Interview de Mme Marylise Lebranchu, ministre de la décentralisation et de la fonction publique, à BFM TV le 10 novembre 2015, sur le projet d'attribution de primes au mérite dans la fonction publique et les effectifs de la fonction publique territoriale. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de Mme Marylise Lebranchu, ministre de la décentralisation et de la fonction publique, à BFM TV le 10 novembre 2015, sur le projet d'attribution de primes au mérite dans la fonction publique et les effectifs de la fonction publique territoriale.

Personnalité, fonction : LEBRANCHU Marylise, BOURDIN Jean-Jacques.

FRANCE. Ministre de la décentralisation et de la fonction publique;

ti : JEAN-JACQUES BOURDIN
Marylise LEBRANCHU est avec nous ce matin sur RMC et BFM TV, Marylise LEBRANCHU bonjour.

MARYLISE LEBRANCHU
Bonjour.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous êtes ministre de la Décentralisation et de la Fonction publique…

MARYLISE LEBRANCHU
N'oublions pas.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ne l'oublions pas. Vous êtes assez peu présente sur les médias, c'est un choix, et en même temps la fonction publique c'est une matière qui paraît impalpable. Et pourtant, et pourtant. Tiens, je vais prendre un exemple. Vous avez vu ce qui se passe à Suresnes.

MARYLISE LEBRANCHU
Oui.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Dans les Hauts-de-Seine.

MARYLISE LEBRANCHU
Oui.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Des agents municipaux seront payés, non pas au mérite, mais leurs primes seront versées en fonction de leur mérite, et ça peut aller jusqu'à une augmentation de 35 % des primes, ou alors une baisse des primes de l'ordre de 35 %. Est-ce que c'est une bonne idée, vous approuvez ?

MARYLISE LEBRANCHU
Oui, parce qu'en plus ça a été discuté avec les organisations syndicales, c'est-à-dire qu'il y a eu un vrai échange, entre les responsables élus et les personnels, en disant comment on peut faire mieux avec les moyens que nous avons et notre force personnelle à chacun, nous qui sommes fonctionnaires. Et donc c'est un accord. C'est une discussion possible, on peut le faire dans la fonction publique, on peut le faire partout, et d'ailleurs André VALLINI l'avait fait en Isère et personne n'en avait parlé, diminué le temps de travail. Mais, ce qui est intéressant de voir à Suresnes, c'est bien sûr qu'il y a un accord, et nous nous avons rassemblé un certain nombre de primes dont plus personne n'arrivait à lire l'origine, pour en faire une prime qui peut être distribuée à la fois normalement, sur la carrière, mais aussi en part au mérite, et au mérite y compris en équipe. Parce que, une des grandes difficultés quand vous faites une prime dite au mérite, c'est, vous avez cinq, six personnes, qui travaillent en même temps, comment l'équipe est performante. Donc, on peut aussi dire, toute cette équipe est performante, elle aura un peu plus. C'est très difficile. Mais, regardez, dans l'accord qu'on vient de passer avec les fonctionnaires, on a écrit un beau paragraphe qui dit « il faut que les employeurs publics puissent reconnaître la valeur professionnelle », et la première discussion qu'on va avoir avec les organisations syndicales c'est comment, avec quel type de prime, on reconnaît la valeur professionnelle, et pas seulement en termes de prime, mais en termes d'avancement, en termes de carrière.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc vous êtes vous favorable au paiement au mérite des fonctionnaires.

MARYLISE LEBRANCHU
Voilà, pas de…

JEAN-JACQUES BOURDIN
En partie, au mérite, vous y êtes favorable ?

MARYLISE LEBRANCHU
Oui, pas de tout leur traitement, parce qu'il faut qu'il y ait un traitement, un régime indemnitaire, mais qu'il y ait une reconnaissance. Vous savez, dans cette société…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc vous êtes favorable.

MARYLISE LEBRANCHU
Oui, bien sûr.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Que les choses soient très claires, on paie les fonctionnaires en partie au mérite, vous y êtes favorable.

