Interview de M. Emmanuel Macron, ministre de l'économie, de l'industrie et du numérique, à "Europe 1" le 10 novembre 2015, sur le travail le dimanche, l'investissement dans l'innovation pour la création de nouveaux emplois, sur les primes des fonctionnaires, la mort du philosophe André Glucksmann. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Emmanuel Macron, ministre de l'économie, de l'industrie et du numérique, à "Europe 1" le 10 novembre 2015, sur le travail le dimanche, l'investissement dans l'innovation pour la création de nouveaux emplois, sur les primes des fonctionnaires, la mort du philosophe André Glucksmann.

Personnalité, fonction : MACRON Emmanuel, KARA Alexandre, SOTTO Thomas.

FRANCE. Ministre de l'économie, de l'industrie et du numérique; ;

ti : THOMAS SOTTO
Axel de TARLE, on commence avec vous et le feuilleton, la saga RENAULT-NISSAN, ménage à trois tumultueux, si on y ajoute l'Etat.

AXEL DE TARLE
Exactement. Bonjour monsieur MACRON, parce que RENAULT-NISSAN est l'une des rares alliances dans l'automobile qui fonctionne très bien et ça fonctionne très bien parce qu'il y a un équilibre subtil entre Français et Japonais. Or c'est tout à votre honneur mais vous avez voulu renforcer, affirmer l'encrage français de cette alliance en montant au capital, en obtenant des droits de vote double. Du coup côté japonais, on se sent un peu lésé, on a l'impression d'être un partenaire au rabais, j'allais dire, est-ce qu'à trop vouloir défendre, à trop vouloir affirmer le caractère français de cette alliance, vous ne risquez pas de fragiliser ce groupe RENAULT-NISSAN qui encore une fois fonctionne très bien et est considéré même comme un modèle de réussite en terme d'alliance ?

EMMANUEL MACRON
Vous avez raison de dire que le groupe, enfin l'alliance RENAULT-NISSAN fonctionne très bien et ce que nous avons voulu faire et ce que j'ai constamment dit, c'est qu'il fallait la renforcer. Qu'avons-nous fait ? Nous avons en assemblée générale, comme n'importe quel actionnaire familial, ce qui d'ailleurs a été le cas dans d'autres groupes , l'a fait défendu nos droits de vote double, que la loi a voté il y a un peu plus d'un an par les députés en France ont permis. Dans beaucoup d'autres pays ceci existe, parfois c'est cinq droits de vote par action, d'autrefois dix, si vous êtes actionnaire de Google, vous aurez face à vous des actionnaires de long terme qui ont dix droits de vote. Et donc nous sommes chez RENAULT depuis 45, nous avons défendu nos droits de vote double et pour se faire nous sommes montés de 15 % à 19 %. J'ai dit dès le début, je vous le redis aujourd'hui, nous repasserons à 15 % de détention…

AXEL DE TARLE
Quand monsieur MACRON ?

EMMANUEL MACRON
Dès que les intérêts patrimoniaux des contribuables seront pleinement préservés, c'est-à-dire qu'on ne va pas perdre de l'argent dans cette opération, on n'est pas loin de pouvoir le faire, il faut le faire de manière progressive. Maintenant qu'est-ce que c'est l'alliance RENAULT-NISSAN, c'est un jeu de participation croisée et puis c'est surtout une intégration industrielle, un rapprochement, que même depuis 2002, Louis SCHWEITZER, puis Carlos GHOSN. Quand nous avons conclu cette alliance, l'Etat avait 40 % dans RENAULT, qu'on ne vienne pas m'expliquer que parce que nous avons défendu les droits de vote double, nous fragilisons l'alliance, nous avions 40 % chez RENAULT. Donc nous avons défendu ces droits de vote double parce que ça mécontentez certaines et certains qui ne sont pas toujours du côté japonais, donc moi je suis là-dessus solide sur mes appuis, il n'y a pas de connivence, il n'y a pas non plus de volonté de reprendre un contrôle de l'Etat, nous n'avons absolument pas les moyens…

AXEL DE TARLE
L'Etat va avoir 28 et les Japonais zéro.

EMMANUEL MACRON
En droit de vote, pas en intérêt économique.

AXEL DE TARLE
Oui, en droit de vote. Vous avez peur qu'un jour, au fond les Japonais finissent par prendre le contrôle de RENAULT et que RENAULT soit dirigé depuis Tokyo et non plus depuis Billancourt, c'est ça la crainte au fond ?

EMMANUEL MACRON
Non pas du tout, je pense que c'est important compte tenu de ce que nous avons mis dans cette entreprise, compte tenu de l'investissement que RENAULT a fait dans NISSAN, quand NISSAN allait mal, que nous puissions défendre les droits de vote qui vont avec notre participation, c'est-à-dire les 15,01 % que nous avons pour précisément défendre cette capacité à avoir une minorité de blocage en Assemblée générale. C'est-à-dire éviter que des décisions structurantes puissent se prendre sur le groupe sans que l'État français ne soit d'accord.

THOMAS SOTTO
C'est un peu technique tout ça mais est-ce qu'à terme, Emmanuel MACRON vous êtes pour la fusion entre RENAULT et NISSAN ?

EMMANUEL MACRON
Alors ça, j'ai entendu beaucoup de commentateurs le dire, j'ai toujours été très clair là-dessus, je suis pour deux choses, la préservation de l'alliance RENAULT-NISSAN dans ses équilibres, tels que signés en 2002. Et deuxièmement l'intégration opérationnelle de groupe, ce n'est pas la fusion.

THOMAS SOTTO
Donc pas de fusion.

EMMANUEL MACRON
Mais elle n'est pas à l'ordre du jour, elle n'a pas à être à l'ordre du jour. Il y a un travail qui est conduit depuis des années, qui est de rapprocher opérationnellement les deux groupes, c'est-à-dire d'être plus forts ensemble parce qu'on produit plus de véhicules. Donc d'innover ensemble, d'acheter ensemble, de pouvoir vendre ensemble, mais ça ne s'appelle pas la fusion puisque j'ai toujours dit, dès le début, je suis pour préserver la gouvernance, telle qu'elle a été définie en 2002 par l'alliance.

AXEL DE TARLE
Il n'y a pas de problème d'homme avec Carlos GHOSN, entre lui et vous ?

EMMANUEL MACRON
J'ai constamment dit que Carlos GHOSN en tant que manager avait la confiance de l'Etat actionnaire.

AXEL DE TARLE
Il se prend parfois pour un actionnaire, un peu trop.

EMMANUEL MACRON
J'ai simplement rappelé la grammaire dans laquelle nous vivons, elle vaut pour l'État comme pour les managers. Il y a des actionnaires et il y a des dirigeants et il faut que les dirigeants fassent le métier de dirigeants et les actionnaires, le métier d'actionnaires.


