Déclaration de Mme Marylise Lebranchu, ministre de la décentralisation et de la fonction publique, sur la formation aux métiers de la fonction publique, à Nanterre le 26 novembre 2015. | vie-publique.fr | Discours publics

[ Publicité ]

Déclaration de Mme Marylise Lebranchu, ministre de la décentralisation et de la fonction publique, sur la formation aux métiers de la fonction publique, à Nanterre le 26 novembre 2015.

Personnalité, fonction : LEBRANCHU Marylise.

FRANCE. Ministre de la décentralisation et de la fonction publique

Circonstances : Colloque sur le thème de "l'engagement dans la fonction publique pour défendre les valeurs de la République", à l'université Paris Ouest Nanterre La Défense (Hauts-de-Seine) le 26 novembre 2015

ti : Monsieur le Vice-Président du Conseil d'Etat,
Monsieur le Président de l'Université Paris Ouest Nanterre La Défense, Jean-François Balaudé,
Mesdames les Directrices et Messieurs les Directeurs des écoles de service public,
Mesdames et Messieurs,


Permettez-moi pour commencer de vous dire combien je suis heureuse que nous soyons tous réunis ici aujourd'hui. Je me réjouis de m'adresser à une assistance aussi nombreuse.

Je tiens tout d'abord à remercier Monsieur le Président de l'Université, Jean-François Balaudé, pour son accueil. Je tiens également à saluer l'ensemble des participants aux différentes tables rondes qui se sont empressés de répondre à notre invitation, lorsqu'au lendemain des terribles événements du 13 novembre nous avons décidé d'organiser ce colloque.

Le moment de crise nationale que nous traversons commandait que l'on rende hommage à l'engagement sans faille de tous les fonctionnaires qui, en ces temps difficiles, oeuvrent pour que soit préservé et renforcé le lien qui unit nos concitoyens à leur service public.

Ce moment de crise nationale nous invitait également à réaffirmer les valeurs au nom desquelles les fonctionnaires, civils et militaires, exercent leur mission. Chaque jour, à travers leurs actes, ils portent, partout en France, les valeurs républicaines auxquelles nous sommes tous attachés. Nous avons plus que jamais besoin de République et de sens ; nos valeurs ont pu être masquées, peut-être même oubliées par certains.

C'est pourquoi, ce moment de crise – et peut-être de doute sur la solidité de notre Nation - nous engage aussi à poursuivre nos efforts pour diversifier le recrutement de nos agents publics. Il est important que notre fonction publique soit à l'image de la société qu'elle sert. Pour que chacun se sente inclus, considéré, digne, il faut progresser.

En tant que Ministre de la Fonction Publique, il est un message auquel je tiens : chacun peut s'engager au service de la République.

Mesdames et Messieurs, le colloque auquel nous participons aujourd'hui est un moment important. Non seulement parce qu'il s'inscrit dans un contexte national troublé ; mais aussi parce que pour la première fois l'ensemble des directeurs des 75 écoles de service public se trouvent réunis.

Ce moment est inédit. Jamais encore on n'avait rassemblé ceux et celles qui, partout en France, dirigent les établissements où sont formés les agents publics de demain. Dans ces établissements, des élèves se préparent à exercer leurs talents dans des domaines aussi divers que l'administration, la santé, la justice, la police, la défense.

Il est important que chacun ait conscience qu'en France des écoles assurent la formation des futurs fonctionnaires, quelle que soit la filière dans laquelle les candidats aux concours de recrutements ont choisi de se spécialiser.

Cela doit aussi nous rappeler que notre action publique est universelle et qu'elle concerne tous les aspects de l'existence. A tous les âges de la vie, et dans des situations extrêmement différentes, nos concitoyens savent qu'ils peuvent compter sur un service public de qualité. Ce service public, nous travaillons chaque jour à le rendre plus efficace, plus proche des citoyens, plus en prise avec la réalité des territoires.

Cela doit être aussi l'occasion de rappeler que les métiers de la fonction publique sont de plain-pied avec les préoccupations de notre époque. Nous l'avons vu tout récemment encore, le 13 novembre dernier, lorsque, dans une situation d'extrême urgence, il a fallu protéger, soigner et servir nos concitoyens.

Mesdames et Messieurs, je tiens à le dire aujourd'hui, avec force et détermination : notre modèle de service public n'est pas anachronique - comme certains voudraient le faire croire -, mais d'une grande modernité.

