Interview de M. Manuel Valls, Premier ministre, à France Inter le 17 novembre 2015, sur les principales mesures annoncées par le président François Hollande devant le Parlement à Versailles trois jours après les attentats perpétrés à Paris et en Seine-Saint-Denis. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Manuel Valls, Premier ministre, à France Inter le 17 novembre 2015, sur les principales mesures annoncées par le président François Hollande devant le Parlement à Versailles trois jours après les attentats perpétrés à Paris et en Seine-Saint-Denis.

Personnalité, fonction : VALLS Manuel, COHEN Patrick.

FRANCE. Premier ministre;

ti : PATRICK COHEN
Bonjour Manuel VALLS.

MANUEL VALLS
Bonjour Patrick COHEN.

PATRICK COHEN
Merci de venir à ce micro pour préciser ou expliquer la politique et les mesures annoncées hier par le président de la République. Mais d'abord, quelques mots sur cette enquête qui progresse, mais qui révèle aussi les failles de notre système antiterroriste. On a appris hier qu'un des suspects, AMIMOUR, est parvenu à rentrer en France incognito, malgré le mandat d'arrêt international lancé contre lui après sa mise en examen en France, et son départ pour la Syrie. Est-ce que vous convenez, Manuel VALLS, qu'il y a, là, un problème de renseignements et ou de contrôles aux frontières Schengen ?

MANUEL VALLS
Il y a une enquête qui est menée, là, les attentats viennent d'avoir lieu, les familles, les proches pleurent les victimes, des corps n'ont pas été identifiés, il n'y a eu, pour le moment – vous le savez – aucune obsèques. Et en même temps, il y a une enquête et une traque. Et au moment où nous parlons, vous n'entendrez jamais dans ma bouche ou de celle des responsables du gouvernement la moindre mise en cause du travail qui a été fait ou qui est engagé, l'objectif, c'est de faire en sorte, non seulement, bien sûr de détruire Daesh, nous allons en parler, mais de pouvoir interpeller, arrêter, comprendre ce qui s'est réellement passé.

PATRICK COHEN
De prévenir d'autres attentats, mais aussi de tirer les leçons de l'échec, car c'est bien un échec ?

MANUEL VALLS
Il faut toujours tirer les leçons, et notamment d'un tel drame. C'est nécessaire, bien sûr, pour notre propre sécurité, et cette vérité, nous la devons bien sûr aux victimes, à leur famille, aux proches, et d'abord aux Français. Mais dans ce moment-là, parce qu'il y a des menaces, ces menaces, nous les connaissons depuis déjà des mois, je suis venu ici souvent, vous dire que nous pouvions subir une attaque particulièrement puissante, elle a eu lieu, parce qu'au moment où nous parlons, nous ne savons pas s'il y a des complices de ceux qui ont tué, de ceux qui ont commis cette horreur sur Paris, il y a peut-être, il y a en France, en Belgique, des complices, des individus qui ont été associés à cette tuerie. Donc nous devons aujourd'hui nous concentrer sur l'enquête, qui se déroule sous l'autorité par ailleurs du procureur, et je vous demande, d'une manière générale d'ailleurs, d'être particulièrement prudent à l'égard de toutes les informations qui aujourd'hui sortent, nous n'avons pas encore toute la réalité, toute la vision de la réalité, et notamment du nombre de personnes impliquées dans les attentats de vendredi soir. Y a-t-il deux ou trois équipes…

PATRICK COHEN
Il est beaucoup trop tôt…

MANUEL VALLS
Comment ont-ils opéré, qu'est-ce qui s'est passé exactement au Stade de France ? L'enquête progresse, mais avec la discrétion nécessaire. Et moi, je m'en tiens uniquement à cela.

PATRICK COHEN
Il est donc trop tôt, Manuel VALLS, pour essayer de comprendre pourquoi tant de monde est passé sous les radars des services de renseignements, des services de renseignements français et belges, puisque certains des suspects étaient connus de la police belge.

MANUEL VALLS
Patrick COHEN, quand il y a eu les attentats du mois de janvier, à la tribune de l'Assemblée nationale, le 13 janvier, mais souvent, évidemment devant les Français, sur une radio comme la vôtre, j'ai toujours dit que nous étions en guerre, que nous faisions face à une menace toute particulière, que nous faisions face, c'est les mots que j'ai prononcés dès décembre 2012, quand j'ai présenté comme ministre de l'Intérieur la première loi antiterroriste, que nous faisions face à un ennemi extérieur, et un ennemi intérieur, que le terrorisme avait changé de visage, et que nous allions subir d'autres attaques. Nous sommes en guerre, nous venons de subir un acte de guerre, le chef de l'Etat l'a dit avec des mots particulièrement forts. Nous pouvons et nous allons sans doute vivre longtemps avec cette menace. Nous pouvons à tout moment subir d'autres attentats, pourquoi ? Parce que, en face de nous, nous avons une armée terroriste particulièrement déterminée, avec des individus qui n'hésiteront pas, non seulement à donner la mort, mais à se donner eux-mêmes la mort. Une démocratie – avec les moyens qui sont les siens, renforcés, comme vous le savez, pour lutter contre ce terrorisme – doit dire aussi la vérité à ses concitoyens, et donc chacun doit savoir aujourd'hui que nous sommes menacés et que nous pouvons subir de nouvelles attaques.

