Interview de M. Manuel Valls, Premier ministre, à Europe 1 le 1er décembre 2015, sur l'état d'urgence et la lutte contre le terrorisme, les chiffres du chômage en octobre, le pouvoir d'achat, le futur aéroport de Notre-Dame-des Landes, les élections régionales et le Front national. | vie-publique.fr | Discours publics

[ Publicité ]

Interview de M. Manuel Valls, Premier ministre, à Europe 1 le 1er décembre 2015, sur l'état d'urgence et la lutte contre le terrorisme, les chiffres du chômage en octobre, le pouvoir d'achat, le futur aéroport de Notre-Dame-des Landes, les élections régionales et le Front national.

Personnalité, fonction : VALLS Manuel, SOTTO Thomas, ELKABBACH Jean-Pierre.

FRANCE. Premier ministre; ;

ti : THOMAS SOTTO
Manuel VALLS nous a rejoints dans le studio de la Matinale d'Europe 1. Bonjour Manuel VALLS.

MANUEL VALLS
Bonjour.

THOMAS SOTTO
Bienvenu. Vous allez être avec nous jusqu'à neuf heures, face aux Experts, à Raphaël ENTHOVEN, à Jean-Pierre ELKABBACH. Vous aussi vous pourrez interroger le Premier ministre, ce sera à huit heures et demie, juste avant Nicolas CANTELOUP. Pour ce faire, vous twittez avec le hashtag #E1Valls ou vous nous appelez dès maintenant au 39 21. Manuel VALLS, en temps normal, à supposer que le temps normal quand on est Premier ministre, le réveil sonne à quelle heure ?

MANUEL VALLS
Autour de six heures, six heures et demie en général.

THOMAS SOTTO
Six heures, six heures et demie ?

MANUEL VALLS
Oui.

THOMAS SOTTO
Hier soir, vous vous êtes couché un peu plus tard, non ? Il y avait dîner avec Barack OBAMA, j'ai vu que vous étiez assis juste à côté de lui.

MANUEL VALLS
Oui, mais nous avons terminé relativement tôt, vers vingt-deux heures, vingt-deux heures trente. Après, il fallait préparer cette émission, signer quelques parapheurs et regardez les dossiers. La vie de chef de gouvernement, en effet, ne s'arrête pas mais il faut dormir, il faut se reposer pour gouverner la tête claire.

THOMAS SOTTO
Honnêtement, c'était sympa ce petit dîner ? Parce qu'on a tous envie de dîner avec Barack OBAMA un jour. C'est quoi ? C'est un pensum dans la vraie vie ?

MANUEL VALLS
Vous n'avez pas envie de dîner avec le président de la République ou avec moi ? Ça me déçoit.

THOMAS SOTTO
Moi, je dîne avec qui m'invite ; il n'y a pas de problème.

MANUEL VALLS
[rires] Oui, j'y penserai la prochaine fois. Non, c'était intéressant. Bien sûr, c'était intéressant puisque nous avons abordé avec les deux présidents tous les sujets du moment. La COP21 bien sûr, qu'il faut réussir – nous en parlerons – la Syrie, l'Irak bien sûr, la lutte contre le terrorisme avec, je dois le dire, une grande convergence de vue entre Français et Américains. C'est une bonne chose face aux défis du monde, de la planète et qui sont aussi les défis de la France.

THOMAS SOTTO
Et sur lesquels on aura l'occasion de revenir évidemment pendant ces deux heures. Les deux présidents, donc Barack OBAMA et François HOLLANDE. Il paraît que les textos de François HOLLANDE arrivent très tôt le matin. Est-ce que c'est vrai ça ? Est-ce que vous en avez déjà reçu ce matin ou pas encore ?

MANUEL VALLS
Non, ce matin je n'en ai pas reçu. Je suis étonné.

THOMAS SOTTO
Il vous a briefé ? Il vous a dit : « Attention ! Deux heures à Europe », non ? Vous en discutez de ce genre de chose ?

MANUEL VALLS
Oui, nous parlons bien sûr des messages, de la manière de nous adresser aux Français surtout dans cette période très particulière où se conjuguent tous les défis de la planète à Paris – et Paris est le centre du monde.

THOMAS SOTTO
On va jeter un petit coup d'oeil ensemble aux unes de la presse de ce mardi, si vous le voulez bien. […] J'ai regardé, on parle assez peu de vous ce matin dans les journaux. C'est un soulagement ? Parce que c'est vrai qu'on en prend pas mal quand même quand on est à des postes exposés comme le vôtre.

MANUEL VALLS
Mais je crois qu'on parle surtout des vrais sujets. C'est ça qui est intéressant.

THOMAS SOTTO
Vous n'êtes pas un vrai sujet, Manuel VALLS ?

MANUEL VALLS
Non, mais les vrais sujets qui intéressent les Français. Moi, je suis chef du gouvernement, j'agis, on essaye de répondre surtout aux attentes et aux angoisses des Français, de le faire sérieusement. Et ce qui intéresse les Français, oui, c'est l'avenir de la planète, c'est la pauvreté et cette nouvelle campagne des Restaurants du coeur avec cet engagement extraordinaire qui est celui de Coluche, des bénévoles aujourd'hui qu'il faut saluer partout en France, et puis la démocratie, le rendez-vous électoral de la fin de la semaine. C'est ça qui intéresse les Français, je crois.

THOMAS SOTTO
Mais quand vous lisez des papiers qui sont parfois un peu durs sur vous, parce que c'est dur avec tous les Premiers ministres, ça vous touche ou on arrive à se blinder à un moment ?

MANUEL VALLS
Non. Il faut se blinder puisque, de toute façon, il faut penser d'abord aux Français. La vie peut être dure pour eux, l'actualité est difficile pour notre pays et donc on lit, bien sûr, mais il faut être blindé, oui. Parce qu'au fond, si on a décidé d'agir, d'être un personnage public, c'est…

THOMAS SOTTO
On n'a pas le droit de se plaindre.

MANUEL VALLS
On n'a pas le droit se plaindre. Il y a suffisamment de problèmes dans le pays et dans le monde.

THOMAS SOTTO
Elle était bonne la tarte fine au cacao hier soir ou pas ?

MANUEL VALLS
Elle était bonne, oui. Mais la cuisine française c'est une bonne et belle cuisine. Ça fait partie de notre patrimoine, de nos valeurs qu'il faut défendre.

THOMAS SOTTO
On passe à la météo tout de suite avec Laurence CABROL. Laurent ?

LAURENT CABROL
Oui. Tenez, Monsieur le Premier ministre, onze degrés à Evry ce matin.

THOMAS SOTTO
Oh, le fayot !

MANUEL VALLS
Merci !

THOMAS SOTTO
Il avait fait pareil avec MACRON, il avait commencé par Amiens.

MANUEL VALLS
Mais il est fayot avec tout le monde !

LAURENT CABROL
Il fait cinq degrés à Barcelone.

MANUEL VALLS
Mmm, mmm.

LAURENT CABROL
Cinq degrés à Barcelone ; il fait plus froid à Barcelone qu'à Evry. […]

? Le journal de 07 heures de Christophe Charles :
- Sujet sur Marine Le Pen en meeting à Lille

THOMAS SOTTO
Manuel VALLS, responsabilité, culpabilité. Vous vous sentez une responsabilité voire une culpabilité dans la survenance des attentats du 13 novembre comme le dit Marine LE PEN ?

MANUEL VALLS
Deux semaines après les attentats et avec les menaces qui sont toujours présentes, il faut rester à une certaine hauteur du débat public. Moi, je resterai à cette hauteur et je ne m'abaisserai pas à la polémique. L'extrême droite joue sur les peurs. Ces peurs sont une réalité chez nos compatriotes après ce qui s'est passé, mais le Front national a voté contre la loi sur le renseignement qui est un outil nouveau pour lutter contre le terrorisme, qui vient d'être mise en place. Le Front national combat ce dispositif pour assurer davantage de sécurité sur les lignes aériennes, ce qu'on appelle le PNR, au niveau européen. Le Front national a voté contre ces propositions, mais moi je n'ai pas envie de polémiquer, encore moins avec l'extrême droite, surtout quand elle cherche à abaisser ainsi le débat.

THOMAS SOTTO
Il y avait Marine LE PEN hier à Lille, il y avait aussi Nicolas SARKOZY à Rouen. « Pourquoi après les attentats de janvier rien n'a été mis en oeuvre ? » s'est interrogé Nicolas SARKOZY.

MANUEL VALLS
Beaucoup de choses ont été mises en oeuvre. Mais que cette question soit posée par l'opposition, par la presse, par les familles des victimes, c'est tout à fait légitime et il m'appartient, moi à votre micro, de rappeler ce qui a été engagé en postes supplémentaires pour la police, la gendarmerie, les services de renseignement. La loi sur le renseignement qui a été débattue une grande partie de cette année, qui a d'ailleurs été votée par une grande partie de la gauche et de la droite, et c'est bien ainsi. D'ailleurs encore hier, le budget de la sécurité a été voté à l'unanimité au Sénat, donnant ainsi six cents à sept cents millions d'euros supplémentaires pour nos forces de sécurité, pour la justice et pour nos armées. Tous ces budgets sont votés à l'unanimité. Dans ce moment-là, moi je veux privilégier l'unité nationale autour du Pacte de sécurité qui a été défini par le président de la République. Beaucoup a été engagé, il faut continuer parce que la lutte contre le terrorisme, c'est une lutte d'ampleur et qui va durer plusieurs années.

THOMAS SOTTO
Et on s'arrêtera sur cette lutte contre le terrorisme spécifiquement tout à l'heure à 07 heures 45 dans l'Interview-vérité. […]

? Les Experts d'Europe 1 :

THOMAS SOTTO
Inverser la courbe du chômage, même le Père Noël ne semble plus y croire. C'est un des sujets que l'on va aborder avec vous, Manuel VALLS. Autour de la table, Axel de TARLE, Alexandre KARA et Anne LEGALL. Manuel VALLS, il y a beaucoup de questions, des questions précises posées par nos experts qui appellent, je l'espère, des réponses précises. Axel de TARLE, on a donc eu la semaine dernière les très mauvais chiffres du chômage pour le mois d'octobre. Ça faisait deux ans que ça n'avait pas été aussi mauvais.

AXEL DE TARLE
Oui, bonjour Monsieur le Premier ministre.

MANUEL VALLS
Bonjour.

AXEL DE TARLE
Sur un an en France, le nombre de chômeurs a augmenté de cent vingt-huit mille et malheureusement, enfin heureusement pour eux mais si on regarde chez nos voisins ça baisse : moins deux cent soixante mille en Italie, moins cinq cent cinquante mille en Espagne, sans parler de la Grande-Bretagne ou du Royaume-Uni où le taux de chômage est deux fois plus faible. Monsieur le Premier ministre, quelle est la mesure que vous comptez prendre dans les mois à venir pour mettre fin à ce qu'il faut bien appeler une exception française ?