MARYLISE LEBRANCHU
Oui, je suis favorable, à une condition, c'est qu'il y ait une discussion avec les organisations syndicales et que, y compris pour les travaux en équipe, on puisse avoir aussi cette prime, ou cette forme d'avancement.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Il faut accroître le paiement au mérite ?

MARYLISE LEBRANCHU
Je pense qu'on a suffisamment d'outils, il faut faire attention à ne pas présenter ça comme une sorte de chiffon rouge en disant « ah, les fonctionnaires, vous allez voir, vous allez être payés au mérite », non. Soyons sereins, on a besoin d'eux, et on peut leur dire, en revanche, « si vous faites plus que ce que qu'on vous demande, si vous avez une grande capacité d'initiative, pourquoi est-ce qu'on arrêterait votre carrière ou votre rémunération. » Il faut remettre tout sur la table, mais dans le dialogue social. Ce qui est embêtant, c'est certains élus qui le font pour en faire un tract politique, comme s'ils avaient puni un fonctionnaire.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Non, mais Marylise LEBRANCHU…

MARYLISE LEBRANCHU
Moi je suis favorable à ce qu'une partie de la prime puisse être donnée au mérite, ou bien qu'on discute de certains avancements. Par exemple, dans le protocole, on a réduit cette possibilité de faire une carrière minimum, c'est-à-dire de faire avancer tout le monde très très vite, mais, en revanche, on a laissé la possibilité de faire avancer quelqu'un plus vite, parce qu'il a fait plus, parce qu'il a innové, parce qu'il a entraîné.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc on doit, on doit… non, parce que, Emmanuel MACRON dit « il faut accroître le paiement au mérite des fonctionnaires. »

MARYLISE LEBRANCHU
Je crois qu'Emmanuel MACRON il faut qu'il accroît le nombre d'emplois dans le pays et qu'il s'occupe de l'économie, je lui fais un clin d'oeil, mais il faut qu'il sache…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ras-le-bol Emmanuel MACRON ? C'est votre amie Martine AUBRY qui le dit, ce n'est pas moi.

MARYLISE LEBRANCHU
Non, pas du tout, mais il faut qu'il sache…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Comment pas du tout ? Non, si…

MARYLISE LEBRANCHU
Il faut qu'il sache, Emmanuel, comme vous, comme tous vos auditeurs surtout, que le système du mérite existe pour avancer la carrière et une prime, alors qui a un nom épouvantable, pardonnez-moi, à coucher dehors, un vrai mauvais nom, il va falloir qu'on lui trouve un nom plus intéressant que celui qu'il a aujourd'hui, mais on peut le faire aujourd'hui, donc il faut savoir, en plus, vous savez…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc accroître, non ?

MARYLISE LEBRANCHU
Je pense qu'on a suffisamment de moyens, mais qu'on travaille, dans les mois qui viennent, sur ce qu'on a appelé la reconnaissance de la valeur professionnelle.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais Emmanuel MACRON c'est un libéral dans l'âme.

MARYLISE LEBRANCHU
C'est vrai que comme ce n'est pas son sujet il a tendance à ne pas me demander la veille, je lui fais clin d'oeil encore, il a tendance à ne pas demander la veille ce qui existe déjà, mais il le sait, je pense. La valeur professionnelle… vous savez, écrire dans un protocole qu'on reconnaîtra la valeur professionnelle, dans la carrière, c'est-à-dire de ce que vous dites, au-delà de la prime, reconnaître la valeur professionnelle dans la carrière c'est très important.

JEAN-JACQUES BOURDIN
C'est très important. Autre sujet. Des agents – parce que ça, franchement – des agents municipaux, des employés municipaux, c'est vrai à Florensac dans l'Hérault, 5000 habitants, mais c'est vrai dans d'autres communes, qui sont payés, qui touchent une prime de 50 euros par mois pour les inciter à venir travailler, pour lutter contre l'absentéisme.

MARYLISE LEBRANCHU
Il faudra que je regarde de près, parce que ça ce n'est pas logique.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, oui, ça existe.

