivre, les paysages.

Le tourisme est passionnant aussi parce qu'on y fait, par définition, beaucoup de rencontres. Au départ je n'étais absolument pas un spécialiste du tourisme mais, depuis un an et demi que je m'y suis investi, j'apprécie vraiment tout ceux que je rencontre, qui en composent l'univers, et en même temps l'état d'esprit. Si on veut réussir dans ces professions, il y faut beaucoup d'ardeur au travail, travail bien fait, beaucoup de rigueur, beaucoup d'inventivité, beaucoup de convivialité - ce qui ne gâche rien -, beaucoup d'hospitalité. Comme le souligne l'intitulé de cette réunion, il faut rechercher l'excellence. L'excellence, cela ne veut pas dire l'arrogance ; c'est même souvent l'inverse.

Le rôle des pouvoirs publics, donc le mien, c'est d'accompagner vos métiers et de promouvoir le tourisme dans toutes ses dimensions, y compris, Monsieur le Président, vous y avez fait allusion avec raison, la dimension recherche - j'y viendrai un peu plus tard. Ce travail est d'autant plus nécessaire que nous devons renforcer notre position au plan international. Alors, je sais bien que l'on dit que la France est la première destination touristique mondiale. C'est vrai, et les chiffres de la saison 2015 l'ont confirmé. Ces chiffres, pour différentes raisons, ont été très bons ; mais c'est assez fragile.

Cette fragilité se concrétise tout de suite si l'on dit qu'en termes de recettes liées au tourisme, de ressources qui nous sont apportées par le tourisme, nous ne sommes pas premiers, mais nous sommes directement quatrièmes. Il y a devant nous les États-Unis, l'Espagne, et maintenant la Chine. D'autre part, le contexte touristique mondial est en train de beaucoup bouger, ce qui d'un côté nous crée des opportunités nouvelles, mais d'un autre côté, présente un certain nombre de risques ; il faut y penser, et essayer de s'en prémunir.

Alors, pour vous qui êtes investis et qui allez-vous investir dans ces métiers, il peut être intéressant que l'on partage une réflexion sur cette question : comment est-ce que le tourisme va évoluer, là, dans les années qui viennent ? Encore une fois, je ne suis pas un spécialiste, mais j'essaie de réfléchir, de discuter et de me documenter. Je crois qu'il va y avoir au moins quatre grandes évolutions dans les années qui viennent.

D'abord, le tourisme dans le monde va se développer, il va y avoir de l'expansion. En termes de richesses générées, c'est déjà une des plus importantes industries au monde et une de celles qui va croître le plus fortement, tout simplement avec l'élévation moyenne du niveau de vie. Si l'on agrège les chiffres, aujourd'hui il y a près d'un milliard de personnes qui voyagent dans le monde pour des régions touristiques. Dans quinze ans, il y en aura deux milliards ; le double. Évidemment, c'est pour la France, première destination touristique internationale, une opportunité extraordinaire. Nous devons capter une partie significative de ce marché et de la croissance de ce marché en expansion. Pour ceux d'entre vous qui vont s'engager dans ce secteur, ils savent que ce sera un secteur en expansion.

La deuxième tendance, c'est qu'il va y avoir de plus en plus de compétition. Pas seulement de la combustion interne, en France, bien sûr, mais de la compétition au plan international. En effet, des pays - je pense à la Chine, à l'Inde, à l'Iran, à plusieurs pays d'Amérique Latine - ne figuraient pas jusqu'ici dans les destinations privilégiées. La situation change. Ces pays ont compris qu'il n'y avait pas de rentes dans ce domaine qui seraient réservées à quelques-uns, la France, l'Espagne, l'Italie, etc., mais qu'eux-mêmes pouvaient s'investir. À cet égard, il y a un chiffre qui mérite d'être médité : l'organisation mondiale du tourisme nous dit qu'entre 2010 et 2030, les arrivées de touristes étrangers dans les destinations des pays émergents vont augmenter deux fois plus vite que dans les pays du Nord, dont la France fait partie. Il y a donc expansion et compétition.

Troisièmement, diversification, en particulier diversification de la demande. Il y a de moins en moins «un tourisme», mais «des tourismes». Il y a des diversités de demandes. Vous avez un nombre croissant de touristes qui veulent vivre une expérience singulière, authentique, se rapprocher des habitants, des savoir-faire locaux. D'autres vont continuer de rechercher des séjours organisés et des parcours touristiques plus classiques. Il y a des modes de voyage très différents : voyages en groupe traditionnels, voyages personnalisés. Il y a des tourismes thématiques très différents : la gastronomie, l'oenotourisme, l'écotourisme, le tourisme de mémoire, les croisières, le tourisme nocturne, le tourisme sportif, etc. Tout cela va entraîner des incidences importantes sur vos métiers.

