Interview de Mme Ségolène Royal, ministre de l'écologie, du développement durable et de l'énergie, à RTL le 1er décembre 2015, sur l'avancée des négociations en cours lors de la conférence de Paris sur le climat (COP 21) et le financement des transferts de technologies vertes du Nord vers le Sud . | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de Mme Ségolène Royal, ministre de l'écologie, du développement durable et de l'énergie, à RTL le 1er décembre 2015, sur l'avancée des négociations en cours lors de la conférence de Paris sur le climat (COP 21) et le financement des transferts de technologies vertes du Nord vers le Sud .

Personnalité, fonction : ROYAL Ségolène, MAZEROLLE Olivier.

FRANCE. Ministre de l'écologie, du développement durable et de l'énergie;

ti : YVES CALVI
Olivier MAZEROLLE, vous recevez Ségolène ROYAL, ministre de l'Ecologie, du Développement durable et de l'Energie.

OLIVIER MAZEROLLE
Bonjour Ségolène ROYAL.

SEGOLENE ROYAL
Bonjour.

OLIVIER MAZEROLLE
Il y a eu une journée émouvante, hier, parce que Paris a accueilli 150 chefs d'Etat, et Paris, d'une certaine façon, et où la France est récompensée de ses efforts, aussi. Maintenant, on va passer, si vous le voulez bien, la COP21, au banc d'essais du réalisme. Hier, on a donc eu une journée formidable, avec des tas de déclarations, vous ne pouvez pas vous permettre de prendre des demi-mesures, les bons sentiments ne suffiront pas, faisons de la Conférence de Paris le succès que tout le monde attend. Et puis ce matin, eh bien tous ces chefs d'Etat ils s'en vont, ils laissent leurs négociateurs, et on connait les négociateurs professionnels, ils savent parfaitement faire en sorte que ça n'avance pas. Donnez-nous une raison d'y croire.

SEGOLENE ROYAL
Alors, je vais vous en donner deux, raisons d'y croire. La première, c'est que précisément, les chefs d'Etat et de gouvernement sont venus, avec leur autorité, avec leur engagement et avec les instructions qu'ils ont données à leurs négociateurs. C'est la première fois qu'il y a un sommet sur le climat, dans lequel s'impliquent autant les chefs d'Etat, c'est-à-dire au plus haut niveau politique, alors qu'avant c'était un sujet, disons, un peu marginal, il faut bien le concéder, d'où les raisons, d'ailleurs, les conséquences sur le réchauffement climatique, qui n'a jamais été pris à bras le corps, donc ça c'est quand même la première raison. La seconde, c'est que pour la première fois, une réunion de haut niveau sur le climat est accompagnée d'actions concrètes.

OLIVIER MAZEROLLE
Alors, lesquelles ?

SEGOLENE ROYAL
Alors, je vais vous donner trois exemples de décisions qui ont été prises hier. D'abord il y a une alliance mondiale sur le solaire, où 25 à 40 pays se sont rassemblés pour dire que désormais il fallait que les flux financiers arrivent sur les énergies renouvelables et qu'ils faisaient du développement de l'énergie solaire une priorité. Donc ça, c'est un engagement très concret qui est pris au niveau de chefs d'Etat, donc du coup, les entreprises vont se mettre en mouvement, et à mon avis…

OLIVIER MAZEROLLE
Ça va être traduit, financièrement ?

SEGOLENE ROYAL
Bien sûr, ça va être traduit financièrement, ne serait-ce qu'à l'intérieur de chaque pays. Lorsque les choix politiques, stratégiques, budgétaires, sont faits pour que montent en puissance les énergies renouvelables, il y a des résultats. La deuxième décision, qui a été prise en présence de Bill GATES, qui a créé un fonds, des fonds privés, donc, d'investissements, pour doubler les moyens mis sur l'innovation en matière de croissance verte, là aussi plusieurs dizaines de pays étaient présents. Et la troisième décision qui a été prise, c'est une décision, une coordination, une coalition des pays, dont la France, pour donner un prix au carbone, c'est-à-dire pour faire en sorte que lorsque les entreprises calculent leurs investissements, elles mettent un prix au carbone.

