Déclaration de M. Bernard Cazeneuve, ministre de l'intérieur, sur la coopération en matière de lutte contre le terrorisme, la crise migratoire et le processus de relocalisation et de réinstallation des réfugiés au titre du droit d'asile, à Beyrouth le 26 octobre 2015. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de M. Bernard Cazeneuve, ministre de l'intérieur, sur la coopération en matière de lutte contre le terrorisme, la crise migratoire et le processus de relocalisation et de réinstallation des réfugiés au titre du droit d'asile, à Beyrouth le 26 octobre 2015.

Personnalité, fonction : CAZENEUVE Bernard.

FRANCE. Ministre de l'intérieur

Circonstances : Voyage du ministre de l'Intérieur au Liban le 26 octobre 2015

ti : Je voudrais tout d'abord remercier le ministre de l'intérieur pour la qualité de l'accueil qui m'a été réservé aujourd'hui à Beyrouth comme pour la qualité de la relation de confiance qui nous unit. Je le remercie, ainsi que le Premier ministre du Liban, pour la qualité d'un échange qui a permis d'aborder bien des sujets d'intérêt commun : la lutte contre le terrorisme, la coopération en matière de sécurité. Je peux dire ici à Beyrouth que nos deux pays ont une coopération en matière de sécurité absolument exemplaire, faite d'un haut niveau de confiance et qui nous conduit à agir efficacement face à ceux qui s'en prennent à nos pays en s'en prenant à nos valeurs de tolérance, de liberté et de démocratie.

Nous avons également échangé sur la situation dans la région. Nous avons été amenés à évoquer ensemble la situation particulière à laquelle le Liban se trouve confronté en raison du flux de réfugiés qu'il lui faut accueillir ; situation à laquelle l'Europe est également confrontée : depuis début 2015, 700 000 réfugiés ? dont beaucoup sont de Syrie, d'Irak, d'Erythrée ? ont franchi les frontières extérieures de l'UE pour demander l'asile en Europe. Je suis venu réaffirmer la solidarité qui unit la France et le Liban face à cette crise migratoire, même si les réalités sont très différentes dans nos deux pays puisque le Liban accueille 1,2 millions de réfugiés.

La France, pour manifester sa solidarité, a indiqué par la voix du président de la République, à l'occasion de l'Assemblée générale des Nations unies, qu'elle entendait consacrer, sur deux ans, 100 millions d'euros pour aider les communautés d'accueil et les ONG à apporter une aide, aux meilleurs standards, aux réfugiés en situation de détresse. Je dois d'ailleurs dire que le niveau de mobilisation que j'ai constaté de la part de l'administration libanaise, des ministères libanais, dans la plaine de la Békaa ce matin est absolument exemplaire. J'ai également indiqué que sur ces 100 millions d'euros, la France en consacrera 40 ? c'est-à-dire presque la moitié ? pour le Liban. C'est une manière pour nous de dire que nous sommes ensemble dans cette épreuve et, aussi, de dire la conscience que nous avons de la situation dans laquelle se trouve les ONG et les réfugiés qui doivent bénéficier d'un concours de toute la communauté internationale. La France y prend, bien entendu, sa part.

Je vais également indiquer que dans le cadre du processus de relocalisation et de réinstallation auquel la France a donné son accord et duquel elle a même été l'un des concepteurs, la France accueillera, comme l'a indiqué le président de la République, au cours des deux prochaines années, 30 000 réfugiés qui, pour beaucoup d'entre eux, seront en provenance de la région. Ces 30 000 réfugiés seront accueillis au titre du processus de relocalisation qui va conduire les différents pays de l'UE à participer à l'accueil des réfugiés qui auront franchi les frontières extérieures de l'UE au cours des derniers mois. Ce processus de relocalisation se fera à partir des «hot spots» en Grèce et en Italie. Et puis, dans le cadre du processus de réinstallation qui concerne 20 000 personnes, la France accueillera près de 3 000 réfugiés ; 2 765 très exactement.

Pour 2016, la France a décidé de consacrer les deux tiers des efforts qu'elle fera au titre du processus de réinstallation en faveur de la réinstallation des réfugiés qui sont dans les camps au Liban. Ce qui nous conduira, en 2016, à doubler, pour le porter à 1000 ? c'est une contribution symbolique dans le cadre de ce que nous faisons globalement en faveur des réfugiés et qui témoigne de notre solidarité avec le Liban dans le cadre de nos engagements ? le nombre de ceux que nous accueillerons à partir de camps au Liban en 2016.

Cette journée de travail, ici au Liban, qui en appelle d'autres ? nous nous reverrons sans doute dans les prochaines semaines compte tenu de la situation ? témoigne du haut niveau de confiance qui existe entre nos deux pays, de la grande qualité de nos relations bilatérales et témoigne aussi de la qualité de l'amitié entre la France et le Liban.


Q - Vu les actes terroristes dans la région, est-ce que la France a des craintes spéciales concernant la sécurité au Liban ?

R - La France et le Liban, je l'ai dit à l'instant, sont très déterminés à agir ensemble contre le terrorisme. Il y a, en France, un niveau de menace élevé et il y a des terroristes dont on connait l'action dans la région. Il n'y a qu'un seul mot, un seul objectif, c'est la fermeté et la détermination pour lutter contre ces groupes terroristes. La France a pris de nombreuses dispositions législatives pour ce faire : elle a augmenté les effectifs et les moyens de ses FSI après des décisions prises sur la base de mes propositions par le président de la République et le Premier ministre. Nous continuerons à agir avec une détermination absolue contre le terrorisme.