Et puis la dernière évolution va être la numérisation. Pour les étudiants qui sont là, le numérique constitue un réflexe. C'est de plus en plus le cas pour les touristes, qui se rendent sur Internet - moi le premier - afin de chercher des idées de vacances, lire des recommandations, acquérir un billet de transport, réserver un hébergement. Quand ils sont sur leur lieu de séjour, ils utilisent internet et des applications innovantes pour trouver le chemin, acheter un ticket de musée, découvrir un restaurant, une activité. Et quand ils reviennent dans leur pays, ils retrouvent internet pour faire partager leur expérience, bonne ou mauvaise, sur un blog, noter les hôtels en ligne, sur certains sites, formuler des critiques, etc., etc. Bref, le numérique est absolument central pour les touristes, donc pour le tourisme.

Donc, si j'essaie d'identifier les tendances majeures pour le futur : expansion, compétition, diversification, numérisation. Il faut relever ces défis. Pour cela, il était nécessaire de mettre en place, avec les professionnels, une politique qui soit volontaire pour le tourisme et sa promotion. C'est là où j'ai essayé d'intervenir, en prenant pas mal de mesures, depuis maintenant un peu plus d'un an. Je ne vais pas les détailler ici, mais pour résumer, nous avons choisi trois directions principales.

La première direction, c'est d'encourager le dynamisme des entreprises du secteur. En effet, s'il n'y a pas des entreprises dynamiques, il n'y a pas de tourisme. Il y a eu toute une série de mesures, notamment des mesures, encore insuffisantes, pour simplifier la vie de ces entreprises. Vous le verrez encore plus quand vous serez dans la vie active, les choses sont beaucoup trop compliquées. Sans tomber dans je ne sais quelle démagogie, il y a des simplifications réglementaires, législatives, à opérer. On a commencé à le faire. Je ne veux pas être plus précis là-dessus mais c'est un champ important pour développer la compétitivité des entreprises et simplifier la vie de leurs responsables.

Un autre chantier, vous y avez fait allusion, Monsieur le Président : nous avons voulu mieux organiser l'offre touristique. Pour cela, nous avons mis en place ce qu'on appelle des contrats de destinations : il y en a 20 pour le moment - sans doute en avez-vous entendu parler. C'est-à-dire qu'un contrat de destination promeut une appellation, une marque forte de territoire. C'est du gaspillage, qui parfois est pratiqué, qu'un territoire quasiment inconnu engage des dépenses considérables pour aller distribuer des prospectus à New York - autant les mettre directement dans la poubelle. Il faut travailler en termes de marques. Nous avons donc promu des marques fortes de territoires : la Bourgogne, la Provence, les Alpes, la Corse, etc. Cela veut dire que tout le monde ne peut pas être retenu. Rattachés à ces marques, il y a des sous-ensembles.

Cette nécessité de rassembler à la fois les sites et les forces des acteurs publics et privés de ces territoires - collectivités locales, entreprises, offices du tourisme - autour d'une stratégie commune de développement touristique, c'était une nécessité. Là, Monsieur le Président, nous avons jusqu'à présent une insuffisance, qui est à la fois de notre fait et de votre fait, c'est que les universités et les institutions, sauf quelques cas, ne sont pas intégrées dans la stratégie de ces contrats de destinations. Donc, il faut que vos collègues, dans toutes les universités, que vous avez citées, qui sont intéressées, se rapprochent de ces contrats et de ces marques. Et cela aura d'autres effets positifs. Il ne faut pas vous laisser en-dehors, et il ne faut pas que vous restiez en-dehors.

Pourquoi ces contrats de destinations sont intéressants ? Parce que l'une de nos faiblesses - je vais y revenir -, c'est que bien sûr nous avons beaucoup de touristes qui viennent, mais ils ne restent pas assez longtemps, et ils ne dépensent pas assez d'argent. Si on veut qu'ils restent plus longtemps, si on veut que nos recettes remontent, il ne faut pas qu'ils n'aillent qu'en Ile-de-France et sur la Côte d'Azur. D'abord parce que s'ils font cela, comme nous avons l'ambition de développer le nombre des touristes, ces sites deviendront très difficiles et moins agréables, s'il y a trop de monde. En plus, parce que nous avons dans toutes nos régions - vous êtes par définition originaires de toute la France - des beautés magnifiques, des choses à offrir. Pour le moment, quand on regarde les statistiques, c'est l'Ile-de-France et la Côte d'Azur. Non pas que d'autres régions - moi-même je suis de Normandie - ne fassent rien, elles agissent beaucoup, mais en termes de chiffres, c'est pour le moment peu de choses. Donc, si on veut la diversification, il faut travailler dans cet esprit, et les contrats de destinations y contribuent.