PATRICK COHEN
Le président de la République a donc annoncé des moyens supplémentaires, des milliers de créations de postes dans la police, la gendarmerie, la justice, pas de réductions d'effectifs dans l'armée, on comprend que pour la sécurité, vous allez dépenser sans compter, le pacte de sécurité l'emporte sur le pacte de stabilité. C'est la phrase du président de la République. Est-ce que ça veut dire que c'est la fin de la rigueur, que la France va s'affranchir de ses engagements européens en matière de réduction du déficit ?

MANUEL VALLS
Il faut bien sûr maîtriser nos déficits, et nous avons des priorités d'ailleurs depuis 2012, l'Éducation bien sûr, l'emploi, la Culture, c'est essentiel pour le pacte républicain et pour l'avenir de notre pays. Et nous avons fait aussi de la sécurité et de la justice une priorité. Mais face aux événements que nous connaissons déjà depuis plusieurs mois, nous avions renforcé nos services de renseignements, les services de police et de gendarmerie, nous allons continuer, pourquoi ? Parce que les services de police et de gendarmerie sont confrontés à la délinquance quotidienne, à la lutte contre le trafic de drogues, à la violence qui existe dans notre société. Les services de police et de gendarmerie sont confrontés, bien sûr, au défi des migrants, même si nous le maîtrisons en France, contrairement à ce qui se passe dans d'autres pays, et bien sûr au défi terroriste, à l'ordre public. Donc nous devons donner tous les moyens, tous les moyens, comme ça n'a jamais été fait dans notre pays, à la police et à la gendarmerie, ainsi qu'aux services de renseignements, moyens…

PATRICK COHEN
Quitte à laisser déraper le budget, Manuel VALLS…

MANUEL VALLS
Moyens en hommes, bien évidemment, moyens aussi d'investissements, nous nous sommes vus hier soir, tard, avec le ministre de l'Intérieur, nous avons convenu qu'il me fasse dans la journée des propositions très précises pour permettre, dans les meilleurs délais, dans les meilleurs délais, je veux parler de jours et de semaines, pour que les policiers et les gendarmes puissent avoir tous les moyens en termes de véhicules, de protections pour eux-mêmes, mais aussi d'armes, le président de la République l'a rappelé hier, adaptées aujourd'hui au conflit…

PATRICK COHEN
… Ça ne sera pas instantané, il faudra les former, et les recrutements vont s'étaler sur plusieurs années, j'imagine…

MANUEL VALLS
En deux ans, il y aura eu 10.000 postes créés dans la police et dans la gendarmerie. Ces moyens sont nécessaires, ces moyens en termes de créations de postes, comme ces moyens pour le travail quotidien de la police et de la gendarmerie seront inscrits par amendement dans la Loi de Finances, dans le budget 2016, qui est en discussion, et le Parlement sera saisi. Nous voulons faire la démonstration, et nous voulons dire aux Français, non seulement, nous qualifions ce qui est arrivé, mais nous engageons très concrètement ce que le président de la République a annoncé avec, et quelle force, hier, à la tribune du congrès…

PATRICK COHEN
Vous ne m'avez pas répondu sur le budget, les engagements européens de la France seront tenus ou ils seront légèrement dépassés ou…

MANUEL VALLS
Ils seront forcément dépassés, puisque ces moyens, que nous allons mettre au service des forces de sécurité, ne se feront pas au détriment des autres budgets, nous devons l'assumer, et l'Europe doit le comprendre, il est temps aussi que l'Union européenne, que la Commission comprenne aujourd'hui que c'est un combat qui concerne la France, mais qui concerne aussi l'Europe, nous sommes intervenus au Mali, pas seulement pour le Mali, pas seulement pour la France, mais aussi pour l'Europe. Je l'avais dit d'ailleurs au collège de la Commission il y a quelques mois. C'est là où l'Europe doit être attentive à ce qui se passe en France, et nous aider. C'est en nous écoutant et en comprenant ce que nous sommes en train de faire et de proposer qu'elle participera à cette nécessaire solidarité.