MANUEL VALLS
Nous avons une croissance qui est encore insuffisante. Elle est aujourd'hui autour de 1,1 – 1,2 pour cette année 2015. On prévoit normalement une croissance autour de 1,4 – 1,5 pour l'année 2016. Nous créons de nouveau de l'emploi, cinquante mille sur un an, mais c'est insuffisant. C'est insuffisant d'abord parce qu'il y a cent vingt mille actifs supplémentaires, c'est une différence par rapport à d'autres pays, qui rentrent sur le marché du travail et notamment des jeunes. C'est insuffisant parce que la croissance, en tout cas pour cette année, même si elle est de retour, n'est pas suffisante pour créer suffisamment d'emplois. Ça veut dire qu'il faut poursuivre les réformes et notamment assouplir, et assouplir notre droit du travail. C'est le sens de la réforme que nous allons porter avec Myriam EL KHOMRI au début de l'année pour permettre…

THOMAS SOTTO
La réforme du droit du travail sera suffisante pour inverser la tendance ?

MANUEL VALLS
C'est un des éléments. Je ne pense pas qu'il y ait une solution, la solution miracle. C'est la conjonction du Pacte de responsabilité et de solidarité qui a permis à nos entreprises de retrouver des marges, de redonner de la confiance. Il faut que les entreprises investissent, embauchent, et pour cela il faut qu'elles aient peut-être davantage de souplesse. Mais c'est ce dialogue social, au plus près de l'entreprise que nous voulons favoriser.

ALEXANDRE KARA
Manuel VALLS, un constat que vous avez fait dès que vous êtes arrivé au pouvoir, vous aviez promis l'inversion de la courbe pour décembre 2013. Ces mesures-là, ces réformes-là, il fallait le faire dès le départ.

MANUEL VALLS
Beaucoup de réformes ont été faites dans le domaine de la formation, sur le marché du travail mais nous sommes dans une économie ouverte. On ne décrète pas la baisse du chômage. Pour cela, il faut que les entreprises retrouvent de la compétitivité, monsieur Axel de TARLE le sait parfaitement. Depuis plus de dix ans, nos entreprises, l'économie française avaient perdu de la compétitivité par rapport aux autre pays, notamment le différentiel avec l'Allemagne. Il fallait baisser le coût du travail. Aujourd'hui notamment dans l'industrie, nous avons rattrapé l'Allemagne, et même dans l'industrie devancé l'Allemagne dans ce domaine-là. Tous les éléments, la base, les bases sont posés pour que le chômage recule, mais pour cela il faut encore davantage de confiance, plus de croissance, plus de compétitivité. C'est le sens des réformes malgré ce que nous avons connu, c'est-à-dire les attentats, le choc que le pays a subi, les réformes doivent se poursuivre. C'est indispensable pour notre économie.

THOMAS SOTTO
Précisément à propos de réforme, dans son projet de loi Macron II votre ministre de l'Economie semble vouloir favoriser les mini-jobs. Est-ce que vous pensez, vous Manuel VALLS, qu'il vaut mieux un mini-job que pas de job du tout ?

MANUEL VALLS
D'abord le texte de loi que prépare Emmanuel MACRON vise à utiliser toutes les opportunités qu'offre le numérique, parce que c'est ça la grande révolution que nous sommes en train de connaître, c'est-à-dire une économie nouvelle qui est en train de s'imposer, qui crée aussi de l'emploi pendant que la vieille économie, une partie de l'industrie, perd des emplois. C'est ce choc, au fond, entre deux mondes que subissent les Français, ce qui crée parfois aussi du chômage.

THOMAS SOTTO
Mais est-ce qu'il faut favoriser des mini-jobs, donc des emplois plus précaires que ce qui existe aujourd'hui ?

MANUEL VALLS
Mais offrir des contrats par exemple à trois heures de travail par semaine pourrait peut-être faire baisser le chômage mais aggraverait la précarité. Ça ne changerait pas grand-chose pour le quotidien des Français. Mais plus de souplesse pour ce qui concerne le contrat de travail, oui il faut toujours étudier de près ce qui est possible.

THOMAS SOTTO
Ce n'est pas à peu près la même chose, plus de souplesse ?

MANUEL VALLS
Non, parce que dans la souplesse, et notamment au plus près de l'entreprise pour favoriser l'embauche notamment – et nous avons déjà beaucoup fait dans ce domaine-là – il ne s'agit pas non plus d'aggraver la précarité.

THOMAS SOTTO
L'autre préoccupation économique des Français, c'est le pouvoir d'achat. A ce sujet vous avez, Alexandre KARA, une série de questions extrêmement précises et concrètes à poser au Premier ministre.

ALEXANDRE KARA
Oui. Manuel VALLS, Marylise LEBRANCHU, votre ministre de la Fonction publique, a laissé entendre que le point d'indice des fonctionnaires qui est gelé depuis 2010 pourrait être revalorisé lors de négociations en février prochain. Est-ce que vous confirmez cette revalorisation et quelle pourrait être l'augmentation de ce point d'indice ?

MANUEL VALLS
Il y a un rendez-vous, une discussion avec les organisations syndicales, avec les syndicats au mois de février. Cette question sera ouverte, d'autant plus que je veux rappeler que les fonctionnaires aux rémunérations les plus modestes bénéficient déjà de mesures de revalorisation successives prévues pour les agents des catégories C et des catégories B en début de carrière. En 2015, c'est une moyenne de quatre cent quarante euros nets en plus pour 1,6 millions d'agents. Vous savez qu'un accord a été conclu par des syndicats – pas la majorité des syndicats – qui représentaient quarante-neuf pourcent des fonctionnaires mais nous avons décidé, avec Marylise LEBRANCHU, qu'il fallait que cet accord s'applique parce que c'était une bonne chose pour les fonctionnaires dans la durée, avec un allongement des carrières d'un côté mais en même temps une rémunération de ces fonctionnaires, notamment pour les enseignants.

THOMAS SOTTO
Donc pour la revalorisation du point d'indice, rien n'est décidé encore ?

MANUEL VALLS
La discussion va s'ouvrir, donc nous n'allons pas décider ce qui sera le contenu de cette discussion.

ALEXANDRE KARA
Manuel VALLS, vous avez laissé entendre que vous n'arriverez pas les mains vides lors de cette négociation.

MANUEL VALLS
Bien sûr et, vous savez, c'est quoi la France ? C'est une nation, ce sont des valeurs, c'est l'Etat et ce sont des services publics. Chacun peut le constater quand il y a une catastrophe climatique. Nous l'avons encore constaté avec l'engagement des forces de l'ordre, des services de santé, des enseignants qui ont accueilli les enfants après le week-end terrible des attentats. C'est ça aussi, la France. Ce sont des services publics et ces services publics méritent d'être considérés, et les fonctionnaires méritent d'être rémunérés au niveau de leur engagement, donc nous aurons cette discussion.

THOMAS SOTTO
Autre point, Alexandre.

ALEXANDRE KARA
Oui, très vite. A l'approche des fêtes, les plus défavorisés attendent évidemment la prime de Noël. Alors quand est-ce que cette prime de Noël va être versée et surtout va-t-elle être augmentée cette année ?

MANUEL VALLS
Comme l'an dernier, les ménages avec des revenus modestes bénéficieront de la prime de Noël, un peu plus de cent cinquante euros pour une personne seule et un peu plus de trois cent vingt euros pour un couple avec des étudiants – avec deux enfants, pardon. Cette prime sera versée à compter du 16 décembre. Je veux rappeler que plus de deux millions de foyers en bénéficient.

ALEXANDRE KARA
Autre question importante évidemment pour le pouvoir d'achat. Au 1er janvier, est-ce que le SMIC va bénéficier d'un coup de pouce, sachant que ça n'a pas été le cas depuis juillet 2012, ce qui est du jamais vu sous un gouvernement de gauche.

MANUEL VALLS
Là-dessus, je ne peux pas vous répondre à ce stade. Nous sommes en train évidemment de discuter avec les ministres concernés mais là encore nous sommes prudents.

THOMAS SOTTO
Vous le souhaitez ou pas ? Est-ce que vous le souhaitez ce coup de pouce ?

MANUEL VALLS
Tout ce qui va dans le sens du pouvoir d'achat est une bonne chose, mais moi je pense aussi à l'ensemble des salariés et tous ne sont pas au SMIC.

AXEL DE TARLE
D'un mot, concernant la rémunération des fonctionnaires. Il y a trois semaines, Emmanuel MACRON disait qu'il était favorable à la rémunération des fonctionnaires au mérite. Et vous, vous y êtes favorable ?

MANUEL VALLS
Mais il y a déjà des dispositifs au mérite. Vous aviez, y compris sur votre antenne ce matin…

AXEL DE TARLE
C'est une bonne idée ?

MANUEL VALLS
Oui, c'est une bonne idée.

AXEL DE TARLE
Il faudrait la généraliser.

MANUEL VALLS
Mais dans les régimes indemnitaires par exemple des collectivités territoriales, il y avait d'ailleurs des reportages sur vos antennes tôt ce matin, des villes s'engagent déjà. Nous l'avons fait aussi à Evry. Tout ce qui permet encore une fois d'encourager le travail, l'engagement des fonctionnaires, oui il faut évidemment le privilégier.

THOMAS SOTTO
Chaque matin, Manuel VALLS, dans les experts de sept heures et quart, Anne LEGALL nous présente une innovation et ce matin, on grimpe en voiture avec Anne. Anne, c'est de la voiture mais c'est COP21 compatible paraît-il.

ANNE LEGALL
Exactement. C'est un nouveau véhicule électrique. Le prototype est présenté à l'occasion de la COP21. Niveau look, vous l'avez en photo sur Twitter avec le hashtag #e1matin.

THOMAS SOTTO
On dirait un Playmobil.

ANNE LEGALL
Ça ressemble à un jouet. On est entre la voiturette de golf et le bus. C'est un véhicule nouveau qui a la capacité d'être extrêmement modulable puisqu'il peut transporter de six passagers assis et ceinturés à cinquante-huit debout. C'est un bus et cinquante-huit, évidemment le chiffre est énorme puisqu'on peut atteler quatre véhicules de ce type les uns derrière les autres.

THOMAS SOTTO
Un peu comme des wagons en fait.

ANNE LEGALL
En fait, c'est une voiture qui peut faire train. La société LOHR qui l'a mis au point envisage de le tester dans les rues de Strasbourg en 2017. J'en profite, Manuel VALLS, puisqu'on parle voiture, pour vous poser une question sur le prix des carburants. On avait annoncé une hausse de la fiscalité sur le diesel plus polluant, une baisse sur celle de l'essence et au final, on nous annonce que tout va augmenter à partir du 1er janvier. Quel est le message ?

MANUEL VALLS
Non, il y a la convergence concernant les prix des carburants qui est bien inscrite dans la loi, c'est-à-dire avec une hausse du diesel et une baisse de l'essence, et c'est ça le message.

THOMAS SOTTO
Oui, mais il y a des taxes qui se percutent quand même parce que finalement l'essence va aussi augmenter.