Il y a un troisième chantier, c'est évidemment l'accueil des touristes qui est fondamental. Nous ne sommes pas les meilleurs du monde là-dessus. Je ne vais pas pratiquer une espèce de «French-bashing», contre lequel je m'élève, mais nous avons des efforts à faire, et ils commencent d'abord dans les pays d'origine. Des mesures comme celles que j'ai prises pour délivrer, par exemple en Chine, les visas en 48 heures, ont eu une incidence absolument considérable. D'une année sur l'autre, entre 2014 et 2015, nous avons une augmentation de 56% du nombre des visas délivrés aux Chinois. Et cette affaire des visas en 48 heures, nous l'avons étendue à l'Afrique du Sud, à l'Inde, aux pays du Golfe ; nous allons l'étendre, d'ici la fin de cette année, à la Turquie, à l'Indonésie, à Singapour, etc.

Je prends cet exemple, mais l'accueil, c'est du point A au point Z, le point Z étant évidemment la destination du touriste en France. Lorsqu'il arrive à l'aéroport, s'il est Chinois, il faut qu'il y ait des indications en chinois, qu'il soit accueilli, que son portefeuille ne lui soit pas prélevé. Il faut qu'il puisse se rendre vite à Paris et ne pas faire une queue pendant trois heures. Il faut qu'il soit bien accueilli à l'hôtel... Cette dimension est donc indispensable. On a progressé sur ce point-là, mais on a encore beaucoup à faire.

La semaine dernière j'ai réuni ce que j'ai appelé la première conférence annuelle du tourisme. Il y avait pas mal de professionnels du tourisme qui étaient là, pour essayer d'échanger sur le thème suivant : qu'est-ce que nous avons fait depuis maintenant un an et demi, et qu'est-ce qu'il nous reste à faire ? Nous avons insisté sur quatre sujets : sur l'investissement, le numérique, l'accueil, et la formation. Je voudrais prendre deux sujets seulement, avec vous, la formation et l'accueil, parce que cela vous concerne au premier chef.

Les chiffres pour 2015 n'ont pas encore été publiés, mais nous accueillons aujourd'hui près de 85 millions de touristes étrangers par an. Nous avons aussi beaucoup de touristes français et il faut s'y intéresser, beaucoup. Nous avons les atouts nécessaires pour atteindre les 100 millions de touristes étrangers. Mais si nous voulons faire cela, il faut qu'il y ait pas mal d'investissements, il faut que nos hébergements et nos infrastructures touristiques soient en qualité et en nombre suffisants, sur l'ensemble du pays.

Par exemple, dans les stations de montagne et du littoral, l'hébergement souvent est un peu vieillot, il y a donc un effort de rénovation à faire. Dans nos régions, la capacité d'accueil hôtelière et parfois trop faible, pour attirer par exemple le tourisme de salons, de congrès, d'affaires, ou pour faire face à la demande croissante en matière d'oenotourisme.

Je vais prendre un exemple, je suis de Normandie. En Normandie, il y a le Mont-Saint-Michel qui est limitrophe entre la Normandie et la Bretagne. C'est un site magnifique, qui est visité par beaucoup de monde, mais à proximité il n'y a pas beaucoup d'hôtels, et d'hôtels de qualité. Conséquence, il doit y avoir plus de 3 millions de gens par an qui visitent le Mont-Saint-Michel - je n'ai plus le chiffre exact en tête - mais s'il n'y a pas d'hôtels suffisants pour les accueillir, les tour-opérateurs font un circuit. Les visiteurs viennent de Paris, vont au Mont-Saint-Michel, et reviennent à Paris dans la même journée. Alors que si nous sommes capables d'organiser les choses, ces personnes peuvent passer un jour, deux jours, trois jours en Bretagne, en Normandie. Voilà. Ce n'est pas sorcier, encore faut-il s'organiser avec la profession pour que ce soit possible.

Je ferais le même constat concernant un domaine qui va beaucoup croître dans les années qui viennent, ce sont les croisières, que ce soit les croisières fluviales ou les croisières maritimes, et où il y a beaucoup d'équipements à développer. Marseille est en train de connaître un boom extraordinaire, mais on a beaucoup d'autres choses à faire. Le tourisme fluvial, dès lors que l'on aménage et que l'on équipe les canaux, sera peut-être un secteur qui va beaucoup se développer.

Cela demande de l'argent. La caisse des dépôts et consignations - ce n'est pas le budget de l'État, c'est un organisme tout à fait différent - a accepté d'investir, dans les temps qui viennent, un milliard d'euros. C'est quand même beaucoup d'argent pour aider à la réalisation de ces équipements, aider à la construction ou à la rénovation des hôtels, et aider les start-ups dans ce domaine. Tout cela, c'est pour l'investissement.

Concernant le numérique, il y a énormément de choses à faire, parce que c'est la clé, à beaucoup d'égards. Et nous avons pris une décision, la semaine dernière, qui n'est pas encore totalement satisfaisante. Ce qui compte, c'est le site internet, mais le premier site ! Les spécialistes du secteur disent que seulement 30% de ceux qui vont sur un site, ensuite, suivent les préconisations pour aller sur d'autres liens. Donc, il est très important que le premier intitulé, le premier site que vous avez en face de vous soit décisif. C'est d'ailleurs pourquoi tellement d'entreprises se battent pour être les premiers référencés.