MARYLISE LEBRANCHU
Oui, mais c'est dommage que ça existe, je vais vous dire pourquoi.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ça fait baisser l'absentéisme.

MARYLISE LEBRANCHU
Alors, est-ce que c'est une prime d'assiduité, comme d'ailleurs un autre président de conseil général vient de créer, certains créent ce qu'on appelle une prime d'assiduité, c'est-à-dire que celui qui n'est jamais absent, a le droit à la prime, celui qui est absent, n'a pas le droit à la prime, ou elle est diminuée. Par exemple, moi j'ai…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous êtes favorable à ça ou pas ?

MARYLISE LEBRANCHU
J'ai dirigé une collectivité locale, il y avait une prime, qui s'appelait une prime de fin d'année, elle avait été convertie, et si vous étiez beaucoup absent dans l'année, eh bien la prime était diminuée. Donc, l'assiduité peut être prise en compte, naturellement il faut faire attention à quelqu'un qui est vraiment malade, il faut faire attention.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Marylise LEBRANCHU, pourquoi est-ce que depuis 5 ans le taux d'absentéisme dans la fonction publique a augmenté de 18 % ? La fonction publique territoriale, territoriale, pourquoi ?

MARYLISE LEBRANCHU
Je ne suis pas sûr de votre chiffre, mais bon !

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais moi j'en suis sûr.

MARYLISE LEBRANCHU
Mais non.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Non ? Ah bon, d'accord !

MARYLISE LEBRANCHU
On ne va pas se faire querelle là-dessus.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Durée moyenne des absences, 37 jours, dans la fonction publique territoriale.

MARYLISE LEBRANCHU
Disons qu'il y a trop d'absentéisme. Il y a aussi des raisons, sans doute, parce que je pense que dans le chiffre, je me demande s'il n'y avait pas la fonction publique hospitalière en même temps, mais peu importe, aux urgences on a un peu plus d'absentéisme qu'on avait ailleurs.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, ce qui paraît peut-être logique.

MARYLISE LEBRANCHU
Mais ce qui est intéressant c'est que sur cinq départements on a fait, nous, un contrôle, parce que dans la mesure, on n'avait plus de jours de carence, je me suis engagée à faire un contrôle avec des médecins dont le travail est d'allé voir nos fonctionnaires. Eh bien on s'est rendu compte que sur les arrêts de maladie injustifiés – alors là aussi il faudrait parler des médecins et des fonctionnaires, et des salariés – on est à peu près à 6,8 dans la fonction publique, on est à un peu plus de 7 chez les salariés du privé, sur les arrêts de maladie injustifiés. Ce qu'on est en train de mesurer, parce qu'on a du mal à le voir quand on regarde les chiffres bruts comme ça, c'est les tout petits arrêts de travail, enfant malade, et on a épuisé ses jours d'enfant malade, et puis les arrêts de travail longs qui, malheureusement, sont liés à des maladies importantes. Ça, vous avez du mal à le trouver dans votre pourcentage. Aujourd'hui je pense pouvoir vous dire, en toute sincérité, qu'on n'a pas plus d'absentéisme, sauf peut-être, et je le dis aussi, dans certains services médicaux, parce que les gens craquent, dans certains services, on l'a vu avec Philippe LAURENT qui a une mission sur le temps de travail, comme ceux qui sont, vous savez les rippers, qui courent derrière les bennes, parce que c'est compliqué de tenir le coup physiquement…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ou à Pôle emploi peut-être.

MARYLISE LEBRANCHU
Il y a eu des soucis, mais Pôle emploi c'est un opérateur, ce n'est pas les services directs.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, c'est un opérateur, c'est vrai.