PATRICK COHEN
Autre annonce du chef de l'État, François HOLLANDE veut faire rentrer dans la Constitution l'état d'urgence, qui est régi aujourd'hui par une loi ordinaire. Pour quoi faire ? Quel est l'intérêt ? Quelle est l'urgence d'engager une procédure politique aussi lourde alors que l'outil existe déjà ? Il est appliqué actuellement.

MANUEL VALLS
Non, il faut aller… l'état d'urgence va être appliqué pendant trois mois, c'est une loi qui date de 55, elle va être toilettée déjà pour qu'elle puisse passer au Conseil des ministres demain, transmise au Parlement demain après-midi, je la défendrai jeudi matin à l'Assemblée nationale, et vendredi au Sénat. Et j'espère qu'elle sera adoptée avant la fin de la semaine. Mais il faut modifier la Constitution pour permettre, dans le cadre de notre Etat de droit, d'avoir des moyens – hors état d'urgence de toute façon – les moyens nécessaires en termes, je pense notamment de perquisitions, mais aussi de déchéance de la nationalité pour les binationaux, donc il faut cette réforme de la Constitution. Nous faisons face à un ennemi extérieur, et nous le combattons en Syrie et en Irak. Mais nous avons aussi un ennemi intérieur, ce que les Français nous demandent, c'est aussi de combattre cet islamisme radical, ce djihadisme qui est né aussi dans nos quartiers, dans les quartiers populaires, vous le savez, je partage l'analyse qui était celle de Malek BOUTIH, hier encore, à votre micro, et dans le rapport qu'il m'a remis avant l'été, le rapport aussi qui a été élaboré par un autre parlementaire, Sébastien PIETRASANTA, nous devons lutter avec la dernière des énergies, je l'avais dit encore il y a quelques mois à la tribune, je n'avais pas toujours été compris, l'islamisme radical, ce qu'on trouve dans un certain nombre de quartiers, l'islamisme radical, et le djihadisme qui séduit des centaines de milliers de jeunes dans le monde, des dizaines de milliers sans doute dans le monde au Maghreb et en Europe, des milliers en France. Ce sont ces chiffres que nous connaissons. Donc pour s'attaquer à cet ennemi intérieur, pour s'attaquer à ce phénomène, à ce djihadisme, il faut des moyens, des moyens policiers, des moyens pour la justice, mais il faut aussi un engagement de toute la société. On doit lutter contre la radicalisation, on doit lutter contre l'islamisme, qui est une pathologie de l'islam, et qui nécessite que l'islam, lui-même, se rebelle face à ce qui, aujourd'hui, le salit, mais qui est aussi une pathologie de cet islam…

PATRICK COHEN
C'est une bataille culturelle et idéologique…

MANUEL VALLS
Et donc c'est une bataille culturelle et idéologique…

PATRICK COHEN
Dont François HOLLANDE n'a pas parlé dans son discours hier. Et il n'a pas utilisé les termes que vous employez ce matin, Manuel VALLS…

MANUEL VALLS
C'est une bataille culturelle et idéologique…

PATRICK COHEN
L'islamisme radical, il n'en a pas parlé. Il a parlé de djihadisme…

MANUEL VALLS
Qui nécessite une mobilisation permanente, le chef de l'Etat, hier, s'est concentré, et à juste titre, sur l'ensemble des mesures et des annonces qui étaient attendues par les Français, c'est-à-dire les initiatives diplomatiques, les moyens pour les forces de sécurité, la révision constitutionnelle, parce que les Français attendent de nous, et notamment de ceux qui gouvernent, qu'on leur donne tous les moyens pour combattre le terrorisme parce qu'ils savent que c'est un combat de longue durée, il y a le combat contre les groupes terroristes, mais il y a aussi le combat contre le terreau qui fabrique ce terrorisme à l'extérieur, en Syrie, en Irak, demain en Libye, mais aussi sur le sol national, ça n'est pas d'ailleurs qu'un phénomène français, vous le savez, c'est un phénomène européen, mais qu'on trouve aussi dans d'autres pays, dans le monde, au Maghreb, dans les pays arabes, mais aussi avec des phénomènes, en Australie, aux Etats-Unis, au Canada ; c'est une bataille mondiale. Mais pour ce qui concerne nos responsabilités, nous ne devons rien céder. Je vous renvoie à ce que j'ai dit…

PATRICK COHEN
Chacun son vocabulaire…

MANUEL VALLS
Je vous renvoie à ce que j'ai dit le 13 janvier dernier à l'Assemblée nationale, il n'y a pas un mot à redire sur le diagnostic, et nous partageons avec le président de la République, surtout dans ces moments, mais d'une manière générale, la même analyse, la même volonté, la même volonté d'être au service des Français, pour gagner cette guerre contre le terrorisme…

PATRICK COHEN
Même si vous ne partagez pas tout à fait le même vocabulaire.