* SUITE « INTERVIEW VÉRITÉ » D'EMMANUEL MACRON AVEC ALEXANDRE KARA, À 7H17

THOMAS SOTTO
Venons-en au travail du dimanche, dispositif mal maîtrisé comme le disait encore Anne HIDALGO dans le JDD dimanche.

EMMANUEL MACRON
C'est ma grande supporter sur ce sujet.

ALEXANDRE KARA
Voilà, la maire de Paris qui vous a beaucoup critiqué, qui estime notamment que ça va tuer le petit commerce. Quand on regarde par exemple ce qui s'est passé en Italie, depuis 2012, les chiffres viennent de la Confédération des petites entreprises, ils estiment que depuis 2012 il y a eu 73.000 fermetures de petits commerces en Italie. Comment on peut être sûr que ça ne se passe pas de la même façon en France Emmanuel MACRON ?

EMMANUEL MACRON
En suivant, en mesurant, en évaluant, ce qui est insuffisamment la culture française. D'abord parce que, la loi que j'ai portée, elle est proportionnée. On a beaucoup de fermetures de petits commerces en France depuis des années, avant même que cette loi ne passe. Pourquoi ? Parce qu'on avait favorisé des grandes zones commerciales hors des centres urbains. Ce que cette loi fait c'est qu'elle donne justement, d'abord, la latitude aux maires, dans les communes, de choisir. On a dit « les maires peuvent ouvrir jusqu'à 12 dimanches », c'est-à-dire un dimanche par mois. Dans 98 % du territoire ça suffit. Quand le maire de Bordeaux a voulu faire respirer sa ville, il avait d'ailleurs d'abord voulu la classer en zone touristique, puis il s'est aperçu qu'un dimanche par mois suffisait, donc il y aura cette latitude. Ensuite on a clarifié, simplifié les règles, pour que classer sa commune en zone touristique ou commerciale, là on peut être ouvert tous les dimanches de l'année, avec des règles claires, et puis il y a ces fameuses zones touristiques internationales, mais qui sont extrêmement limitées, ce sont quelques quartiers de Paris, Toulouse, en l'occurrence…

ALEXANDRE KARA
Mais on voit, par exemple, que les Galeries Lafayette n'arrivent pas à ouvrir, ou Le Printemps, la loi a été faite pour eux à l'origine.

EMMANUEL MACRON
Non, la loi n'est pas faite pour tel ou tel, ça…

THOMAS SOTTO
Quand on dit qu'il faut que les touristes chinois puissent venir faire leurs courses le dimanche, on pense aux Galeries Lafayette, au Printemps et aux grands magasins.

EMMANUEL MACRON
Non, on pense à ces zones touristiques internationales où, en soirée et le dimanche, il est important d'ouvrir. Parce que, à chaque fois, dans tous ces cas-là, moi j'ai mis une règle simple, parce que je crois dans ce que j'appelle la République contractuelle. La loi elle ne doit pas tout régenter, et donc la loi elle donne une possibilité, et après c'est à un accord d'entreprise, ou de territoire, ou de branche, d'en définir les règles, parce que la loi n'a pas mis les règles de compensations, mais elle a posé un cadre. Elle a dit « pas d'accord, pas d'ouverture », et « c'est cet accord qui définit les règles de compensation. » des entreprises ont réussi à le faire, il y a beaucoup d'enseignes dans Paris, beaucoup de sites, qui se sont ouverts. Je ne veux pas citer ici les noms d'enseignes, mais vous allez sur les Champs-Elysées, vous avez des parfumeurs qui ont trouvé un accord d'entreprise, qui payent double, qui raccompagnent les salariés chez eux, ils peuvent ouvrir en soirée jusqu'à minuit et le dimanche. Vous avez des centres commerciaux qui se sont ouverts, par cette loi, dans le 15e arrondissement, arrondissement cher à la maire de Paris, il y a 50, 60.000 touristes et visiteurs qui y sont le week-end, et donc on crée de l'emploi, il y a des grandes enseignes qui ont déjà annoncé créer plusieurs centaines d'emplois grâce à ça, mais avec des règles de compensations claires. Maintenant, là-dessus, il y aura, et je l'ai dit, un observatoire, en particulier à Paris, qui sera mis en place, avec le préfet de région et la maire, l'ensemble des commerçants qui seront là pour observer, suivre. Nul ne sait, a priori, ce qui se passe, mais on doit être vigilant, suivre, mesurer. Je crois à l'évaluation, a priori, a posteriori, je ne crois pas aux guerres de principe.


* SUITE « INTERVIEW VÉRITÉ » D'EMMANUEL MACRON AVEC THOMAS SOTTO, À 7H43

JULIE
À 07h43, « L'interview vérité d'Europe 1 », il est avec nous depuis 07h00 ce matin, le ministre de l'Économie, Emmanuel MACRON, répond à vos questions, Thomas SOTTO.

THOMAS SOTTO
Alors, il y a eu la loi Macron I, dont on a beaucoup parlé tout à l'heure, notamment avec les Experts, à 07h15, à venir donc la loi Macron II, qui porte un autre nom, peut-être pour ne pas fâcher vos adversaires, y compris dans votre camp, il faudra donc parler de la loi NOE, pour Nouvelles Opportunités Économiques. On ne va pas s'intéresser au nom, mais au fond, Emmanuel MACRON. Comment allez-vous vous y prendre pour créer de l'emploi ?

EMMANUEL MACRON
Écoutez, ce qui est en train de se passer, c'est une grande transformation de notre économie. Elle a commencé, et donc il y a des pans entiers de notre économie qui sont parfois menacés par le numérique. Il y en a d'autres qui sont en voie de modernisation très profonde, grâce au numérique, donc les tâches seront moins pénibles, on va créer plus d'activité, et puis, il y a des pans entiers qui sont en train de se créer, de nouvelles entreprises, de nouvelles catégories. Et donc, ce qui est fondamental, c'est de pouvoir innover beaucoup plus rapidement, et créer ces nouveaux champions de l'économie d'aujourd'hui, c'est de pouvoir faire la transition beaucoup plus rapidement, d'un modèle productif à l'autre. Qu'est-ce que ça veut dire ?

THOMAS SOTTO
Ça veut dire quoi, ça, la transition, qu'est-ce qu'on change ?

EMMANUEL MACRON
Eh bien ça veut dire investir, bien plus massivement dans nos entreprises, sur tous les secteurs innovants et sur la différenciation, la montée en gamme, que ce soit dans l'industrie lourde ou dans les services. Donc, investir aujourd'hui. L'investissement privé, c'est fondamental, l'investissement dans l'innovation. Ça veut dire simplifier les choses, pour celles et ceux qui investissent.

THOMAS SOTTO
Exemple.

