Interview de M. Manuel Valls, Premier ministre, à RTL le 16 novembre 2015, sur la proclamation de l'état d'urgence à la suite des attentats perpétrés à Paris et en Seine-Saint-Denis le 13 novembre et l'appel à l'unité nationale pour faire "vivre les valeurs de la République". | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Manuel Valls, Premier ministre, à RTL le 16 novembre 2015, sur la proclamation de l'état d'urgence à la suite des attentats perpétrés à Paris et en Seine-Saint-Denis le 13 novembre et l'appel à l'unité nationale pour faire "vivre les valeurs de la République".

Personnalité, fonction : VALLS Manuel, MAZEROLLE Olivier, CALVI Yves .

FRANCE. Premier ministre; ;

ti : YVES CALVI
Le Premier ministre Manuel VALLS, invité exceptionnel de notre matinale, il répondra à vos questions, je vous le rappelle, à partir de 08h10. Olivier MAZEROLLE, c'est à vous.

OLIVIER MAZEROLLE
Bonjour Manuel VALLS.

MANUEL VALLS
Bonjour Olivier MAZEROLLE.

OLIVIER MAZEROLLE
La France est en deuil, j'ai envie de dire d'ailleurs, le monde est en deuil. Beaucoup des victimes n'ont pas encore été identifiées, il y aura à midi, dans toute la France, une minute de silence. Mais la France est toujours en état d'alerte maximum. Vous redoutez qu'il y ait encore un autre attentat ?

MANUEL VALLS
Vous avez raison de souligner que la France est en deuil et que nous devons aujourd'hui, demain, longtemps, penser aux victimes, à leurs proches, à leur famille, qui vivent des moments effrayants. Les Français vont se recueillir, dans toutes les capitales européennes aussi, chacun pourra se recueillir. Et le monde – vous l'avez dit, les uns et les autres, depuis vendredi soir – se reconnaît une nouvelle fois dans la France, on chante la Marseillaise dans les stades, dans les spectacles. Des monuments dans le monde entier portent nos couleurs tricolores, parce que les terroristes, une nouvelle fois, ont voulu s'attaquer à la France, au peuple français, à la jeunesse, beaucoup de jeunes sont morts ; on parle, assez justement, au fond, d'une génération Bataclan, oui, on s'est attaqué à la France parce que c'est un peuple libre, et qui parle au monde à travers ses valeurs universelles. Mais la vérité et la lucidité nous obligent à dire – nous le disons, je le dis depuis des mois – que nous sommes en guerre face au terrorisme, et que le terrorisme peut frapper, a frappé, même si nous avons évité de nombreux attentats, peut frapper, et peut frapper de nouveau…

OLIVIER MAZEROLLE
Ces jours-ci ?

MANUEL VALLS
Ces jours-ci, dans les jours qui viennent, dans les semaines qui viennent, je ne dis pas cela pour faire peur, mais pour que chacun soit pleinement conscient aujourd'hui, les Français reprennent le travail après ces jours terribles, les enfants retournent à l'école, la vie doit reprendre, bien évidemment, mais nous vivons et nous allons vivre longtemps avec cette menace terroriste et avec sans doute – il faut s'y préparer – de nouvelles répliques.

OLIVIER MAZEROLLE
Cette nuit, des opérations très importantes ont été menées dans plusieurs villes de France, des perquisitions parfois de façon très vigoureuse, puisque les policiers ont parfois enfoncé les portes à coup de béliers, les portes des appartements. Qui était visé par cette grande opération ?

MANUEL VALLS
Nous utilisons les possibilités que nous donne l'état d'urgence, c'est-à-dire des perquisitions administratives 24h sur 24, et cela permet à nos services de police et de gendarmerie d'interpeller tous ceux et toutes celles qui sont dans la mouvance radicalisée et dans la mouvance djihadiste. Nous montrons ainsi, mais c'est le cas déjà depuis des mois, notre volonté, non seulement de combattre le terrorisme, mais tous ceux qui sont en lien avec le terrorisme, l'islamisme radical, des groupes salafistes, tous ceux qui prônent la haine de la République.

OLIVIER MAZEROLLE
Est-ce que ça veut dire que ceux qui sont fichés S, qu'on retrouve régulièrement parmi les terroristes, vont être traités différemment désormais ? Nicolas SARKOZY demande qu'ils soient équipés d'un…

MANUEL VALLS
Bracelet électronique…

OLIVIER MAZEROLLE
D'un bracelet électronique, d'autres demandent qu'ils soient internés.

MANUEL VALLS
Les fiches S sont un outil de surveillance, absolument indispensable pour les services de renseignements, de police, de gendarmerie et de douanes, c'est un dispositif qui existe dans notre pays, qui existe aussi dans d'autres pays. Elles sont créées sans juge, sur une base purement administrative ; il y en a 10.500. Ce qui signifie que certaines d'entre elles peuvent être créées sur la base d'un simple renseignement, non recoupé d'une première suspicion, c'est un élément, c'est un outil de travail pour les services de renseignements. Face à la guerre contre le terrorisme, face à la guerre que nous mène le terrorisme, il ne faut balayer d'emblée aucune réflexion, aucun outil pour protéger les Français. Nous avons déjà des outils par rapport à ceux qui sont sur ce fichier S, puisque je veux rappeler que dans le cadre de la loi sur le renseignement, qui a été adoptée il y a encore quelques jours, et malgré d'ailleurs certaines contestations, nous avons décidé de rendre possible la filature électronique permanente des personnes dont la dangerosité est avérée, et peuvent être contrôlées par un juge. Donc nous allons examiner toutes les possibilités, nous n'écartons aucune solution, le président de la République évoquera l'ensemble de ces sujets cet après-midi, devant le Parlement réuni en congrès.