MANUEL VALLS
Je crois que nous partageons le même vocabulaire, croyez-moi. Vous savez, encore ces dernières heures, avec le président de la République, avec Bernard CAZENEUVE, avec Christiane TAUBIRA, Jean-Yves LE DRIAN, Laurent FABIUS, nous avons partagé ces moments, été touchés par la même émotion, mais nous partageons la même détermination. Et nous savons que nous avons un ennemi, et cet ennemi, c'est le terrorisme, il faut le combattre partout, avec les armes de la République, mais avec une détermination sans faille, c'est ça la République.

PATRICK COHEN
Manuel VALLS, Premier ministre, invité de France Inter ce matin. On vous retrouve dans quelques minutes avec les questions, forcément nombreuses, des auditeurs de France Inter.


* Partie « INTER-ACTIV », à 8h34

HÉLÈNE JOUAN
Manuel VALLS, Laurent WAUQUIEZ tout à l'heure au micro de Léa SALAME vous interpellait pour savoir si vous étiez prêt à répondre à sa demande de pouvoir enfermer tous ceux qui font l'objet d'une fiche S. Est-ce qu'au minimum, au minimum, les services publics, comme la RATP, ne pourraient pas être informés d'employés qui sont aujourd'hui surveillés ?

MANUEL VALLS
Hier le président de la République a indiqué qu'il allait transmettre les propositions qui sont sur la table, et donc de la part de l'opposition, concernant le fichage d'un certain nombre de personnes, pour que ces propositions soient examinées par le Conseil d'Etat, et que nous puissions, pour certaines d'entre elles, pourquoi pas – nous sommes dans un moment d'union nationale – les intégrer dans la réforme constitutionnelle. Ce sont évidemment des sujets délicats, il y a 10.500 personnes concernées par ces fiches S, tous ne connaissent pas le même niveau de dangerosité, c'est un outil pour les services de renseignements, et les services de renseignement sont, bien sûr, comme tous les services de police, au service des grandes administrations publiques. Les phénomènes que vous venez de rappeler, Hélène JOUAN, nous les connaissons, c'est cette gangrène qui existe dans la société, pas uniquement dans un certain nombre d'entreprises publiques, ceux qui remettent en cause les fondements de la République, de la laïcité, donc il faut qu'on les combatte par tous les outils, y compris les outils comme ceux que vous avez évoqués. La réforme constitutionnelle, Patrick COHEN m'interrogeait là-dessus, elle doit servir à nous donner tous les outils, dans le cadre de l'Etat de droit, dans le respect des libertés, des personnes, mais tous les outils pour lutter contre le terrorisme, mais contre les phénomènes de radicalisation qui, sur Internet, en prison, dans un certain nombre de mosquées, dans des services publics, dans la société. Je l'avais dit il y a quelques mois, on a trop cédé à cette puissance de ceux qui veulent nous imposer leurs lois, leur mode de vie. Le djihadisme c'est une pensée totalitaire, qui nie l'égalité entre les femmes et les hommes, notre culture, qui la détruit, en Syrie, en Irak ou en Afghanistan, ou hier au Mali, mais veut aussi détruire notre culture. C'est d'ailleurs l'objectif des attentats de vendredi, s'attaquer à notre jeunesse, à la culture, à ce Paris qui aime la fête, qui est vivant. Il y a aujourd'hui cette génération, de ces 10e et 11e arrondissements, c'est le quartier où je vis, c'est le quartier de ma femme, le 11e arrondissement, vous avez fait un magnifique reportage sur votre antenne ce matin sur « Le café des Anges », c'est tout un quartier, c'est toute une ville qui est touchée. Donc, tous les moyens doivent être donnés. Tous les moyens qui sont conformes au droit et surtout qui sont efficaces, nous devrons les utiliser.

PATRICK COHEN
Et donc les fiches S ?

MANUEL VALLS
Et donc, s'il faut aller plus loin, réformer ces fiches S comme sans doute le souhaite le ministre de l'Intérieur, sans mélanger, encore une fois, tous les individus, parce qu'il y a des individus qui sont fichés mais parce qu'ils ont eu un contact avec telle ou telle personne, d'autres qui peuvent s'avérer dangereux et qui sont suivis par les services de renseignements. La nouvelle loi sur le renseignement...

PATRICK COHEN
C'est secret ou ce n'est pas secret, pour qu'on comprenne bien, ces fiches S, comme des écoutes téléphoniques…

MANUEL VALLS
Bien évidemment.