MANUEL VALLS
Oui, mais la convergence qui conduit à une baisse de l'essence et à une hausse du diesel, elle est bien maintenue. C'est ce message-là qui doit continuer avec en plus, bien sûr, les investissements – vous venez de prendre un exemple – indispensables pour la voiture électrique.

THOMAS SOTTO
S'il s'avère, Manuel VALLS, que VOLKSWAGEN ou des constructeurs français d'ailleurs puisque des tests sont en cours, ont bénéficié de primes à l'environnement, de bonus pour des voitures qui ne sont pas aussi propres qu'annoncées, devront-ils ces constructeurs les rembourser à l'Etat ?

MANUEL VALLS
En tout cas ces constructeurs devraient ou devront – on parle de VOLKSWAGEN – prendre pleinement leurs responsabilités.

THOMAS SOTTO
Ça veut dire quoi ? Ça veut dire rembourser les aides ?

MANUEL VALLS
Rembourser les aides et d'abord vis-à-vis des particuliers assumer totalement leurs responsabilités. Oui, c'est ainsi qu'il faut, je crois, envisager la responsabilité d'un grand constructeur.

THOMAS SOTTO
Je n'ai pas très bien compris, expliquez-moi, sur la fiscalité de l'essence et du diesel en fait. Je n'ai pas très bien compris où on allait. Moi, je suis un peu perdu, j'avoue. Je suis basique et je pensais vraiment que l'essence allait baisser et que le diesel allait augmenter. Là, on a une convergence de quelques centimes, ça va prendre des années. C'est quoi ? C'est une politique fiscale, c'est une politique environnementale ?

MANUEL VALLS
Mais c'est les deux parce que ce sont des taxes qui sont indispensables aussi pour le budget de l'Etat et, en même temps, avec une politique aujourd'hui qui vise à la fois à soutenir les énergies renouvelables et à lutter contre la pollution. C'est bon, là ? Vous avez compris, je pense.

THOMAS SOTTO
J'essaye.

MANUEL VALLS
Bon, très bien.

ANNE LEGALL
Du coup, la convergence on l'aura à l'horizon 2017, 2018 ?

MANUEL VALLS
Absolument, et c'est déjà un engagement qui est pris pour cette année.

THOMAS SOTTO
Merci les experts. Manuel VALLS, vous restez avec nous.

MANUEL VALLS
Merci. […]

THOMAS SOTTO
« La morale de l'info », Raphaël ENTHOVEN et Manuel VALLS, le Premier ministre en direct sur Europe 1 jusqu'à neuf heures. Raphaël, bonjour.

RAPHAËL ENTHOVEN
Bonjour Thomas.

THOMAS SOTTO
Ce matin, état d'urgence et libertés individuelles.

RAPHAËL ENTHOVEN
Oui. Bonjour Monsieur le Premier ministre.

MANUEL VALLS
Bonjour.

RAPHAËL ENTHOVEN
Bonjour. Après les attentats du 13 novembre, le président de la République a décrété l'état d'urgence et certains s'en sont émus en faisant valoir, par exemple, que les perquisitions administratives, les assignations à résidence et l'interdiction de tout rassemblement étaient des mesures quasiment liberticides et offraient aux pouvoirs publics l'occasion d'écraser toute contestation sous prétexte de lutte contre le terrorisme. Alors que répondez-vous à ces excellents citoyens ? Est-ce que vous pouvez tout simplement nous garantir que l'état d'urgence n'est en rien un déni de l'état de droit ?

MANUEL VALLS
Non, l'état d'urgence est là précisément pour protéger nos libertés. Nous faisons face à un acte de guerre, nous avons fait face à un acte de guerre, un acte terroriste avec une menace précise. D'ailleurs quelques jours après les attentats du 13 novembre, il y a eu cet assaut du Raid et de la BRI contre un groupe de terroristes. Ça veut bien dire que cette menace était présente et pour faire face à cette menace, à ces actes qui touchent notre démocratie, qui visent à mettre en cause cette démocratie et cette liberté, il faut se protéger. C'est le sens de l'état d'urgence.

THOMAS SOTTO
Vous avez vu, Manuel VALLS, que cinquante-huit personnes ont signé un appel pour le droit à manifester pendant l'état d'urgence. Parmi les signataires, il y a des politiques comme Noël MAMERE, Olivier BESANCENOT mais aussi la comédienne Jeanne BALIBAR, l'écrivain Annie ERNAUX. Ils exigent donc la levée des interdictions de manifester. Ils ont complètement tort ? Vous les comprenez ? Il faut desserrer un peu l'étau ?

MANUEL VALLS
Il y a un débat dans notre société. L'état d'urgence a été voté pour trois mois par le Parlement. Le Parlement lui-même va contrôler la mise en oeuvre de cet état d'urgence. C'est normal qu'il y ait ce contrôle démocratique mais les assignations à résidence, les perquisitions permettent précisément de lutter contre le terrorisme, contre la délinquance, contre tous les actes qui peuvent mettre en cause aujourd'hui l'état de droit. Et puis, oui, il y a une restriction de liberté : c'est le droit de manifester mais cela se fait, je crois, avec beaucoup d'intelligence. Beaucoup de manifestations ont eu lieu encore dimanche un peu partout en France, mais on s'est aperçu malheureusement à Paris place de la République que la violence pouvait être là, qu'on pouvait aussi mettre en cause la mémoire des victimes en jetant sur les forces de l'ordre les bougies et les objets qui avaient été posés place de la République en leur mémoire.

RAPHAËL ENTHOVEN
Mais en même temps, Monsieur le Premier ministre, jusqu'où peut-on aller trop loin dans la préservation des libertés ? Si nécessaires soient-elles, toutes les mesures qui ont été prises sont et seront toujours impuissantes face à quelqu'un qui a choisi de mourir en tuant, par exemple. Autrement dit quoi qu'on fasse, le plus probable sinon certain, est qu'il y aura encore d'autres attentats meurtriers sur le sol français. Dans ces conditions comment rassurer les Français sans leur mentir ?

MANUEL VALLS
Il faut leur dire la vérité. Depuis les attentats du mois de janvier et même avant – j'étais avant ministre de l'Intérieur entre 2012 et 2014 – j'avais dit que nous allions connaître des attentats, que nous allions être frappés. En même temps, l'Etat doit se mobiliser et nous devons vivre avec les Français, et les Français doivent vivre avec. Mais ma responsabilité, c'est de dire cette vérité. La vie est plus forte que la mort. Les Français sont plus forts que les terroristes mais il faut vivre avec cette menace terroriste qui est durable. Il faut s'y préparer et il faut être capable d'y faire face.

THOMAS SOTTO
Raphaël, la morale de l'info ?

RAPHAËL ENTHOVEN
La morale de l'info, c'est une citation bien connue, que tout le monde connaît du général prussien Carl Von CLAUSEWITZ : « La guerre est la continuation de la politique par d'autres moyens ».

THOMAS SOTTO
Vous validez ?

MANUEL VALLS
La guerre, elle est là sous une autre forme mais elle est bien là, donc il faut y faire face et il faut mener cette guerre. Il faut la mener avec les armes de l'état de droit et avec la démocratie, et avec le peuple debout.

THOMAS SOTTO
Voilà ce petit temps de réflexion utile avec Raphaël ENTHOVEN qu'on retrouve demain à sept heures vingt-cinq. Vous réagissez évidemment aux propos de Manuel VALLS sur Twitter avec le hashtag #E1Valls ou en nous appelant au 39 21. […]

- Manuel VALLS, est-ce qu'on sait si en France on roule avec du carburant qui enrichit l'organisation Etat Islamique ? Est-ce qu'on a un doute ou est-ce qu'on est sûr que ce n'est pas le cas ?

MANUEL VALLS
Non, je crois que ce n'est pas le cas, mais ça veut bien dire qu'il faut faire de Daesh notre priorité absolue et que tous les Etats qui sont concernés, les pays voisins comme la Turquie, tous ceux qui sont concernés par ce conflit, comme la Russie, chacun doit mettre aujourd'hui son énergie à cet objectif, pour cet objectif, c'est-à-dire éradiquer Daesh. Et c'est tout le sens de l'action et de la diplomatie de la France et du président de la République.

THOMAS SOTTO
Donc Russes et Turcs ont l'obligation de s'entendre ?

MANUEL VALLS
Bien sûr, et c'est là l'essentiel.

(…)

THOMAS SOTTO
Dans un instant, Manuel VALLS, on va parler terrorisme et sécurité des Français, je rappelle que vous pouvez interpeller le Premier ministre sur Twitter avec le #E1Valls et que vous pourrez lui poser directement vos questions, ce sera à 8H30, pour vous inscrire c'est le 3921, le standard d'Europe.

(…)

JOURNALISTE
Thomas SOTTO, vous allez parler terrorisme et lutte contre le terrorisme avec Manuel VALLS.

THOMAS SOTTO
La lutte ou même la guerre, pour reprendre le mot utilisé par François HOLLANDE. Le terrorisme qui est évidemment le premier souci des Français, nous avons compris, il y a quelques jours, que nous étions tous des cibles potentielles. Manuel VALLS, peut-être un mot de l'enquête sur les attentats du 13 novembre pour commencer, avez-vous, les enquêteurs ont-ils ont une idée de l'endroit où se trouve Salah ABDESLAM, principal suspect encore recherché après les attentats du 13 novembre ?

MANUEL VALLS
Moi je ne peux pas commenter, ni confirmer, ni infirmer cette hypothèse, elle peut, au bout du compte, se révéler être une simple rumeur.

THOMAS SOTTO
L'hypothèse de sa présence en Syrie, que relie CNN.

MANUEL VALLS
Absolument, et je crois que nous devons collectivement, au fond, apprendre à mieux respecter le secret de l'enquête et les opérations de police. Cette enquête va être longue, ce que je veux dire à vos auditeurs, aux Français, c'est que nos services de renseignements, en lien bien sûr avec les autres services de renseignements, d'Europe et du monde, sont pleinement mobilisés. C'est une traque pour retrouver tous ceux qui ont commis, participé, à ces attentats effrayants sur Paris.

THOMAS SOTTO
Vous ne pouvez pas dire où il se trouve, mais vous les avez ou pas, les enquêteurs le savent aujourd'hui, sans le dire ?

MANUEL VALLS
Je ne le crois pas, et puis encore une fois, ce n'est pas à moi de commenter le travail des enquêteurs, ce que nous souhaitons tous c'est qu'ils aboutissent bien sûr, ces enquêteurs, et je ne doute pas que nous arriverons.

THOMAS SOTTO
Alors Salah ABDESLAM est dans la nature, pour autant diriez-vous que cette cellule-là, celle du 13 novembre, a été mise hors d'état de nuire ?