OLIVIER MAZEROLLE
Ceux qui ont été interpellés cette nuit pourraient être internés ?

MANUEL VALLS
Il ne faut écarter aucune possibilité. Nous agissons avec la volonté de protéger les Français.

OLIVIER MAZEROLLE
Les avions français ont bombardé, de manière intensive, les bases de Daesh à Rakka, que cette organisation présente comme étant sa capitale en Syrie. On connaît le bilan de l'opération ?

MANUEL VALLS
Non, je veux être prudent, la force Chammal a frappé des infrastructures opérationnelles, tenues en effet par Daesh à Rakka, en Syrie. Et les deux objectifs visés par nos frappes ont été détruits, dix avions de chasse ont été engagés, le ministère de la Défense l'a rappelé hier soir. C'est la suite de l'intervention du président de la République, vendredi et samedi, qui a bien indiqué que notre riposte serait à la hauteur de l'attaque que nous avons subie, et cela va se poursuivre. Nous allons agir sur tous les fronts, pour détruire Daesh, sans répit.

OLIVIER MAZEROLLE
Détruire Daesh, Monsieur le Premier ministre, mais on savait que des attentats allaient être commis, d'ailleurs, plusieurs ont été déjoués, d'autres ont été avortés, comme dans le THALYS par exemple. On se demande ce matin pourquoi la réplique impitoyable ou les opérations impitoyables n'ont pas été déclenchées avant.

MANUEL VALLS
Cet attentat a été organisé, pensé, planifié depuis la Syrie, la France est engagée depuis 2014 dans une coalition contre Daesh, dont l'épicentre n'est pas en Syrie seulement, est d'abord – je veux le rappeler – en Irak, et c'est là où se joue beaucoup de l'avenir, puisque c'est en Irak que nous combattons avec d'autres, et bien d'autres, contre Daesh, avec le régime irakien, avec l'Iran, avec les Américains, avec tous ceux qui sont dans cette coalition, pays européens ou pays du Golfe. Et donc cette action, nous la poursuivons. Nous avons décidé, dans une situation que vous savez particulièrement complexe, d'engager nos Mirage et nos Rafale en Syrie. Donc nous allons poursuivre cette action.

OLIVIER MAZEROLLE
C'est vrai, on montre qu'on n'est pas abattu après ces attentats, on montre que la France est vivante, qu'elle n'est pas vacillante, on ne pourrait pas agir avant ?

MANUEL VALLS
Mais la France est souvent à l'avant-garde pour agir contre le terrorisme, Olivier MAZEROLLE, nous l'avons fait au Mali contre ces terroristes qui voulaient s'emparer d'un pays ami, et cela représentait aussi une menace pour nos intérêts, et nous agissons toujours – je veux le rappeler – il y a toujours une menace terroriste au Sahel, et nos troupes sont engagées, et nous agissons pour nous-mêmes, mais aussi souvent pour l'Europe, en Irak et en Syrie, nous sommes engagés contre Daesh. Qui aujourd'hui bombarde Daesh ? Les Russes ? Non. Les Français, les Américains, nous sommes donc pleinement engagés, et le président de la République ne manquera pas de le rappeler cet après-midi, c'est aujourd'hui toute la communauté internationale qui doit se mobiliser contre cette menace terroriste. Puis-je rappeler que Daesh ne menace pas seulement la France, a commis des attentats ces dernières semaines sans doute en Turquie, incontestablement au Liban, chacun sait bien que cet avion de cette compagnie russe qui a été abattu a été revendiqué, cet attentat a été revendiqué par Daesh. Donc cela veut bien dire que chacun doit prendre conscience du danger majeur que représente cette armée terroriste, ça n'est pas un groupe, c'est une armée terroriste, qui s'appuie en plus sur des infrastructures, sur des moyens financiers particulièrement importants.

OLIVIER MAZEROLLE
Philippe CORBE, notre correspondant aux Etats-Unis, nous indique qu'il y a des informations circulant disant que peut-être les Américains avaient été informés que des attentats étaient en préparation contre la France. Est-ce que vous aviez été alertés par les Américains ?

MANUEL VALLS
Mais nous le savons depuis des mois, vous m'avez entendu, Olivier MAZEROLLE, y compris le 13 janvier dernier à l'Assemblée nationale, le président de la République, le ministre de l'Intérieur, Bernard CAZENEUVE, moi-même, alertons, agissons surtout pour empêcher ces attentats…

OLIVIER MAZEROLLE
Mais les Américains vous avaient prévenus ou pas ?

MANUEL VALLS
Tous les services d'informations (sic), tous les services de renseignements, pardon, sont coordonnés, et cela nous permet de déjouer, cinq attentats déjoués depuis cet été, et donc nous savons qu'il y a des opérations qui se préparaient et qui se préparent encore, pas seulement contre la France, mais contre d'autres pays européens, le communiqué de revendication de l'Etat Islamique, de Daesh, de samedi, indique très clairement quelles sont les cibles possibles. Donc les Français qui sont debout, qui font face à cet acte terroriste, à cette barbarie, et encore une fois, je pense aux victimes, et à cette jeunesse, qui a été frappée, doivent rester debout, avec leurs valeurs, avec un Etat de droit qui doit se défendre sur la base de la liberté, de la démocratie, mais doivent savoir aussi que nous allons vivre avec cette menace terroriste. Il y a quelques mois, devant des lycéens en Seine-et-Marne, j'avais dit à cette génération qu'elle devait vivre longtemps avec cette menace terroriste, cela m'avait d'ailleurs été un moment reproché, comme si je voulais faire peur. Non, nous devons vivre, vivre pleinement, vivre, mais vivre avec cette menace terroriste pour la combattre ensemble, parce qu'il faut à la fois des moyens, il faut intervenir sur le terrain national et bien sûr en Syrie et en Irak, comme nous le faisons, mais nous devons aussi nous mobiliser, le peuple français doit plus que jamais se mobiliser et se rassembler contre le terrorisme.