PATRICK COHEN
C'est-à-dire on ne dit pas aux intéressés qu'on les écoute, donc…

MANUEL VALLS
Je prends un exemple. Il y a une nouvelle loi sur le renseignement, parce qu'il y a une décision du Conseil constitutionnel qui nous a obligés à compléter celle qui a été votée cet été, elle est aujourd'hui examinée par le Conseil constitutionnelle. Elle va permettre, aux services de renseignements, de suivre de manière électronique ceux qui sont, par exemple, fichés, et donc ceux qui font l'objet de cette fiche S.

(…) Suite de la revue de presse d'Hélène JOUAN.

PATRICK COHEN
Sauf que si la droite continue de dire non, ça ne peut pas passer. Est-ce que ça pourrait prendre une autre voie la réforme constitutionnelle, c'est-à-dire le référendum après vote de chacune des Assemblées, Manuel VALLS ?

MANUEL VALLS
Moi je ne peux pas penser un seul instant qu'après les événements que nous avons connus des logiques politiciennes l'emportent et je fais confiance…

PATRICK COHEN
Elles peuvent être des deux côtés les logiques politiciennes.

MANUEL VALLS
Oui, mais vous savez, je peux exprimer un regret presque personnel ?

PATRICK COHEN
Je vous en prie.

MANUEL VALLS
Après les événements du mois de janvier, nous nous étions tous dit qu'il fallait rester à la hauteur de l'exigence des Français, pas seulement de l'esprit du 11 janvier et de la manifestation, et la gravité de ce moment-là ne m'a jamais quitté, et s'il y a des éléments qui m'ont empêché parfois de dormir, c'est parce que je redoutais un attentat comme celui que nous avons connu malgré tous les moyens que nous avons déjà mis en oeuvre. Mais ce que j'ai regretté c'est que nous n'ayons pas réussi, ensemble, et c'est normal, la vie démocratique elle reprend ses droits, à rester à ce niveau-là. Eh bien, moi c'est un serment que je me fais à moi-même, c'est-à-dire il faut rester à ce niveau-là. Bien sûr qu'il y a la vie politique, démocratique, il y aura des élections régionales, chacun a les échéances en tête, mais moi je fais confiance, à la majorité bien entendu, il y a eu des discours de très grande qualité, je pense notamment à ceux de Bruno LE ROUX, Didier GUILLAUME ou Cécile DUFLOT, qui ont été des discours de belle qualité, sur le fond comme sur la forme. Mais je fais aussi confiance à l'opposition pour agir avec esprit de responsabilités, et nous souhaitons, nous, que la réforme de la Constitution se fasse par la voie du Congrès.

(…) Suite revue de presse/ Publicités

PATRICK COHEN
Vous intervenez au 01.45.24.7000. Fayez est au standard, bonjour Fayez.

FAYEZ
Oui, bonjour Patrick, bonjour Monsieur le Premier ministre. Je vous prie de me pardonner pour ma franchise et ma sincérité pour cette question. Les immergés qui ont coulé le sang à Paris, on appelle dans la rue comme ça « les immergés » parce qu'ils sont doublement reformatés, ils tirent d'abord et ils explosent leurs ceintures. Ces gens-là inspirent leurs pensées du salafisme, c'est-à-dire la nouvelle vitrine du wahhabisme. Avez-vous l'occasion, et les yeux dans les yeux, de demander aux responsables politiques, au Qatar et en Arabie Saoudite, leur rôle, et de mettre terme aux instituts qui enseignent cette pensée dangereuse pour eux, et pour l'Humanité, et pour tous les pays du monde ?

PATRICK COHEN
Merci Fayez.

MANUEL VALLS
Vous avez raison de souligner que le wahhabisme, certaines de ses dérives, ont changé progressivement, au cours de ces dernières décennies, la face de l'Islam, en Europe, en Afrique, en Asie. Et vous avez raison aussi de souligner, j'ai eu l'occasion de le faire il y a encore quelques mois à l'Assemblée nationale, combien le salafisme représente – notamment celui qui s'inspire directement du djihadisme radical – combien le salafisme représente un vrai danger, et qu'il faut combattre, d'où notre volonté de dissoudre un certain nombre d'associations, de fermer des mosquées, d'expulser des imams prêcheurs, nous l'avons déjà fait, nous continuerons, bien sûr, à le faire. Il se trouve – c'est le hasard qui fait les choses – que je rencontre aujourd'hui le Premier ministre du Qatar, qui est également ministre de l'Intérieur, que je connais bien, et qui est particulièrement déterminé à lutter contre le terrorisme. Donc nous aurons cette discussion pour voir comment nous pouvons, les uns et les autres, être beaucoup plus efficaces, contre le terrorisme, bien évidemment, mais aussi pour lutter contre tout ce qui aujourd'hui, depuis des années, fonde la progression de cet islamisme radical.