EMMANUEL MACRON
De manière très simple, il faut qu'on puisse aujourd'hui investir dans l'appareil productif, dans les logiciels, les robots parfois, que l'on a dans l'industrie lourde. Il faut qu'on puisse investir plus massivement dans les innovations, en biologie, en biotechnologies, parce qu'il y a une convergence entre les différentes disciplines, dans l'énergie, pour avoir des solutions plus individualisées, avec une production plus déconcentrée, chacun des secteurs est transformé.

THOMAS SOTTO
Pardon, mais ça c'est beau comme un discours de ministre, mais…

EMMANUEL MACRON
Non.

THOMAS SOTTO
Mais on va vers quoi ? On va vers des mini-jobs aujourd'hui, on va vers l'autoentreprise dont parlait Jean-Philippe BALASSE ?

EMMANUEL MACRON
Attendez, mais tout de suite vous voulez aller… Je suis en train d'expliquer ce mouvement qui est en cours, où tout va beaucoup plus vite, tout est tout de suite mondialisé, et où en même temps il y a la possibilité de créer de nouvelles entreprises absolument formidables, on en a cité quelques-unes ce matin, on en crée beaucoup en France, et où on peut se retrouver à avoir des entreprises classiques, ou des secteurs classiques menacés. Donc, ce sont des risques, mais en même temps des opportunités. L'objectif c'est qu'on réussisse cette bataille, que la France se lance dans cette grande transformation, qu'elle puisse innover plus vite, plus fort, qu'on puisse mettre beaucoup plus de financements publics et privés sur l'innovation, qu'on simplifie nos règles pour investir d'avantage, et…

THOMAS SOTTO
Ça, on l'a entendu.

EMMANUEL MACRON
… en même temps, qu'on donne sa place à chacun, c'est-à-dire qu'il y ait plus d'adaptabilité et de sécurité dans cette économie. Ça veut dire une politique de formation plus adaptée, dans l'industrie en particulier. On va équiper, investir davantage, c'est ce que l'on fait avec l'industrie du futur, on forme, on doit former de manière beaucoup plus intense, les ouvriers, les cadres, à cette transformation, pour qu'ils aient une place à côté de la machine, et ils l'ont. Moi je l'ai déjà vu sur le terrain, ça existe. Ensuite on doit justement ouvrir, aussi bien davantage, les nouvelles qualifications et métiers, et ça c'est un chantier, ça rejoint ce que disait votre collègue il y a un instant.

THOMAS SOTTO
Jean-Philippe BALASSE.

EMMANUEL MACRON
Ce qui est très important dans cette économie, c'est de pouvoir justement saisir toute les opportunités.

THOMAS SOTTO
Mais elles sont où, les opportunités, aujourd'hui ?

EMMANUEL MACRON
Créer des emplois très qualifiés dans la biotechnologie, dans…

THOMAS SOTTO
Question que vous posent les 5 millions de chômeurs du pays.

EMMANUEL MACRON
Eh bien, de manière très simple, ces 5 million de chômeurs du pays, il faut, un, qu'on aide à développer des champions, à créer des champions, dans ces nouvelles opportunités en France. Ça va créer des emplois de toute qualification. Deux, qu'on facilite l'entrepreneuriat individuel, parce que c'est faux de dire que dans notre pays, on a, certains de nos concitoyens qui voudraient vivre uniquement des aides publiques. Moi, quand je vais sur le terrain, à chaque fois, je vois des femmes et des hommes qui veulent entreprendre, qui veulent devenir salariés. Simplement, nous sommes dans un système où devenir salarié, avoir un CDI, est devenu très dur.

THOMAS SOTTO
C'est fini le salariat, ça ne doit plus être le modèle absolu ?

EMMANUEL MACRON
C'est pas du tout fini, écoutez, je vous entendais tout à l'heure le dire, donc je peux montrer à celles et ceux qui suivent par la caméra, ce graphique, qui vous montre…

THOMAS SOTTO
On le mettra sur Twitter, avec le #loimacron.

EMMANUEL MACRON
… la place de l'emploi non salarié dans notre pays, la part justement des non-salariés. Elle a constamment diminué jusqu'au début des années 2000, elle remonte, mais on a à peine 10 % de non-salariés dans notre pays. Donc, le salariat, c'est évidemment la grande masse, mais il faut que…

THOMAS SOTTO
Et ça doit rester la règle.

EMMANUEL MACRON
Mais, je n'ai pas à être prescripteur, je pense que c'est aujourd'hui la règle, parce qu'on a encore une organisation, on l'aura pour très longtemps, de vie dans l'entreprise. Mais il faut qu'il y ait différentes formes d'entrées dans le monde du travail. Or, aujourd'hui, ce que je constate, c'est qu'il y a beaucoup de jeunes, ou de moins jeunes, en particulier les moins qualifiés, qui ont énormément de mal à rentrer dans le salariat…

THOMAS SOTTO
Donc vous leur dites : « soyez votre propre patron, créez votre microentreprise » ? C'est ça ?

EMMANUEL MACRON
… et à accéder à un CDI. Et à accéder à un CDI. 90 % des embauches…

THOMAS SOTTO
Sont des CDD.

EMMANUEL MACRON
C'est des CDD, des intérims, des contrats courts. Et en même temps, il y a, des jeunes, des moins jeunes, qui en ont assez de la subordination qui va avec le salariat. Parce que le salariat, c'est protection contre subordination. Bon. Je l'ai vu dans plusieurs de mes déplacements, j'étais la semaine dernière à Rennes, j'étais il y a quelques semaines en Ile-de-France sur le même sujet. De manière très concrète on voit cette envie, et donc il faut faciliter en effet la création d'entreprises individuelles, la simplifier, en termes…

THOMAS SOTTO
C'est la microentreprise, c'est l'autoentreprise, c'est ça ?

EMMANUEL MACRON
C'est la simplification entre tous ces régimes, parce qu'il ne faut pas créer de concurrence déloyale, mais c'est faciliter, un, la création en effet de l'entreprise individuelle, de la micro entreprise, pour toutes celles et ceux qui veulent entreprendre, à commencer par être entrepreneurs d'eux-mêmes et il faut ensuite les aider à avoir un financement beaucoup plus simple, beaucoup de réseaux jouent ce jeu, on a modifié par décrets les plafonds pour pouvoir d'ailleurs prêter un peu plus, jusqu'à 12 000 € pour une entreprise…

THOMAS SOTTO
Vous voulez simplifier, Emmanuel MACRON…

EMMANUEL MACRON
… et 5 000 pour un particulier…

THOMAS SOTTO
… mais vous faites partie…

EMMANUEL MACRON
… et surtout, pardon, je finis…

THOMAS SOTTO
Attendez, mais c'est important.