MARYLISE LEBRANCHU
Donc je pense qu'il y a quelques cas, et je vais vous dire Monsieur BOURDIN, vous avez raison de parler de ça parce qu'il y a aussi le rôle des élus en tant que ressources humaines. Il faut qu'on fasse attention… vous savez l'élu, le vendredi il est peut-être salarié, le lundi il devient employeur public, la formation sur la gestion de la ressource humaine existe peu. Nous venons de décider, pour l'Etat, et nous serons à disposition des collectivités locales, de faire de notre Direction de la fonction publique, une direction ressources humaines, quelle formation, quelle valorisation, quelle lutte contre l'absentéisme, comment motiver les équipes, etc. voyez. Ce qu'on fait dans une entreprise on doit le faire pour des millions de personnes, fonctionnaires.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Marylise LEBRANCHU, avec, fonction publique territoriale, 1,8 million agents à peu près, il y a les Régionales, une réforme que vous avez portée, cette décentralisation en quelque sorte, cette réforme régionale. Est-ce que grâce à cette réforme, le nombre de fonctionnaires territoriaux sera réduit, oui ou non ?

MARYLISE LEBRANCHU
A mon avis oui. Pourquoi…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais à votre avis oui ou ce n'est qu'un avis ?

MARYLISE LEBRANCHU
C'est mon avis, parce que moi je ne fais jamais de politique fiction, ça va se faire, on va regarder, mais qu'est-ce qui va se passer…

JEAN-JACQUES BOURDIN
D'accord, mais moi je ne veux pas non plus de politique fiction.

MARYLISE LEBRANCHU
Qu'est-ce qui va se passer. On va mutualiser ce qu'on appelle les fonctions supports, c'est-à-dire la gestion des carrières, les bulletins de paie, tout ce qui se fait dans des bureaux, pour faire plus court, on va mutualiser cela. Il faut qu'on renforce les services de l'action économique, c'est-à-dire de l'aide directe aux entreprises, aux petites entreprises, où on a un vrai besoin de personnel, mais ce n'est pas de grosses équipes, c'est surtout des équipes performantes. Donc moi je vous dis, on fera bilan dans, allez 4 ans, puisqu'il faut le temps d'installer les nouveaux conseils régionaux…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Les effectifs vont baisser ?

MARYLISE LEBRANCHU
Les effectifs baisseront mais, en revanche, l'Etat, pendant ce temps-là, va réorganiser sa fonction publique, déconcentrer sur les territoires, parce que Monsieur BOURDIN, contrairement à ce qu'on peut penser, nos citoyens nous reprochent d'avoir enlevé trop de fonctionnaires sur les territoires, d'avoir des problèmes de proximité.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc là les effectifs dans la fonction publique territoriale vont baisser…

MARYLISE LEBRANCHU
Je pense.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Globalement, dans les années qui viennent, les effectifs de fonctionnaires ne baisseront pas ?

MARYLISE LEBRANCHU
Alors, au niveau central, oui, mais sur les territoires, c'est là où on a fait une erreur, c'était les prédécesseurs, mais peu importe, pas de polémique, il y a eu une erreur, c'est de ne pas remplacer un fonctionnaire qui est parti à la retraite sur deux. Et du coup, là où on avait des pyramides des âges assez élevées, c'est-à-dire quand on peut enfin être nommé dans ce type de régions, eh bien du coup il y a eu trop de fonctionnaires qui sont partis en retraite, qui n'ont pas été remplacés, et le sentiment d'abandon nous est reproché, pas seulement par des élus de gauche, ou par des citoyens, mais aussi par des élus qui appartiennent aux Républicains.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Alors j'ai une question à vous poser, est-ce que, avec cette réforme régionale, les élus resteront aussi nombreux ?

MARYLISE LEBRANCHU
Les élus sont aussi nombreux, mais vous savez, quand vous avez une région où on a, allez, 300 kilomètres, 3 heures, 4 heures, pour aller d'un point à l'autre, attention à ce que l'élu puisse rencontrer les acteurs locaux.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc les élus resteront aussi nombreux.

MARYLISE LEBRANCHU
Oui.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Les indemnités des élus vont augmenter.

MARYLISE LEBRANCHU
Alors, les indemnités des élus régionaux, je pense qu'en Bretagne ils ont 1900 euros, je crois, par mois…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Puisque c'est calculé sur le nombre d'habitants de la région je crois, les indemnités.