OLIVIER MAZEROLLE
Se mobiliser, mais précisément, depuis la seconde guerre mondiale, la France, et plus généralement, l'Europe, ont été gagnées par le pacifisme, par l'idée que la paix était éternelle, on peut se mobiliser contre la guerre comme ça, subitement, c'est un renversement culturel énorme ?

MANUEL VALLS
C'est très juste ce que vous dites, nous sommes un peuple qui vit en paix, même si dans les années 80 notamment, nous avons connu sur notre sol des actes terroristes qui ont tué, depuis la guerre d'Algérie, nous n'avons pas connu au fond ce qu'est la guerre, même si nous nous sommes engagés, et que nous avons perdu des hommes sur différents terrains, en Irak ou en Afghanistan ou au Mali, aujourd'hui, nous intervenons en Centrafrique…

OLIVIER MAZEROLLE
Ça paraissait extérieur pour beaucoup de Français…

MANUEL VALLS
Bien sûr, et maintenant, on voit bien quelles sont les conséquences de cette guerre. Daesh ne peut pas gagner cette guerre contre nous. Mais cette organisation terroriste cherche à nous affaiblir, à nous diviser, à faire en sorte que les Français se retournent les uns contre les autres. Donc cet état de guerre, cet acte de guerre, cet état de guerre, cette nouvelle guerre, car elle est évidemment différente, ça n'est pas en France une guerre conventionnelle, nous oblige à des moyens, à une attitude, à une hauteur de vue, à une mobilisation…

OLIVIER MAZEROLLE
A une participation de la population ? Il faut prévenir, il faut…

MANUEL VALLS
A une très grande vigilance, à une très grande maîtrise, à du sang-froid et je profite d'ailleurs de ce micro pour alerter mes compatriotes : attention à un certain nombre de rassemblements, nous l'avons vu hier devant le Bataclan, à Paris, place de la République également, comment des mouvements de panique peuvent représenter un danger pour la population sur la base…

OLIVIER MAZEROLLE
C'est l'envie de manifester une unité ?

MANUEL VALLS
Elle est normale, cette unité doit se rassembler, et aujourd'hui, les Français vont se recueillir, mais j'invite chacun à la maîtrise, à la prudence, et à la vigilance. Oui, le comportement de chacun va se modifier par rapport à cette menace terroriste.

OLIVIER MAZEROLLE
Mais les kamikazes identifiés, les trois, sont Français, éduqués en France. En juin dernier, dans le rapport qu'il vous a remis, Malek BOUTIH, député socialiste, dénonçait la République momifiée, l'envie dans plusieurs villes et quartiers d'éviter les incidents, donc de fermer les yeux sur les activités salafistes, il n'y a pas quelque chose à faire à la base, à la source ?

MANUEL VALLS
Tout le diagnostic que nous avons porté au mois de janvier, et je m'en suis fait, avec d'autres bien sûr, le porte-voix à l‘Assemblée nationale, la menace que représente l'islamisme radical, le rôle des Frères musulmans, le salafisme, ce que Malek BOUTIH a dit, je crois que je l'ai dit sur ce même micro très justement, sur les fractures, les violences, la radialisation d'une partie de notre jeunesse, ces analyses elles sont toujours justes, les réponses nous les apportons : la lutte contre l'apartheid social, le rôle de l'école, le rôle des familles…

OLIVIER MAZEROLLE
Pardon !

MANUEL VALLS
Mais, Olivier MAZEROLLE…

OLIVIER MAZEROLLE
Pardon ! Est-ce qu'on les apporte vraiment ? Je voudrais vous parler simplement de l'expérience que vivent beaucoup de professeurs de lycées professionnels qui m'ont raconté, ils m'ont dit : « mais qu'est-ce que vous voulez que l'on fasse ? Il y a des salafistes qui vont frapper aux portes des appartements, qui vont dire : « on a vu ta fille qui fait ceci, on a vu ton fils qui faisait cela »…

YVES CALVI
Et nous avons un auditeur qui vient de nous appeler pour nous dire qu'il avait deux élèves fichés qu'il allait retrouver ce matin dans sa classe.

OLIVIER MAZEROLLE
Voilà ! Et Michel SERFATI, le rabbin de Ris-Orangis – que vous connaissez bien et qui va souvent dans les quartiers – me disait : « mais les difficultés que j'ai ce n'est pas de rencontrer ces jeunes, c'est simplement l'obstacle que dressent des élus locaux, des représentants de l'Etat qui ont peur des incidents.

YVES CALVI
Avant que vous répondiez, Monsieur le Premier ministre, je pense qu'il est important que vous entendiez Eric qui vient de nous appeler à ce sujet. Eric !

ERIC, AUDITEUR
Oui, bonjour Monsieur.

YVES CALVI
Manuel VALLS vous écoute, dites-nous-en quelques mots.

ERIC
Bonjour Monsieur le Ministre.

MANUEL VALLS
Bonjour Eric.

ERIC
Voilà je vous contacte parce que j'ai réagi hier donc sur RTL suite aux évènements, donc je suis enseignant et je vous avoue que là ce matin j'ai une appréhension de prendre le travail parce que nous avons appris que des élèves faisaient l'objet d'une enquête R.G, donc ce matin je me demande comment je vais réagir en fait devant ces jeunes si jamais ils dérapent ?

OLIVIER MAZEROLLE
Mais est-ce qu'il ne faut pas agir à la base ? Vous dites : « la mobilisation des Français oui » mais est-ce que tous les services, les représentants de l'Etat, les élus locaux sont mobilisés pour aller à la racine ?