EMMANUEL MACRON
Il faut leur faciliter la vie, pour grandir, parce qu'aujourd'hui le plafond de verre, il est pour commencer à embaucher. Vous devez changer de statut quand vous êtes sur certains régimes, vous devez rentrer dans des normes qui sont trop contraignantes.

THOMAS SOTTO
Vous voulez simplifier, mais vous faites partie d'un gouvernement qui a complexifié l'accès à la microentreprise, c'est la loi de votre collègue Sylvia PINEL du 18 juin 2014, plus de contraintes, plus de taxes, il faut s'immatriculer au registre du commerce et des sociétés, il faut faire un stage payant de cinq jours pour apprendre la gestion, etc. etc. Il n'y avait pas une contradiction, là ?

EMMANUEL MACRON
Vous avez raison de dire qu'il y a une contradiction, c'est pour ça qu'il faut qu'on puisse aller plus loin, et c'est ce que nous ferons dans ce cadre des nouvelles opportunités économiques. Sylvia PINEL…

THOMAS SOTTO
Donc vous reviendrez sur cette loi ?

EMMANUEL MACRON
Sylvia PINEL, qu'est-ce qu'elle a fait ? Elle a répondu à une problématique qui était réelle, qui était cette concurrence déloyale qui, pour beaucoup d'artisans, de commerçants et qui était en régime, dans certains régimes juridiques, considéraient qu'il y avait une concurrence déloyale, parce que les autoentrepreneurs avaient moins de charges, moins d'impôts, des simplifications, auxquelles eux n'avaient pas droit. Moi je vais vous dire, ce vers quoi il faut qu'on avance. Il faut étendre à toutes et tous, ces simplifications. Il faut que ce soit plus simple, pour tout le monde.

THOMAS SOTTO
Mais on va créer des emplois ou on va précariser des emplois et on va en supprimer d'autres ailleurs ? Comment va être la balance ?

EMMANUEL MACRON
Non, on va créer… Mais, vous savez, moi je vais être simple, je vais être simple avec vous, les jeunes ou les moins jeunes, en particulier dans les quartiers les plus défavorisés, comme ils disent dans les banlieues, ils ne sont pas là pour tenir les murs et ils ne veulent pas tenir les murs, comme on le dit trop souvent ou comme on les stigmatise. Ils veulent rentrer dans la vie active, ils veulent rentrer dans l'emploi. Et si rentrer dans l'emploi ça commencer par l'entrepreneuriat individuel, ça commence par un emploi qui est peut-être plus fragile qu'un CDI…

THOMAS SOTTO
Qu'est-ce qu'ils vont vous dire ?

EMMANUEL MACRON
… je préfère cela au chômage.

THOMAS SOTTO
Oui, bravo.

EMMANUEL MACRON
Et eux aussi préfèrent cela au chômage ou à l'entrepreneuriat…

THOMAS SOTTO
Bravo Emmanuel MACRON.

EMMANUEL MACRON
… mais nous n'avons, ni vous, ni moi, à leur expliquer ce que doit être leur vie ! On doit leur laisser cette liberté !

THOMAS SOTTO
Mais qu'est-ce qu'ils vont vous dire, les jeunes et les moins jeunes, qui sont en CDD, qui ont des contrats précaires, ils vont vous dire que les opérateurs économiques ne s'adaptent pas à ça. Les banques, allez emprunter de l'argent, aujourd'hui, quand vous êtes autoentrepreneur…

EMMANUEL MACRON
Vous avez tout à fait raison, et c'est une…

THOMAS SOTTO
… allez louer un appartement, quand vous avez, ne serait-ce qu'un CDD.

EMMANUEL MACRON
Vous avez parfaitement raison. Et donc, aujourd'hui, quand vous n'entrez que par le CDD ou l'intérim, vous n'avez pas droit au crédit bancaire, vous n'avez pas droit à l'accès à la voiture.

THOMAS SOTTO
Comment vous réglez ça ?

EMMANUEL MACRON
Ça c'est la réalité d'aujourd'hui.

THOMAS SOTTO
Le contrat unique ?

EMMANUEL MACRON
Ce qu'on veut faire, on a lancé d'ailleurs les pistes hier, ce sur quoi nous voulons travailler, c'est que tous les instruments de mesures, modernes, qui sont sur Internet, de « scoring », comme on dit, qui évaluent votre activité, la qualité de votre activité, il faut qu'on arrive à les faire prendre en compte dans l'octroi du crédit, dans l'octroi justement d'un prêt. Vous êtes un jeune…

THOMAS SOTTO
Et vous allez contraindre les banques ?

EMMANUEL MACRON
Aujourd'hui, vous pouvez rentrer dans un réseau de taxis ou de véhicules avec chauffeur, par exemple comme autoentrepreneur, parce que c'est plus simple, ça va être moins cher pour votre employeur. C'est vrai pour les compagnies de taxis, comme pour les compagnies de véhicules avec chauffeur, de VTC, et donc, aujourd'hui, ce jeune il va rentrer dans l'emploi, il y en a des milliers, dans la région Ile-de-France pour ne prendre que cet exemple. Ce sont des jeunes qui, hier, soient travaillaient au noir, comme on dit, soit n'avaient pas accès à l'emploi. Il faut que ces jeunes-là, si dans l'évaluation qui est faite sur Internet, par l'employeur et par les clients, il est identifié comme étant un bon professionnel, il faut que ça puisse être valorisé dans l'octroi de son crédit.

THOMAS SOTTO
Et ça s'imposera aux banques.

EMMANUEL MACRON
Et il faut qu'on puisse arriver à ce que ça s'impose aux banques.

THOMAS SOTTO
Juste, donc le calendrier c'est présentation en Conseil des ministres en janvier, pour cette loi NOE.

EMMANUEL MACRON
Voilà, fin janvier début février. Je préciserai tout cela, il y a un gros travail interministériel qu'on fera avec le Premier ministre, l'ensemble des mes collègues, parce que c'est un travail qu'on va mener avec Martine PINVILLE, Axelle LEMAIRE, Myriam El KHOMRI, Michel SAPIN. Ce qu'on vient de dire, c'est un travail qu'on fait avec Michel SAPIN.

THOMAS SOTTO
C'est quoi ce nom : NOE ? Noé, c'est pour échapper au déluge, qu'est-ce que cet que cet acronyme ?

EMMANUEL MACRON
Mais c'est l'arche qui ouvre toutes les opportunités, d'abord c'est, l'acronyme, vous savez, ce n'est pas ma pomme qui fait les titres, c'est vous, si je puis dire, ce sont les Nouvelles Opportunités Économiques. Mais je le veux comme un signe, comme un symbole ouvert. Moi je crois dans un pays ouvert. Tout ça, c'est pour dire que l'on a le choix aujourd'hui, soit on a peur du futur et on explique chaque jour à nos concitoyens qu'il faut se protéger du futur, qui de toute façon arrivera, et on continue dans notre préférence pour les corporatismes, la défiance, le chômage. Soit la France se lance, décide de réussir, elle a tous les atouts pour le faire. Tout ne sera pas parfait. On prendra des risques, il y aura des imperfections, mais à la fin des fins, moi je vous garantis une chose, on sera mieux qu'aujourd'hui.