PATRICK COHEN
C'est un partenaire loyal, c'est un partenaire auquel la France peut avoir confiance aujourd'hui ? vous savez bien, vous entendez le débat public, pas seulement ces derniers jours et ces derniers mois, qui met en cause assez vivement et assez directement ces deux pays, notamment, que sont l'Arabie Saoudite et le Qatar, deux pays avec lesquels la France entretient des liens privilégiés et très rapprochés.

MANUEL VALLS
Et depuis des années. Le pouvoir en Arabie Saoudite, comme au Qatar, lutte contre Daesh, ça c'est incontestable…

PATRICK COHEN
Vous êtes certain ?

MANUEL VALLS
Et moi je n'ai pas de raison de douter aujourd'hui de l'engagement de ces deux gouvernements.

JOURNALISTE
Et des grandes fortunes de ces deux pays…

MANUEL VALLS
Reste, reste…

JOURNALISTE
Et le pouvoir lutte-t-il assez contre ces grandes fortunes ?

MANUEL VALLS
Reste la question de l'ensemble de ces financements, mais dans le Proche et dans le Moyen-Orient les choses sont toujours très compliquées, et vous savez aussi les liens qui existent, par exemple, entre le régime de Bachar et Daesh, vous savez les liens qui existent entre le régime de Bachar et l'Iran. Vous savez qu'il y a la confrontation entre le monde sunnite et le monde chiite, et donc il faut avoir en permanence en tête ces questions. Mais, pour nous, l'essentiel, chacun l'a bien compris, c'est la lutte contre le terrorisme et contre Daesh, et donc nous ne pourrions accepter aucun élément qui participe du financement de ce terrorisme contre nous.

PATRICK COHEN
Isabelle nous appelle de la Champagne, bonjour Isabelle.

ISABELLE
Bonjour. Nos responsables politiques disent que la France est en guerre, or les terroristes sont Français, donc si on parle de guerre, ne serait-ce pas plus juste de parler de guerre civile ?

PATRICK COHEN
Merci Isabelle.

MANUEL VALLS
Il y a des terroristes qui sont Franais, qui sont nés en France, il y a des terroristes qui viennent de l'extérieur, et c'est cette jonction entre cet ennemi extérieur et cet ennemi intérieur, que j'avais qualifiée, encore une fois à l'automne 2012, qui doit être parfaitement, cette jonction qui doit être parfaitement comprise. Non, nous ne sommes pas en guerre civile, il y a une guerre qui nous est menée par l'État islamique, par Daesh, par ce terrorisme, par ces groupes qui s'appuient sur des complicités, bien sûr dans notre pays. Il y a, je l'ai dit, des centaines, peut-être des milliers, de jeunes qui peuvent être tentés par cette radicalisation, par cette radicalité qui passe par la délinquance, le décrochage avec la famille, avec la société, qui peuvent basculer, ça a été le cas, nous le savons, dans la radicalité, dans la radicalisation, dans le terrorisme. Mais j'ai une conviction, c'est que les Français sont plus que jamais unis, ensemble, le peuple français, qui a été touché, en janvier, et bien sûr vendredi soir, parce que c'est ça le message des terroristes, c'est semer la terreur. Pour quoi faire ? Pas pour gagner la guerre de manière conventionnelle sur notre sol, mais pour désorganiser, pour diviser, pour jeter les Français les uns contre les autres. Non, nous ne sommes pas en guerre civile, nous sommes en guerre contre un ennemi qui s'appuie sur un certain nombre de personnes sur notre territoire, et si nous parlions de guerre civile, alors, d'une certaine manière, nous donnerions raison aux terroristes.

PATRICK COHEN
Bruno nous appelle de Montreuil, bonjour Bruno.

BRUNO
Bonjour Monsieur le Premier ministre.

MANUEL VALLS
Bonjour monsieur.

BRUNO
Il semble qu'il y ait incidence pudique, voire coupable, de voir les frontières être comme des passoires, quand on pense que les kalachnikovs ne sont pas fabriquées à Saint-Etienne, certes, mais qu'elles desservent aussi bien les terroristes que le grand banditisme, voire même des armes moindres d'un adolescent dont on évoquait ce matin l'agression qu'il a pu avoir vis-à-vis d'un autre. Alors, où on est-on du contrôle, de la maîtrise et de la suppression du trafic des armes en France ?

PATRICK COHEN
Merci pour cette question Bruno.

