Interview de M. Stéphane le Foll, ministre de l'agriculture, de l'agroalimentaire et de la forêt, porte-parole du gouvernement, à "RTL" le 28 octobre 2015, sur l'affaire "Air cocaïne", sur les difficultés des éleveurs français. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Stéphane le Foll, ministre de l'agriculture, de l'agroalimentaire et de la forêt, porte-parole du gouvernement, à "RTL" le 28 octobre 2015, sur l'affaire "Air cocaïne", sur les difficultés des éleveurs français.

Personnalité, fonction : LE FOLL Stéphane, MAZEROLLE Olivier.

FRANCE. Ministre de l'agriculture, de l'agroalimentaire et de la forêt, porte-parole du gouvernement;

ti : OLIVIER MAZEROLLE
Bonjour Stéphane LE FOLL.

STEPHANE LE FOLL
Bonjour.

OLIVIER MAZEROLLE
Porte-parole, d'abord, du gouvernement. La France est-elle impliquée dans la fuite des deux pilotes de l'affaire « Air cocaïne », et la France est-elle prête à exécuter le mandat d'arrêt international que va lancer Saint-Domingue ?

STEPHANE LE FOLL
Un, les autorités françaises et la France n'ont rien à voir avec ce qui s'est passé et cette histoire des deux pilotes. Ensuite, la France a des responsabilités, son consulat, sur place, devra épauler et soutenir nos deux concitoyens qui sont restés.

OLIVIER MAZEROLLE
C'est pas facile, hein.

STEPHANE LE FOLL
Trois, la France appliquera les règles de droit, nous n'extradons pas des citoyens français lorsqu'ils sont sur notre sol. Trois règles, trois principes, trois vérités.

OLIVIER MAZEROLLE
Est-ce qu'on peut les arrêter, s'il y a un mandat d'arrêt international, les mettre en prison ?

STEPHANE LE FOLL
Il y a une procédure judiciaire qui est de toute façon en cours, suite à ce qui s'est passé à Saint-Domingue, donc la justice fera son travail.

OLIVIER MAZEROLLE
Est-ce que cette affaire affaiblit la position de la France, précisément, quand elle doit défendre ses ressortissants, qui sont impliqués dans des affaires judiciaires, je pense par exemple à Serge ATLAOUI, qui est toujours condamné à mort et menacé d'une exécution en Indonésie ?

STEPHANE LE FOLL
La France défend partout les droits et ses concitoyens, elle est là, partout dans tous les pays du monde, avec ses consulats, pour apporter le soutien juridique et nécessaire aussi, psychologique, et soutien à tous nos concitoyens qui peuvent être confrontés à des difficultés, voire à la justice d'un certain nombre de pays. Donc ça, c'est la règle partout, et elle ne changera pas. Elle ne changera pas. C'est pas parce qu'il s'est passé ce qui s'est passé, que la France aurait, à partir de là, à modifier en quoi que ce soit, ce qui est sa règle ou ce qui s'est passé aurait à changer l'image de la France, quand même, il ne faut pas exagérer, on est un grand pays, on respecte le droit, on respecte l'ensemble des pays du monde, on souhaite être respecté, mais enfin, ce n'est pas parce qu'il s'est passé ce qui s'est passé, qu'on va se mettre, ni à assumer des choses qui ne sont pas de la responsabilité de la France, la responsabilité est engagée pour ceux qui ont fait ce qu'ils ont fait, mais je le répète, ça ne change rien. Rien.

OLIVIER MAZEROLLE
Ministre de l'Agriculture, maintenant, 25 000 éleveurs français sont en difficultés, plusieurs centaines sont au bord de la faillite, en juin un accord éleveurs, industriels et grande distribution avait fixé un objectif à atteindre, un prix de 4,50 € le kilo pour les éleveurs, on était à 3,65 €. La réunion que vous avez tenue hier soir, entre toutes ces personnes, va améliorer les choses ?