Nous sommes dans une coopération, avec le gouvernement libanais, destinée à nous permettre d'être ensemble encore plus efficaces. Les terroristes agissent en Irak, en Syrie. Ce sont parfois des ressortissants des pays européens qui reviennent en Europe après avoir transité dans un certain nombre de pays. Donc, la coopération entre les services de renseignements est déterminante pour être plus efficace. La menace terroriste est partout élevée. C'est parce qu'elle est éleve que nous devons prendre le maximum de précautions et agir avec la plus grande détermination pour y faire face. Dans ma responsabilité en tant que ministre de l'intérieur, il n'y a, encore une fois, qu'un mot d'ordre : fermeté et détermination et, dans les relations avec les pays amis, coopération pour être efficace.

Q - Est-ce que vous allez prendre en considération des critères confessionnels ou autres dans votre sélection ? Deuxièmement, malgré les chiffres avancés, vous êtes toujours loin du quota approuvé par l'UE.

R - D'abord, je corrige une erreur dans votre question. Nous ne sommes pas loin du quota défini par l'UE puisque nous prenons, sur la base des critères définis par l'UE, notre part du processus de relocalisation et de réinstallation. La France a été à l'origine des initiatives prises par l'Union européenne en matière de relocalisation et de réinstallation. Elle en a conçu le principe, elle a participé à la définition des critères. Elle a pris, sans jamais négocier, sa part de ce processus de relocalisation et de réinstallation, pour des raisons qui correspondent à ses conceptions et aussi à la volonté qui a toujours été celle de la France d'assurer le meilleur niveau de protection à ceux qui sont persécutés dans leur pays en raison de leur appartenance religieuse ou politique.

Deuxièmement, est-ce que nous allons distinguer entre les confessions ? Non ! Lorsque l'on est persécuté, on a le droit à la protection et lorsque l'on regarde quelles sont les victimes de Daech dans les pays où Daech exécute, persécute et décapite, on constate qu'il y a des minorités, des chrétiens, des musulmans, des yézidis et ils relèvent tous de la protection. Même si nous ne pouvons pas accueillir tous les réfugiés, pour des raisons qui tiennent au fait que nous voulons les accueillir le mieux possible et qu'il faut qu'il y ait une soutenabilité dans ce que nous faisons, nous ne distinguerons pas parmi les réfugiés entre les uns et les autres en fonction de leur religion ou autre.

Q - Le Liban et la France sont tous deux confrontés à cette crise de migrants ainsi qu'au terrorisme. N'est-il pas bon de mettre en place une structure, une plateforme entre le Liban et l'Europe pour contre le terrorisme et la crise des migrants ?

R - Merci Madame pour votre question qui correspond, vous l'imaginez bien, aux préoccupations qui ont été celles de nos échanges. Il n'y a pas de plateforme parce qu'il y a une action quotidienne. Tous les jours, nos administrations et nos services se parlent. Tous les jours, notre ambassade agit dans la relation avec le gouvernement libanais et il en est de même à Paris. La France et le Liban, nous ne sommes pas deux pays comme les autres, il y a une relation très ancienne qui nous unit les uns aux autres, qui nous conduit à ne pas avoir besoin de formaliser les choses pour nous parler. Cela fait partie de notre relation naturelle.

En revanche, et je vous le redis après l'avoir exprimé ici et tout au long de la journée, nous devons, face au terrorisme, avoir un très haut niveau de précaution et cela signifie un très haut niveau de coopération. Cela signifie, pour moi aussi, un très haut niveau de fermeté et de détermination. On ne combat pas le terrorisme ? on dit souvent cette expression en France ? avec la main qui tremble. On combat le terrorisme avec la coopération, la fermeté, la détermination, la confiance entre nos deux pays qui, depuis longtemps, travaillent ensemble et ont entre eux un haut niveau de connivence et de confiance.

Donc, mettre en place une plateforme pour travailler signifierait que nous ne le faisons pas au quotidien ; or, nous le faisons de façon opiniâtre, déterminée et, je crois pouvoir le dire, efficace, compte tenu de ce que nous avons déjà réussi à faire ensemble en matière de lutte contre le terrorisme.

Pour ce qui concerne les questions migratoires, vous avez raison de dire qu'il s'agit d'un problème mondial. On a souvent tendance à considérer que chaque pays est comptable, seul, de la situation migratoire sur son sol, mais il s'agit d'un problème qui a une dimension internationale. Ce problème résulte des désordres du monde et de la persécution d'un certain nombre de victimes, les conduisant à prendre le chemin de l'exode. Il n'y a pas d'efficacité à ce que nous ferons, en termes de maîtrise de la situation migratoire, s'il n'y a pas une vision mondiale, européenne, s'il n'y pas des coopérations qui se nouent, s'il n'y a pas des politiques de co-développement qui s'initient, s'il n'y a pas des moyens qui sont mis par les différents pays concernés pour faire en sorte, par exemple, que les moyens du HCR soient rehaussés de manière à ce que celui-ci puisse apporter le niveau d'aides humanitaires attendu. Par conséquent, nous avons besoin, sur ces questions, d'être dans une coopération permanente et d'avoir une vision qui soit à la hauteur de l'enjeu, c'est-à-dire qui ne soit pas racornie, qui ne soit pas rétrécissante et qui prenne bien en compte ce qu'est la dimension des problèmes du monde tels qu'ils se présentent à nous. Je vous remercie.


Source http://www.diplomatie.gouv.fr, le 29 octobre 2015

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