Déclaration à la presse de M. Laurent Fabius, ministre des affaires étrangères et du développement international, sur la Conférence de Paris sur le climat, au Bourget le 2 décembre 2015. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration à la presse de M. Laurent Fabius, ministre des affaires étrangères et du développement international, sur la Conférence de Paris sur le climat, au Bourget le 2 décembre 2015.

Personnalité, fonction : FABIUS Laurent.

FRANCE. Ministre des affaires étrangères et du développement international

Circonstances : Conférence de Paris pour le climat, du 30 novembre au 11 décembre ; point de presse conjoint avec la secrétaire exécutive de la convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques, au Bourget (Seine-Saint-Denis) le 2 décembre 2015

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Mesdames et Messieurs,


Heureux de vous retrouver pour ce premier point presse conjoint avec Christiana Figueres depuis l'ouverture officielle de cette COP21. Nous en tiendrons régulièrement dans ce format : le prochain aura lieu après-demain vendredi.

La COP21 a démarré avant-hier, la COP21 a pris un bon départ.

La journée d'ouverture a été marquée par une impulsion politique forte. C'était une première dans l'histoire des négociations climatiques. La présence à Paris de 150 chefs d'État et de gouvernement a souligné la volonté de parvenir à un accord.

Je retiens de la plupart de ces interventions, les mots : urgence, responsabilité, justice. Il y a urgence à agir, tout le monde en convient - le nombre des «contributions nationales» déposées auprès de la CCNUCC a atteint ce matin 185. Il y a une responsabilité particulière qui pèse sur cette COP21, car c'est à elle qu'a été confiée depuis Durban la mission de parvenir à un accord universel. Enfin, un nombre très important de dirigeants, en particulier ceux des pays en développement, ont insisté sur la notion de justice climatique : c'est une des conditions d'un accord à Paris.

Je relève également que les présidents américain et chinois, qui représentent les deux plus gros émetteurs de gaz à effet de serre, ont eu des mots clairs sur l'engagement de leurs pays dans la cause climatique.

Les négociations du groupe ADP ont repris dès lundi, parallèlement aux interventions des chefs d'État et de gouvernement. Ce choix, fait par l'ADP, était judicieux car il faut avancer vite. J'ai demandé aux co-présidents de me remettre un projet d'accord samedi 5 décembre à midi, et je souhaite que ce projet soit le plus abouti possible. L'objectif, c'est que beaucoup d'options soient tranchées d'ici la fin de cette semaine, afin que nous puissions nous concentrer à partir du 5 décembre, avec les ministres et les chefs de délégation, sur les ultimes points politiques à arbitrer. Avec Laurence Tubiana, ma négociatrice, je me tiens en permanence à l'écoute de toutes les parties. Je fais le point tous les jours avec les co-présidents sur l'avancée des travaux de l'ADP. Mon message est clair : il faut accélérer le processus, car il reste beaucoup de travail. Des formules de compromis doivent être dégagées rapidement. Les chefs d'État et de gouvernement nous ont donné, lundi, un mandat sans ambiguïté : nous devons réussir.


La COP21, ce sont les négociations sur l'accord mais ce sont aussi les solutions concrètes présentées à l'occasion de cette Conférence. Nous n'en sommes qu'au troisième jour, mais nous pouvons déjà constater qu'une forte dynamique pro-climat a lieu. C'est positif, car non seulement ces initiatives ont des conséquences importantes en elles-mêmes, mais elles créent aussi un contexte stimulant pour les discussions sur l'accord : elles sont, pour les négociateurs, une incitation supplémentaire à aboutir.

Parmi les initiatives de ces premiers jours, trois particulièrement importantes ont été annoncées lors de la journée d'ouverture.

