Interview de M. Jean-Marie Le Guen, secrétaire d'Etat aux relations avec le Parlement, à RTL le 23 octobre 2015, sur le refus de Mme Marine Le Pen, présidente du Front national, de participer à l'émission "Des paroles et des actes" sur France 2 le 22 et le référendum sur l'unité de la gauche aux régionales. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Jean-Marie Le Guen, secrétaire d'Etat aux relations avec le Parlement, à RTL le 23 octobre 2015, sur le refus de Mme Marine Le Pen, présidente du Front national, de participer à l'émission "Des paroles et des actes" sur France 2 le 22 et le référendum sur l'unité de la gauche aux régionales.

Personnalité, fonction : LE GUEN Jean-Marie, MAZEROLLE Olivier.

FRANCE. Secrétaire d'Etat aux relations avec le Parlement;

ti : OLIVIER MAZEROLLE
Bonjour Jean-Marie LE GUEN.

JEAN-MARIE LE GUEN
Bonjour Olivier MAZEROLLE.

OLIVIER MAZEROLLE
Jean-Christophe CAMBADELIS et Nicolas SARKOZY ont effectué une démarche conjointe auprès du CSA pour protester contre l'invitation de Marine LE PEN sur France 2. En ressuscitant l'UMPS, est-ce que la gauche et la droite ont décidé de paver une voie royale pour offrir l'Elysée à Marine LE PEN ?

JEAN-MARIE LE GUEN
Les deux responsables des principaux partis ont protesté contre le fait qu'il leur semblait que, alors que nous sommes en campagne régionales, l'invitation supplémentaire – vous savez, madame LE PEN a été celle qui a été le plus invitée dans cette émission – était quelque chose qui était une iniquité vis-à-vis de l'élection régionale dans le Nord-Pas-de-Calais, dont on connaît l'importance. Ils ont joué leur rôle de responsables de leur formation politique, le CSA a rappelé un certain nombre de règles…

OLIVIER MAZEROLLE
Gentiment. Gentiment.

JEAN-MARIE LE GUEN
Et madame LE PEN en a tiré, encore une fois, une posture, une affaire de cinéma, elle refuse d'accepter que des journalistes organisent les conditions du débat, c'est son problème, mais à chaque fois, avec elle, c'est toujours la polémique, c'est toujours la division, et c'est le cinéma.

OLIVIER MAZEROLLE
Elle n'a pas refusé, elle a dit simplement « moi on me rajoute deux contradicteurs, donc vous choisissez les deux qu'on m'avait prévu auparavant ou ces deux-là, mais pas les quatre. »

JEAN-MARIE LE GUEN
Olivier MAZEROLLE, ce n'est pas moi qui pose les questions ce matin, c'est vous.

OLIVIER MAZEROLLE
Oui.

JEAN-MARIE LE GUEN
Moi je viens dans les médias, c'est les journalistes qui organisent. Alors, si elle ne veut pas y aller c'est son droit, elle n'a d'ailleurs pas à se plaindre de cette émission, elle est la plus invitée.

OLIVIER MAZEROLLE
Et la dénonciation de l'UMPS…

JEAN-MARIE LE GUEN
Donc tout ça c'est du pipeau, c'est du bidon.

OLIVIER MAZEROLLE
Monsieur LE GUEN, la dénonciation de l'UMPS c'est son terrain de prédilection, vous lui donnez l'argument sur un plateau.

JEAN-MARIE LE GUEN
Mais non ce n'est pas son terrain de prédilection, son terrain de prédilection, malheureusement, c'est la manière dont elle joue sur les peurs, réelles.

OLIVIER MAZEROLLE
Les peurs réelles ?

JEAN-MARIE LE GUEN
Les peurs réelles des Français devant des situations où il y a effectivement des problèmes qui sont posés…

OLIVIER MAZEROLLE
Quelles sont ces peurs ?