* SUITE « INTERVIEW VÉRITÉ » D'EMMANUEL MACRON AVEC NICOLAS BARRÉ, À 8H07

THOMAS SOTTO
On connaitra à la fin de la semaine, la croissance française pour le troisième trimestre 2015, bonjour Nicolas BARRE.

NICOLAS BARRE
Bonjour Thomas.

THOMAS SOTTO
Alors on espère un léger mieux par rapport aux prévisions, pour autant peut-on dire Nicolas que la reprise est au rendez-vous ?

NICOLAS BARRE
En tout cas c'est une reprise très poussive, le chiffre qu'on aura à la fin de la semaine autour pour le troisième trimestre autour de 0,2, peut-être 0,3 %, donc peut-être un tout petit peu mieux, mais sur l'année, on sera autour de 1 %, un peu plus de 1 % sans doute. Ce n'est pas glorieux parce qu'on a plutôt le vent dans le dos, on a le prix du pétrole qui a été divisé par deux, on a des taux d'intérêts très bas, on a l'euro qui n'est pas fort et évidemment il y a un contexte international qui est compliqué avec la Chine qui ralentit, mais tout de même, si on regarde autour de nous l'Allemagne est à 1,5 %, le Royaume Uni, les Etats-Unis sont autour de 2,5 %. Ce sont des pays en plus qui sont en quasi plein emploi.

THOMAS SOTTO
Juste peut-être est-ce que vous pouvez nous confirmer ce chiffre, 0,2, 0,3 % de croissance au troisième trimestre, Emmanuel MACRON ?

EMMANUEL MACRON
Je suis toujours très prudent et je ne suis pas prévisionniste, mais je pense que toutes les analyses montrent qu'on atteindra à peu près ce qu'on avait prévu pour cette année.

THOMAS SOTTO
C'est-à-dire 1,1 au total ?

EMMANUEL MACRON
Oui entre 1,1 et 1,2. Je pense que ça reste tout à fait crédible, maintenant ça a été dit, vous savez ce n'est jamais satisfaisant de savoir si on est à 0,8, à 1,2, à 1,5. D'abord les gens n'y comprennent rien, ou très peu, ça reste très abstrait, ce qui est vrai c'est qu'on a une économie qui reste extrêmement atone, que ce sera vraisemblablement la même chose pour l'année prochaine. Moi, j'en tire deux conclusions, la première, c'est que les bonnes nouvelles ne viendront pas de l'extérieur et qu'on a un problème au niveau mondial de demandes aujourd'hui. Il n'y a plus qu'un moteur qui est allumé qui est le modèle américain, le moteur américain à court terme, avec quand même beaucoup de facteurs d'incertitudes et donc c'est pour cela que moi je dis toujours, on fait les réformes en France, on continue à les faire plus vite pour rallumer le moteur européen et ça c'est du volontarisme et c'est avoir une politique d'investissement beaucoup plus forte en Europe parce qu'on a besoin de rallumer ce moteur européen. La deuxième chose c'est qu'il faut enrichir la croissance française en emploi et ça, ça veut dire des réformes structurelles, ce qu'on se disait il y a un instant de manière très concrète sur la libération de certains emplois à faible qualification, sur investir davantage pour développer l'emploi dans l'industrie et les services, notre croissance elle est trop faible et en plus elle est trop faible en emploi.

NICOLAS BARRE
Alors est-ce qu'il n'y a pas d'autres raisons pour lesquelles en France justement la croissance patine ? On peut citer par exemple le fait que les Français épargnent beaucoup parce qu'ils sont inquiets pour leur retraite, pour leur emploi etc, mais ils épargnent dans des placements peu productifs, dans l'immobilier, dans des emprunts d'Etat. On peut citer le fait que les prélèvements obligatoires sont très élevés en France avec un secteur public qui pèse sur le secteur productif. Et puis il y a aussi peut-être un manque de confiance dans le cap qui est suivi, est-ce que vraiment les allégements de charges seront pérennes, est-ce que vraiment on va un jour réformer le marché du travail, est-ce que vraiment on va baisser un jour les prélèvements ? Donc il y a cette incertitude.

EMMANUEL MACRON
C'est une théorie économique bien connue, je pense que c'est assez vrai, je pense que là en effet la défiance n'aide pas, en tout cas à maximiser les chances de reprise. Il y a une défiance aujourd'hui entre les acteurs économiques et vis-à-vis des institutions. On essaie de la réduire, je pense que c'est un travail que le président de la République, que le Premier ministre mène, moi j'essaie dans mon secteur de la réduire aussi en donnant de la visibilité sur les actions économiques que nous conduisons et en expliquant. Je pense que quand on donne du sens, quand on fait de la pédagogie et qu'on donne de la visibilité et de la stabilité, on essaie de répondre aux problèmes que vous soulevez. Et en fait il faut plus d'agilités, plus de simplicités pour les acteurs économiques et beaucoup plus de stabilités dans les politiques.

THOMAS SOTTO
Vous disiez Emmanuel MACRON que la croissance ne serait pas phénoménale l'année prochaine, vous croyez encore aux prévisions de 1,5 % pour 2016 ?

EMMANUEL MACRON
Si je ne fais pas la météo du jour, je ne vais pas faire celle de la semaine qui suit pour être honnête avec vous.

THOMAS SOTTO
Donc vous n'êtes pas complètement convaincu ?

EMMANUEL MACRON
Non ça reste crédible, mais après qui vous dit ce qui va exactement se passer en Chine dans les semestres à venir. Je pense que ça se stabilise, ça va mieux, mais les marchés dépendants de la Chine en particulier toutes les géographies voisines continuent à souffrir. Qu'est-ce qui va se passer aux États-Unis en fin d'année sur le relèvement des taux ? C'est une vraie préoccupation qu'il faudra suivre, parce qu'elle peut avoir des conséquences …

NICOLAS BARRE
Donc on construit un budget sur une croissance dont on n'est pas complètement certain pour l'année prochaine ?

EMMANUEL MACRON
Aujourd'hui c'est le consensus, c'est notre conviction et vous savez ce n'est pas une mesure discrétionnaire, ce n'est pas l'État qui au doigt mouillé définit les choses, il interroge des économistes et aujourd'hui la majorité des économistes considèrent qu'il est crédible de construire un budget sur 1,5 % de croissance.


