Interview de Mme Ségolène Royal, ministre de l'écologie, du développement durable et de l'énergie, à France 2 le 18 novembre 2015, sur l'opération de police en cours menée à Saint-Denis, le projet d'installation de portiques de sécurité dans les gares et la préparation de la conférence sur le climat. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de Mme Ségolène Royal, ministre de l'écologie, du développement durable et de l'énergie, à France 2 le 18 novembre 2015, sur l'opération de police en cours menée à Saint-Denis, le projet d'installation de portiques de sécurité dans les gares et la préparation de la conférence sur le climat.

Personnalité, fonction : ROYAL Ségolène, SICARD Roland.

FRANCE. Ministre de l'écologie, du développement durable et de l'énergie;

ti : ROLAND SICARD
Bonjour à tous. Bonjour Ségolène ROYAL.

SÉGOLÈNE ROYAL
Bonjour.

ROLAND SICARD
Est-ce que vous avez des informations ce matin sur ce qui est en train de se passer à Saint-Denis ?

SÉGOLÈNE ROYAL
Eh bien, comme vous le savez, il y a une cellule de crise qui est commune au ministère qui a la tutelle sur les transports et sur les lieux sensibles, et avec le ministère de l'Intérieur, donc ce matin, bien sûr, dès le début des opérations, j'en ai été informée comme l'ensemble des ministres concernés. Mais maintenant, je n'en sais pas plus, et heureusement, j'allais dire, puisque les interpellations, qui sont d'ailleurs permises par l'état d'urgence, doivent se dérouler maintenant sur le terrain, et ce sont les forces de l'ordre qui sont en première ligne sur ce sujet.

ROLAND SICARD
Sur le bilan qu'on évoquait tout à l'heure, pas d'informations précises ?

SÉGOLÈNE ROYAL
Pas d'informations, non, pour l'instant, puisque les opérations sont en cours.

ROLAND SICARD
Apparemment, un des suspects qui est recherché dans cette opération, c'est ABAAOUD, qui était le commanditaire, qui serait le commanditaire des attentats de Paris. Est-ce que ça, c'est une information qu'on peut confirmer ?

SÉGOLÈNE ROYAL
Ecoutez, je comprends que la presse cherche à en savoir plus, même, avant même que les opérations ne se soient terminées, mais je pense que là, il faut laisser vraiment les forces de l'ordre travailler et attendre les informations pour qu'elles soient sûres au moment où elles sont diffusées. Donc là, sur ce sujet-là, je ne peux pas vous en dire plus.

ROLAND SICARD
Le message politique ce matin, c'est les forces de l'ordre doivent agir, et après, on communiquera, seulement après ?

SÉGOLÈNE ROYAL
Absolument. Le message, c'est surtout, comme vous le voyez, que les interpellations et que les interventions des forces de l'ordre se multiplient sur le territoire national, grâce à la décision que le président de la République et que le gouvernement ont prise sur l'état d'urgence, donc on en voit l'efficacité, et je voudrais rendre hommage d'ailleurs au courage des forces de l'ordre, au courage du raid, qui sont obligés d'aller au contact, vous savez que des policiers ont été blessés dans l'exercice de leurs missions. Et pour cela, c'est une bonne chose que la Nation soit unie et que ces forces de l'ordre, qui sont en première ligne, et qui mettent leur vie en jeu, sentent que les Français sont unis derrière eux, en solidarité, au-delà des clivages politiques, et je crois que c'est ce qui s'est passé. Et c'est quand la Nation est rassemblée, que la Nation est forte, et donc que ses forces de l'ordre aussi peuvent intervenir avec efficacité et détermination.

ROLAND SICARD
Est-ce que cette unité n'a pas été battue en brèche hier à l'Assemblée ? Il y a eu des sifflets, ça a été rude…

SÉGOLÈNE ROYAL
Ecoutez, l'unité nationale, lorsqu'il y a une période de crise comme celle-ci, n'empêche pas les débats politiques, et les divergences politiques. Il faut aussi que le débat politique se déroule tout à fait normalement. Mais ce que j'observe, c'est que l'opposition n'a pas une attitude parfaitement digne au moment du rassemblement de l'Assemblée nationale et du Sénat. Et ça, il faut le reconnaître, parce que, ils ont conscience aussi que les représentants de la Nation, que la Nation française a été frappée dans son coeur et dans ce qu'elle a de plus cher, nous avons été frappés dans nos fondamentaux mêmes, c'est dans liberté, dans notre joie de vivre, dans notre fraternité, dans notre certitude que nous avions des valeurs à défendre, et face à des événements aussi graves que ceux-ci, la Nation, par l'intermédiaire de ses représentants, élus, a été rassemblée. Maintenant, qu'il y ait des divergences, qu'il y ait un peu de polémique, etc., ça fait partie du débat démocratique. Et je crois qu'il ne faut pas dramatiser ce débat démocratique qui se poursuit, mais simplement, appeler chacun au sens de la mesure et de la retenue.