YVES CALVI
Et Manuel VALLS vous répond, Eric.

MANUEL VALLS
Olivier MAZEROLLE, les attentats ont eu lieu vendredi, il y a aujourd'hui des familles qui n'ont pas encore de nouvelles de leurs proches, des corps qui n'ont pas identifiés, l'enquête est en cours, l'émotion est immense, les Français ont peur et en même temps font face. Nous avons apporté encore une fois depuis des mois le diagnostic sur l'état de la société française et je l'ai fait toujours depuis des années, parce que je suis l'élu de ces quartiers populaires, j'ai toujours manifesté la plus grande détermination pour que non seulement on fasse vivre les valeurs de la République – mais pas de manière désincarnée – mais pour combattre tous ceux qui s'en prennent à nos valeurs, cet islamisme radical qui existe dans nos quartiers, cette jeunesse une partie d'entre elle qui a basculé et qui peut être à l'origine ou au coeur de ces attentats qui ont tué des jeunes, qui ont frappé nos enfants, une jeunesse libre qui aime la vie active, qui aime flirter, qui faisait la fête, qui se retrouvait dans un moment de bonheur sur des terrasses de Paris ou au Bataclan et ça s'est terminé dans l'horreur. Donc tout ce que nous avons dit sur la lutte contre non seulement l'apartheid, le rôle de l'école, la radicalisation, la lutte contre l'islamisme radical, tout cela reste profondément d'actualité, mais la vérité – parce qu'il faut de la vérité Olivier MAZEROLLE – c'est que cela va mettre du temps, c'est un engagement massif de l'Etat et de la société.…

OLIVIER MAZEROLLE
Et ce professeur qui retrouve ce matin des élèves fichés ?

MANUEL VALLS
Non ! J'ai bien entendu ce professeur, il dit : « il y a des élèves qui seraient fichés par les Renseignements Généraux, en tout cas par nos services de renseignements, je ne peux pas répondre sur une information que je n'ai pas. Mais c'est vrai – et vous l'avez rappelé tout à l'heure – qu'il y a dans notre pays une partie des jeunes qui se sont radicalisés, entre ceux qui étaient dans un parcours de délinquance qui se radicalisent, qui peuvent ensuite passer au terrorisme, c'est d'ailleurs une nouvelle fois le parcours de l'un de ces individus, de ces criminels abattus ou qui s'est fait exploser au Bataclan, originaire de la circonscription – dont d'ailleurs je suis le député – à Courcouronnes et je veux rappeler que cette équipe est le fruit d'une planification depuis la Syrie, basée essentiellement en Belgique, d'où une coopération particulièrement active avec nos amis et nos voisins Belges qui ont subi déjà des attentats, qui ont réussi à démanteler à Verviers il y a quelques mois une cellule terroriste particulièrement dangereuse, donc cela veut bien dire que c'est un phénomène ancré profondément et durablement dans la société française et, face cela, nous devons mobiliser la société, l'Etat, et combattre, combattre à tous les niveaux. Et c'est cette détermination… parfois on me dit, on me reproche de trop parler de la République, de la Nation, c'est quoi être Français ? Eh bien, plus que jamais, ces valeurs sont indispensables et chacun peut compter sur la détermination du président de la République – il l'exprimera encore cet après-midi – sur celle du gouvernement, mais plus que jamais l'union sacrée, pas l'effacement des différences politiques, la démocratie est là, ces missions régionales auront lieu dans quelques mois…

OLIVIER MAZEROLLE
… cette union sacrée ?

MANUEL VALLS
Cette union sacrée, elle est indispensable, pas uniquement entre les responsables politiques, mais entre tous les Français.

YVES CALVI
Cette édition spéciale se poursuit, merci Monsieur le Premier ministre, merci Olivier MAZEROLLE, dans quelques instants, vous répondez à nos auditeurs au 32.10. On fait le point sur l'actualité maintenant avec Jérôme FLORIN. 08:03:58 FIN


2ème partie de l'interview à 8h16

YVES CALVI
L'invité exceptionnel de RTL aujourd'hui à 8H16 est notre Premier ministre Manuel VALLS, merci d'être resté avec nous Manuel VALLS. On va tout de suite donner la parole aux auditeurs, à commencer par Catherine qui nous appelle de Vincennes dans le Val-de-Marne. Bonjour Catherine, le Premier ministre vous écoute.

CATHERINE
Bonjour Monsieur le Premier ministre.

MANUEL VALLS
Bonjour madame.

CATHERINE
Bonjour Monsieur CALVI. Ma question est la suivante, allez-vous sécuriser et protéger nos écoles ?

MANUEL VALLS
Cette question est tout à fait légitime, avons-nous la possibilité, les moyens de sécuriser toutes les écoles ? Les parents, les enseignants, se posent sans aucun doute cette question ce matin. Nous en avons parlé avec la ministre de l'Education, avec le ministre de l'Intérieur, il faut en tout cas que la police et la gendarmerie soient particulièrement vigilantes, partout en France, pas seulement pour nos écoles, mais pour l'ensemble des établissements.

YVES CALVI
On se demande ce que l'on peut faire de plus, parce que pratiquement toutes les écoles de France ont devant elles aujourd'hui des barrières, la mobilisation est générale et on se dit il y a un moment où ça va devoir s'arrêter. Je veux dire, est-ce qu'on peut encore aller un peu plus loin dans la protection de nos écoles ? Je pense que c'était le sous-entendu de la question de Catherine.