* SUITE « INTERVIEW VÉRITÉ » D'EMMANUEL MACRON AVEC THOMAS SOTTO, À 8H16

THOMAS SOTTO
Emmanuel MACRON avec nous depuis 07h en direct sur Europe 1. On a donc appris, Emmanuel MACRON, la mort d'André GLUCKSMANN, il y a quelques minutes, le philosophe qui avait 78 ans.

EMMANUEL MACRON
Oui, je crois que c'était en effet un grand philosophe, ce qu'on appelle un intellectuel engagé, une conscience, il a fait partie de ce qu'on appelait ces nouveaux philosophes, il a surtout été l'un de ceux qui ont porté le fer contre le totalitarisme, et on l'a oublié aujourd'hui, et les nouvelles générations beaucoup, mais il y a eu un vrai combat intellectuel dans le monde critique, dans le monde politique, dans le monde intellectuel, universitaire français, quand il s'agissait de parler des régimes totalitaires, en particulier du communisme, et il a fait partie de ces philosophes courageux, qui se sont engagés dans la vie de la cité, dans ce combat, et qui ont éclairé très tôt, et je pense que c'est un vrai esprit critique, en même temps qu'une conscience qui disparaît, il a un fils engagé aussi, et il a des amis engagés…

THOMAS SOTTO
Raphaël…

EMMANUEL MACRON
Et je pense à eux.

THOMAS SOTTO
Eh bien, nous y reviendrons évidemment sur cette disparition que l'on vient d'apprendre, d'André GLUCKSMANN, tout à l'heure, à 08h30. Venons-en donc à la politique stricto-sensu, Jean-Marc AYRAULT sera reçu par Manuel VALLS ce matin, à Matignon, l'ancien Premier ministre veut faire voter jeudi un amendement pour alléger la CSG sur les bas salaires ; ce serait le début du rapprochement entre la CSG et l'impôt sur le revenu. Est-ce que vous êtes favorable à cet amendement, Emmanuel MACRON ?

EMMANUEL MACRON
Écoutez, chacune et chacun n'est pas là pour donner son avis. Donc…

THOMAS SOTTO
Ah mais, l'avis du ministre de l'Économie compte un petit peu plus que celui des autres…

EMMANUEL MACRON
C'est l'arbitrage du Premier ministre qui sera rendu, moi, je vais vous dire, je suis pour une forme de stabilité aujourd'hui sur le plan fiscal. Je pense qu'il faut continuer la baisse, de manière crédible, durable, expliquée et perceptible. La baisse…

THOMAS SOTTO
Donc on comprend que vous n'êtes pas très favorable à cet amendement ?

EMMANUEL MACRON
Je pense que ce n'est pas une bonne chose de toujours modifier cela, la deuxième chose, c'est que, il y a eu toute une réflexion sur le rapprochement entre ce qu'on appelle la contribution sociale généralisée et l'impôt sur le revenu, on a baissé les impôts sur le revenu pour neuf millions de foyers, ça a été rappelé par le Premier ministre dimanche. On a sorti certaines Françaises et Français de l'impôt, par les révisions fiscales qui ont été faites, je pense que la CSG, elle a un intérêt, c'est que tout le monde contribue, à un taux qui est limité, je suis assez attaché à titre personnel à ce principe, et je pense que si on commence à rapprocher la CSG de l'impôt sur le revenu, elle aura les mêmes problèmes, c'est-à-dire que progressivement, on supprimera la CSG pour les revenus les plus faibles ou certains revenus de remplacement, ce qui sera difficilement explicable aux Françaises et aux Français qui travaillent. Et puis, on augmentera la CSG pour les revenus les plus élevés, et ça s'appellera l'impôt sur le revenu, en quelques années, et puis, on créera des niches pour cet impôt sur le revenu, parce qu'on dira : il y a des gens qui travaillent, mais peut-être que pour vous, on pourrait l'alléger, un impôt – en complément de l'impôt sur le revenu – un impôt dont la base est large, et le taux relativement bas, a des vertus, c'est d'ailleurs aussi pour cela que la CSG avait été inventée il y a quelques décennies, et je rends hommage à son père.

THOMAS SOTTO
Ce qui est sûr, c'est que, à gauche, dans votre famille politique, tout le monde ne parle pas de la même voix, Emmanuel MACRON, je vous propose d'écouter Martine AUBRY, la maire de Lille, elle parle de vous, c'était le 23 septembre dernier.

MARTINE AUBRY, MAIRE DE LILLE
MACRON, heu, comment vous dire ? Ras-le-bol ! C'est le ministre de l'Économie, il faut qu'il mette toute son énergie, qui est grande, et sans doute ses talents, à accélérer la croissance et l'emploi. Et moi, je dois dire que je supporte de moins en moins, à la fois l'arrogance, et notamment sur les fonctionnaires, pour un ancien fonctionnaire, certes devenu banquier d'affaires, mais quand même un ancien fonctionnaire, qui sait sans doute qu'en période de crise, on n'a jamais eu autant besoin des fonctionnaires.

THOMAS SOTTO
Alors, est-ce qu'il y a un problème MACRON dans la majorité aujourd'hui ? Vous rendez hommage à Michel ROCARD, le père de la CSG, mais d'un autre côté, on entend Martine AUBRY qui est plus à gauche, et qui cogne quand même ! Ras-le-bol MACRON !

EMMANUEL MACRON
Je n'ai pas de commentaires à faire, vous savez, moi, je suis dans mon action, je suis dans le travail gouvernemental, et je pense que ce serait indécent dans la fonction, le rôle, qui est la mienne aujourd'hui, l'engagement qui est le mien, de perdre du temps à des commentaires, quels qu'ils soient.

THOMAS SOTTO
Mais il y a quand même un débat politique, ce n'est pas que du commentaire, ce n'est pas que de la petite phrase…

EMMANUEL MACRON
Je n'ai pas vu de politique, il y a parfois des attaques ad hominem, moi, j'ai une caractéristique depuis que j'ai commencé à être dans la politique, c'est la bienveillance, ça aide beaucoup dans la vie…

THOMAS SOTTO
Ce n'est pas le cas de tout le monde dans la majorité ?

EMMANUEL MACRON
Je n'ai pas de jugement à donner, parce que quand on est bienveillant, on est ouvert, et par définition, bienveillant, comme je vous le disais. Et donc vous ne m'avez jamais entendu dire des petites phrases ou attaquer l'une ou l'autre, parce que je pense que ça n'est plus ce qu'attendent nos concitoyens. Et je pense que ce qu'il faut, c'est expliquer le monde dans lequel on est, expliquer ce qu'on doit faire, donner une vision, proposer des réformes, c'est à cela que ça sert la vie politique, pas à faire des petites phrases ou à s'invectiver…

THOMAS SOTTO
Elle n'apprécie pas que vous ayez attaqué des fonctionnaires, alors vous avez déjà répondu là-dessus, que vous êtes vous-même issu de la Fonction publique, il y a un cas très concret, dans Le Figaro ce matin, à Suresnes, pour la première fois, des fonctionnaires vont être notés au mérite. Ça leur permettra d'augmenter jusqu'à 35 % leurs primes. Est-ce que ça, ça peut être une piste aujourd'hui en France, de payer les fonctionnaires au mérite ?