MANUEL VALLS
Je vais être très prudent, il faut être très prudent, parce que nous faisons face à des ennemis particulièrement déterminés, prêts à mourir, rodés à toutes les techniques de dissimulation, qui veulent frapper la France, qui peuvent frapper la France, ou d'autres pays en Europe et dans le monde, nous l'avons vu malheureusement en Tunisie, à Bamako, à Ankara, un avion d'une ligne russe qui a été également touché par un attentat en plein ciel sur le Sinaï, donc cet ennemi est là. Et donc je veux être prudent, à chaque fois, même si, évidemment, le groupe qui était sans doute sur Paris a été neutralisé, mis hors d'état de nuire, suite à l'assaut de Saint-Denis.

THOMAS SOTTO
Dans les jours qui ont suivi les attentats du 13 novembre on a beaucoup entendu parler des perquisitions, dans les jours qui ont suivi donc, est-ce qu'elles se poursuivent à un rythme aussi soutenu, on en est où de ce point de vue là ?

MANUEL VALLS
Nous sommes à plus de 2000 perquisitions administratives qui ont été menées depuis la mise en place de l'état d'urgence, elles ont permis de saisir 320 armes, dont une trentaine d'armes de guerre, plus de 250 procédures judiciaires ont été initiées suite à ces perquisitions, plus de 210 personnes ont été placées en garde à vue, et cela prouve bien que ces perquisitions ne sont pas dues au hasard et qu'elles permettent d'étayer des soupçons objectifs.

THOMAS SOTTO
Mais à taper tout azimut, est-ce qu'on ne prend pas le risque de casser le travail des services de renseignements au détriment d'enquêtes menées discrètement jusqu'alors par la DGSI ou le service central du Renseignement français ?

MANUEL VALLS
Mais ces enquêtes, bien sûr, se poursuivent, elles sont…

THOMAS SOTTO
Parce que ce sont des informateurs aussi parfois.

MANUEL VALLS
Elles sont indispensables, et je veux rappeler que nous avons déjoué 5 à 6 attentats depuis plusieurs mois, que plusieurs personnes, qui reviennent souvent de Syrie, en passant bien sûr par la Turquie, sont interpellées, font l'objet de procédures judiciaires. Il faut poursuivre ce travail, c'est un travail d'ampleur, c'est un travail extrêmement minutieux, difficile. Les Français savent qu'il n'y a pas de risque zéro face à un tel ennemi si déterminé, mais ils doivent savoir que les services de police, de gendarmerie, le Renseignement territorial, au plus près du terrain, nos services de renseignements, extérieur et intérieur, sont pleinement mobilisés.

THOMAS SOTTO
Manuel VALLS, aujourd'hui on s'aperçoit que les membres du commando terroriste ont pu aller et venir dans et hors de l'Europe quasiment comme ils le voulaient, certains pointent du doigt des ratés des services de renseignements, de nos services de renseignements. Souhaitez-vous qu'il y ait une commission d'enquête, une enquête administrative, sur le sujet ?

MANUEL VALLS
Une commission d'enquête du Parlement, c'est son droit, même si elle ne peut pas venir percuter la procédure judiciaire.

THOMAS SOTTO
Mais vous souhaitez aller plus loin ou pas, vous ?

MANUEL VALLS
Ça c'est le travail du Parlement, de contrôle de l'action de l'Exécutif, comme des services de renseignements. Il y a toujours des enseignements à tirer de tels événements, c'est la moindre des choses qu'on doit aux victimes et à leurs proches, mais moi je veux saluer le travail de la justice et de nos services pour toutes les arrestations qu'ils ont déjà réalisées et tous les attentats, j'en parlais il y a un instant, qu'ils ont permis d'éviter depuis le début de l'année 2015. Dans ce moment-là, vous n'entendrez aucun mot, aucune parole, de ma part, qui puisse remettre en cause le travail des services de renseignements.

THOMAS SOTTO
Savoir ce qui s'est passé ou ce qui n'a pas bien fonctionné peut permettre d'éviter de nouveaux drames…

MANUEL VALLS
Toujours, et c'est bien sûr indispensable, mais moi je ne parle pas de ratés, je ne parle pas de failles, je parle de leçons, d'enseignement…

THOMAS SOTTO
Je crois que vous aviez parlé de faute de la DCRI à l'époque des attaques de MERAH, à l'époque.

MANUEL VALLS
J'avais parlé de failles, à ce moment-là, sur l'analyse qui avait été faite sur MERAH. Il faut toujours tirer, les leçons, les enseignements, de ce qui s'est passé, bien évidemment, sinon personne ne le comprendrait, parce qu'il faut faire face à cet ennemi, s'adapter en permanence. Lui-même, d'ailleurs, utilise à chaque fois des techniques différentes, des individus qui agissent seul, nous l'avons vu sur le Thalys, des commandos organisés, avec cette volonté de tuer, nous l'avons malheureusement constaté à Paris il y a quelques jours. Ils recrutent sur notre territoire, ils font venir des personnes de l'extérieur. Ils ont préparé cet attentat depuis la Syrie, en passant par la Belgique. Donc, oui, il faut être capable de comprendre quel est cet ennemi, et en même temps il faut dire aux Français que nous faisons face à un ennemi particulièrement déterminé, mais qui rencontrent une détermination sans faille qui est celle de l'Etat français.

THOMAS SOTTO
Vous évoquiez le Thalys, Ségolène ROYAL a annoncé ici même sur Europe 1 dimanche la mise en place de portiques pour l'accès aux lignes du Thalys avant le 20 décembre, on est dans le symbole ou on est dans l'efficacité ?

MANUEL VALLS
Non, je crois que les Français ont besoin d'être rassurés, ont besoin d'une sécurité, ont besoin de dispositifs qui soient efficaces, et pour que cela soit efficace pour le Thalys il faut non seulement, avant Noël, en effet, des portiques gare du Nord, mais sur l'ensemble des gares que le Thalys dessert, bien sûr en France…

THOMAS SOTTO
Et le TGV peut-être, le TGV demain ?

MANUEL VALLS
Bien sûr, en France, et ça veut dire que la gare du Nord et la gare de Lille doivent être munies de ces portiques, mais, aussi, en Belgique, aux Pays-Bas, en Allemagne, puisque ce TGV, ce train à grande vitesse, dessert également ces pays. Et comme l'a rappelé la ministre des Transports…

THOMAS SOTTO
Et pour les autres TGV alors ?

MANUEL VALLS
Comme l'a rappelé Ségolène ROYAL, sur l'ensemble des autres lignes il faut expérimenter les dispositifs de Thalys, ça peut être aussi des portiques et des scanners itinérants, et ça peut être bien sûr, d'abord, la fouille que la police, la gendarmerie, mais aussi les services de sécurité de la SNCF ou de la RATP, peuvent mener. Et nous allons soutenir une proposition de loi du député Gilles SAVARY, qui va être examinée avant Noël par le Parlement, pour permettre aux agents de sécurité de la SNCF et de la RATP de pouvoir fouiller les bagages, parce que, comme vous savez, aujourd'hui ce n'est pas possible, il n'y a que soit la police et la gendarmerie, soit les agents de sécurité privés.

THOMAS SOTTO
Et ça, ça sera voté pour avant Noël, ça sera effectif avant Noël ?

MANUEL VALLS
Ça ne sera pas effectif avant Noël, ça sera effectif quand la loi sera votée définitivement, je l'espère le plus rapidement possible.

THOMAS SOTTO
Beaucoup de Français se demandent s'ils peuvent prendre un TGV sans crainte pendant les vacances de Noël, vous leur répondez quoi ?

MANUEL VALLS
Qu'il faut vivre, qu'il faut savoir que tous les services de police sont mobilisés. Il y a aujourd'hui 110.000 policiers, gendarmes, qui sont mobilisés, auxquels il faut rajouter 10.000 militaires qui sont présents, les Français, partout, le voient bien, qu'il y a des services de sécurité pour nos transports en commun qui sont aussi sur le terrain. Et il faut être aussi vigilant. Je vous le disais il y a un instant, il faut apprendre à vivre avec cette menace terroriste, donc apprendre à vivre avec cette menace terroriste ça veut dire que chacun doit être aussi vigilant. Mais, encore une fois, la vie doit être plus forte, et donc chacun doit pouvoir se déplacer en sécurité, aller au spectacle aussi, en sécurité, assister à des grands matchs de foot par exemple, j'étais au Parc des Princes il y a quelques jours, là aussi c'est une manière de dire voilà, la vie est plus fort, et cet art de vivre qu'on a voulu toucher, ces salles de spectacle, ces terrasses de café, le Stade de France qui était visé, nous devons continuer à vivre.

THOMAS SOTTO
Est-ce que lorsque vous posez votre veste de Premier ministre vous avez peur, peur pour vous, peur pour vos proches, peur pour vos enfants, Manuel VALLS ?

MANUEL VALLS
Moi je n'ai pas le droit d'avoir peur, même si j'ai vécu, et je vis toujours, avec cette boule au ventre, bien évidemment, parce que depuis les attentats du mois de janvier je sais que nous pouvons subir de nouveau un attentat, et ce que nous avons subi le 13 novembre, en a été malheureusement la démonstration. Mais, comme le ministre de l'Intérieur, comme bien sûr le président de la République, notre rôle c'est de réagir, c'est de prendre les bonnes décisions, face à cette menace, et surtout face à ces actes de guerre.

THOMAS SOTTO
Manuel VALLS en direct sur Europe 1 jusqu'à 9H00, Manuel VALLS que vous pourrez interroger directement tout à l'heure à 8H30, appelez-nous dès à présent au 3921. Monsieur le Premier ministre, je me tourne à présent vers Dany COHN-BENDIT, bonjour Dany.

DANIEL COHN-BENDIT
Bonjour Thomas, bonjour Manuel VALLS.

MANUEL VALLS
Bonjour.

THOMAS SOTTO
Alors vous il y a un sujet que vous avez toujours en travers de la gorge Dany, qui n'est pas très COP21, c'est une histoire d'aéroport du côté de Nantes.

DANIEL COHN-BENDIT
Exactement. Alors, tout le monde sait que ma nouvelle manie c'est d'essayer de comprendre les politiques des gouvernements, surtout français et allemand, et là, vraiment, je ne comprends pas. Je ne comprends pas pourquoi ce gouvernement, qui veut faire tant pour l'environnement, tient encore à Notre-Dame-des-Landes, ce Toutankhamon de l'histoire de l'aménagement du territoire, qui est un vestige des années 60/70. Je rappelle que le symbole, à l'époque l'idée c'était un Concorde de Notre-Dame-des-Landes à New York, alors il n'y a plus de Concorde, pourquoi y a-t-il encore un Notre-Dame-des-Landes, c'est dépassé. D'ailleurs il y a une procédure d'infraction contre la France par la Commission européenne pour non-respect de la politique de l'environnement sur l'analyse d'impact sur l'environnement, n'est-il pas temps d'arrêter et de faire un signe fort ? En plein milieu de la COP, on arrête Notre-Dame-des-Landes et, si vous voulez, j'ai deux possibilités de sortie, après votre réponse.

THOMAS SOTTO
Manuel VALLS.