En France, l'action publique est une ; que les fonctionnaires qui la portent relèvent de l'Etat, des collectivités locales, des établissements publics médico-sociaux ou hospitaliers, leur objectif est le même : apporter à nos concitoyens un service public qui réponde à leurs attentes, quelles que soient les circonstances, quel que soit l'endroit où ils se trouvent.

Il est important de souligner aujourd'hui que l'action publique n'est jamais désincarnée ; qu'elle est portée par des hommes et des femmes dont l'engagement est admirable, des hommes et des femmes qui tous les jours, partout en France, construisent la République en actes.

Dans les moments où l'on a à réaffirmer les valeurs de notre République, il est bon de se ressourcer à la lecture de quelques textes fondateurs. Non pas par nostalgie, mais pour y retrouver les convictions qui sont à la racine de notre engagement.

Permettez-moi de m'arrêter quelques instants sur des propos tenus il y a plus de cent ans par un des pères fondateurs de la IIIe République. Cela peut vous paraître lointain ; mais cela nous rappelle que dans les moments de crise, il y a des mots qui résonnent avec éclat par-delà les siècles.

Ces propos, on les doit à Léon Gambetta, celui que l'on surnommait le commis-voyageur de la République, parce qu'il était convaincu que c'était en allant dans les campagnes à la rencontre des Français qu'on leur ferait aimer les valeurs de la République ; ces valeurs auxquelles nous sommes aujourd'hui tous très attachés mais qui, alors, étaient concurrencées par les idées monarchistes.

Ces propos, ils ont été tenus à Grenoble, en 1872, dans un discours bien connu, qui a été prononcé alors que la France se trouvait éprouvée par sa récente défaite contre la Prusse.

Dans ce discours, Gambetta célèbre l'avènement de nouvelles couches sociales, sur lesquelles il sait pouvoir compter pour assurer le triomphe de la République. Il parle – je cite – d' « élément social nouveau ». Cet « élément social nouveau », c'est à lui que nous devons l'enracinement de la République dans tous les territoires de notre pays.

Cet « élément social nouveau », résolument attaché à la défense des valeurs républicaines, n'était pas une force sociale abstraite. Au quotidien, il prenait, pour les Français de l'époque, les traits du facteur des postes, de l'institutrice, du gendarme à cheval. Ce sont eux qui chaque jour, par leurs actes, ont construit la « République au village » - pour reprendre l'expression de l'historien Maurice AGULHON.

Eh bien ! Nous aussi aujourd'hui nous avons besoin de cet « élément social nouveau » qui nous permettra de bâtir la fonction publique du XXIe siècle, une fonction publique qui fasse une place à chacun ; une fonction publique qui soit le reflet de la Nation toute entière ; une fonction publique qui respecte la promesse républicaine de notre Déclaration des droits de l'homme et du citoyen : accueillir en son sein tout citoyen capable, sans autre distinction que celle de ses vertus et de ses talents.

C'est pourquoi nous sommes résolument engagés dans une démarche d'ouverture à tous des métiers de la fonction publique. C'est pourquoi je me réjouis aujourd'hui de la présence d'étudiants ; jeunes gens méritants et motivés, la fonction publique de demain a besoin de vous !

Les tragiques événements que nous avons vécus en janvier dernier, ceux que nous venons de connaître il y a deux semaines, nous rappellent que nous devons veiller à ce qu'aucun des territoires de notre République, à ce qu'aucun de nos concitoyens, ne soit laissé-pour-compte. Notre unité nationale le réclame, la cohésion sociale de notre pays l'exige.

Au sortir de la Seconde Guerre mondiale, alors qu'il fallait assurer la reconstruction du pays et la réconciliation nationale, notre fonction publique a été réorganisée de fond en comble, afin de mieux répondre aux attentes des Français.

Un des hommes qui a pris part à cette réorganisation, Pierre Racine, co-fondateur de l'Ecole Nationale d'Administration, souhaitait alors que les élèves formés dans son établissement accomplissent des stages qui les mettent « en contact avec tous les milieux de la Nation ».

C'est une parole importante, que j'aimerais compléter. Non seulement les fonctionnaires doivent être au contact de tous nos concitoyens, où qu'ils vivent et quel que soit le milieu social auquel ils peuvent appartenir ; mais ils doivent eux-mêmes venir de tous les milieux et de tous les territoires qui font la République.