Jusqu'à présent, il y avait un site internet - qui d'ailleurs doit être beaucoup modifié - pour le tourisme en France, qui s'appelait «Rendez-vous en France». L'intitulé est tout à fait décisif. Si vous êtes japonais - vous ne parlez donc probablement pas couramment le français - et si vous vous dites : je vais aller en France, qu'est-ce que je dois voir ? Qu'est-ce que je dois faire ? Le mot «rendez-vous» ne vous vient pas spontanément à l'esprit. Donc, ce n'était pas idéal.

Alors nous avons obtenu du Premier ministre que désormais, ce sera le site «France.fr» qui sera totalement consacré au tourisme. Vous pouvez d'ailleurs le consulter, même si ce que vous verrez n'est pas satisfaisant parce que si «France.fr» maintenant a le contenu de l'ancien site «Rendez-vous en France», ce contenu lui-même doit être modifié. Il y aura un appel d'offres, dans les semaines qui viennent, pour changer le contenu. Donc, à partir de l'année prochaine, sur le site «France.fr» - donc facile à référencer -, vous aurez quelque chose qui donnera une vision vraiment très positive de ce qu'on peut faire en matière de tourisme en France, et qui renverra sur un certain nombre d'autres liens.

S'agissant de la formation, si on veut que le tourisme français soit à la hauteur, la qualité des services proposés doit être irréprochable. Cela passe d'abord par la qualité des formations. Nous avons déjà des formations d'excellence dans différentes filières et elles sont dispensées par toute une série d'établissements prestigieux. Bien évidemment, à tout seigneur, tout honneur, il y a les formations tourisme de l'IREST et de l'ensemble des universités membres du réseau AsTRES. Il y a aussi, bien sûr, des établissements de type privés : Ferrandi, Paul Bocuse, le lycée hôtelier de Thonon, etc. L'excellence des formations, qui est indispensable, doit être développée, mais cela ne suffit pas : nous devons améliorer la visibilité de ces formations excellentes, que ce soit à l'étranger ou en France. Sinon, nous n'aurons pas le rayonnement nécessaire.

Alors, pour répondre à ce défi, et c'est peut être une source d'interrogations, voire d'inquiétudes pour vous, j'ai décidé de créer une conférence des formations d'excellence du tourisme ; en initiales, CFET. Je l'ai fait avec ma collègue ministre de l'éducation nationale de l'enseignement supérieur. J'ai demandé à M. Gailly de coordonner ce projet pour réaliser cette conférence d'excellence. Cette conférence d'excellence aura une capacité d'accorder un statut de membre de cette conférence aux établissements qui dispensent des formations d'excellence dans le domaine du tourisme, qu'ils soient d'ailleurs publics ou privés. Ce choix, qui sera une espèce de label d'excellence, sera opéré sur la base de critères qui soient garants de la qualité des formations sélectionnées.

La deuxième tâche de cette conférence d'excellence sera de mettre en réseau et de promouvoir les établissements retenus en France et à l'étranger, notamment à travers un site Internet qui sera dédié, et qui sera traduit en plusieurs langues. Ce sera aussi un rôle d'appui, de conseil, d'accompagnement des formations et des établissements. AsTRES devra donc être dans ce schéma, qui est à la fois pour le public et pour le privé.

C'est l'occasion pour moi de saluer l'action de AsTRES. Vous avez été des pionniers, avec les avantages et les inconvénients de la situation de pionniers, mais je crois que vous avez compris avant d'autres que c'était l'union qui faisait la force. Vous avez amélioré la visibilité des formations tourisme dispensées par les établissements de votre réseau, vous avez développé leurs interactions. C'est précisément ce modèle-là que nous comptons promouvoir, avec la conférence d'excellence.

Toujours au titre de la formation, nous allons créer une chaire d'enseignement supérieur et de la recherche consacrée au tourisme, qui sera financée, cette fois, sur des fonds privés. Elle devra être opérationnelle en 2016. Elle devra financer des doctorants consacrant leurs recherches au tourisme, ainsi que la venue de toute une série d'enseignants. On va lancer un appel d'offres, cet automne. Je ne connais pas exactement les mécanismes juridiques qui sont choisis, mais pourquoi-pas vous inscrire dans ce cadre. Ce que vous avez dit, Monsieur le Président, est tout à fait fondamental : le tourisme, c'est tout ce que j'ai dit, mais évidemment il faut qu'il y ait cette dimension de recherche. C'est déjà le cas, mais insuffisamment. C'est un sujet en lui-même extrêmement intéressant et si on veut élever l'ensemble du secteur du tourisme au niveau où nous voulons qu'il soit, il faut que cette dimension intellectuelle, culturelle, universitaire, scientifique, soit au rendez-vous. C'est ainsi que les choses fonctionnent. Il n'y a pas d'un côté l'activité économique, de l'autre l'activité de recherche, et puis pour une troisième part la dimension patrimoniale. Tout cela, évidemment, est un tout.