MANUEL VALLS
Je veux rappeler à Dany qu'il y a déjà un aéroport à Nantes, qui est dangereux, qui est saturé, qui ne respecte pas le dispositif Natura 2000, c'est-à-dire de l'environnement, et que, précisément, l'aéroport de Notre-Dame-des-Landes présentera l'avantage d'être beaucoup plus sûr, de pouvoir fermer aussi des petits aéroports qui existent dans le Grand Ouest de la France, et d'être évidemment beaucoup plus performant.

THOMAS SOTTO
Il est écolo Notre-Dame-des-Landes, vous iriez jusque-là ?

MANUEL VALLS
Mais, ce n'est pas l'aéroport qui doit être écolo, c'est nos avions qui doivent l'être, et nous avons besoin dans le Grand Ouest de la France de ce type de plateforme aéroportuaire reliée au TGV, par exemple. Pourquoi on priverait les habitants des Pays-de-Loire et de la Bretagne d'une telle plateforme aéroportuaire ?

THOMAS SOTTO
Je crois que Dany a deux propositions à faire, allez-y Dany.

DANIEL COHN-BENDIT
Oui, premièrement, moi je trouve que ce gouvernement devrait suivre, ou l'idée de sa ministre de l'Environnement, Ségolène ROYAL, qui est très sceptique et qui a une porte de sortie justement pour réduire l'impact de la nécessité des vols de l'Ouest, c'est-à-dire de mieux relier l'Ouest aux aéroports existants, donc de réduire aussi la nocivité de Nantes, de l'aéroport de Nantes. Et, et, deuxièmement, alors la sortie démocratique. Quand il y a un grand conflit comme ça, alors vous avez vos arguments, je ne vais pas y revenir, je ne suis pas d'accord, mais je n'ai pas le temps, eh bien pourquoi ne pas faire un référendum régional, pourquoi ne pas y aller, jouer l'issue démocratique ? Allez-y, vous êtes sûr de vos arguments, donc vous allez gagner, et ça serait une démonstration que la gauche est capable d'avoir des sorties démocraties. Un vrai référendum, comme l'avait fait le Wurtemberg avec l'enfouissement de la gare de Stuttgart, eh bien il y a eu un grand référendum, un grand débat télévisé, puis après un référendum, et il y a eu apaisement. L'apaisement, c'est l'intelligence démocratique.

THOMAS SOTTO
Alors, référendum ou pas ?

MANUEL VALLS
Mais il y a déjà, d'une certaine manière, un référendum…

DANIEL COHN-BENDIT
Non, pas d'une certaine manière.

MANUEL VALLS
Il y a déjà d'une certaine manière un référendum avec des élections…

THOMAS SOTTO
Mais un vrai référendum, un dimanche, avec un oui ou non.

MANUEL VALLS
Oui, mais précisément…

DANIEL COHN-BENDIT
Comme à Hambourg, ils ont dit non aux Jeux Olympiques, ça c'est la démocratie, on peut dire oui, on peut dire non. Quand il y a un grand conflit comme ça, eh bien il faut innover dans l'idée de démocratie.

MANUEL VALLS
Il faut dire oui alors, il faut dire oui aux Jeux Olympiques surtout.

DANIEL COHN-BENDIT
Oui, mais il faut, il faut, le peuple vote.

THOMAS SOTTO
Non, mais est-ce qu'il faut dire oui à un référendum ou pas ?

MANUEL VALLS
Vous savez, c'est très difficile à organiser, précisément pour des raisons constitutionnelles…

DANIEL COHN-BENDIT
C'est facile, alors j'en ai pour 15 jours pour l'organiser.

MANUEL VALLS
Pour des raisons juridiques, et ça va concerner qui ? Les Pays-de-Loire, la Bretagne. Donc, d'une certaine manière, les électeurs vont déjà s'exprimer dimanche.

THOMAS SOTTO
Donc c'est non ? Dimanche on votera aussi pour ou contre, en votant socialiste, pour ou contre l'aéroport Notre-Dame-des-Landes ?

DANIEL COHN-BENDIT
Non, arrêtez…

MANUEL VALLS
On votera aussi sur cette question-là, bien sûr, puisque c'est dans les programmes, bien sûr.

DANIEL COHN-BENDIT
Non, ce n'est pas vrai, puisque vous voulez faire une union avec les écologistes et les uns sont pour, et vous êtes contre, ou contre et pour, donc on ne votera pas comme ça.

MANUEL VALLS
Eh bien alors c'est les électeurs qui choisiront dimanche prochain cher Dany.

THOMAS SOTTO
C'est non négociable, Manuel VALLS, Notre-Dame-des-Landes, ça va se faire, qu'il pleuve, qu'il neige, qu'il vente, ça reprend en 2016 les travaux ?

MANUEL VALLS
Mais il faut toujours être modeste par rapport aux procédures, mais aujourd'hui les tribunaux ont débouté tous ceux qui mettaient en cause ce projet-là.

THOMAS SOTTO
Merci Dany COHN-BENDIT. Ce n'est pas fini Manuel VALLS, vous êtes avec nous jusqu'à 9H00, avec l'interview politique de Jean-Pierre ELKABBACH tout à l'heure à 8H15, et puis les questions des auditeurs d'Europe 1 qui peuvent d'ores et déjà s'inscrire en appelant le 3921.

THOMAS SOTTO
Manuel VALLS, à propos de l'état d'urgence qui a donc été voté pour trois mois, jusqu'au 26 février, qu'est-ce qui fera que le 26 février, vous déciderez de ne pas le prolonger ? Est-ce que c'est envisageable que ça aille encore plus loin ?

MANUEL VALLS
Il ne faut pas écarter cette possibilité, bien évidemment, en fonction de la menace, et il faudra agir avec beaucoup de responsabilité, mais comme vous le savez aussi, nous sommes engagés dans une réforme de la Constitution qui doit permettre d'intégrer dans celle-ci, si le Parlement, si une majorité qualifiée de députés et de sénateurs en sont d'accord, des dispositifs qui nous permettront d'être plus efficaces dans le temps. Mais face à la menace terroriste, face à ces actes de guerre, il ne faut écarter aucune solution, dans le cadre de notre Etat de droit, dans le cadre de notre Constitution. Mais nous prendrons, bien sûr, nous assumerons pleinement nos responsabilités.

THOMAS SOTTO
Donc on sera peut-être en état d'urgence, jusqu'au vote de la réforme de la Constitution ? C'est une hypothèse ?

MANUEL VALLS
Nous serons en état d'urgence, et nous utiliserons tous les dispositifs, notamment en matière de justice, de police et de gendarmerie, dans le domaine des renseignements, nous utiliserons tous les dispositifs pour protéger les Français.

///

THOMAS SOTTO
Manuel VALLS, je sais que vous, c'est plus le Barça que le Real, BENZEMA joue au Real, mais est-ce qu'il doit continuer à jouer en Equipe de France, mis en examen dans une affaire comme celle-là, est-ce qu'il a encore sa place chez les Bleus ?

MANUEL VALLS
Je suis d'abord un supporter de l'Equipe de France, je ne suis pas sûr que je puisse commenter tous les événements de ka vie de l'Equipe de France et de tel ou tel personnage, mais un grand sportif doit être exemplaire, il doit être exemplaire, tant de gamins de nos quartiers, tant de jeunes se reconnaissent dans des grands sportifs, et donc ce sportif, ça vaut pour Karim BENZEMA, ça vaut pour d'autres, doit être exemplaire. Et s'il n'est pas exemplaire, il n'a pas sa place bien sûr dans l'Equipe de France, là où on porte le maillot bleu et où on porte fièrement les couleurs de la France, qui sont si importantes dans ces moments-là.

THOMAS SOTTO
Dans votre équipe, au gouvernement, il pourrait y avoir un ministre mis en examen ?

MANUEL VALLS
S'il y avait un ministre mis en examen, il ne serait plus membre du gouvernement.

THOMAS SOTTO
C'est pareil pour l'Equipe de France ?

MANUEL VALLS
D'une certaine manière, c'est pareil, quand on assume des responsabilités, quand on incarne l'Equipe de France, il faut être exemplaire.

THOMAS SOTTO
Merci Manuel VALLS. Et merci Michel GROSSIORD. (…) Manuel VALLS qui reste avec nous, bien sûr, jusqu'à 09h, en direct sur Europe 1.

/// Chronique de Nicolas BARRE ///

NICOLAS BARRE
(…) Et finalement, c'est seulement vers la fin du 19ème siècle que, avec le Marxisme, la gauche s'éloigne des idées libérales, et on a l'impression aujourd'hui, à entendre le patron du PS en tout cas, que, une partie de la gauche reste dominée par ce logiciel marxiste, et que les idées libérales, à l'origine de gauche, restent taboues, pourquoi ce malaise ?

MANUEL VALLS
D'abord, ne confondons pas les idées libérales politiques, celles qui ont permis l'émancipation, la démocratie, les libertés politiques, syndicales, celles de la presse, et puis, moi, j'assume pleinement le monde dans lequel nous vivons, un monde globalisé, ouvert, une économie de marché, il ne s'agit pas de revenir en arrière. Ce qui est mis en cause souvent, c'est le capitalisme financier, c'est la dérégulation, c'est ce qui a conduit à la crise de 2008, c'est ce qui a conduit aussi progressivement au dérèglement climatique, ne l'oublions pas. Mais le libéralisme, au sens politique du terme, il faut l'assumer pleinement, l'économie de marché, nous l'assumons pleinement.

NICOLAS BARRE
Vous vous sentez en ligne avec cette culture libérale de gauche ?

MANUEL VALLS
Je fais attention aux mots, et puis, je fais attention aux étiquettes, et moi, ce qui m'intéresse, et ce qui intéresse surtout les Français, c'est l'efficacité, plus de croissance, moins de chômage, plus d'emplois, plus de formations, plus d'avenir pour les jeunes. Mais j'assume pleinement le fait que nous sommes dans une économie ouverte, de marché, et la politique que nous menons en faveur des entreprises, parce que sans soutien à nos entreprises, sans création de richesses, il n'y a pas d'emplois.

THOMAS SOTTO
Et vous le trouvez libéral bolchevik, votre ministre de l'Economie, pour reprendre le mot de Jean-Christophe CAMBADELIS ?

MANUEL VALLS
Je n'aurais pas tout à fait repris cette expression, non.

///

THOMAS SOTTO
Tout de suite, c'est l'interview politique face à Jean-Pierre ELKABBACH.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Et dans la continuité de ce « 7-9 », Manuel VALLS, Monsieur le Premier ministre, bonjour.

MANUEL VALLS
Bonjour.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
A mon tour. Vous êtes sur toutes les photos avec François HOLLANDE, Laurent FABIUS, Ségolène ROYAL et les dirigeants du monde, à Paris, au Bourget. Le torrent de belles promesses, de bons sentiments, de mea culpa va-t-il déboucher à Paris sur un accord universel ou sur la preuve d'égoïsmes nationaux ?