MANUEL VALLS
Bien sûr, il faut une mobilisation des forces de l'ordre, des policiers, des gendarmes, des polices municipales, des douaniers, soutenus par nos forces militaires, avec une occupation du terrain. Mais, cette guerre contre Daesh, elle doit se mener d'abord en Syrie et en Irak. Il y a, vous le savez, aussi ce qui se passe en Libye, puisque Daesh, cette organisation terroriste, cette armée terroriste, est implantée, et s'y implante, là-bas, c'est pour cela que j'ai dit que c'est une guerre qui va être longue et difficile. Pour ce qui concerne le territoire national tout doit être fait pour protéger les Français, et je comprends leur peur, leur angoisse, et leurs questions, il n'y a pas de risque zéro, mais tout doit être fait, et toutes les questions qui sont posées aujourd'hui par les Français devront être traitées.

YVES CALVI
Merci de nous avoir appelés Catherine. Gilles, vous nous téléphonez, vous, de Villemoisson-sur-Orge, c'est dans le département de l'Essonne, le Premier ministre vous écoute.

GILLES
Bonjour Monsieur le Premier ministre et bonjour Monsieur CALVI. Dans le cadre de ce que vous venez de dire sur la protection des gens, moi j'ai bien senti que la population qui avait porté secours, les premiers secours, était complètement démunie. S'agissant des premiers secours à porter, est-ce qu'il ne serait pas souhaitable, maintenant, que dans les écoles et dans les entreprises on forme enfin les gens aux premiers secours ?

MANUEL VALLS
Il y a déjà beaucoup de formations aux premiers secours, et d'ailleurs sur les trottoirs de Paris, comme au Bataclan, il y a eu des actes héroïques, des Français qui ont aussi déchiré leur chemise, pardon de rentrer dans ces détails, pour faire des garrots, pour sauver des gens.

YVES CALVI
Beaucoup nous ont dit aussi leur incapacité d'agir et leur grande souffrance de ne pas savoir quoi faire.

MANUEL VALLS
Et puis avec quel choc, enfin, les images que vous avez rapportées, en tout cas les scènes que vous avez décrites, montrent que pour les gens qui étaient choqués, parfois blessés, c'était particulièrement difficile d'intervenir. Mais, vous avez raison Monsieur, c'est de manière générale, autour de la Sécurité civile, des secours, de la mobilisation des Français, nous devons sans doute aller encore plus loin dans ce qu'un peuple peut acquérir pour se mobiliser. Il y a des pays qui vivent avec cette menace terroriste permanente, nous devons intégrer ces éléments pour chacun puisse réagir en termes de vigilance, mais aussi de secours.

YVES CALVI
Ça se passe à l'école ?

MANUEL VALLS
Ça se passe à l'école, il y a beaucoup de choses qui se font à l'école, il faut sans doute aller encore plus loin.

YVES CALVI
Mais vous pensez prendre des mesures, en tout cas y réfléchir ?

MANUEL VALLS
Je ne veux pas inventer là…

YVES CALVI
C'est honnête.

MANUEL VALLS
Nous sommes mobilisés face à cet événement, l'enquête est en cours. Parfois vous, et nous, nous allons plus vite, bien sûr, parce que nous commentons, nous agissons, que nos compatriotes qui sont encore sous le choc.

YVES CALVI
Bonjour Pascal, vous nous appelez, vous, de Royan, merci d'écouter RTL, le Premier ministre vous écoute.

PASCAL
Bonjour Monsieur le Premier ministre, bonjour Monsieur CALVI. On est en état de guerre, en état d'urgence, pourquoi est-ce qu'on ne ferme pas nos frontières, ne serait-ce que pour un moment donné, pour une période bien définie, mais au moins pour que tout le monde soit rassuré en France, et faire en sorte qu'on puisse se préparer ?

YVES CALVI
Je précise, Monsieur le Premier ministre, que beaucoup de questions nous sont parvenues, allant dans ce sens.

MANUEL VALLS
Le contrôle aux frontières, ce qui est permis d'ailleurs dans le cadre de Schengen, a été activé, il avait d'ailleurs été activé dès vendredi matin pour la préparation du rendez-vous climat. Fermer les frontières, c'est empêcher les gens de passer, ça ne concerne pas que les frontières terrestres, ça concerne aussi les frontières aériennes. Le contrôle, les contrôles, à nos frontières, ont été rétablis, et c'est ce contrôle qui doit bien sûr être le plus efficace possible. Il y a ces contrôles, il y a les perquisitions administratives que nous sommes en train de mener, qui ont été menées cette nuit, plus de 150 perquisitions administratives ont été menées, et ça va continuer. Donc, sur nos frontières, comme sur le territoire national, nous agissons.

YVES CALVI
Pascal, merci beaucoup de nous avoir appelés. C'est Jean-Pierre maintenant qui vous interroge Monsieur le Premier ministre, il nous appelle des Pyrénées-Orientales, bonjour Jean-Pierre, nous vous écoutons.

JEAN-PIERRE
Bonjour Monsieur le Premier ministre, bonjour Monsieur CALVI. Monsieur le Premier ministre, la France est en alerte maximum, la France est en guerre, et je me pose la question de savoir s'il est bien judicieux de continuer la COP21 comme elle est prévue ? Les policiers, enfin, les services d'ordre sont fatigués, à cran, est-ce que vous ne pensez pas qu'il serait judicieux de la reporter au moins d'un mois ?

YVES CALVI
Le sommet climat peut-il avoir lieu Manuel VALLS ?