STEPHANE LE FOLL
La réunion que j'ai tenue hier soir, ce n'est pas la première et ce n'est pas la dernière. Elle vise à tenir des engagements, qui avaient été pris, vous l'avez rappelé, le 17 juin, dans un moment où on vit une crise profonde, c'est-à-dire une baisse des prix, ça vaut pour le lait, ça vaut pour le porc, et ça vaut aussi pour la viande bovine. Elle cherche à faire en sorte que les acteurs d'une filière, producteurs, transformateurs et distributeurs, aient le sens de la responsabilité, pour permettre de passer, c'est ce que j'ai dit, des moments difficiles. Aujourd'hui, dans les cellules d'urgence, dans tous les départements français, on doit être autour de 22, 23 000, 25 000 dossiers déposés.

OLIVIER MAZEROLLE
Il y a 10 % des élevages.

STEPHANE LE FOLL
Oui, c'est ce que j'avais plus ou moins anticipé il y a cinq, six mois, mais donc maintenant on traite ces dossiers, on va apporter des aides, mais là on gère et on essaie de gérer un marché et de soutenir des prix.

OLIVIER MAZEROLLE
Mais alors, c'est bien d'aider, mais il y a peut-être aussi à trouver, si c'est possible, une solution définitive. Et les éleveurs disent : il y en a un qui bloque tout, c'est un monsieur qui ne vient jamais, le patron du groupe BIGARD CHARAL, qui ne vient pas aux réunions, qui fixe lui-même ses prix, puisqu'il détient 40 % du marché, et il parait que vous allez le recevoir séparément. Il s'est abstenu de venir hier soir, vous allez le recevoir séparément. Pourquoi, il bénéficie d'un traitement de faveur ?

STEPHANE LE FOLL
Il ne bénéficie pas d'un traitement de faveur, il a, ça a été rappelé, vous l'avez dit, il détient 40 % du marché de la viande aujourd'hui. Il est présent aussi dans le marché du porc, et avec un autre opérateur, ils ont été aussi des acteurs désagréables de la situation de remise en cause de ce qu'avait été l'accord sur la revalorisation du prix du porc. Donc je connais parfaitement monsieur BIGARD. Il n'était pas là hier, il a pris des positions dans le cadre de l'interprofession, parce que, pour rentrer dans les détails, on va continuer à travailler sur les questions de contractualisation, on va changer les procédures de cotations, on va essayer d'organiser la vente de la viande en France, avec des objectifs qualitatifs…

OLIVIER MAZEROLLE
Ah oui, mais pourquoi il ne vient pas ? Il détient 40 % du marché !

STEPHANE LE FOLL
Il a jusqu'ici considéré que ce n'était pas collectivement qu'il fallait négocier tout ça, que lui il était capable de négocier tout seul.

OLIVIER MAZEROLLE
Et alors, et donc lui, il vient tout seul vous voir.

STEPHANE LE FOLL
Donc je vais lui rappeler que l'intérêt d'une grande entreprise comme BIGARD, bien sûr que c'est une grande entreprise, ne peut pas se confondre avec l'intérêt de la filière. Et lorsqu'on gère l'intérêt de l'ensemble de la filière, on traitera aussi les intérêts des différentes entreprises, mais on ne peut pas inverser la logique. C'est l'intérêt de la filière, et ça, ça nécessite une négociation collective.

OLIVIER MAZEROLLE
Alors, en tout cas, les éleveurs, ils commencent à en avoir ras-le-bol…

STEPHANE LE FOLL
Oui, je sais.

OLIVIER MAZEROLLE
Ils disent : « Si ça continue comme ça, on va aller nous-mêmes retirer les produits BIGARD CHARAL des rayons des supermarchés.