MANUEL VALLS
Non, je crois que l'objectif est bien là, un accord ambitieux, universel, contraignant, adapté à chaque pays, les pays du Nord, les pays du Sud, pour limiter le réchauffement à 2 degrés. C'est un moment considérable, je vois bien la critique sur les belles intentions et les engagements des uns et des autres, mais c'est la première fois qu'il y a 150 chefs d'Etat et de gouvernement qui veulent cette réussite, maintenant, il appartient aux négociateurs, il appartient notamment à Laurent FABIUS, qui joue un rôle considérable, de réussir…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Oui, il a fait un très beau discours…

MANUEL VALLS
Beau discours, et puis surtout, après le président de la République, beau discours, mais surtout, volonté de réussir cet accord. Cet accord est indispensable pour la planète.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Oui, d'accord, il est indispensable, mais certains sont réticents, vous avez vu les Indiens, on l'a entendu, il y a l'Arabie Saoudite, il y a le Venezuela, il y aura peut-être les Africains. Est-ce que vous pensez qu'on va vers l'accord ?

MANUEL VALLS
La première journée de la COP hier, qui a été, de ce point de vue-là, une réussite, je veux d'ailleurs le souligner, aussi une réussite d'organisation pour la France, qui a démontré sa capacité à organiser, après les attentats que nous avons connus, mais à organiser aussi de tels événements, et je veux remercier d'ailleurs les Franciliens pour leur patience…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Et leur discipline !

MANUEL VALLS
Et leur discipline, cette patience et cette discipline ont été nécessaires aussi pour la réussite de cette journée. Mais la journée d'hier a été l'occasion de donner une impulsion politique, grâce à l'expression des chefs d'Etat et de gouvernement, le président de la République, Barack OBAMA, Vladimir POUTINE, la chancelière MERKEL, le président chinois XI Jinping, le Premier ministre MODI qui a signé aussi cet accord sur l'énergie solaire, avec plusieurs pays dont la France, avec des engagements avec des entreprises…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Donc vous êtes ce matin optimiste à la veille de ces 10, 12 jours de négociations, les Français ont vécu…

MANUEL VALLS
Il faut être optimiste, en tout cas, il faut être volontariste, et de ce point de vue-là, la France joue pleinement son rôle, mais rien n'est fait, et la négociation ne fait que commencer.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Les Français ont vécu des drames sans précédent, qu'ils ne vont pas oublier de sitôt, ils sont comme vous, ou ils ont comme vous, et vous l'avez confié à Evry, la boule au ventre, comment ils peuvent retrouver la vie normale, avec l'insécurité, le danger permanent et l'état d'urgence dont vous venez de dire qu'il peut être prolongé ?

MANUEL VALLS
Il n'y a pas de risque zéro, encore une fois, mais notre réponse en matière de sécurité, j'ai eu l'occasion de le détailler il y a un instant, est forte : état d'urgence, budget de sécurité augmenté, avec 700 à 800 millions d'euros supplémentaires, et notre volonté, elle est totale. Donc les Français, et je leur dois cette vérité, doivent vivre avec ce risque, et en même temps, doivent vivre, doivent continuer à travailler, à vivre, à aller au spectacle, au sport, pouvoir se déplacer, et en sachant que nous faisons tout pour assurer cette sécurité, mais que la menace est là, elle est durable, et elle est durable parce que, elle est liée – et vous le savez bien, Jean-Pierre ELKABBACH – aux convulsions du monde arabo-musulman, au Proche, au Moyen-Orient, mais aussi en Lybie, en Afrique, aux convulsions même au sein de l'islam, et cette menace, elle est durable, et nous devons vivre avec elle, la regarder, les yeux dans les yeux, l'affronter, et nous réussirons, nous gagnerons cette guerre, parce que, non seulement, nous mettons les moyens pour lutter contre le terrorisme, mais parce que, aussi, les Français sont forts, sont debout, c'est un peuple libre qui parle au monde, et c'est important aussi…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
J'ai noté que, avec Thomas SOTTO, tout à l'heure, vous ne fixiez pas à l'état d'urgence un délai, une date limite. Il n'y a pas de date limite.

MANUEL VALLS
L'état d'urgence, c'est forcément une période exceptionnelle, et qui est liée, parce que ça, c'est la Constitution qui est très précise, à une menace immédiate…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Tant qu'il y a la menace, il y a l'état d'urgence ?

MANUEL VALLS
Tant qu'il y a la menace, il y a ou l'état d'urgence ou de nouveaux dispositifs qui pourraient être intégrés dans la Constitution.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Manuel VALLS, ces événements dramatiques, on le voit, à Paris et dans les grandes villes de France, qui sont affectées, ont un impact sur l'économie, avant les fêtes de fin d'année. Comment redonner confiance pour le redémarrage de l'activité économique ?

MANUEL VALLS
Moi, je pense que – et nous en faisons la démonstration au fond avec l'organisation de la COP – c'est un message aussi qu'il faut adresser au monde, à tous ces touristes qui ont annulé ces derniers jours leurs déplacements à Paris. Venez à Paris – les conditions de sécurité sont assurées – consommer, c'est le moment des fêtes, les grands hôtels parisiens, la capitale…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Dépensez, dépensez ! Consommez et dépensez !

MANUEL VALLS
Consommez, dépensez, vivez, reprenez le chemin des spectacles, du cinéma, du théâtre…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Vivez, quoi ?

MANUEL VALLS
Vivez, oui, c'est ce message important, et c'est aussi une réponse ainsi que nous apportons, c'est une des réponses à cette menace terroriste.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Et à ceux qui aiment la mort. Pierre GATTAZ, numéro 1 du MEDEF, prend une position très ferme contre le programme économique du Front national. Il dit : attention, ce serait une régression, danger économique. Sur ce point, vous êtes d'accord avec lui ?

MANUEL VALLS
Oui, mais puis-je faire une remarque peut-être plus générale ? L'histoire ainsi s'impose, nous vivons, en quelques jours, nous avons vécu à la fois ces actes terroristes, ces actes de guerre, ces morts, 130, ces centaines de blessés, ce choc, nous sommes en train de vivre le rendez-vous climat, majeur pour l'avenir de la planète, et dans quelques jours, il y a des élections régionales, au fond…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Je me demandais si on ne les avait pas oubliées celles-là…

MANUEL VALLS
Non, oui, mais se conjuguent en France sur Paris, au fond, toutes les menaces ou tous les grands défis qui sont ceux de la planète et qui sont aussi ceux de la France. Et de ce point de vue-là, Paris est la capitale du monde. Pourquoi les peuples, et partout, les chefs d'Etat et de gouvernement, et partout…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Très bien, très bien, mais vous ne m'avez pas répondu sur Pierre GATTAZ, est-ce qu'il y a un danger économique avec le programme du Front national ?

MANUEL VALLS
Et partout, on a arboré les couleurs de la France, parce que Paris, parce que la France ont toujours un message des valeurs à transmettre au monde. Donc le Front national, pour répondre à votre question, ça n'est pas uniquement un danger économique qui mettrait le pays par terre, qui ruinerait d'ailleurs ceux à qui parfois le Front national s'adresse, c'est-à-dire les retraités qui ont des petites pensions, les ouvriers, les jeunes qui voient leur avenir bouché, la fermeture des frontières, la sortie de l'euro…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Le Front national est une menace pour les Français selon vous, pour tous les Français, pas seulement pour le programme économique ? Est-ce que vous souhaitez…

MANUEL VALLS
C'est une menace économique, le Front national n'aime pas la France, trompe les Français, y compris – nous le voyons bien – sur le terrorisme. J'ai déjà dit tout à l'heure que moi, je ne veux pas polémiquer, je ne veux pas qu'on revienne à un débat politique médiocre, mais quand on entend madame LE PEN tenir les propos qu'elle a tenus sur la responsabilité qui serait celle du gouvernement par rapport aux attentats…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
La culpabilité…

MANUEL VALLS
La culpabilité, moi, je dis aux Français : attention à la supercherie, à ceux qui vous disent : avec nous, il n'y aurait pas d'attentats. Tous ceux qui disent cela mentent, et il faut mettre fin à la supercherie de l'extrême droite sur tous les domaines, sur celui de la sécurité, l'extrême droite ne vote pas les principales mesures pour lutter contre le terrorisme, le PNR européen, la loi sur le renseignement en France…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
C'est ce que vous avez dit tout à l'heure, mais est-ce que…

MANUEL VALLS
Ne vote pas les budgets en faveur de la sécurité…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Est-ce que vous souhaitez que les grands patrons s'expriment comme Pierre GATTAZ, presque l'un après l'autre, et qu'ils disent ce qu'ils ressentent ?

MANUEL VALLS
Moi, je me félicite de la mobilisation de Pierre GATTAZ, d'un grand journal comme…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
La Voix du Nord !

MANUEL VALLS
Comme La Voix du Nord, parce que c'est trop grave, vous vous rendez compte, dans ce moment-là, historique, que nous sommes en train de vivre, avec les attentats, mais aussi avec la COP21, le message qui serait celui de la France, dimanche prochain, et le dimanche suivant, les 6 et 13 décembre, le message de la France, ça serait un message de repli, de haine, qui favoriserait des candidats qui tiennent des propos racistes et antisémites…

JEAN-PIERRE ELKABBAC
Donc vous dites : La Voix du Nord a raison. La Voix du Nord a raison, et vous souhaiteriez que les journaux, que la presse, s'engagent comme La Voix du Nord, dans la bataille régionale, soit, pour soutenir le FN, le Front national, pour ceux qui le veulent, soit pour le combattre ?

MANUEL VALLS
Moi, ce que je souhaite, c'est que les Français se mobilisent d'abord, qu'ils aillent voter les 13 et 20 (sic) décembre prochains, parce que la démocratie, le vote, ce sont des biens précieux qu'on ne peut pas galvauder, qu'ils aillent voter, et qu'ils votent d'abord pour les formations républicaines bien évidemment…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Pas d'abstentions, Monsieur le Premier ministre…

MANUEL VALLS
Et qu'ils fassent reculer le Front national, qui ne correspond pas à ce qu'il faut aujourd'hui pour la France. La France a besoin de quoi ? D'ordre, d'ordre républicain, mais aussi de protéger ses valeurs, et c'est ce que ce gouvernement, autour du président de la République, incarne. L'ordre républicain, l'autorité nécessaire, l'Etat de droit, mais…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Manuel VALLS, Manuel VALLS, même les drapeaux et la Marseillaise...

MANUEL VALLS
Mais bien sûr, mais la Nation, la Marseillaise, ces valeurs qui sont des valeurs universelles ne sont pas des valeurs qui sont celles du Front national…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Est-ce que vous vous rendez compte que tout indique que le Front national progresse, plus il est combattu, même avec des propos très sévères et menaçants, plus il monte. Est-ce que la vague d'extrême droite qu'on sent, la droitisation, l'extrême droitisation que l'on sent dans le pays, est inéluctable et fatale ? Regardez ce qui se passe au premier tour en Ile-de-France, en PACA, dans le Nord, en Alsace, c'est toujours le Front national qui est en tête. Et vous disiez ici, lors d'un grand rendez-vous, que si le Front national gagnait une région, ça serait un drame, et s'il en gagne deux ou trois ?