MANUEL VALLS
Les forces de l'ordre sont peut-être fatiguées mais elles sont d'abord mobilisées, et avec un engagement considérable, je l'ai encore vu hier avec les ministres de l'Intérieur et de la Défense, et cette mobilisation va se poursuivre. La COP21 est un rendez-vous essentiel pour l'avenir de la planète, pour l'Humanité. A la fin du mois, le 29 novembre, tous les chefs d'Etat et de gouvernement de la planète seront ici, à Paris, et apporteront un message au monde entier, de soutien et de solidarité à la France, pas uniquement sur le rendez-vous climat, que nous devons réussir, mais par rapport aux événements que nous venons de subir. Aucun chef d'Etat, aucun chef de gouvernement, au contraire, nous a demandé de reporter ce rendez-vous, tous veulent être là. Je crois que ça serait, au contraire abdiquer face au terrorisme. Alors, bien sûr, les conditions d'organisation, toute une série de manifestations qui étaient prévues, n'auront pas lieu, elle sera sans doute réduit à la négociation…

YVES CALVI
Lesquelles ?

MANUEL VALLS
Nous sommes en train de regarder ça, mais tout ce qui est extérieur à la COP, toute une série de concerts, de manifestations, d'ailleurs plutôt festives, seront sans aucun doute annulées. Vous savez qu'il y a une grande manifestation qui était prévue le 29, les organisateurs se réunissent aujourd'hui, je ne veux pas aller trop vite, mais la question de l'organisation de cette manifestation, d'une manière ou d'une autre, sera posée.

YVES CALVI
Vous leur demandez d'annuler cette manifestation ? Votre sentiment, Manuel VALLS.

MANUEL VALLS
Mon sentiment c'est que nous devons réfléchir à agir ensemble, mais…

YVES CALVI
J'ai l'impression que vous pensez oui, mais que vous ne voulez pas le dire.

MANUEL VALLS
Non, non, je suis prudent et sincère, ici, avec vous. Rien ne doit être fait qui puisse mettre en danger, en péril, y compris par rapport à des mouvements de foule, des gens qui manifesteraient dans Paris. Et si nous devons organiser ce grand rendez-vous climat, en même temps, et c'était la remarque judicieuse de votre auditeur, les forces de sécurité doivent se concentrer sur l'essentiel. Mais ce rendez-vous sera un message majeur de la planète entière, ça sera aussi l'occasion de marquer se volonté de lutter contre le radicalisme, contre le fanatisme, donc, au contraire, ce rendez-vous est important, et la France sera la capitale du monde. Paris est la capitale du monde, et c'est pour cela que ce rendez-vous doit être maintenu.

YVES CALVI
Merci beaucoup Jean-Pierre de cette question. Bonjour Eric, vous nous appelez du département de la Moselle, je crois que vous voulez discuter avec le Premier ministre de nos forces de l'ordre et des moyens que l'on doit leur donner. Nous vous écoutons.

ERIC
Bonjour Monsieur le Premier ministre, bonjour à tous. Ce week-end je suis passé, comme tout le monde, par beaucoup beaucoup d'émotion, et je me disais mais qu'est-ce que nous, petits Français, on peut faire ? Ce que l'on peut faire c'est vous aider, vous, à faire ce que vous avez à faire, c'est-à-dire vous donner les moyens. Est-ce qu'il n'y aurait pas possibilité de mettre en place une espèce de souscription, comme jadis ça se faisait quand les Etats partaient en guerre, pas une nouvelle taxe, pas un nouvel impôt, quelque chose de volontaire, où on pourrait faire des dons pour aider notre police et notre armée, aider les services de renseignement, pour avoir ce financement ?

YVES CALVI
Votre question est assez émouvante, je vous interromps Eric, en fait vous nous proposez, et vous suggérez au Premier ministre, à Manuel VALLS, peut-être que les Français puissent faire des dons pour soutenir l'activité de notre police. Est-ce que c'est concevable ?

MANUEL VALLS
J'aime ces Français, qui s'impliquent, pensent à leur pays, aux forces de l'ordre.

YVES CALVI
Des dons, pas d'impôt en plus, vous avez bien entendu.

MANUEL VALLS
J'ai bien compris. Plus de 100.000 gendarmes et policiers sont aujourd'hui mobilisés, auxquels vont se rajouter, et se rajoutent déjà, les militaires, et nous avons prévu des déploiements supplémentaires de militaires sur l'ensemble du territoire, et 5000 étaient déployés hier sur Paris. Mais, monsieur va plus loin. Examinons toutes les possibilités. Je pense que, je ne veux pas en dire plus, mais le président de la République, le chef de l'Etat, cet après-midi, abordera aussi, parmi bien d'autres sujets, la question de la mobilisation, nous l'évoquions tout à l'heure avec Olivier MAZEROLLE, et comment les Français peuvent se sentir impliqués. Nous parlions des secours il y a un instant, le soutien aux forces de l'ordre il y a quelques minutes…

YVES CALVI
La Garde nationale avec les réservistes, proposé par François BAYROU, c'est une bonne idée ?

MANUEL VALLS
L'idée de la Réserve elle existe déjà, nous l'avions évoquée, elle se met en place progressivement, laissons au chef de l'Etat le soin de formuler ses propres analyses et ses propositions.

YVES CALVI
Mais peut-être, juste une question Manuel VALLS. On comprend bien, et vous nous le dites régulièrement, nous vivons avec des moyens finis compliqués, la France a des difficultés, j'allais dire pour boucler ses fins de mois, est-ce qu'il va falloir, à un moment, peut-être renoncer à un certain nombre de mesures, je ne sais pas, à caractère social, pour renforcer la lutte contre le terrorisme ? Est-ce qu'on peut imaginer que demain, je ne sais pas, les indemnités des chômeurs soient moins longues, pour soutenir la lutte contre le terrorisme ?