Un dernier mot sur l'accueil, avant que je ne réponde à vos questions. Le tourisme, c'est un de ses mérites, n'est pas un secteur comme un autre, dans la mesure où c'est d'abord un secteur de relations humaines. Dans le domaine politique, vous avez entendu parler de Georges Clémenceau, qui était président du Conseil il y a longtemps. Il avait le sens de la formule et la dent extrêmement dure. Il n'était pas bon de se frotter à Georges Clémenceau. Un jour, alors qu'il était à l'Assemblée nationale, Clémenceau s'était fait interpeller, durement, par un monsieur - ce n'était pas dans le domaine du tourisme - qui était extrêmement pédant, mais qui n'avait pas tout ce qui fait la réalité de la pâte humaine. Clémenceau, avec une réplique cinglante, lui répondit : «Monsieur X, vous savez tout, mais rien d'autre.» Vous pouvez l'utiliser, d'ailleurs, il n'y a pas de royalties ! D'ailleurs ce serait une très bonne formule au début des études ! Il faut bien sûr savoir tout sur le tourisme, mais il faut savoir le reste. Et le reste, c'est la dimension humaine, la dimension de communication. Si on n'aime pas cela, il vaut mieux faire autre chose. Il faut donc aussi cet élément humain, le pratiquer de manière professionnelle, sensibiliser les Français à toute une série d'activités, et au tourisme en général.

Voilà ! Donc, vous avez choisi, pour ceux d'entre vous qui êtes étudiants, ce secteur. Vous y apprenez et vous y apprendrez les compétences techniques nécessaires, absolument indispensables. Mais ces compétences techniques doivent s'accompagner d'une attention constante à cette question de la relation humaine, de l'accueil, de l'hospitalité. Si vous avez choisi ces métiers, c'est parce que vous êtes spontanément tournés vers les autres.

Et joignant le geste à la parole, je vais me tourner vers vous pour répondre à vos questions. Merci.


Q - Monsieur le Ministre, dans tout ce qui est numérisation et internet la labellisation «French Tech», est-ce que c'est une tangente que l'on pourrait envisager, sur tout ce que vous venez de dire ?

R - La réponse est oui, dès lors qu'on sait la mériter. «French Tech», pour ceux d'entre vous qui ne le sauraient pas, c'est une labellisation que l'on développe, que l'on utilise à l'étranger, avec des «French Tech Hub», notamment aux États-Unis, et dans tel autre pays, qui permet de nous mettre au meilleur niveau, et qui prend de plus en plus. Rapprochez-vous de ma conseillère dans ces domaines, et regardez - parce que j'aime bien les choses concrètes - ce qu'il est possible de faire. Cela me paraît être une bonne piste.

Q - Vous avez rappelé que le tourisme est une activité majeure pour notre pays, une des rares voies, même, pour certains territoires, de développement. Néanmoins, le tourisme en tant qu'objet de recherche est souvent encore occulté, même par la communauté scientifique. J'aurais voulu savoir quels étaient les actions et les moyens que justement l'État compte envisager pour rendre plus lisible la recherche, mais également aussi pour renforcer notre rayonnement ?

R - Ce que vous dites est vrai. Sans ressembler à ces metteurs en scène de films qui font des films sur la manière dont on met en scène les films, il serait intéressant à un moment ou à un autre d'essayer de comprendre pourquoi ce secteur, la recherche dans ce secteur, soit n'a pas été toujours aussi développée que nécessaire, soit n'a pas été mise en valeur. Cela peut faire l'objet d'une recherche. Mais c'est un fait. Et c'est une lacune, qui a été parfaitement identifiée. La conférence d'excellence dont j'ai parlé, j'espère - c'est une des raisons pour lesquelles nous la créons - qu'elle va permettre de répondre à ce besoin de reconnaissance de la valeur à la fois de la recherche et de la formation de nos universités en matière de tourisme. Et puis, je pense que cela permettra à certaines universités spécialisées dans le tourisme de mieux se positionner dans des appels à projets, pour bénéficier de financements publics et privés.

