Déclaration de M. Jean-Marc Todeschini, secrétaire d'Etat aux anciens combattants et à la mémoire, sur le travail de mémoire concernant la Première guerre mondiale, à Paris le 10 novembre 2015. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de M. Jean-Marc Todeschini, secrétaire d'Etat aux anciens combattants et à la mémoire, sur le travail de mémoire concernant la Première guerre mondiale, à Paris le 10 novembre 2015.

Personnalité, fonction : TODESCHINI Jean-Marc.

FRANCE. Secrétaire d'Etat aux anciens combattants et à la mémoire

Circonstances : Remise des prix des Petits artistes de la mémoire et de Bulles de mémoire, à Paris le 10 novembre 2015

ti :
Madame la Directrice générale de l'Office National des Anciens Combattants et Victimes de Guerre,
Chers élèves, lauréats des concours des Petits artistes de la mémoire et de Bulles de mémoire,
Mesdames et Messieurs,


C'est un grand plaisir pour moi d'être parmi vous ce soir pour remettre les prix nationaux aux lauréats des Petits artistes de la mémoire et de Bulles de mémoire.

Ces deux concours apportent une contribution importante à l'engagement du Ministère de la Défense pour la transmission de la mémoire vers les plus jeunes.

Avant de vous rejoindre, j'étais justement avec ma collègue de l'éducation nationale, Madame Najat Vallaud-Belkacem. Nous avons reçu ensemble un rapport sur la refonte du Concours National de la Résistance et de la Déportation. Les auteurs y font plusieurs propositions très intéressantes pour donner plus de visibilité au concours et valoriser les travaux des élèves.

C'est aussi dans cette démarche que s'inscrivent les commémorations historiques. Celles qui seront organisées l'an prochain le montreront à nouveau.

Ce sera notamment le cas du centenaire des batailles de Verdun et de la Somme, deux batailles qui ont profondément marqué notre mémoire et celles des autres pays qui y ont participé. Il y aura par exemple 4 000 jeunes français et allemands qui participeront à la cérémonie internationale du 29 mai, qui aura lieu à Verdun autour du Président de la République.

Au-delà des concours scolaires et des commémorations, le Ministère de la Défense s'engage dans de nombreuses actions pédagogiques. La Direction de la Mémoire, du Patrimoine et des Archives du Ministère soutient 500 projets pédagogiques par an. Elle se mobilise, aux côtés des ministères de la Culture et de l'Education nationale, pour recenser et mettre en réseau l'ensemble des lieux de mémoire en France, dans le cadre du plan de lutte contre le racisme et l'antisémitisme.

En cette veille de 11 novembre, en cette veille de journée où la France se souvient et se recueille, les lauréats ont montré que eux aussi s'inscrivent dans cette démarche. Eux qui, pourtant, n'ont pas été témoins des horreurs du siècle passé. Leurs projets sont d'une grande qualité et présentent avec intérêt et créativité des sujets importants de notre Histoire. Je les félicite ainsi que les enseignants qui, pour certains d'entre eux, les ont assisté dans la réalisation de leur projet.

Chers élèves, vous avez, avec ces réalisations, donné des noms et des visages à ces millions d'anonymes qui ont été emportés par les tourments du passé, à celles et ceux qui ont été témoins et acteurs de l'Histoire.

Vous avez ainsi rendu hommage à ces Poilus qui, un matin, ont tout quitté pour prendre les armes et défendre leur pays et leur liberté.

Vous avez rappelé qu'ils ont vu l'indescriptible, qu'ils ont vécu l'invivable dans l'horreur des tranchées et qu'ils n'ont jamais manqué de courage. Vous avez aussi rendu hommage à ces femmes et à ces hommes qui ont été transportés par le souffle de la Libération de l'Europe : les déportés, les soldats, les femmes tondues et tous les autres.

À ces femmes et à ces hommes, illustres ou inconnus, mais qui tous ont rencontré l'Histoire, vous avez rendu hommage. Vous avez aussi montré avec force que vous, jeunes générations, avez adopté cette exigence et êtes déterminés à remplir cette mission.

Cet engagement de la jeunesse est crucial. Il est crucial car c'est une obligation morale de rendre hommage à ceux qui ont servi la France et ont été prêts à verser leur sang pour elle.

Mais il est aussi crucial car la mémoire ne se limite pas au passé : elle y est ancrée, bien sûr, mais elle va au-delà. Car connaître notre passé, c'est comprendre le présent et ainsi préparer l'avenir.

Chers élèves, vous héritez ainsi des valeurs qui guidaient vos aînés dans leur engagement pour les autres et pour la France : des valeurs d'ouverture, de courage et d'engagement. Ils défendaient ces valeurs il y a un siècle, sur les champs de bataille et dans les tranchées. Ils les défendaient encore il y a 75 ans, lorsque le voile du nazisme s'abattait sur l'Europe et qu'eux faisaient le choix de dire « Non ».

En défendant ces valeurs qui leur servaient de principes d'action, en étant véritablement libres, ils ont dû faire des choix difficiles mais nécessaires, douloureux mais justes.

Difficiles et douloureux car ces choix étaient dangereux et impliquaient bien souvent de quitter son foyer et sa famille. Mais nécessaires et justes car c'est à l'aune de ces valeurs qu'ils voulaient faire taire les armes pour reconstruire un monde nouveau, apaisé, plus juste et plus libre.

Grâce à l'engagement qui était le leur, au milieu du tumulte de la guerre puis, pour ceux qui ont survécu, parmi les ruines laissées par le conflit, ils ont réussi à construire ce monde nouveau qui, il y a un siècle encore, était inimaginable.

Là où les hommes creusaient des tranchées et érigeaient des murs, les frontières sont tombées. Là où les États envoyaient leurs fils, les armes à la main, occuper leurs voisins, ils les envoient aujourd'hui y étudier. Là où régnaient la méfiance et l'hostilité, la confiance et le dialogue l'ont emporté.

Il aura fallu que, par deux fois, l'Europe s'avance au bord du gouffre et sombre dans l'abîme, entraînant avec elle le monde, pour que s'éclaire enfin le chemin qu'elle devait emprunter. Le chemin de la réconciliation qui, lui seul, pouvait mener à la paix et à la prospérité, en France et en Europe.

Chers élèves, devenir des acteurs de la mémoire, c'est donc saisir la distance du chemin parcouru.

C'est rendre hommage à celles et ceux dont l'engagement et le sacrifice ont permis à notre pays et à notre continent de poursuivre leur voie pour être ce qu'ils sont aujourd'hui.

C'est enfin adopter et transmettre les valeurs qui nous permettent à notre tour d'avancer et d'imaginer l'avenir.


Je vous remercie.


Source http://www.defense.gouv.fr, le 27 novembre 2015

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