MANUEL VALLS
Mais moi, je ne peux pas me résoudre à ces annonces, à ces sondages, et le meilleur moyen de faire mentir les sondages, c'est la mobilisation des électeurs, et moi, j'appelle tous les électeurs à voter, parce que la République et la démocratie sont nos biens précieux. Mais j'appelle aussi tous les électeurs de gauche, tous ceux qui se reconnaissent dans l'action du gouvernement, qui considèrent que le chef de l'Etat, le gouvernement a apporté les réponses à la hauteur de la situation face aux attentats, je leur dis : la démocratie, la République doivent être préservées. Et chaque…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Et pourtant, le Front national monte. Dimanche…

MANUEL VALLS
Eh bien, il ne montera pas, il reculera, si chacun fait son devoir, si tous les Français vont voter…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Manuel VALLS, dans cinq jours, justement, on va voter, pour un électeur, voter PS, est-ce que c'est voter socialiste ou est-ce que c'est voter pour le quatuor HOLLANDE, VALLS, CAZENEUVE, LE DRIAN ?

MANUEL VALLS
Eh bien, c'est d'abord voter, parce que, il faut le rappeler, pour des présidents, pour des exécutifs, qui ont mené des politiques, performantes, au niveau des régions…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
C'est-à-dire qu'on vote plus facilement pour l'exécutif que pour le Parti socialiste ?

MANUEL VALLS
Ce sont des élections régionales, dans le cadre d'une…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
L'exécutif monte, et la majorité socialiste est rejetée, comment vous l'expliquer…

MANUEL VALLS
Dans une nouvelle France des territoires qui est en train de se dessiner, douze régions hexagonales, et c'est voter bien sûr pour des présidents de région, pour des candidats qui ont beaucoup fait en matière de transports, d'environnement, de rénovation de lycées, de formation professionnelle, d'agriculture ou de culture.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
D'accord. Et au second tour, qu'est-ce que vous faites ?

MANUEL VALLS
Mais c'est aussi, Jean-Pierre ELKABBACH, je réponds à votre question, oui, c'est également une manière, pour les électeurs de gauche, de soutenir l'exécutif, de soutenir une politique économique qui donne des résultats en matière de compétitivité, même s'il faut plus de croissance pour baisser le chômage, c'est une politique qui fait de l'école de la République une priorité, c'est une politique qui assure, qui est là pour assurer aussi la sécurité des Français…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Mais c'est vous-même qui avez dit à Evry, il y a deux jours : il faut reconstruire une grande partie de la République. C'est-à-dire qu'elle est en grande partie détruite. Et vous êtes au pouvoir.

MANUEL VALLS
Il faut la remettre debout, mais parce que c'est un débat qui vient depuis longtemps, vous le savez, que moi, je considère que l'autorité est une valeur, que nous devons appliquer des règles, des normes, que les lois de la République doivent être appliquées, je pense à la laïcité, je pense à cette loi qui interdit la Burqa dans l'espace public, au fond, à tout ce qui fait sens, à tout ce qui permet de vivre ensemble, mais qui permet à la République de se tenir debout, qui permet à la République de…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
On entend votre hymne et votre incantation, mais je veux deux questions…

MANUEL VALLS
Non, non, ce n'est pas… non, Jean-Pierre ELKABBACH, ce n'est pas un hymne et une incantation, tout simplement, c'est que dans ces moments-là, la République, elle s'appuie à la fois sur l'ordre républicain, mais aussi sur une manière de vivre ensemble, et sur des valeurs. Et c'est nous, le président de la République, le gouvernement, ces candidats, qui sommes les plus à même de faire vivre ces deux éléments…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Très bien, qu'est-ce que vous faites dimanche au deuxième tour…

THOMAS SOTTO
Rapidement, parce que la parole vient aux auditeurs d'Europe 1 maintenant !

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Oui, vous avez dit, vous avez parlé de fusion de listes, de retraits, de désistements, d'échanges de bons procédés, où on en est ?

MANUEL VALLS
Mais, d'abord, moi, j'appelle à la mobilisation…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Non, mais d'accord, mais après, au deuxième tour…

MANUEL VALLS
Au vote autour des listes de la majorité…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Quand vous verrez cette vague du Front national…

MANUEL VALLS
Eh bien, nous verrons dimanche soir, et chacun devra prendre ses responsabilités, à gauche comme à droite, pour empêcher le Front national de gagner une région, chacun devra prendre ses responsabilités. Ce message ne s'adresse pas qu'à la gauche, il s'adresse à chacun.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Dernière remarque, la Commission de Bruxelles vient d'accorder, presque en catimini, trois milliards d'euros à la Turquie, en compensation des efforts qu'elle fait. Et Bruxelles a relancé le processus d'adhésion de la Turquie à l'Union européenne. La France a-t-elle mandaté Bruxelles pour le faire ?

MANUEL VALLS
Il n'y a aucun troc dans ce domaine-là sur des sujets aussi lourds et sensibles, et jamais la France n'aurait accepté une telle chose, les conditions d'adhésion de la Turquie à l'Union européenne n'ont pas été modifiées, je rappelle par ailleurs que si la question était posée, les Français devront se prononcer, le processus est engagé depuis plusieurs années…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Donc la Commission de Bruxelles a pris une initiative unilatérale…

MANUEL VALLS
Il n'y a pas de raison ni de l'accélérer ni de la ralentir, il faut aider la Turquie par rapport au problème des réfugiés, comme il faut aider le Liban et la Jordanie, c'est ainsi que nous pourrons aussi trouver une solution à la crise des réfugiés, et à la situation en Syrie.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Merci.

THOMAS SOTTO
Merci Jean-Pierre ELKABBACH. Vous n'en avez pas fini avec Europe 1, puisque ce sont maintenant nos auditeurs qui vont vous interroger directement en nous appelant au 39.21 ou en envoyant leurs questions par tweets, avec le #e1valls. A tout de suite. Et puis, il y aura bien sûr Nicolas CANTELOUP et sa revue de presque en direct dans la foulée !

(…)

NATACHA POLONY
Cet article (du Figaro) offre un étrange écho à la formidable tribune d'un écrivain américain dans Le Monde. Paul BERMAN évoque les discours des sciences humaines sur le djihadisme, les économistes qui voient les causes dans la pauvreté, les géographes qui les trouvent dans le dérèglement climatique, les sociologues dans les discriminations et l'islamophobie, et les géopoliticiens dans les occupations militaires de puissances étrangères. Les poètes antiques, dit-il, ne cherchaient pas les causes profondes de la rage meurtrière, parce que cette recherche aboutit à dire que finalement nous en serions la cause et à nous enlever l'envie de résister. Mais en Libye, tout de même, sans aller chercher une autre cause profonde que l'idéologie intégriste délirante, eh bien il y a aussi une cause plus immédiate, la destruction d'un Etat par une intervention aventureuse.

THOMAS SOTTO
Manuel VALLS, je vous vois écouter attentivement. La Libye, finalement, tous responsables, tous coupables là, pour le coup ?

MANUEL VALLS
Non, la responsabilité c'est ne pas avoir suivi cette intervention. Mettre fin au régime de KADHAFI, chacun pouvait parfaitement le comprendre, mais c'est l'accompagnement ensuite, et ce papier, dans Le Figaro, est particulièrement intéressant en effet parce que, mais je l'indiquais tout à l'heure à Jean-Pierre ELKABBACH, l'Etat islamique, Daesh, le risque terroriste, vont durer, pas uniquement à cause de ce qui se passe en effet en Syrie et en Irak, mais parce qu'il y a la situation en Libye, et dans une partie de l'Afrique de l'Ouest. Et tant que nous n'aurons pas réussi à éradiquer les facteurs de ce terrorisme, sans chercher la moindre excuse, cette idéologie…

THOMAS SOTTO
La tête du serpent est là-bas, comme disait Jean-Pierre FILIU sur Europe 1 il y a quelques jours ?

MANUEL VALLS
Il y a plusieurs têtes, et ce terrorisme, cette idéologie totalitaire, mute en permanence. Vous avez aujourd'hui, sans doute, des combattants qui sont en Syrie et en Irak, qui vont en Libye. Donc, la Lybie, c'est incontestablement le grand dossier des mois qui viennent.

THOMAS SOTTO
La parole aux auditeurs d'Europe 1, il y a beaucoup de questions concernant le terrorisme Manuel VALLS, on commence tout de suite avec Hamed. Bonjour Hamed.

HAMED
Bonjour, bonjour Monsieur le Premier ministre.

MANUEL VALLS
Bonjour Hamed.

THOMAS SOTTO
Quelle est votre question.

HAMED
Je voulais vous demander, pensez-vous réellement que le fait qu'il y ait un grand nombre de la population, du moins une partie de la population qui se dirige vers Daesh, est-ce que ce n'est pas lié justement à leur situation en France, à savoir leur « état de crise », pas de travail, chômage, le fait qu'ils soient sur le banc de la société. Vous pensez que c'est lié ou pas ?

MANUEL VALLS
Non, je ne le crois pas, parce que cela voudrait dire que, tout jeune, qui est au chômage, qui est dans un quartier populaire, qui est de confession ou de culture musulmane, ou qui s'est converti, serait forcément un terroriste, ça serait abdiquer, ça serait chercher une excuse, non. Là il s'agit d'une idéologie totalitaire, qui est diffusée, parfois dans certaines mosquées, dans certains groupes, en prison, beaucoup sur Internet, qui agit, au fond, comme une secte, qui touche un certain nombre de jeunes qui cherchent un projet de vie, en l'occurrence un projet de mort. Donc, moi je ne cherche aucune excuse et aucune analyse sociologique, même si je suis lucide sur les problèmes de mon pays. Mais vous avez, parmi ceux qui s'engagent dans Daesh, aussi des jeunes étudiants, des jeunes formés, des cadres, dans un certain nombre de pays, c'est une idéologie totalitaire et on ne la détruit pas en cherchant des excuses.

THOMAS SOTTO
Beaucoup de questions à présent, on est en ligne avec Pierre. Bonjour Pierre.

PIERRE
Bonjour Europe 1, bonjour Monsieur le Premier ministre.

MANUEL VALLS
Bonjour.

THOMAS SOTTO
Je précise que vous êtes retraité et ancien militaire, quelle est votre question ?

PIERRE
La question c'est que ça serait une bonne chose qu'on remette le service militaire parce que ça apprendrait d'abord la discipline aux jeunes, le respect de chacun, se faire des amis, gagner l'estime des autres, par notre gentillesse, notre savoir, apprendre aux autres, se sentir aimé, vous comprenez, par notre action, par notre conduite, respectueux envers les autres, et, je vous dis, sans distinction de religion, ni distinction de race. Je demanderai, par exemple, aux jeunes musulmans français, d'origine maghrébine, de rentrer à l'armée, apprendre ce que c'est l'amitié, le respect de chacun, sans aucune distinction de religion. La religion, d'abord il ne faut pas qu'on la touche, il faut la respecter, c'est comme ça qu'on gagne l'amour des autres gens.

