Déclaration de M. Jean-Marc Todeschini, secrétaire d'Etat aux anciens combattants et à la mémoire, en mémoire des anciens combattants de la Première Guerre mondiale, à Rethondes le 11 novembre 2015. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de M. Jean-Marc Todeschini, secrétaire d'Etat aux anciens combattants et à la mémoire, en mémoire des anciens combattants de la Première Guerre mondiale, à Rethondes le 11 novembre 2015.

Personnalité, fonction : TODESCHINI Jean-Marc.

FRANCE. Secrétaire d'Etat aux anciens combattants et à la mémoire

Circonstances : Cérémonie du 97e anniversaire de l'armistice du 11 novembre, à Rethondes (Oise) le 11 novembre 2015

ti :
Monsieur le Préfet,
Mesdames et messieurs les parlementaires,
Monsieur le Sénateur-Maire de Compiègne,
Monsieur le Président du Conseil régional,
Monsieur le Président du Conseil général,
Mesdames et messieurs les élus,
Monsieur le Président de l'association « mémorial de la Clairière de l'Armistice », mon général,
Messieurs les porte-drapeaux,
Chers élèves ici présents,
Mesdames et messieurs,


Le 11 novembre 1915, il y a 100 ans, la France était engagée depuis 15 mois dans ce qui allait devenir la Première Guerre mondiale. Ses territoires avaient subi d'âpres combats, en Champagne, dans l'Artois, dans les Vosges.

Cette guerre avait déjà fait en France ses premiers morts. Les premiers d'une longue liste qui allait en contenir 1,4 millions.

Trois ans plus tard, le 11 novembre 1918 à 5h du matin, ici même, dans cette clairière de Rethondes, le général Foch signait l'armistice qui mettait fin à la guerre. 5 heures après, le dernier soldat français mourrait au combat, Augustin Trébuchon, qui donna son nom au Jardin de la Mémoire, tout près d'ici.

A 16h, au Palais Bourbon, Clemenceau lit alors les conditions d'armistice, salue l'Alsace et la Lorraine et rend hommage à la Nation.

Aujourd'hui, près de 100 ans après, dans ce temps de paix et de réconciliation, nous nous souvenons de cette histoire d'alliances, de rapports de force, de violence et de nationalisme exacerbé qui plongèrent nos peuples dans l'horreur.

Les combattants venaient de métropole, des anciennes colonies, d'Outre-mer, des pays alliés. Ils venaient de l'Empire allemand. Ils étaient de toutes origines, de toutes nationalités, de toutes confessions et de toutes couleurs de peau.

La Grande Guerre fut aussi celle des civils. Ceux qui subissent l'Occupation et les bombardements.

En 2016, nous serons tout particulièrement réunis autour du souvenir des batailles de Verdun et de la Somme, deux symboles de la violence industrielle et de la mort de masse.

Ces cérémonies seront l'occasion de découvrir et redécouvrir nos champs de bataille, nos monuments aux morts, nos mémoriaux et nos musées.

Autant de chemins de mémoire creusés dans cette terre meurtrie. Autant d'itinéraires qui conduisent les visiteurs, de mémoires en mémoires, de la France à l'Allemagne, de l'Angleterre à la Nouvelle-Zélande, de l'Irlande à l'Afrique du Sud, de l'Australie au Canada.

Au lendemain du conflit, les combattants souhaitaient voir s'inscrire dans les mémoires le souvenir du courage et du sacrifice de leurs compagnons d'armes, tombés sur les champs de bataille.

En 1920, la journée du 11 novembre associe à cet hommage le soldat inconnu, symbole de l'héroïsme et du sacrifice de tous les poilus, choisi à Verdun par le soldat Auguste Thin. Lui qui n'a pas de visage, pas de nom, pas de religion.

Nous nous sommes recueillis ce matin devant sa tombe avec le Président de la République comme la Nation tout entière, dans chacune des communes de France dont aucune ne fut épargnée par la guerre, rend hommage aujourd'hui à nos aînés.

Durant les années qui suivirent, chaque commune de France voit s'ériger sur son sol un monument aux morts, point de ralliement de notre mémoire collective.