Un autre aspect qui est joint, c'est que, je pense plus généralement que vous devez, pour ceux d'entre vous qui êtes dans les activités de recherche, et plus généralement dans les milieux universitaires, développer votre dialogue avec les entreprises du secteur. Non pas que vous deviez abandonner votre activité propre, ce n'est pas du tout cela l'état d'esprit, mais je pense qu'elles gagneraient à être plus proches de vous, et réciproquement. En plus, ce sera une bonne chose pour l'embauche et la formation de vos jeunes diplômés. Je crois que AsTRES organise, depuis l'an dernier, une journée professionnelle pour favoriser le rapprochement entre l'université et l'entreprise. Je soutiens tout à fait cela mais je crois, Madame, qu'il faut aller plus loin. Donc, si vous avez des projets dans ce domaine, je les soutiendrai et je n'aurai pas de mal à convaincre ma collègue de l'éducation nationale et de l'enseignement supérieur, de le faire aussi. Donc, allons dans cette direction.

Q - Comment voyez-vous l'évolution de la législation par rapport à l'émergence de l'économie collaborative ? Est-ce qu'on vise plutôt à favoriser le développement de ces entreprises, ou plutôt à protéger les entreprises, disons, traditionnelles ?

R - C'est une des questions que nous avons abordées l'autre jour dans la Conférence annuelle du tourisme où des spécialistes ont abordé le sujet. C'est économie collaborative, Airbnb, etc. D'abord, c'est un fait et je crois que ce serait une mauvaise piste que d'essayer d'élever des lignes Maginot en disant : «non, c'est la forme de l'économie traditionnelle qu'il faudra prévaloir, hors de notre vue...» Non, ça ne marche pas comme cela. En revanche, l'objectif qu'on doit poursuivre, me semble-t-il, c'est de satisfaire les besoins - parce que c'est le touriste, en l'occurrence, qui décide - et de mettre autant que possible à égalité de concurrence les différentes formes de tourisme, et en l'occurrence d'accueil, d'hôtellerie.

Alors beaucoup disent : c'est une affaire de réglementations et de lois. Un rapport a commencé d'être fait sur ce sujet, et il n'est pas sûr que ce soit prioritairement une question de réglementations et de lois, parce qu'il existe déjà dans le droit français un certain nombre de choses. Je n'ai plus les dates exactes en tête mais le Parlement a voté en 2014, confirmé en 2015, une série d'obligations que par exemple les propriétaires privés ont à respecter s'ils veulent louer dans certaines conditions, et sous-louer dans certaines conditions, dans le mécanisme de l'économie collaborative.

Donc, il y a probablement des améliorations à faire sur le régime réglementaire ou législatif, mais, de ce que j'ai lu - cela demande à être confirmé -, c'est essentiellement dans l'application de ces règles qu'il y a beaucoup de défauts. Nous sommes en train de regarder, avec l'union des propriétaires, avec le ministère des finances, avec les services de contrôle des villes, comment on pourrait faire que cette économie collaborative - j'ai pris un aspect, il y a beaucoup d'autres choses, je ne parle pas d'Uber, etc., mais je parle de cette question-là de l'accueil, hôtellerie ou quasi hôtellerie -, pour que ceci entre dans un champ qui soit mieux régulé.

Voilà où j'en suis. Nous sommes convenus avec les professionnels de regarder ce que ce rapport va donner et, ensuite, de discuter pour savoir si c'est suffisant ou pas, quels sont les mécanismes que l'on peut mettre en oeuvre. Si vous voulez mon sentiment sur le fond, ce type d'économie dite collaborative va se développer. Simplement, il faut que nous soyons assez intelligents et pragmatiques pour encadrer tout cela, pour que ce ne soit pas fait au détriment des formes traditionnelles d'accueil du tourisme. Pour cela, il faut aussi que les formes traditionnelles d'accueil du tourisme se modernisent, c'est ce qu'on a dit sur le numérique et sur tel ou tel autre aspect. C'est un des champs sur lesquels nous travaillons et je suis sûr que ce type d'économie est appelé à se développer.

Q - Vous avez su avec brio faire exister un des plus remarquables ministres du tourisme que l'on ait vu depuis longtemps, bien que vous n'en ayez pas le statut. Je souhaiterais que vous ayez le même brio pour faire exister les métiers du tourisme. Je crois que s'il n'y a pas autant d'élèves dans les filières touristiques que dans d'autres, c'est parce qu'on connaît des grands capitaines de l'industrie de l'aéronautique, de l'automobile, et qu'il y a besoin de mettre en exergue, année après année, des destins. Je pense que vous sauriez le faire. Je le dis en tant que représentant des entreprises au conseil d'administration de l'IREST, où je vois bien que ce hiatus avec l'opinion publique est encore là.

R - Je crois que vous avez totalement raison. On va y réfléchir avec vous et les professionnels. Notre société est ainsi faite, mais c'est peut-être plus large que notre société contemporaine, qu'il faut des modèles d'identification. C'est comme cela que cela fonctionne. On a besoin de chemins, de héros, de «success stories» pour se dire, au moment où on doit choisir sa formation : finalement, pourquoi pas, c'est intéressant. Il ne faut pas faire uniquement cela et il ne faut pas que ce soit artificiel, mais je crois que c'est vrai.