MARYLISE LEBRANCHU
Oui, mais je pense que ce n'est pas un vrai sujet de grosses dépenses publiques, les élus régionaux, par rapport à certains autres élus.

JEAN-JACQUES BOURDIN
En fait le nombre d'élus ne va pas baisser, c'est un peu ce qu'on nous avons promis quand même, me semble-t-il, non ?

MARYLISE LEBRANCHU
Non, c'était dans le conseiller territorial qu'on nous avait promis de, et ce n'était pas nous, mais le nombre d'élus, si je peux aller au bout… vous savez, on a toujours, on montre toujours l'élu…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Il y a trop d'élus ou pas en France ? 600.000.

MARYLISE LEBRANCHU
Moi je pense qu'il y a beaucoup d'élus bénévoles dont on ne parle jamais, ceux-là n'ont pas d'indemnité et ils créent une forme de cohésion sur les territoires, ce sont des gens qui vont… il y a un problème, il y a un deuil, il y a un accident, il y a une bonne nouvelle, peu importe, ils sont là et ils font partie, comme les fonctionnaires, je dis toujours de la cohésion de la Nation. Donc il faut faire attention, parce que sur les 600.000, la très très grande majorité est quand même bénévole ou quasi-bénévole, il ne faut pas oublier ça.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Le traitement des fonctionnaires, où est-ce que vous en êtes ?

MARYLISE LEBRANCHU
Alors, on a réécrit la carrière, donc ils pourront avoir une carrière plus intéressante, parce que si on s'en était tenu à ce qui existe aujourd'hui, on aurait embauché au 1er janvier 2018 un professeur ou une infirmière au SMIC, donc c'était quand même un peu compliqué, on aurait d'ailleurs eu moins de candidats. Donc ce qu'on a décidé de faire, même si tous les syndicats n'ont pas signé, six syndicats sur neuf, et on était majoritaire dans la fonction publique d'Etat et pas dans les autres fonctions publiques, c'est d'allonger la carrière, c'est-à-dire d'allonger le temps qui vous permet d'aller à l'échelon, ou grade, supérieur, mais ce sera plus intéressant, c'est 40 euros de plus pour une catégorie C au 1er janvier 2020, par mois, c'est 80 pour une catégorie B, c'est 150 pour une catégorie A.

JEAN-JACQUES BOURDIN
D'ici 2020 rien ne bouge quoi !

MARYLISE LEBRANCHU
On va commencer dès 2017 parce que…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Puisque le point d'indice ne bouge pas, on est bien d'accord ?

MARYLISE LEBRANCHU
Attendez, de 2018, 2017, pardonnez-moi, et même à la fin de 2016, on commence pour les catégories B parce qu'elles n'ont rien eu en termes d'augmentation depuis longtemps.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, parce que les SMIC les dépasse.

MARYLISE LEBRANCHU
Et en février le Premier ministre a décidé de faire une rencontre, sur le salaire, sur le point d'indice, donc en février, en fonction des résultats de la France.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ah, le point d'indice pourrait bouger ?

MARYLISE LEBRANCHU
Si la France va mieux, Monsieur BOURDIN, oui, en février il y a une discussion. Alors, on sera très loin…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Sur le point d'indice ?

MARYLISE LEBRANCHU
Oui, sur le point d'indice.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Qui pourrait augmenter ?

MARYLISE LEBRANCHU
Parce qu'il faut toujours se souvenir, mais vous le savez mieux que personne, que les fonctionnaires ont, « grâce » au gel du point d'indice, apporté 7 milliards d'économie à la France, donc ce n'est pas rien quand même.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Marylise LEBRANCHU, avoir un emploi à vie, garanti, est-il encore défendable en 2015 ?