MANUEL VALLS
Pourquoi opposer les uns aux autres ? Le ministère de l'Intérieur, le ministère de la Défense, les forces de sécurité sont prioritaires. Depuis 2012, nous augmentons et nous allons continuer à augmenter les moyens des policiers, des gendarmes. Il faudra sans doute aller plus loin encore, je l'avais dit à ce micro, face à la guerre, face au terrorisme, face aux trafics. Il faut donner tous les moyens aux policiers, aux gendarmes, à la justice pour faire face à ce danger, à cette menace permanente et ça doit être, vous avez raison de ce point de vue-là, une priorité. Mais la priorité c'est la sécurité, la priorité c'est l'école, la priorité c'est lutter contre les fractures béantes de la société française. Donc il n'y a pas qu'une seule priorité, même si la préoccupation sécuritaire est la première et nous l'incarnons, cette priorité sécuritaire, donc tous les moyens doivent être mis pour la sécurité de notre pays mais encore une fois, François HOLLANDE aura l'occasion d'évoquer ce sujet cet après-midi.

YVES CALVI
On ne peut pas tout faire. On va donner la parole maintenant à Kevin qui nous appelle de Montpellier, dans le département de l'Hérault. Bonjour Kevin, merci d'appeler RTL. Le Premier ministre vous écoute.

KEVIN
Bonjour messieurs, bonjour monsieur CALVI, bonjour monsieur VALLS. J'ai une question brève, parce que j'en ai des dizaines. On parle de deuil national aujourd'hui mais je ne vois pas de pays en deuil. Je vois des gens qui vont travailler, il y a une vie tout à fait normale. On a quand même vécu un drame horrible et je crois que dans le monde entier on est touché, et voilà. Qu'est-ce que signifie le deuil national, s'il-vous-plaît ?

YVES CALVI
Je crois que la remarque de Kevin, c'est de dire il y a des gens qui boulonnent aujourd'hui, les magasins sont ouverts. Est-ce qu'on pouvait en faire plus pour se mettre en quelque sorte entre parenthèses pour vivre notre deuil national.

MANUEL VALLS
Trois jours de deuil, les drapeaux en berne, ce moment de recueillement partout à midi en France, en Europe et dans le monde, et des Français qui, je crois, ont envie de se retrouver au boulot bien sûr, entre eux, pour parler, pour évoquer, pour délivrer la parole. Donc cette parole, elle est nécessaire. Si chacun reste chez soi, n'exprime pas ce qu'il ressent, n'évoque pas ce qui s'est passé, alors devenons une société qui se ferme sur elle-même, morte. Non, au contraire, il y a la vie. Nous allons vivre avec cette menace terroriste mais la meilleure c'est la vie, la démocratie, la vie entre les Français. Au contraire, je crois que c'est de ces discussions – on en a beaucoup parlé en famille ce week-end -, là les Français vont en parler entre eux et c'est important. Nous devons être à l'écoute parce que bien évidemment, moi j'entends, je parle avec mes proches, avec mes enfants, avec les élus que je connais, nous voyons bien que la société française est profondément touchée, commotionnée par ce qui s'est passé et nous devons être à l'écoute de ce que les Français pensent de leur colère, de leur questionnement, de leur incompréhension, de leur attente vis-à-vis de l'exécutif puisque c'est à nous de prendre un certain nombre de décisions tout en étant à la hauteur des enjeux. Donc, il faut que les Français parlent et se parlent et nous parlent, c'est ça une grande démocratie. C'est ça la France.

YVES CALVI
En dépit des opérations de police qui continuent puisque vous nous avez annoncé il y a quelques instants cent cinquante perquisitions qui ont lieu ou doivent avoir lieu aujourd'hui. La vie doit continuer vient de nous dire le Premier ministre. Manuel VALLS, vous restez avec nous, on se retrouve dans quelques instants pour répondre à nouveau aux questions de nos auditeurs au 32 10. Merci à tous d'écouter RTL.

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YVES CALVI
Merci ce continuer à appeler le Premier ministre, pour répondre à vos questions. Juste une chose avant de donner la parole à Marie, Manuel VALLS, on a tous été surpris par l'expression utilisée hier par le ministre de l'Intérieur, qui évoque la dissolution possible des mosquées de notre pays. Alors, je vous pose la question plus simplement, c'est : doit-on et va-t-on fermer des mosquées ? Je remarque – les mosquées radicales, bien entendu – et je remarque que certains responsables musulmans y sont favorables, ils s'expriment en ce sens, ce matin, dans la presse.

MANUEL VALLS
Il faut, je l'ai rappelé, depuis des mois, je l'ai encore rappelé samedi soir, expulser tous les étrangers qui tiennent des propos insupportables, radicalisés, contre nos valeurs, contre la République. Il faut fermer les mosquées, les associations, qui aujourd'hui s'en prennent aux valeurs de la République. C'est cette action que nous menons. Il y a déjà eu beaucoup d'expulsions de prêcheurs de haine, il y a eu des déchéances de la nationalité, aussi, six, depuis 2012, ça n'avait jamais été fait auparavant. Nous allons donc poursuivre. Aucun élément, dans le cadre de notre Etat de droit, aucun élément, aucune action ne sera mise de côté, nous agirons encore une fois, sur tous les fronts, avec la plus grande des déterminations.

YVES CALVI
Et par exemple la fermeture de lieux de culte, quand ils sont désignés comme étant dangereux.

MANUEL VALLS
Pas uniquement fermer des lieux de culte, il faut poursuivre ceux qui prônent la haine, bien évidemment.

YVES CALVI
Bonjour Marie.

MARIE
Oui, bonjour.

YVES CALVI
Vous nous appelez du XVIIème arrondissement de Paris, vous êtes étudiante, le Premier ministre vous écoute

MARIE
Bonjour Monsieur le Premier ministre, bonjour à tous.

MANUEL VALLS
Bonjour.