Je prends un exemple, dans un domaine qui fait partie au sens large du tourisme : la gastronomie. Il y a quelques années, les restaurateurs étaient considérés comme marginaux et le métier de la restauration n'était pas recherché du tout. D'ailleurs, il y a toute une réflexion à mener, intéressante, sur l'évolution de la perception de la cuisine dans le Panthéon français. Je m'explique - et ça fait sûrement l'objet de recherches universitaires -, si on réfléchit un petit peu, dans les goûts du Français au travers des siècles, il y a deux goûts qui ont été privilégiés, c'est la vue et l'ouïe ; d'où, dans la hiérarchie des disciplines, le privilège : il y a la peinture et il y a la musique. Le toucher, le goût, par rapport aux cinq sens, c'était latéral. La cuisine, du même coup, faisait l'objet d'un paradoxe. Déjà chez Louis XIV, ou d'autres, la cuisine des rois est mise en exergue. Mais la cuisine dans la vie quotidienne, elle, doit être cachée. C'est d'ailleurs une traduction spatiale : pendant très longtemps, dans les appartements, dans les maisons, la cuisine était une petite chose, il fallait que ce soit à l'écart. Et dans les restaurants, on cachait la cuisine. Maintenant, si vous allez dans des bons restaurants, dans des grands restaurants, il y a des vitres, et tout se fait autour du cuisinier. Et parmi les cinq sens, le goût devient un des sens privilégiés.

Cela a toute une série de conséquences, cette vision, ce raccourci sociologique et philosophique. Par exemple, le fait qu'à la télévision, maintenant, il y ait des grandes émissions très suivies, sur «Top chef», sur ceci, sur cela, vous avez - on le voit, et les restaurateurs m'en parlent - maintenant de plus en plus de jeunes qui disent : moi... Alors d'habitude, les deux métiers préférés, c'est footballeur et acteur. Bon. Mais il va falloir qu'il y ait beaucoup de films et beaucoup de matchs de football ! Mais le métier dans la restauration, qui est un métier à la fois intéressant et dur, est de plus en plus demandé. Et c'est lié à ces schémas de réussite.

Alors il ne faut pas non plus que ces schémas de réussite soient artificiels, parce que ce sont des métiers difficiles, il faut l'expliquer, où il y a besoin de sens du travail, de rigueur, de créativité. Mais je reprends ce que vous avez dit, en l'étendant bien au-delà, bien sûr, de la restauration. Il faut que nous montrions ces réussites. C'est fait dans d'autres domaines. Par exemple dans le numérique, la France est devenu un des pays où il y a des start-ups du numérique vraiment remarquables. Le fait qu'il y ait un certain nombre d'aventures qui soit décrites, que ce soit celle de M. Niel, de M. X, de Mme Y, etc., joue. Retenons donc cette suggestion, et travaillons-y.

Q - À quelques semaines de la COP21, vous n'avez pas parlé de l'environnement, et je me demandais : quelle place pour l'environnement dans le futur du tourisme en France ?

R - Oui, c'est le seul moment de la journée où je n'ai pas parlé de la COP21 ! Parce que j'ai commencé ma journée en recevant le négociateur chinois. Ensuite, je l'ai poursuivie en allant devant les pétroliers du monde entier, pour leur expliquer que jusqu'à présent leur réputation n'était pas excellente dans ce domaine, et qu'il y avait peut-être des choses à faire pour l'améliorer ; et je vais continuer cet après-midi. Alors vraiment, merci de me ramener à mon sujet ! D'autant que c'est tout à fait important. Il faut que la protection de l'environnement soit une préoccupation pour tous les secteurs d'activité, et évidemment dans le domaine du tourisme. Dans l'hôtellerie, avec des préoccupations de plus en plus fortes en matière de consommations durables, de gestion des flux, énergie, eau, etc. Je ne sais pas si on vous apprend cela dans votre cours de gestion, mais c'est utile. Dans des nouveaux modes d'hébergement qui sont plus proches de la nature et respectueux de l'environnement ; et je pense que ça va se développer. Dans toutes les - le mot n'est pas très joli - sous-filières du tourisme, les modes de transports doux, le tourisme lent, qui va séduire une nouvelle catégorie de touristes, qui sont à la recherche, sans être nécessairement baba-cools, de modes de consommation alternatifs.

Je suis absolument persuadé de deux choses. D'une part, cette préoccupation environnementale est créatrice de valeur, et elle sera de plus en plus exigée par les touristes. Et cela nous rapproche de la COP21, bien sûr, où nous avons en particulier... Bon, ça va durer... L'objectif de la COP21 c'est de trouver un accord universel sur le climat, pour ne pas dépasser une hausse de 2 degrés - et nous sommes malheureusement au-dessus. C'est une négociation internationale, que je vais présider et, à la fin, il faut que tous les pays acceptent. Mais c'est aussi toute une série d'actions. Nous avons, tout au long de la COP, qui va durer du 30 novembre au 11 décembre, une série de «side events» où on va mettre en valeur un certain nombre de domaines où justement cette préoccupation environnementale peut être satisfaite. Et il y aura évidemment des aspects touristiques.