EMMANUEL MACRON
Moi, j'y suis tout à fait favorable, j'y suis tout à fait favorable, je n'ai en effet jamais dit que j'étais contre les fonctionnaires, et ça, c'est la réduction du débat politique. J'ai dit que, il me semblait important de réfléchir à la modernisation du cadre, on a besoin de fonctionnaires, c'est essentiel, on a besoin d'un statut de la Fonction publique pour garantir la neutralité et leur impartialité. Maintenant, regardez la réalité des choses, il y a beaucoup de fonctions qu'on donne à des fonctionnaires qui pourraient l'être par des gens qui ne le sont pas. Et on garantit des emplois à vie parfois de manière indue sans même passer par des concours, et ça, ce n'est pas juste…

THOMAS SOTTO
Donc vous dites oui aux fonctionnaires payés au mérite, à l'image de ce que fait le maire républicain de Suresnes ?

EMMANUEL MACRON
Et d'autre part, je pense qu'il faut accroître la part en effet de mérite, la part d'évaluation dans la rémunération de la Fonction publique, c'est une façon de le moderniser, parce que, qu'est-ce qui justifie ensuite que, on puisse être protégé en quelque sorte de toutes les variations, d'une forme de performance, simplement, la performance, quand on est fonctionnaire, elle ne se mesure pas forcément comme dans l'entreprise, parce qu'on est en charge de l'intérêt général…

THOMAS SOTTO
Accroître la part payée au mérite, vous êtes suivi par le Premier ministre et par le gouvernement là-dessus ?

EMMANUEL MACRON
Mais, vous me demandez une réaction sur un cas concret, je vous la donne comme une conviction personnelle, je ne suis pas en train de vous annoncer une réforme du gouvernement. Marylise LEBRANCHU a beaucoup fait là-dessus, elle a déjà beaucoup modernisé justement le cadre de la Fonction publique, elle a porté une réforme importante, et c'est en effet au Premier ministre d'annoncer ces réformes…

THOMAS SOTTO
Et vous dites : il faut aller plus loin…

EMMANUEL MACRON
Je vous donne ma conviction personnelle, parce que je n'ai pas de langue de bois.

THOMAS SOTTO
On l'a entendu, Emmanuel MACRON. Dans un pays où la lutte contre le chômage est érigée en priorité absolue, peut-on avancer avec une ministre du Travail qui ne sait pas combien de fois on peut renouveler un CDD ?

EMMANUEL MACRON
Vous savez, Myriam El KHOMRI, elle est engagée au quotidien, ce n'est pas une experte du droit du travail, chacune et chacun le sait, est-ce que c'est ce qu'on demande à un ministre ? Non…

THOMAS SOTTO
Eh bien, de maîtriser un peu les bases, quand même, non ?

EMMANUEL MACRON
Non, ce n'est pas ce qu'on demande à un ministre. Donc qu'est-ce qu'elle fait ? Elle est engagée dans les réformes en cours, elle est en effet nommée depuis la fin de l'été, elle a déjà abondamment consulté les partenaires sociaux, elle a mis sur la table, auprès du Premier ministre, une réforme importante du marché du travail, qui nous occupera pendant les deux prochaines années, et elle se bat sur le terrain tous les jours. Elle est engagée. Elle est de bonne volonté. Et la bonne volonté, ça a beaucoup de valeur…

THOMAS SOTTO
Mais vous comprenez que les chômeurs se disent : regardez par qui on est représenté, quelqu'un qui ne sait pas que c'est trois CDD maximum !

EMMANUEL MACRON
Mais oui, mais, non, mais, elle l'a dit elle-même, elle l'a dit elle-même, elle aurait préféré le savoir, mais à la fin des fins, est-ce que ce qu'on attend des hommes et des femmes politiques, c'est de répondre à des quiz ? Est-ce que le rôle des journalistes, c'est de faire repasser le baccalauréat tous les matins aux femmes et aux hommes politiques ? Je ne le crois pas fondamentalement.

THOMAS SOTTO
Donc ça ne vous pose pas de problème sur le fond ?

EMMANUEL MACRON
Sur le fond, ce qui me pose un problème, c'est que le débat prenne cette nature, et sur le fond, je pense qu'il faut juger Myriam El KHOMRI à son engagement, et demain, à ses résultats. Et donc à sa capacité à pousser des réformes…

THOMAS SOTTO
Ses résultats…

EMMANUEL MACRON
Elle ne les porte pas seule, comme François REBSAMEN avant, ou Michel SAPIN, c'est un collectif qui se bat pour réduire le chômage dans notre pays, c'est un collectif, mais Myriam El KHOMRI, ce que je vois, c'est une femme engagée, c'est une femme qui ne compte pas ses heures, son temps et son énergie, et c'est une femme qui justement porte des réformes importantes pour notre économie…

THOMAS SOTTO
Vous disiez…

EMMANUEL MACRON
Je préfère voir ça que le résultat à un quiz, qui ne m'intéresse pas beaucoup, et qui, là aussi contribue d'une forme de réduction du débat. Il y avait beaucoup d'autres choses qui étaient passionnantes dans l'interview chez votre collègue BOURDIN, sur RMC, qui a donné lieu à cette polémique, et je l'ai entendue, c'était, c'est un point de cette interview, c'est un fait, il ne faut pas le nier, se cacher les yeux, mais il ne faut pas tout réduire à cette question.

THOMAS SOTTO
On se parle franchement, vous le disiez, pas de langue de bois, le chômage ne recule toujours pas en France, est-ce qu'il va reculer d'ici la présidentielle ? Est-ce que le chômage aura sérieusement baissé d'ici 2017 ?

EMMANUEL MACRON
Eh bien, en tout cas, je peux vous dire qu'on fait tout pour. On fait tout pour. Et je pense qu'il faut continuer

THOMAS SOTTO
Mais ce n'est pas une obligation de moyens, c'est une obligation de résultat…

EMMANUEL MACRON
Vous avez raison.

THOMAS SOTTO
François HOLLANDE a dit qu'il ne se représenterait pas si ça ne baisse pas.