MARYLISE LEBRANCHU
Oui, parce que ce n'est pas un emploi à vie, c'est une carrière, c'est-à-dire qu'on n'est pas dans la fonction publique d'emploi mais de carrière. Ce qui veut dire que si votre emploi est supprimé, ce qui peut arriver, on a vu ça dans la réécriture des régions, dans les services déconcentrés de l'Etat, même dans les services de Bercy où actuellement des emplois sont supprimés, vous êtes obligé d'accepter une mobilité, fonctionnelle ou géographique, ce qui n'est pas le cas dans le privé, vous ne pouvez pas, par exemple, venir discuter d'une rupture conventionnelle avec votre employeur, ce n'est pas possible. Si le nouvel emploi ne vous satisfait pas, eh bien vous partez, comme ça, sans rien. Donc attention, ce n'est pas l'emploi qui est garanti, c'est la carrière.

JEAN-JACQUES BOURDIN
La carrière est garantie, à vie.

MARYLISE LEBRANCHU
Est garantie, et on peut bouger.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Alors, un ministre, un ministre a déclaré récemment « un cadre de ministère bénéficie d'un emploi à vie et pas le responsable cybersécurité d'une entreprise. »

MARYLISE LEBRANCHU
Je vois qui c'est.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, vous voyez qui c'est.

MARYLISE LEBRANCHU
Et oui !

JEAN-JACQUES BOURDIN
Il s'appelle Emmanuel MACRON.

MARYLISE LEBRANCHU
Eh bien, sur ce sujet, c'est intéressant de rappeler que sur des métiers, des fonctions très difficiles, très récentes, par exemple dans le numérique, l'économie nouvelle, eh bien nous avons des contractuels, nous avons 1 million de contractuels, je pense même qu'on en a trop, voyez-vous, mais on a 1 million de contractuels. 17 % de nos fonctionnaires sont contractuels, pourquoi ? parce qu'il est dit, dans notre droit, de l'action publique, donc de la fonction publique, que lorsqu'il n'y a pas d'équivalent dans le métier qu'on cherche en termes de fonctionnaire, alors on peut avoir un contractuel qu'on renouvelle et puis qu'on passe en CDI. Donc, il faut faire attention…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc, on ne discute pas du statut des fonctionnaires ?

MARYLISE LEBRANCHU
Non.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Non ?

MARYLISE LEBRANCHU
Je vais vous dire, l'impartialité…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Parce que c'est Emmanuel MACRON qui a dit que ça devait être discuté.

MARYLISE LEBRANCHU
Mais je lui ai déjà répondu.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous lui avez dit ?

MARYLISE LEBRANCHU
Je lui ai dit, bien évidemment.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous lui avez dit, en tête-à-tête, vous lui avez dit « tu te trompes » ?

MARYLISE LEBRANCHU
Oui Monsieur BOURDIN, je lui ai dit. Non, je ne lui ai pas dit « tu te trompes », je ne permets pas ça, je lui ai dit « je ne suis pas d'accord. » Pourquoi ? parce que, quel que soit le pouvoir politique, le pouvoir politique au niveau national, au niveau d'une maire ou d'une région, l'impartialité, la loyauté, la laïcité, est garantie par la fonction publique. Il faut faire attention, on pense toujours que c'est la solidité de l'Etat, la solidité de la collectivité, non, c'est la solidité de la Nation, et donc on a inventé ce statut pour protéger les fonctionnaires de politiques qui voudraient conduire la France là où on ne veut pas qu'elle aille. Donc, impartialité, loyauté, laïcité, et en plus on a mis dans la loi « déontologie des fonctionnaires », les conflits d'intérêt. Donc voyez, on a vraiment bordé le droit des fonctionnaires pour que ce soit toujours la solidité de la Nation et que ce soit une garantie pour les citoyens qu'ils seront traités tous de la même façon, quel que soit l'élu en place, aussi.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Marylise LEBRANCHU, je lis ce qu'a déclaré Martine AUBRY, vous êtes très proche de Marylise LEBRANCHU, je le rappelle.

MARYLISE LEBRANCHU
C'est une amie.

JEAN-JACQUES BOURDIN
C'est une amie, je le sais, et ce que j'aime bien avec vous c'est qu'au moins vous assumé.