Et puis il va y avoir quelque chose dont on va beaucoup parler, parce qu'on parle aussi de beaucoup de choses, dans notre société contemporaine, qui ont une capacité de frapper des gens, c'est que le premier jour de la COP, le 30 novembre, nous avons invité, le président de la République et moi-même, l'ensemble des chefs d'État et de gouvernement du monde. Beaucoup vont venir et nous allons leur proposer un repas sur place, au Bourget où se tient la conférence de Paris, qui sera en écho avec les thèmes de la conférence ; non pas pour leur faire manger des racines, comme on l'a proposé - c'était très mauvais, d'ailleurs - à New York : il y a eu un repas organisé où il y avait quelques chef d'État et de gouvernement, et ce n'est pas une incitation évidente à pratiquer ce type de cuisine ! Là, nous allons faire tout à fait autrement. Nous allons demander à quelques-uns de nos très grands chefs, qui sont sensibles à cette thématique, de montrer ce qu'ils savent faire aux chefs d'État et de gouvernement du monde entier. Je pense que c'est le genre de choses qui aura un certain écho.

Q - Nous sommes évidemment très heureux de vous avoir comme avocat pour défendre ce secteur d'activité et les formations. Juste une petite question : pensez-vous que la première destination mondiale doit avoir un ministre à part entière pour ce secteur, ou que... Voilà, la question ouverte, ou que c'est mieux comme ça ?

R - Difficile, parce que vous avez commencé en disant que vous étiez extrêmement heureuse de m'avoir comme ministre, et la deuxième partie de votre question, Chère Madame le Professeur est un peu contradictoire avec la première. Si je disais au président de la République que je m'arrête de m'occuper de la diplomatie française, du commerce extérieur, de la COP21, etc., et qu'il ait la gentillesse de me nommer ministre du tourisme... Enfin, ce serait commenté !

Au-delà de ma propre personne, parce que nous ne sommes que des individus fugaces, et au-delà des vingt-cinq prochaines années je n'envisage pas d'être ministre, si j'ai pu rendre service à ce secteur, c'est de contribuer à montrer que c'est un secteur fondamental dans non seulement notre économie, mais notre société, et qu'il doit donc être reconnu comme tel aussi au plan de l'organisation gouvernementale. Alors là il se trouve que c'est au Quai d'Orsay. La question de savoir, mais ce sera pour des gouvernements futurs, est-ce qu'il faut isoler cela dans un ministère, mais qui devra être de premier ordre, ou bien est-ce qu'il faut l'inclure dans le champ d'un ministère régalien, ce sera une question qui sera à la décision du futur président de la République et Premier ministre. Je crois que quelle que soit la forme qu'on retiendra, en tout cas nous aurons tous rendu un service à notre pays si nous aurons fait comprendre que - je reprends l'expression que j'avais utilisée - ce n'est pas un secteur latéral, qui vient en plus.

Peut-être aussi a-t-on pensé que le tourisme marchait tellement bien que cela pouvait marcher tout seul, finalement il n'y avait pas besoin que le gouvernement s'en occupe. Oui, peut-être quand nous étions un pays où l'on venait spontanément, quand il n'y avait pas de concurrence, cela existait. Mais aujourd'hui, il faut vraiment réunir toutes les forces. Je pense tout de même qu'un gouvernement, évidemment, n'a pas à se substituer à ce secteur, ce serait absurde, cela n'aurait aucun sens, mais s'il y a une administration qui pousse, c'est une bonne chose. Je ne sais pas ce qu'il sera fait de mes successeurs au Quai d'Orsay, qui d'après ce que j'ai lu dans les journaux, sont nombreux, mais je pense que c'est pas mal, cette alliance, cet alliage. Je prends un exemple : je dirige l'ensemble des ambassadeurs, et pas seulement les ambassadeurs, mais toutes les représentations françaises à l'étranger. Et les touristes, ils viennent quand même en général de l'étranger. Si je demande à mes ambassadeurs, comme je l'ai fait : Mesdames et Messieurs les ambassadeurs, vous êtes les chefs de l'administration française à l'étranger, les préfets, pour ainsi dire, à l'étranger, et je vous demande de vous investir en matière de tourisme - cela a quand même un certain effet. Est-ce que cet effet serait le même si c'était le ministre du tourisme, quel qu'il soit, qui le demande modestement aux ambassadeurs ? Point d'interrogation.

Mais il faut que cette conférence ne réponde pas à tous les sujets, donc, et il est bien qu'elle se termine sur un point d'interrogation. Bonne chance !


Source http://www.diplomatie.gouv.fr, le 22 octobre 2015

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