Mesdames et messieurs, ce lieu où nous nous trouvons aujourd'hui est un lieu d'histoire.

Une histoire qui s'est jouée en 1918 mais aussi en 1940 lorsque l'armistice fut signé le 22 juin et que le site fut saccagé sous les yeux du Maréchal Foch, dont la statue tenait encore debout. Une histoire qui fut singulière pour les Alsaciens-Lorrains à qui le monument érigé en 1922 rend hommage.

Mais ce site est aussi un lieu de mémoire et je me félicite que le ministère de la défense soutienne le projet d'extension du mémorial.

Mémoire qui trouve notamment un écho au Mont Valérien. Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, il y est décidé la construction d'une dalle identique à celle installée à la Clairière de Rethondes.

Le 11 novembre 1945, il y a 70 ans jour pour jour, 15 cercueils sont disposés sous l'Arc de Triomphe. Des combattants, des prisonniers, des résistants, des déportés, hommes et femmes. Tous réunis dans l'hommage, ils symbolisent l'unité nationale.

Le général de Gaulle les a choisis pour rejoindre le Mont Valérien, destiné à devenir un haut lieu de la mémoire combattante.

A la force symbolique de ce geste, il ajoute ces quelques mots : « Tandis que leur cortège fait monter les larmes à nos yeux et la fierté à nos cœurs, il faut que nous, fils et filles vivants de la France, nous entendions les leçons qu'ils viennent nous donner ».

Voilà ce qu'inspire aussi un lieu comme Rethondes.

Mesdames et messieurs, l'hommage aux combattants de la Grande Guerre n'est pas né avec la commémoration du 11 novembre.

Dès 1915, la Croix de Guerre distingue les combattants, français ou étrangers, dont le comportement au combat mérite d'être cité en exemple. Devenue en 1956 Croix de la valeur militaire, elle honore les militaires – et, depuis peu, les civils – ayant accompli des actions d'éclats en opérations extérieures.

Ces décorations tissent un lien intergénérationnel indélébile entre celles et ceux qui ont fait la démonstration de leur courage, de leur sens du devoir et de leur esprit de sacrifice de 1915 à nos jours. Certains d'entre eux en restent marqués dans leur chair ; d'autres ont leur nom inscrit sur les monuments aux morts, devant lesquels la Nation toute entière se recueille aujourd'hui.

Dans ce temps de paix, nous relisons des destins brisés par la guerre et nous pensons à tous nos jeunes soldats qui s'engagent encore, par-delà nos frontières, pour honorer nos valeurs.

Aujourd'hui, au nom de la République française, je m'incline, d'un même élan, d'une même émotion devant tous les combattants qui ont donné leur vie pour la France au cours de la Grande Guerre, de la Seconde Guerre mondiale, des guerres de décolonisation et des opérations extérieures.

C'est le geste le plus ancien de notre histoire. Mais c'est l'un des plus sacrés aussi. Et je veux rendre un hommage solennel tout particulier aux quatre soldats qui nous ont quittés cette année. Ceux dont le courage et le sens du devoir ne se sont éteints que dans la mort et dont les camarades, aujourd'hui engagés en opérations extérieures, honorent leur mémoire par leur bravoure.

Tous ces hommes méritent plus que notre hommage et notre respect. Ils méritent que nous nous rassemblions et que nous nous engagions pour les valeurs qu'ils ont défendues au prix de la vie.

Mesdames et messieurs, il y a 100 ans, les Françaises et les Français se sont mobilisés au rythme de La Marseillaise, chant républicain, émancipateur, rassembleur et universel.

Aujourd'hui, le temps a passé. Mais l'hymne national qui nous accompagne dans tous nos grands moments de rassemblement et qui sera au cœur de l'année 2016 comme le Président de la République l'a annoncé, reste un appel à la mobilisation.

Mobilisation pour les valeurs de notre République : la Liberté, l'Egalité, la Fraternité. Mobilisation pour préserver la cohésion nationale dont pas une société ne saurait se passer. C'est aussi la leçon de la Grande Guerre.


Vive la République ! Vive la France !


Source http://www.defense.gouv.fr, le 27 novembre 2015

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