C'est pourquoi, dans le cadre du Comité Interministériel pour l'Egalité et la Citoyenneté (CIEC), nous avons mis sur pied une politique cohérente pour promouvoir la diversité sociale dans tous les secteurs de la fonction publique.

Notre ambition est de mobiliser toutes les écoles de service public pour prévenir et lutter contre les discriminations. Nous avons d'ores et déjà entrepris :

- de contribuer au développement de l'apprentissage, afin de renouveler les viviers de candidats aux concours de la fonction publique ; 4 200 apprentis ont été recrutés à la rentrée 2015 dans les services de l'Etat, nous en aurons 10 000 en tout à la rentrée 2016. Je remercie ici ma collègue ministre de l'Education nationale, de l'Enseignement supérieur et de la recherche ; sans la détermination de ses services, sans la collaboration des régions, nous n'y serions pas parvenus ;
- (Nous avons entrepris) de renforcer le dispositif des classes préparatoires intégrées, en augmentant le nombre d'élèves accueillis, en multipliant les sites d'implantation et en renforçant les partenariats avec les universités, les Instituts et les Centres de préparation à l'administration générale (IPAG et CEPAG). Nous aurons plus de 1000 jeunes en classe préparatoire intégrée à la rentrée 2016, qui seront accompagnés de façon efficace pour réussir les concours ;
- (Nous avons entrepris) de promouvoir les métiers de la fonction publique auprès des jeunes. La jeunesse doit disposer de toutes les informations sur les modalités d'accès aux emplois publics et sur les parcours de carrière qui s'offrent à elle.

Grâce à la mise en oeuvre d'un programme d'actions volontariste, coordonné par M. Olivier Rousselle, Conseiller d'Etat et spécialiste des questions de diversité, les écoles de service public s'engageront à favoriser l'insertion professionnelle des jeunes qui veulent entrer dans la fonction publique pour servir leurs concitoyens.

Etudiants, étudiantes, nous souhaitons accompagner efficacement ceux d'entre vous qui sont motivés pour rejoindre la fonction publique. C'est tout le sens de ce colloque, qui vise à mieux vous faire connaître les métiers de la fonction publique, leur diversité, leur utilité, et les valeurs au nom desquelles les fonctionnaires exercent leur mission.

C'est là le sens de la convention-cadre que je signerai à la fin de notre colloque avec Najat VALLAUD BELKACEM. Une convention pour renforcer le partenariat entre nos deux ministères ; pour que les lycées et les universités travaillent avec les écoles de service public ; pour que les élèves-fonctionnaires s'engagent à faire vivre les valeurs de la République et témoignent de leur engagement dans les collèges et lycées, particulièrement ceux de l'éducation prioritaire.

Mesdames et Messieurs, je souhaiterais insister sur un point. Face aux défis que nous avons à relever, nous devons mener une lutte farouche contre la tentation du repli, une lutte pour une Nation ouverte, vivante, unie.

Notre modèle de service public, que les Nations étrangères nous envient, nous permet de lutter contre toutes les formes d'exclusions et d'inégalités. C'est pourquoi nous avons à le consolider et à réaffirmer sa pertinence pour mener à bien les chantiers qui nous attendent. Il en va de l'intérêt général.

Je l'ai souvent dit, et je le répète aujourd'hui avec la même conviction, le service public, c'est le patrimoine de ceux qui n'en ont pas. Ce patrimoine que nous avons tous et toutes reçu indivis, nous devons, chacun et chacune, veiller à sa conservation pour le transmettre intact, et même renforcé, aux générations futures. C'est pourquoi, Mesdames et Messieurs, la fonction publique a besoin de vous tous.

Dans les temps difficiles que nous traversons, je sais pouvoir compter sur la jeunesse, ici représentée, pour porter demain nos valeurs républicaines et bâtir une France toujours plus solidaire.

Faire sens ; faire République ; faire Nation ; s'ouvrir au monde ; c'est possible si nous considérons encore - comme je le disais il y a quelques années – notre Nation comme un merveilleux patchwork dont il faut, avec patience et obstination, vérifier les fils, renforcer les plus fragiles.

A vous enfin qui avez choisi l'action publique, acceptez notre reconnaissance et soyez fiers de ce que vous faites, de ce que vous êtes à chaque instant de votre travail, mais aussi à chaque instant de votre vie.


Je vous remercie.


Source http://www.action-publique.gouv.fr, le 1er décembre 2015

Rechercher