THOMAS SOTTO
Merci Pierre. Manuel VALLS, c'est vrai que c'est une petite musique qu'on entend, peut-être qu'on a eu tort de supprimer le service militaire, c'était sous Jacques CHIRAC à l'époque. Est-ce que vous êtes d'accord avec ça, est-ce que ça manque aujourd'hui dans la société française ?

MANUEL VALLS
Il y a une demande d'engagement, et il faut y répondre, on le voit bien avec le service civique, on le voit bien aussi avec des jeunes qui s'engagent sous les armes, donc il faudra y répondre, et le président de la République aura, je n'en doute pas un seul instant, l'occasion d'y revenir dans les prochaines semaines. Oui, il faudra répondre à cette demande d'engagement, c'est le service civique, ça peut être sous les armes, ça doit concerner les garçons et les filles, il faut que ce soit…

THOMAS SOTTO
Mais le service militaire à l'ancienne, comme on dit, c'est exclu, ça ne reviendra pas ?

MANUEL VALLS
Non, ça on a changé parce qu'on voit bien que nos options stratégiques ne sont plus les mêmes, nous n'allons pas être envahi par un pays voisin, l'Allemagne ou la Russie…

THOMAS SOTTO
Mais nous sommes en guerre.

MANUEL VALLS
Mais nous sommes en guerre, c'est une autre guerre. Mais, pour répondre à cette guerre, il faut évidemment des forces de l'ordre particulièrement aguerries, il faut des forces militaires capables de se projeter à l'étranger, comme nous le faisons au Mali, ou comme nous l'avons fait au Sahel, au Mali, comme nous le faisons aujourd'hui à travers nos pilotes en Syrie et en Irak, mais on voit bien que c'est aussi une des réponses, comment la société s'engage, hommes, femmes, garçons et filles.

THOMAS SOTTO
Beaucoup de tweet également avec le #E1Valls. Orange doctor : pourquoi avoir parlé de menaces chimiques en France, quel taux de risque ? Est-ce que vous maintenez que le risque est réel, est-ce que vous avez de nouveaux éléments qui permettent de le penser, Manuel VALLS ?

MANUEL VALLS
J'ai voulu détailler toutes les menaces auxquelles nous devons faire face, et comme Daesh, comme l'Etat islamique, a utilisé des armes chimiques, comme d'ailleurs le régime syrien, contre les citoyens de ce pays, contre le peuple syrien, il faut être prêt à toute attaque de ce type. Il ne s'agit pas de faire peur…

THOMAS SOTTO
Vous avez fait peur.

MANUEL VALLS
Il ne s'agit pas de faire peur ou de créer je ne sais quel état anxiogène, il s'agit tout simplement de savoir qui nous avons en face, quels sont nos ennemis.

THOMAS SOTTO
Il n'y a pas de nouveaux éléments qui permettent de penser… ?

MANUEL VALLS
Non, je n'ai jamais dit ça, au contraire j'ai été extrêmement prudent, mais nous savons qu'on peut utiliser ce type d'armes aujourd'hui en Syrie, et que par un certain nombre de procédés on peut toujours fabriquer ce type d'armes en France, donc il faut être prudent, mobilisé, et l'Etat est pleinement mobilisé, y compris face à ce type de risques, par des exercices qui sont réguliers.

THOMAS SOTTO
On a également beaucoup de questions au 3921 qui concernent l'économie, et c'est votre cas Robert, bonjour Robert.

ROBERT
Bonjour Monsieur le Premier ministre.

MANUEL VALLS
Bonjour Robert.

ROBERT
Je voulais vous poser une question concernant les retraites. Je suis à la retraite depuis 1998 et on avait une réactualisation de 1,8 à 2 % par an, depuis que vous êtes arrivé au pouvoir vous nous avez bloqué les retraites, que ce soit les retraites Sécurité sociale ou complémentaires, donc je perds à peu près 8 % par an, ce qui fait 160 à 200 euros par mois, alors que votre ministre des Finances nous dit qu'on ne perd pas de pouvoir d'achat. J'aimerais savoir où passe cet argent, qu'est-ce que vous en faites, et quand est-ce que vous allez nous réactualiser quand même un peu les retraites, parce que vous ne bloquez pas ni les retraites ou les salaires des sénateurs, des députés ou des ministres.

THOMAS SOTTO
Ça c'est un autre sujet, mais voilà, sur les retraites, que répond-vous à Robert, Manuel VALLS.

MANUEL VALLS
Un effort particulier – moi je comprends toutes les questions sur le pouvoir d'achat, il y a beaucoup de Français qui vivent avec des petites pensions, avec des petits salaires, qui sont dans la précarité, je n'ignore rien de ces difficultés, et le pays a dû faire un effort aussi pour retrouver de la compétitivité et de la force. Un effort particulier a été entrepris pour les retraités modestes, puisque le minimum vieillesse a été porté à 800 euros par mois et ça a bénéficié à plus d'un demi-million de retraités. Il y a eu aussi le versement d'une prime annuelle exceptionnelle en mars 2015 pour les retraites inférieures à 1200 euros par mois. Et puis il y a l'aide à la complémentaire santé, augmentée de 50 euros, pour les personnes âgées de 60 ans ou plus, et la revalorisation aussi, je ne les oublie pas, des petites retraites agricoles. Au fur et à mesure que nous aurons de la croissance nous pourrons, bien sûr, mieux répondre à ces attentats, qui sont légitimes, de la part des Français.

THOMAS SOTTO
La croissance, prévision 1,1 % cette année, est-ce que la contraction de l'économie due aux attentats peut faire revoir ce chiffre à la baisse ? Etes-vous sûr qu'on aura vraiment 1,1 % de croissance en 2015 ?

MANUEL VALLS
Je pense que nous sommes assurés d'avoir 1 %, 1,1 % de croissance avec les chiffres des trois premiers trimestres, nous sommes attentifs, bien sûr, aux effets des attentats, moi j'espère que d'ici la fin de l'année, avec les fêtes, nous retrouverons ce que nous avons perdu au cours de ces 15 jours dramatiques.

THOMAS SOTTO
Question de Margaux à présent. Margaux a vingt-quatre ans, travaille dans la communication et nous appelle d'Annecy. Bonjour Margaux.

MARGAUX, AUDITRICE
Bonjour, bonjour Monsieur le Premier ministre.

MANUEL VALLS
Bonjour Margaux.

MARGAUX
Moi je me demandais, au vu du réchauffement climatique, comment vous allez vous y prendre pour nous convaincre de manière efficace de cette situation qui est pour moi alarmante ?

THOMAS SOTTO
Parce que vous n'êtes pas convaincue, vous, qu'il faut agir contre le réchauffement climatique ?

MARGAUX
Si, je suis convaincue mais je trouve que les images ne sont pas assez choquantes et il faudrait vraiment taper du poing sur la table pour montrer aux citoyens qu'il faut agir au-delà des industriels et des grosses puissances comme l'Inde et la Chine, mais surtout par rapport aux citoyens. Comment les choquer ? Comment les alerter ?

MANUEL VALLS
Moi je trouve que les citoyens sont mobilisés et que les images de la fonte des glaciers, de la montée de la mer… Il y a quelques jours, avec le président de la République, nous avons rencontré les dirigeants, les responsables du Pacifique, de petits Etats, d'îles qui risquent d'être submergés. Cette réalité du réchauffement climatique dans le Pacifique avec la montée des mers pour nos glaciers, il suffit d'aller dans les Alpes pour s'en rendre compte, la sécheresse qui ne cesse de progresser en Afrique, tout cela ce sont des exemples. En France, nous avons vécu en 2014 l'année la plus chaude. Ça sera encore davantage en 2015, donc cette réalité, les Français la sentent d'où cette urgence. C'est bien sûr important que la COP21 soit une réussite mais ça veut dire aussi que le mode de vie, notre développement économique, doivent changer et c'est tout le sens de la loi de la transition énergétique que nous avons adoptée il y a quelques mois. Mais aussi, au fond, chaque Français doit y participer.

THOMAS SOTTO
Merci beaucoup Manuel VALLS. Vous restez avec nous. Le plus dur est à venir, c'est Nicolas CANTELOUP pour « La revue de presque » en direct. A tout de suite. […]

? La revue de presque de Nicolas Canteloup

JULIE LECLERC
Ah, vous êtes venu pour ça ? Eh bien bravo, merci Monsieur le président.

IMITATION DE FRANÇOIS HOLLANDE
Oui, c'était un coucou amical à Manuel.

MANUEL VALLS
Merci, Monsieur le président.

JULIE LECLERC
Ah, enfin ! enfin ! Je me disais : « Tiens, c'est une marionnette peut-être ». […]

THOMAS SOTTO
Manuel VALLS, merci d'avoir été en direct sur Europe 1 en direct depuis un petit peu avant sept heures ce matin.

MANUEL VALLS
Merci à vous. Ça passe vite mais c'est un bon moment, je pense, pour moi d'abord même si terminer avec de l'humour, c'est nécessaire.

THOMAS SOTTO
Qu'est-ce qu'il pourrait améliorer Nicolas CANTELOUP pour vous imiter ?

MANUEL VALLS
Non, je ne me permettrais pas… Non mais grâce à Nicolas CANTELOUP, on s'améliore, nous chacun, parce qu'on fait attention à nos petits défauts, donc je ne fermerai plus les yeux. On a besoin de ces moments de respiration même si la gravité, bien sûr, ne me quitte pas.

THOMAS SOTTO
Merci, Monsieur le Premier ministre, d'être venu sur Europe 1. Demain, c'est donc Nicolas SARKOZY, on va passer du hashtag #E1Valls au hashtag #E1Sarkozy. Vous avez un petit mot pour lui ?

MANUEL VALLS
Non. Moi ce que je souhaite tout simplement, c'est que dans le débat public, nous restions au bon niveau, à la hauteur de l'exigence des Français. Après les attentats du mois de janvier, nous avons perdu cette gravité. Je sens bien la tentation d'ailleurs, en lisant la presse, en écoutant les uns et les autres. C'est normal : les Français veulent passer à autre chose. Nous ne pouvons pas passer à autre chose, nous allons vivre avec cette menace et cette gravité ne doit pas quitter les responsables politiques même si la démocratie est là, l'interpellation est nécessaire. Moi, je ne veux pas que nous retombions dans nos petits travers et dans la médiocrité qui parfois animent le débat politique.

THOMAS SOTTO
Vous n'avez pas de message mais un petit quand même. Merci Nicolas SARKOZY d'être venu… Heu, pardon ! Manuel VALLS d'être venu ce matin.

MANUEL VALLS
Oui, c'est Nicolas CANTELOUP qui a emmêlé les pinceaux, là !

JULIE LECLERC
Beaucoup de Nicolas.

THOMAS SOTTO
Qui trouble le jeu, en fait. Merci, bonne journée. Tout de suite, c'est le journal de neuf heures.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 1er décembre 2015

Rechercher