STEPHANE LE FOLL
J'ai entendu Jean-Pierre FLEURY, hier, le dire, il faut toujours faire attention à tout ça, parce que c'est toujours compliqué, ensuite, et ça peut avoir des conséquences en termes de dérapages, il faut faire toujours attention. Moi j'essaie…

OLIVIER MAZEROLLE
Ben oui, ils disent : on va crever. Ils disent : on va crever, alors on n'a plus rien à perdre.

STEPHANE LE FOLL
Je connais la difficulté et je mesure la difficulté de l'élevage, je l'ai dit hier. L'élevage bovin a toujours été celui qui, en termes de revenus agricoles, a le plus bas des revenus. Donc, on ne peut pas me dire, pour certains, oui mais c'est une crise, simplement ça va passer. Non, ça fait très longtemps que ça dure…

OLIVIER MAZEROLLE
Mais alors, quelle est la solution ?

STEPHANE LE FOLL
La solution c'est passer la crise et faire en sorte qu'on maintienne un niveau de prix qui évite justement qu'on bascule du côté de la fin d'un certain nombre d'exploitations. Et la deuxième, c'est changer les règles de fonctionnement de cette filière, pour faire en sorte que…

OLIVIER MAZEROLLE
Mais c'est long pour y parvenir.

STEPHANE LE FOLL
Mais bien sûr que c'est long ! Mais monsieur MAZEROLLE, tout le monde vient tous les jours me demander de résoudre des problèmes en trois jours. Moi je…

OLIVIER MAZEROLLE
Oui mais…

STEPHANE LE FOLL
Attendez attendez attendez…

OLIVIER MAZEROLLE
Parce qu'un jour ils vont venir tout casser, et on va dire : ah ben là on va trouver la solution miracle en trois jours.

STEPHANE LE FOLL
Mais j'essaie… Mais il y a déjà eu des manifestations, monsieur MAZEROLLE, il y en a eu, on a pris une décision sur un plan de soutien, mais je sais aussi que pour donner de la perspective à des filières, c'est pas simplement par le traitement conjoncturel des choses qu'on va réussir, il faut qu'on se réorganise, c'est pour ça qu'on a des tables rondes. Certains disent : « Le ministre, il réunit tout le monde autour de la table ronde », oui mais moi j'ai besoin de changer les règles.

OLIVIER MAZEROLLE
Monsieur le ministre on parle beaucoup…

STEPHANE LE FOLL
Pour changer ces règles, je ne vais pas y arriver en quelques semaines, même quelques mois.

OLIVIER MAZEROLLE
Monsieur le Ministre, il est beaucoup d'identité de la France, en ce moment, eh bien l'élevage ça fait partie du patrimoine culturel français.

STEPHANE LE FOLL
Oui, absolument.

OLIVIER MAZEROLLE
Quand nous, les gens des villes, on va à la campagne, on est content de voir des fermes et des animaux dans les prés. L'élevage c'est un territoire qui est vivant, qui n'est pas laissé à l'abandon. On va laisser mourir ça ? Parce que je vois bien, vous voulez les aider, mais après vous êtes obligé de ruser, parce qu'il y a les contraintes européennes.

STEPHANE LE FOLL
Où vous êtes né, monsieur MAZEROLLE ? D'où vous venez ?

OLIVIER MAZEROLLE
Moi ?

STEPHANE LE FOLL
Vous savez d'où je viens, moi ?

OLIVIER MAZEROLLE
Ah ben je sais, de la campagne, plus que moi, oui.

STEPHANE LE FOLL
Oui … Donc La question des paysages, des animaux, des poules, des poulets, des dindons, des canards, tout ce que vous voulez, on peut en parler, je suis du monde rural. Donc ne me faites pas…

OLIVIER MAZEROLLE
J'entends les éleveurs, moi, c'est tout.