JEAN-MARIE LE GUEN
Notamment la question des migrants. On est dans le Nord-Pas-de-Calais, il y a la question de Calais. Evidemment, ce qu'elle propose, c'est rien du tout, jamais elle ne résoudra le problème. Il n'empêche que, les gens s'interrogent, qu'ils voient des images à la télévision où il y a une pression migratoire qui s'exerce, et là un certain nombre de réponses de type, j'allais dire de rejet, d'isolement, qui ne sont pas évidemment les bonnes réponses parce que ça ne marchera jamais, eh bien, tout simplement, madame LE PEN joue là-dessus. C'est ça, c'est la vérité. Après…

OLIVIER MAZEROLLE
Tout de même, Jean-Christophe CAMBADELIS et Nicolas SARKOZY se détestent, ils se combattent. Jean-Christophe CAMBADELIS dénonce un bloc réactionnaire dans lequel il englobe le Front national et Les Républicains de Nicolas SARKOZY. Celui-ci, Nicolas SARKOZY, accuse le pouvoir socialiste de conduire la France dans la chienlit. Et ils sont d'accord sur un seul point : abattre Marine LE PEN.

JEAN-MARIE LE GUEN
Non, non, ils sont d'accord sur un seul point, c'est qu'ils estiment – je ne vais pas rentrer, moi, dans la polémique, mais ils estiment que la manière dont FRANCE TELEVISIONS a traité la question était inéquitable et légèrement, comment dirais-je, donnant une part trop grande à madame LE PEN, dont, je le répète, elle est la seule à exiger… Moi, par exemple, j'étais invité chez RUQUIER la semaine dernière, on m'a décommandé parce que le CSA a dit « il y a eu suffisamment de partis représentés à l'Assemblée nationale, donc, Monsieur LE GUEN, vous restez chez vous. » Je reste chez moi, je ne vais pas faire un communiqué en expliquant que c'est moi qui doit imposer ma présence chez monsieur RUQUIER, donc tout ça, si vous voulez, c'est un jeu de madame LE PEN.

OLIVIER MAZEROLLE
Dans le climat actuel de discrédit des partis politiques, qui est considérable, qui croyez-vous que les Français vont croire, Marine LE PEN ou les propos du PS et des Républicains ?

JEAN-MARIE LE GUEN
Je crois que les Français ne sont dupes de rien du tout, voilà. Je pense que les Français sont très intelligents, qu'ils ont aujourd'hui des sentiments de colère, qu'ils ont des inquiétudes, je pense que le rôle des partis politiques c'est de répondre à ces colères et ces inquiétudes, et dans le Nord-Pas-de-Calais…

OLIVIER MAZEROLLE
Mais ils n'y répondent pas.

JEAN-MARIE LE GUEN
Non, vous dites ils n'y répondent pas, chacun, il y a quand même une majorité de Français qui pensent que madame LE PEN tient des propos qui sont des propos extrêmement dangereux pour la République, en l'occurrence pour cette région du Nord-Pas-de-Calais, revenons quand même à un enjeu majeur, puisqu'il paraît, y compris des sondages, la met avec des scores qui sont très importants. Vous savez que, aux difficultés que chacun constate, surtout dans cette région nord-pas-de-Calais, sa venue a serait un désastre. Faire de cette région, nord-pas-de-Calais, qui est au centre de l'Europe, une espèce de fortin, ou soi-disant, eh bien les investissements ne viendront plus, les emplois ne seront pas là, on sera dans la division, dans la polémique, dans l'affrontement permanent, parce que madame LE PEN c'est l'affrontement permanent.

OLIVIER MAZEROLLE
Monsieur LE GUEN, quand vous entendez un président de la République, à savoir François HOLLANDE, qui en gros dit aux Français, « vous savez, en face, là, vous avez un agité qui n'a jamais tenu ses promesses. » Et quand vous entendez Nicolas SARKOZY qui lui, en gros, suggère « vous avez à la tête du pays un nul qui effectivement le plonge dans la chienlit.» Et vous avez Marine LE PEN qui dit « pourquoi voulez-vous essayer ces deux-là, vous savez qu'ils ne sont pas bons, moi j'arrive, et je vais vous proposer quelque chose. » C'est comme ça que ça marche.

JEAN-MARIE LE GUEN
Non, mais ce n'est pas parce qu'on a mal au pied qu'il faut se couper le pied, Monsieur MAZEROLLE.