MANUEL VALLS
C'est une lutte de tous les instants, et encore une fois, dans les perquisitions qui ont eu lieu depuis 2 jours, 168 dans la nuit dernière, 128 cette nuit, Bernard CAZENEUVE le rappelait il y a un instant sur France Info. Nous découvrons, bien sûr, des armes, notamment des armes de guerre. La France, comme l'ensemble de l'Europe, a été envahie par ces armes, notamment depuis la guerre dans l'ex-Yougoslavie, et donc monsieur pose une question tout à fait fondamentale. Si nous voulons que l'Europe fasse face à ces menaces, et à ces menaces terroristes, ou liées au banditisme international, il faut qu'elle se dote de moyens supplémentaires, et qu'elle protège d'abord ses frontières extérieures. Pour donner du sens à Schengen, c'est-à-dire aux frontières extérieures, et pour permettre la libre circulation des personnes au sein même de l'Union européenne, il faut des frontières sûres et protégées, pour lutter contre le terrorisme, contre les trafics, contre l'immigration clandestine. C'est essentiel. Sinon, c'est Schengen qui s'effondre, et c'est l'Europe qui s'effondre. Vous le savez, nous avons rétabli le contrôle aux frontières, nous l'avions prévu pour le grand rendez-vous climat de la fin de ce mois, c'est renforcé, chacun peut le comprendre, pour lutter contre le terrorisme, mais monsieur a parfaitement raison, le plan qui a été présenté, d'ailleurs vendredi matin – quel hasard ! – par Bernard CAZENEUVE, pour lutter contre le trafic d'armes, doit être prolongé au niveau européen, et à l'occasion de la réunion des ministres de l'Intérieur Bernard CAZENEUVE, au niveau européen, fera aussi des propositions dans ce domaine.

PATRICK COHEN
Philippe, depuis l'Ardèche ; bonjour.

PHILIPPE, AUDITEUR DE L'ARDÈCHE
Oui, bonjour.

PATRICK COHEN
Bienvenu, nous vous écoutons.

PHILIPPE
Mes respects, Monsieur le Premier ministre. En fait, ma question : moi je fais partie d'un corps de police de l'État, j'ai donc une arme de service avec un port d'armes qui m'a été délivré par l'État et je suis surpris que compte tenu des circonstances, on ne nous autorise pas à conserver nos armes de service en dehors des heures de service. On a vu ce qui s'est passé vendredi ; les compatriotes qui ont été tués dans ces attentats finalement vivaient une vie tout à fait normale, des actes de la vie normale, de la vie courante et je crois que si dans les gens qui s'étaient trouvés au Bataclan ou dans les bistrots qui ont été attaqués il y avait eu des fonctionnaires de police avec leurs armes, ils auraient au moins pu tenter quelque chose pour finalement limiter le massacre.

PATRICK COHEN
Merci pour cette question. Manuel VALLS ?

MANUEL VALLS
D'abord, je veux rendre hommage à l'engagement des policiers, des gendarmes, des militaires français qui protègent les Français. Vous savez aussi que le président de la République a annoncé hier, sur proposition du ministre de l'Intérieur, des modifications qui vont concerner la légitime défense. Et puis enfin aussi, mais soyons précis, il me semble qu'il y avait des fonctionnaires de police à proximité, qui sont rentrés.

PATRICK COHEN
On sait qu'il y a un commissaire qui est intervenu et qui a neutralisé l'un des terroristes.

MANUEL VALLS
Commissaire dont je veux saluer le courage, qui a tué l'un des terroristes, mais il s'est trouvé sous le feu et il a fallu attendre dans des conditions effrayantes – chacun a bien ça en tête, ç'a été décrit – l'intervention des professionnels, des unités d'élite : la BRI, ils sont intervenus avec un courage incroyable, et qui ont permis d'ailleurs de sauver des vies humaines. Mais là aussi, face à de telles opérations, des opérations de guerre, il faut en face des hommes, des femmes, des troupes d'élite aguerries mais il faut que les policiers et les gendarmes de France, je le rappelais tout à l'heure, aient tous les moyens pour pouvoir exercer pleinement leur mission pour leur propre sécurité et pour assurer la sécurité de nos compatriotes.

JOURNALISTE
La question c'était peuvent-ils garder leurs armes en dehors des horaires de service ?

MANUEL VALLS
Mais moi je ne doute pas que ce type de discussion peut avoir lieu avec le ministre de l'Intérieur. Peut-être dans ces moments-là, ce sont des suggestions qu'il faut avoir mais ne laissons pas croire que c'est ça qui aurait permis par exemple de traiter autrement l'attaque de vendredi soir au Bataclan notamment.

PATRICK COHEN
Ça peut être discuté. Des questions sur les réseaux sociaux, Hélène ROUSSEL ?