EMMANUEL MACRON
Mais écoutez, vous avez raison de dire que c'est une obligation de résultat, c'est ce qu'attendent nos concitoyens, celles et ceux qui nous écoutent, c'est à ça qu'ils mesurent, ce n'est pas des chiffres qui les rassureront, c'est eux-mêmes, pour eux, ou dans leur famille, d'avoir leurs amis, leurs parents qui retrouveront un emploi. Bon. Il faut continuer, justement, les réformes qui sont en cours…

THOMAS SOTTO
Vous avez la certitude d'y arriver au fond de vous ou pas ? Est-ce que vous, vous avez la certitude qu'on fait exactement ce qu'il faut, qu'on fait tout ce qu'il faut, qu'on fait suffisamment ?

EMMANUEL MACRON
Mais je pense que si on tient ce cap, et si on continue même à aller plus loin, moi, je pense qu'il faut intensifier les réformes, qu'il faut continuer déverrouiller, à libérer, parce que c'est comme ça qu'on aura des résultats, c'est ce qu'on disait tout à l'heure avec monsieur BARRE, c'est justement donner de la visibilité, continuer à déverrouiller pour, à la fois, justement pousser les uns et les autres à investir, à embaucher, et puis, avoir des résultats concrets, donc il ne faut pas rester assis sur notre chaise à dire : tout va venir, et le vent soufflera du grand large, c'est à nous de le faire. Donc nous sommes…

THOMAS SOTTO
Et en même temps ?

EMMANUEL MACRON
Nous sommes en train de le faire, nous devons aller plus loin, moi, je peux vous dire que avec l'ensemble de mes collègues, chaque jour, je ferai tout pour que, on aille plus loin.

THOMAS SOTTO
Les Français demandent des résultats et de la clarté, et là, depuis quelque temps, il y a pas mal de cafouillages, il y en a eu sur les impôts locaux des retraités modestes, les allocations pour handicapés, Notre-Dame-des-Landes, le diesel, tiens, le diesel, on n'a rien compris à la position de la France, on n'a rien compris. Le mercredi, au Parlement européen, il y a un texte qui est voté en Commission, voilà, qui dit : on va assouplir un peu les normes de diesel pour permettre aux constructeurs d'avoir un peu plus de temps pour rentrer dans les clous, le jeudi, Ségolène ROYAL dit : ben, non, ce n'est pas bon, il faut tout refaire. Alors, qu'est-ce qu'il faut comprendre ?

EMMANUEL MACRON
Mais je veux être très simple sur le diesel, il y a un scandale VOLKSWAGEN, qui intervient dans ce contexte, et en même temps, qu'est-ce qui se passe, parce qu'il faut être précis, de quoi s'agit-il quand vous parlez d'une décision qui est passée en Conseil environnement, de la réduction de l'écart entre les tests faits en laboratoire et les tests réels, aujourd'hui, vous ne savez pas dire quel est l'écart, on est en train de le mesurer, on sait qu'il peut parfois être important, trois fois…

THOMAS SOTTO
Vous pensez qu'il ne faut pas croire ce qu'on nous dit…

EMMANUEL MACRON
Mais non, mais, simplement, il faut juste se dire les faits, donc ce qui a été décidé au niveau européen, c'est qu'on n'a pas relâché les critères, collectivement, nous avons dit, et la France a joué un rôle moteur avec la Commission, à qui il faut rendre hommage, et avec d'autres, en la matière…

THOMAS SOTTO
Si la décision était bonne, pourquoi Ségolène ROYAL la critique le lendemain ?

EMMANUEL MACRON
Ségolène ROYAL ne l'a pas critiquée, elle a dit qu'elle voulait toutes explications…

THOMAS SOTTO
Si…

EMMANUEL MACRON
Moi, ce que je vous dis, c'est que sur le fond, il ne faut pas tout mélanger, il faut réduire l'écart qui existe entre les tests faits en laboratoire et les tests réels, de manière crédible. Il faut réduire l'écart qui existe entre le diesel et l'essence, et les avantages qui existent, contribuer à renouveler le parc améliorer la transparence sur les tests, c'est ce que nous faisons avec Ségolène ROYAL. Et il faut le faire de manière respectueuse de celles et ceux qui précisément roulent dans ces véhicules et n'ont pas toujours les moyens, et de celles et ceux qui travaillent pour des groupes automobiles qui ont toujours respecté les règles, et nous sommes en train de bien le vérifier, et qui n'ont rien à se reprocher. Voilà. Mais il ne faut pas tout confondre, on n'a pas relâché notre ambition environnementale en la matière, on a mis plus de transparence, et on a mis plus de convergence pour réduire ces écarts.

THOMAS SOTTO
Il faudra que vous l'expliquiez à la ministre de l'Environnement. Un petit mot…

EMMANUEL MACRON
Ne cherchez pas à créer des coins entre les ministres…

THOMAS SOTTO
Non, je le constate. Un petit mot sur les régionales, et après, on va laisser la parole aux auditeurs d'Europe 1, Manuel VALLS au « Grand rendez-vous », dimanche, sur Europe 1, disait que la victoire du Front national, dans certaines régions, serait un drame. Vous reprenez ce mot, Emmanuel MACRON ?

EMMANUEL MACRON
Je pense que c'est très important aujourd'hui pour notre pays, et pour les régions en particulier, on pense au Nord-Pas-de-Calais-Picardie, et à Provence-Alpes-Côte d'Azur, de tout faire pour empêcher en effet que le Front national n'accède aux responsabilités…

THOMAS SOTTO
Mais ça serait un drame ou ça serait le jeu démocratique ?

EMMANUEL MACRON
Mais ce serait par construction le jeu démocratique, mais il serait dramatique. Et vous savez, le jeu démocratique dans l'histoire a déjà conduit à des résultats dramatiques, nous l'avons vécu. Donc je pense que l'un ne se substitue pas à l'autre. Mais en effet, ce serait un drame politique, c'est pour ça qu'il faut tout faire pour défendre les candidats qui se battent sur leur terrain avec leurs équipes, pour défendre leur bilan ou leurs projets, c'est le cas de Pierre de SAINTIGNON ou de Christophe CASTANER dans ces deux régions. Ils se battent pied à pied, ils se battent pour des propositions, pour un bilan, et c'est eux qui mènent ce combat démocratique, ce combat pour la réussite de leur région, ce combat précisément face à ce qui est bien souvent du mensonge, et ce n'est pas simplement une faute de voter Front national, parce que c'est collectivement notre échec si on en arrive-là, collectivement, nous avons notre part de responsabilité, mais c'est surtout une impasse sur le plan économique, sur le plan social. Parce que ce que le Front national vous dit aujourd'hui, ce sont des choses qui n'existent pas, qu'ils ne veulent pas. C'est une absence de réponses aux défis qui sont les nôtres.

THOMAS SOTTO
La parole aux auditeurs d'Europe 1 tout de suite, vous nous appelez au 39 21, et le ministre de l'Économie, Emmanuel MACRON, vous répond en direct, Twitter également avec « #e1mlacron ».


source : Service d'information du Gouvernement, le 17 novembre 2015

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