ROLAND SICARD
Est-ce qu'on a pris des bonnes mesures à temps ? Par exemple, vous proposez, vous êtes ministre des Transports, vous proposez l'installation de portiques de sécurité dans les gares, pourquoi ça n'a pas été fait juste après le THALYS ?

SÉGOLÈNE ROYAL
Parce que c'est en cours justement, juste après le THALYS, j'avais demandé que des portiques soient installés sur les trains internationaux, donc les investigations sont en cours, la commande des travaux va avoir lieu dans les jours qui viennent. Et compte tenu des événements, j'ai décidé de demander au patron de la SNCF de faire en sorte que l'ensemble des lignes TGV soient également équipées de portiques. Donc ce rapport technique, pour savoir comment le dispositif peut s'installer rapidement, va m'être remis, là, dans les prochaines heures. Ce que nous envisageons, c'est une expérimentation grandeur nature dans une gare où toutes les lignes TGV seraient équipées de portiques, pour évaluer aussi les besoins en termes de personnels, en termes de fonctionnement, et ensuite, cette expérimentation sera étendue. Donc pour me résumer : la commande des travaux sur les portiques du THALYS, puisque c'est les trains internationaux, c'est la décision que j'avais prise après les attentats dans le THALYS, sera en cours dès les jours qui viennent. Et le choix de la gare pour l'expérimentation grandeur nature des portiques sur les TGV sera également décidé très rapidement. Donc vous voyez que la réactivité est là, et il faut que les choses se fassent en effet très rapidement, c'est ce qui sera fait.

ROLAND SICARD
Il y aura les TGV, il y aura les THALYS, les trains régionaux, pas encore ? Impossible ?

SÉGOLÈNE ROYAL
Alors sur les trains régionaux, ce qu'il faut savoir, c'est que le nombre de voyageurs sur les TGV, c'est à peu près l'équivalent du nombre de voyageurs sur les lignes aériennes. Donc il n'y a aucune raison de ne pas équiper les gares TGV, les lignes TGV, puisque la première objection que l'on m'avait faite, c'était de dire : compte tenu du nombre de voyageurs, c'est impossible de mettre des portiques partout. Donc en creusant les choses, j'ai dit : mais puisque le nombre de voyageurs en TGV est le même que celui des aéroports, il n'y a aucune objection à faire barrage du fait du nombre de voyageurs. Donc vous engagez cette réforme, et vous la mettez en place. Ça, c'est l'instruction que j'ai donnée à la SNCF. Sur les autres lignes, il faut voir les lignes qui ne sont pas équipées de portillons comme dans le métro, il n'y a aucune raison que l'on puisse monter dans un train, y compris dans un train Intercités, plus facilement, que l'on monte dans le métro, dans le métro, les portillons ont été remplacés même par des portes, qui se ferment, qui empêchent l'accès aux quais si l'on n'a pas de billet. Il faut faire la même chose en effet sur les trains. Puisque ça se fait sur le métro, où il y a des flux de voyageurs très importants, il n'y a aucune raison que ça ne se fasse pas également sur les trains Intercités.

ROLAND SICARD
Est-ce qu'il faut que les Français se préparent à avoir moins de liberté parce que le danger est plus élevé ?

SÉGOLÈNE ROYAL
Je ne crois pas, je ne crois pas. Je crois que l'Etat de droit est parfaitement compatible avec davantage de sécurité, pour reprendre l'exemple dont nous parlions à l'instant sur la sécurité dans les trains, beaucoup de capitales du monde entier sont équipées de mécanismes de sécurité beaucoup plus rigoureux. Et d'une façon générale, c'est vrai que la France est un pays où la tranquillité, où la joie de vivre, où effectivement les règles de sécurité n'ont pas été souvent très renforcées parce qu'il n'y avait pas eu d'attentats ou de difficultés, mais je crois que la situation maintenant appelle à ce que nous nous remettions à niveau sur les règles de base concernant la sécurité.

ROLAND SICARD
La COP21 qui doit se tenir à la fin du mois, elle est maintenue ? Elle sera adaptée ?

SÉGOLÈNE ROYAL
La COP21, bien évidemment, la COP21 est maintenue, pourquoi ? Parce que la vie doit continuer, le développement économique doit continuer, les créations d'emplois doivent se poursuivre. Les chefs d'État et de gouvernement d'ailleurs, en marquant leur solidarité, ont dit qu'ils seraient là tous, au Bourget, à Paris pour la conférence de Paris sur le climat. Et d'ailleurs, tout à l'heure, en Conseil des ministres, dans quelques heures, je présente la stratégie nationale bas carbone pour le climat, et en particulier, les créations d'emplois qu'on en attend, et je peux vous dire que dans le secteur de l'éolien par exemple, dans lequel je recevais les chefs d'entreprise tout à l'heure, nous avons en un an créé 2.000 emplois, c'est-à-dire 15 % des effectifs de ce secteur. Donc la croissance verte doit continuer parce que la France doit continuer à avancer.

ROLAND SICARD
Merci Ségolène ROYAL.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 23 novembre 2015

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