OLIVIER MAZEROLLE
Alors d'accord, très bien. Le prix carbone, c'est très intéressant, parce que ça veut dire que les entreprises…

SEGOLENE ROYAL
Et c'est la seule façon d'y arriver. Je vais vous expliquer juste une petite chose, très simple. En Afrique, par exemple, qui est le continent le plus ensoleillé, et en même temps là où il y a les pays les plus pauvres et les pays qui ont le moins accès aux énergies solaires, alors qu'ils ne sont pour rien sur le réchauffement climatique, avouez qu'il y a quand même de quoi ressentir une injustice. Lorsque, comme me l'expliquait le président du Sénégal, ça coûte moins cher d'importer du pétrole, que d'installer dans son pays des panneaux photovoltaïques pour éclairer les écoles, il y a quand même un problème.

OLIVIER MAZEROLLE
Très bien.

SEGOLENE ROYAL
Donc si vous mettez un…

OLIVIER MAZEROLLE
Donc vous êtes optimiste et concrètement optimiste. Très bien, mais alors, justement, l'Afrique et les pays qui sont les moins développés, ils ont besoin d'argent, qui va payer ? Parce que, nous, les pays riches, on dit « bon, ben écoutez, on veut bien payer, mais peut-être que les émergeants, ou qui maintenant sont devenus riches, comme la Chine, pourraient payer », les Chinois disent « ah non non, pas du tout, nous on ne dépensera pas un centime, c'est à vous de payer. Colonisations, etc., tout le désastre que vous avez accompli pendant des centaines d'années ».

SEGOLENE ROYAL
Oui, non mais c'est une bonne question. Il y a deux réponses à cela. La première c'est que, bien évidemment, les pays développés, industrialisés, qui ont utilisé les énergies fossiles, ont provoqué le réchauffement climatique, et aujourd'hui on dit aux pays pauvres : « Eh bien écoutez, ne faites pas comme nous, n'utilisez pas le pétrole et le charbon, mais prenez tout de suite du renouvelable, parce que vous comprenez, on va tous aller mal collectivement ». Les pays pauvres disent, ou les pays émergeants disent : « Vous êtes bien gentils, mais enfin, nous, 70, 80 % de la population n'ont toujours pas accès à l'électricité, si le pétrole est moins cher, on ne va pas freiner nos propres développement, uniquement parce que tout d'un coup vous découvrez qu'il y a le réchauffement climatique ».

OLIVIER MAZEROLLE
Alors ?

SEGOLENE ROYAL
Donc c'est quoi la solution ? C'est un transfert de technologies. C'est pas des aides publiques traditionnelles, dont on ne sait pas, d'ailleurs, ce qu'elles deviennent, où sont les intermédiaires et qui disparaissent plus ou moins ou qui nourrissent la corruption, ce n'est pas ça qu'il faut faire, c'est du transfert de technologies, c'est-à-dire que les entreprises privées, aient maintenant un intérêt, et c'est le cas, à investir dans les énergies renouvelables, dans le transport propre, dans la gestion des déchets, dans les pays émergeants, parce que si l'on réussit cette transition énergétique dans les pays les plus pauvres, alors ils vont accéder au développement, et donc il faut des partenariats croisés entre ces pays-là et les entreprises, parce qu'il s'agit de fonds privés, il ne s'agit pas de prélever des impôts supplémentaires pour donner de l'argent aux pays pauvres, c'est pas ça le sujet, d'ailleurs ils ne le demandent pas. Je vais même vous dire, ce qui est dangereux dans les annonces des milliards qui virevoltent comme ça au-dessus de nos têtes, c'est que les pays pauvres…

OLIVIER MAZEROLLE
Oui, 100 milliards.

SEGOLENE ROYAL
100 milliards. C'est que les pays les plus pauvres, leur population entend : « Ben vous allez recevoir 100 milliards », s'ils en voient pas les résultats, s'ils ne voient pas les projets, ils vont dire : « Mais où sont passés ces 100 milliards ? ». Donc il ne faut pas non plus que les pays les plus riches se donnent bonne conscience en lançant comme ça dans des conférences de presse, des 100 milliards qui n'existent pas.

OLIVIER MAZEROLLE
Est-ce qu'on peut accorder du crédit, par exemple à madame MERKEL ? Elle nous dit : « Il faut un accord ambitieux », elle asphyxie toute l'Europe avec ses centrales à charbon !