MARIE
Alors, Monsieur le Premier ministre, ne pensez-vous pas que répliquer aussi violemment en Syrie, ne va pas rajouter dans l'horreur et engendrer une forme d'escalade de la violence ? On sait ce que les précédentes interventions militaires dans ces zones ont donné, c'était contre-productif, ne retient-on donc rien de l'histoire, et ne faut-il pas faire comme monsieur MELENCHON l'a rappelé il y a dix jours, s'attaquer aux moyens de financement de Daesh et faire le clair dans le double-jeu de certaines de nos alliés ?

MANUEL VALLS
Mais ça n'est pas incompatible, ça n'est pas contradictoire. Il faut s'attaquer bien sûr aux réseaux financiers, qui sont importants, vous le rappeliez d'ailleurs ce matin sur votre antenne. Il faut agir sur le plan diplomatique et mobiliser la communauté internationale, et afin que chacun assume pleinement ses responsabilités, comme le fait la France, mais la France, elle n'est pas attaquée uniquement parce que nous intervenons à l'extérieur, parce que nous frappons Daesh, nous sommes attaqués parce que nous sommes la France, parce que nous portons des valeurs universelles, parce qu'il y a une jeunesse qui vit librement, parce que nous avons une certaine conception de l'égalité, notamment entre les femmes et les hommes, parce que nous défendons la laïcité. C'est ça la France. Baisser la garde, ne pas répliquer, ne pas combattre ne pas mener cette guerre, ça serait au contraire reculer et donner cette victoire à cette organisation terroriste, qui ne vise pas uniquement notre pays, parce que nous sommes engagés, qui s'attaque par exemple à la Belgique. Si elle s'attaque à la Belgique, c'est pas parce que la Belgique est forcément engagée dans les opérations extérieures, mais parce que c'est un pays européen, parce que c'est Bruxelles la capitale européenne, donc c'est un combat de valeurs, c'est un combat de civilisations.

OLIVIER MAZEROLLE
Est-ce qu'on n'est pas particulièrement visé, parce que nous voulons un islam compatible avec la laïcité ? Ce qui est l'horreur absolue pour ces fanatiques qui viennent nous détruire.

YVES CALVI
Je vous demande une réponse rapide, puisque nous prendrons ensuite la dernière question d'auditeurs.

MANUEL VALLS
Oui, nous sommes visés, parce que nous sommes le pays des Lumières, des Droits de l'homme, de l'égalité, de la possibilité de croire ou de ne pas croire. Il est là le message universel de la France. On peut être chrétien, juif, musulman, dans ce pays, mais en respectant ce rassemblement autour de nos valeurs, qui sont des valeurs communes, croire et ne pas croire. Et c'est ça qu'on veut détruire, c'est pour ça qu'il faut être fort entre nous, unis et en même temps il faut combattre, avec nos armées, avec nos soldats, il faut que nos services de renseignements, notre police et notre gendarmerie, mais tous les Français, il faut combattre le terrorisme, parce que nous sommes un peuple fort, et solidaire, et qui est debout. C'est parfois une certaine idée, au fond, du pacifisme, qui a conduit au désastre au XXème siècle. Au contraire, il faut être engagé, engagé jusqu'au bout, et nous le sommes.

YVES CALVI
Bonjour Christophe !

CHRISTOPHE, CHAUFFEUR ROUTIER
Bonjour.

YVES CALVI
Merci d'écouter RTL. Vous nous appelez, vous êtes chauffeur routier, vous venez de passer la frontière belge c'est ça ?

CHRISTOPHE
Oui ! Voilà, j'habite à côté de Molenbeek et je suis passé ce matin, donc j'ai démarré à 5h juste à côté de Molenbeek, j'ai passé la frontière à 6h20 – 6h30, il n'y avait strictement aucun contrôle, il y avait bien une présence policière oui, on était rétrécis sur une seule bande, mais il n'y a pas de contrôle.

YVES CALVI
Alors, comment est-ce possible ? Je signale qu'on a eu de nombreux témoignages, moi j'ai tout simplement une amie qui m'a appelée hier revenant d'Italie, en me disant : « aucun contrôle à Roissy à l'arrivée vers 22h ».

MANUEL VALLS
Laissons, monsieur CALVI, laissons les services de police, les douaniers faire le travail avec leur professionnalisme. J'entends beaucoup de choses, ce qui compte pour moi c'est l'efficacité, si vous fermez les frontières ça ne changera rien, ce qu'il faut ce sont ces contrôles permanents qui existent et qui permettent avec le professionnalisme, l'oeil de ces policiers, d'évaluer…

YVES CALVI
Mais ils évaluent ou ils subissent une situation où parfois on le fait et parfois on ne le fait pas, vous comprenez, c'est ça finalement, on comprend très bien qu'on ne peut pas être partout au même moment ?

MANUEL VALLS
Ils évaluent ! Ils évaluent bien sûr cette situation bien évidemment.

YVES CALVI
Vous en êtes sûr ?

MANUEL VALLS
Moi j'en suis convaincu de leur professionnalisme, oui bien sûr, mais vous dire qu'il n'y a aucun risque je ne vous le dirais pas non plus.

YVES CALVI
Merci beaucoup Manuel VALLS d'être venu répondre aux auditeurs de RTL…

MANUEL VALLS
Merci.

YVES CALVI
Pendant cette longue plage horaire. Bien entendu cette spéciale se poursuit je vous le rappelle aujourd'hui jusqu'à 10 h du matin, nous aurons un débat à partir de 9 h consacré à la question de la restriction de nos libertés individuelles pour lutter contre le terrorisme – là aussi vous pouvez continuer à nous appeler et de réagir à l'actualité – et dans quelques instants on retrouve Nicolas DOMENACH pour « On n'est pas forcément d'accord » en ce lundi matin.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 16 novembre 2015

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