HÉLÈNE ROUSSEL
Oui, beaucoup. On va en prendre une parmi d'autres : « Si les outils pour lutter contre le terrorisme, Monsieur le Premier ministre, sont en contradiction avec nos libertés, quel sera votre choix ? »

MANUEL VALLS
Nous avons beaucoup d'outils, vous le savez, et je veux quand même rappeler à ceux qui nous écoutent que le terrorisme se combat ici en France et qu'il se combat à l'extérieur, ne l'oublions pas, et notamment en Syrie. Vous savez que cette nuit, il y a eu de nouvelles frappes de notre aviation à Raqqa pour détruire un QG et un camp de combattants de Daesh, et nous allons poursuivre, le chef de l'Etat l'a annoncé, en mobilisant la communauté internationale. C'est le sens d'ailleurs du déplacement du président de la République la semaine prochaine à Washington et à Moscou pour rencontrer Barack OBAMA et Vladimir POUTINE. Mais pour ce qui concerne la France, nous devons aussi nous donner des outils et dans ces moments-là tout particulièrement, il peut y avoir en effet un certain nombre de restrictions de libertés pour gagner en termes d'efficacité. C'est le cas pour ce qui concerne les perquisitions administratives qui ne se font pas sous l'autorité d'un juge et qui peuvent être effectuées 24 heures sur 24 dans le cadre de notre état de droit, c'est pour ça que nous voulons l'inscrire dans la constitution sous le contrôle puisque la loi que je présenterai au Parlement jeudi va être, se mettre en oeuvre sous contrôle du Parlement. Nous respectons notre droit, nous respectons nos libertés fondamentales, les institutions de la démocratie, et je crois que les Français attendent de nous, oui, que pour assurer la sécurité des Français parfois on doit restreindre un certain nombre de nos libertés.

PATRICK COHEN
On va marquer une pause, Manuel VALLS, avant d'accueillir Augustin TRAPENARD et d'accueillir Alex VIZOREK.

INTER-ACTIV – Suite et fin, à 8h56

PATRICK COHEN
Bonjour Augustin TRAPENARD.

AUGUSTIN TRAPENARD
Salut Patrick.

PATRICK COHEN
Vous avez une question pour notre invité.

AUGUSTIN TRAPENARD
Oui, bonjour monsieur le Premier ministre. Hier mon invité était Joann SFAR et il nous disait que la réponse au terrorisme passait nécessairement par la culture et par les arts, que tant qu'on n'élèverait pas les consciences par la culture, toute tentative de lutte contre la radicalisation serait un échec. C'est intéressant parce que quelques minutes plus tôt, Malek BOUTIH à votre place faisait référence à la nécessité d'un plan Malraux pour la culture. Or, il se trouve que dans le discours du président de la République hier, qui était évidemment un discours de chef des Armées, deux fois je crois le mot « culture » a été prononcé devant la représentation nationale, deux fois seulement en près d'une heure d'intervention. Je vous pose la question, monsieur le Premier ministre : quelle est la place de la culture dans ce combat contre le fondamentalisme contre le terrorisme, contre la barbarie ?

MANUEL VALLS, PREMIER MINISTRE
Elle est fondamentale. La place de l'école, la transmission des savoirs, la place de la culture sont essentielles. Le président de la République voulait se concentrer hier non pas sur l'essentiel mais sur les mesures qui étaient attendues. Mais nous savons que le combat pour faire face aux fractures de nos sociétés, à la montée de cet islamisme radical, pour défendre nos valeurs et la laïcité passe par l'école et passe par la culture. C'est pour ça que ce sont des priorités dans le budget, c'est pour ça que nous renforçons les moyens pour l'école et pour la culture mais la culture ce ne sont pas uniquement des moyens, ce sont des artistes. C'est la culture qu'on a atteint, c'est la jeunesse qu'on a voulu briser, cette France, cette jeunesse, qui ont soif de vies diverses, car il y avait toutes les cultures, toutes les nationalités, toutes les couches sociales, qui se sont retrouvées dans cette même salle du Bataclan face à la terreur ou sur les terrasses de Paris. J'étais hier dans une école du Xème arrondissement avec la ministre de l'Education nationale. Là aussi j'ai vu la mobilisation des enseignants, des psychologues, des parents parce qu'il faut aussi que les enfants comprennent ce qui s'est passé mais avec des mots qu'on leur transmet. Donc oui, c'est un combat qui va durer plusieurs années. Je l'avais dit, c'est l'affaire d'une génération donc la culture au coeur, et c'est aussi la réponse face à ce qui se passe.

? Le billet d'humeur d'Alex Vizorek

PATRICK COHEN
Merci Alex VIZOREK et Charline VANHOENACKER. Merci Manuel VALLS d'être venu ce matin au micro de France Inter.

MANUEL VALLS
Merci. Merci pour la France, très beau message.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 17 novembre 2015

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