MARYLISE LEBRANCHU
Oui j'assume, bien sûr.

JEAN-JACQUES BOURDIN
C'est vrai que vous assumez. Voilà ce qu'a écrit Martine AUBRY : comment voulez-vous que les gens ne soient pas inquiets, le meilleur moyen de réunir la gauche, c'est de faire une politique qui réponde aux attentes des Français et aux valeurs de la gauche qui redonne un sens à ce qu'on fait, sous-entendu, on ne donne pas suffisamment de sens à ce qu'on fait, et on ne conduit pas la politique que l'on devrait conduire.

MARYLISE LEBRANCHU
Alors sur l'aspect des mesures techniques, politiques, je pense qu'il n'y a pas de souci, peut-être qu'il faut qu'on développe mieux le discours de pourquoi on fait ça. On prend par exemple le CICE, moi, quand je vais sur les départements, j'ai fait 256 déplacements, les gens me disent : vous avez fait un cadeau aux patrons, je suis obligée de réexpliquer ce qu'est la compétitivité, et Martine AUBRY a partagé cette analyse, ce qu'est la compétitivité, c'est comment on peut baisser le coût du travail, de façon, bien sûr, organisée, pour que nos entreprises soient compétitives et vendent leurs produits. Ça, c'est important, et peut-être que sur le discours, on a tendance à parler du CICE ou du crédit impôt recherche, et on oublie de dire ce qu'est la politique de l'offre, la politique de l'offre, c'est quoi ? C'est augmenter la compétitivité des entreprises, la politique de la demande, c'est quoi ? C'est permettre aux gens d'avoir un meilleur pouvoir d'achat. C'est pour ça qu'on baisse les impôts sur les gens qui ont le moins, vous savez que ça a été un débat difficile, important, mais c'est un débat qui a été tranché par le président de la République et le Premier ministre ; on baisse les impôts de neuf millions de personnes, ça redonne du pouvoir d'achat. Donc je pense que là où Martine AUBRY nous fait signe, c'est qu'il faut qu'on dise bien pourquoi on prend telle et telle mesure, pourquoi j'ai fait un accord avec l'ensemble des fonctionnaires, pour leur pouvoir d'achat, mais aussi pour leur efficacité, redire comment on voit la société française. Vous savez, la société française, c'est un modèle. Moi, j'ai la chance, ministre de la Fonction publique, d'être invitée, je suis invitée, là, par les élus mexicains, pourquoi je suis invitée ? Pour organiser la Fonction publique, pour parler de formation des fonctionnaires, pour que l'action publique permette à leurs entreprises de se développer. Nous sommes un modèle, et nous n'arrêtons pas de regarder ailleurs.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Alors dernière question, vous vous souvenez de l'engagement numéro 50 du candidat François HOLLANDE ?

MARYLISE LEBRANCHU
Alors, le 50, non, je ne me rappelle plus, mais vous allez me le dire…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, le 50, non, en 2012, bon, j'accorderai le droit de vote aux élections locales aux étrangers résidant légalement en France, étrangers communautaires (sic) non-communautaires, pardon, résidant légalement en France depuis cinq ans. Est-ce que vous regrettez que cet engagement ne soit pas tenu ?

MARYLISE LEBRANCHU
Je regrette que l'engagement ne soit pas tenu, mais ce n'est pas la faute de François HOLLANDE, je regrette qu'on ait perdu le Sénat, et que, malheureusement, les Républicains qui, pourtant – je me souviens d'une phrase de l'ancien président de la République – qui pensaient que c'était une bonne idée le vote des étrangers, ne veulent plus le voter. De la même façon que, on s'était engagé sur la charte des langues régionales, même si ce n'est pas de même nature, c'est de même comportement politique, eh bien, parce que nous l'avons proposé, ils ne l'ont pas voté. C'est dommage. Je pense que là, parfois, on devrait réfléchir au mot consensus.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Merci Marylise LEBRANCHU.


Source Service d'information du Gouvernement, le 17 novembre 2015

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