STEPHANE LE FOLL
J'entends les éleveurs, moi aussi je les entends. Ne croyez pas que je suis complètement sourd, et si depuis six mois j'ai été, et tout l'été sur le pont, c'est bien parce que j'essaie de trouver des solutions. Ce que je vous dis, simplement, c'est qu'on peut me demander de faire des choses et de régler les problèmes en claquant des doigts, je vous dis : malheureusement j'ai besoin et de temps, et de négociations, parce que dans une filière économique…

OLIVIER MAZEROLLE
Et pendant ce temps-là, ils crèvent.

STEPHANE LE FOLL
Dans une filière économique, il y a des acteurs économiques, et eux ils existaient avant que j'arrive, et ils existeront après que je sois ministre de l'Agriculture. Donc je suis obligé de traiter tout le monde, mais je veux qu'on s'en sorte, et pour ce qui est de l'identité de l'élevage français, moi j'ai mis en place avec INTERBEV, la viande de France, qui aujourd'hui est en train de se développer, avec un logo qui permet la traçabilité, et qui fait que les consommateurs qui veulent participer aussi à l'aide à l'élevage, eh bien ont toutes capacités de choisir des produits sur lesquels il y a ce logo, cet hexagone, avec ou un porc, ou une tête de veau, de vache ou autres animaux, pour acheter de la viande de France, la viande de France, celle qui, comme vous l'avez si bien dit monsieur MAZEROLLE et d'une manière très poétique, fait nos paysages, nos territoires, l'image que nous avons de notre grand et beau pays.

OLIVIER MAZEROLLE
Bon, il parait que le lundi matin vous animez une cellule…

STEPHANE LE FOLL
Ah oui oui, j'ai lu ça.

OLIVIER MAZEROLLE
… destinée à faire réélire François HOLLANDE, tous les lundis matin on ne peut pas vous inviter.

STEPHANE LE FOLL
Voilà. Donc le lundi matin, oui, j'ai appris que j'étais au 2 rue de l'Elysée.

YVES CALVI
Donc, c'est faux ?

STEPHANE LE FOLL
Eh bien j'ai appris que le 2 rue de l'Elysée, c'était la cantine de l'Elysée. Je vous demande de vérifier, parce que…

OLIVIER MAZEROLLE
Eh bien, est-ce qu'on mange de la viande de France ?

YVES CALVI
Vous y êtes plus souvent que nous, donc…

STEPHANE LE FOLL
Mais voilà, oui, mais quand j'y vais à l'Elysée, je sais où je vais, c'est directement par la grande porte, et je travers la cour. Alors il m'arrive de rencontrer, bien sûr, le président de la République, mais j'apprends toujours des choses assez intéressantes dans les journaux.

YVES CALVI
Et donc cette cellule n'existe pas, nous dites-vous.

STEPHANE LE FOLL
Non, bien sûr, en tout cas…

YVES CALVI
Elle n'existe pas.

STEPHANE LE FOLL
… pour ce qui me concerne, me dire que tous les matins, à 10, c'est ça, je pilote une cellule, je vous le dis tout de suite, le 2 de l'Elysée, c'est la cantine, et le lundi matin, je ne suis pas à l'Elysée.

YVES CALVI
J'ai bien compris.

OLIVIER MAZEROLLE
Allez, on va vous retrouver avec les auditeurs tout à l'heure.

STEPHANE LE FOLL
Et j'adore manger. Et je mange de la viande, et je le dis à tous les auditeurs !

YVES CALVI
Alors, vous l'avez compris…

STEPHANE LE FOLL
Voilà, j'arrête là.

YVES CALVI
Notre charcuterie qualifiée de cancérogène par l'OMS, l'élevage et le rôle de BIGARD dans tout ça, la bactérie de l'olivier qui inquiétaient aussi ce matin, certains de nos auditeurs, vous n'hésitez pas à nous appeler au 32 10, au 64 900 code matin, pour interroger le ministre qui reste avec nous, on le retrouve à 08h15. Merci beaucoup à tous les deux


source : Service d'information du Gouvernement, le 29 octobre 2015

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