SEGOLENE ROYAL
C'est vrai qu'il y a eu un problème en Allemagne, notamment des centrales à charbon à ciel ouvert…

OLIVIER MAZEROLLE
Ben oui, enfin, il y a eu, il y a toujours.

SEGOLENE ROYAL
… en plus, parce que l'Allemagne a renoncé au nucléaire, et a rouvert des centrales à charbon. C'est un problème, parce qu'on passe d'une énergie décarbonée à une énergie qui produit effectivement du CO2. Mais l'Allemagne investit massivement, est en train de monter en puissance à la fois sur le renouvelable et sur l'efficacité énergétique des bâtiments, et elle le fait avec beaucoup de détermination, et je pense que c'est un pays qui va justement devenir exemplaire…

OLIVIER MAZEROLLE
Et il y aura des pénalités ou des contraintes ?

SEGOLENE ROYAL
… et madame MERKEL, d'ailleurs, était là, dans la coalition des pays sur les marchés carbone, et ça c'est une très grande nouvelle.

OLIVIER MAZEROLLE
Il y aura des pénalités ou des contraintes pour ceux qui ne respecteront pas leurs engagements ?

SEGOLENE ROYAL
Oui, il y aura un système de contrôle des engagements, mais ce qui est plus intéressant, c'est de considérer que les pays ont intérêt à réaliser cette croissance verte, donc il n'y a pas besoin de mettre un gendarme du monde pour dire « vous allez faire ce que vous avez promis », puisque ces créateurs de valeurs, voyez, on est en train de basculer dans un nouveau système économique gagnant/gagnant, qui fait que des entreprises, des fonds financiers, comprennent que c'est important d'investir dans l'économie du futur et qu'en même temps ça produit du bien-être, de la santé publique, du développement économique, et cela dans les pays les plus riches comme dans les pays émergeants, comme dans les pays les plus pauvres.

OLIVIER MAZEROLLE
Madame ROYAL, on va revenir à nos petites affaires franco-françaises. Les Echos annoncent ce matin que les sociétés d'autoroutes vont augmenter leurs tarifs bien au-dessus de l'inflation, en 2016. Vous allez laisser faire ?

SEGOLENE ROYAL
Ecoutez, je ne suis pas au courant de cette annonce, donc je vais regarder immédiatement de quoi il s'agit.

OLIVIER MAZEROLLE
Parce que ça voudrait dire que le gel de 2015, finalement, c'était une petite rémission, mais qu'il n'y a pas de guérison.

SEGOLENE ROYAL
Oui, il ne faudrait pas que les sociétés d'autoroutes profitent de la COP pour faire des annonces intempestives. Je vais regarder

OLIVIER MAZEROLLE
Ah, ce n'est pas une annonce, c'est Les Echos qui disent, voilà…

SEGOLENE ROYAL
C'est Les Echos. Oui, ben, Les Echos c'est Les Echos, mais je vais regarder ce qui…

OLIVIER MAZEROLLE
Une augmentation au-dessus de l'inflation, c'est exclu ?

SEGOLENE ROYAL
Je ne sais pas si cette information est exacte, et en tout cas c'est exclu, puisque l'engagement qui avait été pris, c'est de ne pas dépasser l'inflation, et même d'être en dessous de l'inflation, compte tenu du pactole…

OLIVIER MAZEROLLE
Y compris en 2016/2017.

SEGOLENE ROYAL
… que les compagnies autoroutières avaient déjà accumulées dans le passé.

OLIVIER MAZEROLLE
Donc hors de question…

SEGOLENE ROYAL
Je vais regarder ce sujet.

OLIVIER MAZEROLLE
Très bien, merci beaucoup Ségolène ROYAL.

YVES CALVI
Trois motifs d'objectifs… objectifs d'optimisme, vient de nous dire, concernant la COP21, Ségolène ROYAL, tout d'abord l'alliance mondiale sur le solaire, la croissance verte poussée par Bill GATES et les entreprises privées, et puis le carbone qui a d'ores et déjà un prix. On a bien compris aussi que la ministre de l'Ecologie allait regarder d'un peu plus près les éventuelles hausses de tarifs des autoroutes. Merci à tous les deux.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 2 décembre 2015

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