OLIVIER MAZEROLLE
D'accord, mais n'empêche…

JEAN-MARIE LE GUEN
Ce que propose madame LE PEN c'est évidemment tout ce qu'il y a de plus dangereux pour les Français concernés. Je veux dire, il est évident que ce serait, je l'ai dit, ce serait une rupture économique pour cette région qui serait totalement isolée du reste de l'Europe, alors que sa force c'est d'être au coeur de l'Europe, c'est d'avoir des investissements, tout ça, ça serait terminé avec madame LE PEN. C'est le chaos, ça, vous le savez, et… plus exactement, mon rôle, moi, c'est de le rappeler aux Français.

OLIVIER MAZEROLLE
Le chaos cette semaine, le chaos cette semaine, entre Moirans, les avocats, les gardiens de prison, le droit d'asile, les réfugiés qui sont de plus en plus nombreux à Calais, l'avion, le jet… la semaine a été un catalogue, et alors en plus l'histoire d'hier, c'est un catalogue…

JEAN-MARIE LE GUEN
Mais madame LE PEN ne résoudrait aucun de ces problèmes, et ce n'est pas parce qu'elle arriverait qu'elle ferait disparaître ces problèmes. Mais ce que je veux vous dire, c'est qu'il faut bien accepter que nous soyons dans une situation politique différente aujourd'hui. Il y a trois forces, presque d'égal poids, eh bien il faut accepter cette réalité pour mieux la combattre. Et s'agissant, parce que je vois aussi les sondages, notamment sur la région du nord-pas-de-Calais, je voudrais moi en appeler à la gauche toute entière, il y a une responsabilité historique, donc il faut que la gauche toute entiere, tout le monde sur le pont, unité…

OLIVIER MAZEROLLE
Mais le référendum de Jean-Christophe CAMBADELIS il a fait pschitt…

JEAN-MARIE LE GUEN
Mais non il n'a pas fait pschitt, il a posé la question de l'unité. Et puisque vous m'invitez ce matin, moi je la repose à nouveau. La question de l'unité de la gauche elle est fondamentale, elle est essentielle. Aujourd'hui des choses graves – il ne s'agit pas de savoir si on est un peu plus ceci ou un peu moins cela, il s'agit de savoir sur les éléments fondamentaux, est-ce qu'on est pour le refus de la xénophobie et du racisme, est-ce qu'on est pour la République, est-ce qu'on est pour la défense, y compris lorsqu'il faut le réformer, de notre modèle social. Il ne s'agit pas de savoir s'il faut mettre 5 milliards de plus là ou pas, ou si on doit avoir une attitude plus radicale que tel ou tel. J'en appelle à l'unité de la gauche ce matin, tout le monde sur le pont, il faut véritablement que la situation, au-delà de cet événement hier soir purement médiatique, à auquel je n'attache, pour ma part, pas beaucoup d'importance, je dis simplement la réalité c'est celle que nous donnent les sondages, de la situation politique, il faut sonner la révolte, à gauche, mais ça interpelle aussi la droite. Regardez monsieur BERTRAND, qui ne cesse de perdre des voix, au regard de sa politique…

OLIVIER MAZEROLLE
Et oui, eh bien les électeurs ils ont tendance…

JEAN-MARIE LE GUEN
Je termine d'un mot Olivier MAZEROLLE. BERTRAND, avec sa politique sectaire, avec sa politique où il essaye de suivre madame LE PEN, ne fait que reculer. Est-ce qu'il va se poser des questions, est-ce qu'il va revenir à ce qui est la politique de la droite traditionnelle ?

OLIVIER MAZEROLLE
Pardonnez-moi juste une seconde, si je peux finir avec ma dernière question…

JEAN-MARIE LE GUEN
Je vous en prie, mais c'est moi qui suis invité je vous rappelle.

OLIVIER MAZEROLLE
Les électeurs ont plutôt tendance à vous dire « il y a tellement de gauches qu'on ne sait plus vers laquelle se tourner. »

JEAN-MARIE LE GUEN
De ce point de vue, est-ce que je leur donne tort ? Je dis que les électeurs sont troublés par la division de la gauche, vous avez raison Olivier MAZEROLLE. Aujourd'hui il faut revenir aux fondamentaux, à des choses simples, tout le monde sur le pont, mobilisation, unité, la gauche doit faire son travail, et la droite doit se ressaisir et arrêter d'être séduite par les thèmes du Front national, c'est comme ça qu'elle la combattra au mieux.

OLIVIER MAZEROLLE
Merci Jean-Marie LE GUEN.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 26 octobre 2015

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