Le projet «Mission innovation» réunit une coalition public-privé inédite qui va permettre une augmentation massive des financements de recherche et développement pour les technologies propres. Une vingtaine d'États, dont la France et les États-Unis, se sont engagés à doubler sur cinq ans le budget pour la recherche et développement dans ce domaine. À cela s'ajoutera l'effort de 27 grands investisseurs privés, qui ont rassemblé déjà 2 milliards de dollars à l'initiative de Bill Gates. C'est un effort financier considérable au service des énergies propres.

Une autre initiative majeure - «l'Alliance solaire internationale» - a été lancée sur l'énergie solaire par le Premier ministre indien M. Modi et le président de la République. Elle rassemble plus de 120 pays, entre les tropiques du Cancer et du Capricorne, et permettra une coopération entre les pays développés et les pays en développement pour attirer les investissements et les technologies dans le secteur du solaire, qui offre un potentiel considérable dans les pays en développement. Cette initiative a été saluée par de nombreuses organisations non gouvernementales.

Enfin, sur le prix du carbone, lors d'un événement organisé par la Banque mondiale et le FMI, de nombreux dirigeants de premier plan, comme les présidents américain, chinois, français, la chancelière Merkel, ont lancé un appel à la mise en place d'une tarification du carbone dans le plus grand nombre possible de pays.

Au-delà de ces trois temps forts, la COP21 est l'occasion d'une mobilisation sans précédent des acteurs non gouvernementaux au service du climat.

Les «Espaces Générations Climat» ont été inaugurés hier par le président de la République, ils accueillent sur 27 000 m2 des villes, des régions, des entreprises, des organisations non gouvernementales qui s'engagent pour la planète : près de 40 événements ont déjà eu lieu. Je me rendrai vendredi dans l'espace ONG de ce site.

Ce matin, j'ai inauguré la «Galerie des Solutions», qui rassemble les solutions innovantes bas-carbone développées par des milliers d'entreprises dans le monde entier. On constate en ce moment chez les entreprises un foisonnement au service de la transition verte, et le site du Bourget offre une visibilité à ces innovations. Cette COP doit être la COP des décisions et la COP des solutions.

Dans la «zone bleue», c'est-à-dire au sein même de l'espace des négociations, une trentaine d'événements ont déjà été organisés à l'initiative des États et des organisations observatrices. Je citerai notamment ceux sur les investissements, l'urbanisme durable ou encore l'adaptation des peuples indigènes aux conséquences du réchauffement.

Une série de journées thématiques sont prévues cette semaine dans le cadre du Plan d'action Lima-Paris, qui rassemble les engagements des acteurs non gouvernementaux. Des «focus» sont prévus sur les transports et le bâtiment, sur les investissements privés, sur les énergies renouvelables ou encore sur l'innovation. Deux événements ont déjà eu lieu, l'un sur la forêt et l'autre sur l'agriculture.

Lors de l'événement sur la forêt, de grandes entreprises se sont engagés à prendre en compte les enjeux environnementaux, notamment la question de la déforestation, dans leur production d'huile de palme et de papier.

Concernant l'agriculture, autre secteur clé représentant un quart des émissions mondiales de gaz à effet de serre, plusieurs initiatives ont été annoncées afin d'accroître le stockage du carbone dans les sols et d'améliorer la résilience des populations rurales, en particulier le projet «4 pour 1000», lancé par la France et rassemblant des acteurs publics et privés des cinq continents.


La dynamique pro-climat de ces premiers jours s'est aussi traduite par deux annonces fortes de la France, qui souhaite montrer l'exemple.

Hier, lors d'un sommet sur l'Afrique hier, le président de la République a annoncé des actions concrètes et rapides pour l'énergie en Afrique. La France mobilisera 6 milliards d'euros entre 2016 et 2020 pour l'énergie et l'électrification en Afrique, dont 2 milliards pour les énergies renouvelables. Ces financements - principalement en prêts mais aussi en dons - seront mobilisés via l'AFD. En outre, la France triplera, d'ici 2020, les financements qu'elle consacre chaque année à l'adaptation : ces financements atteindront 1 milliard d'euros par an en 2020, et ils bénéficieront principalement à l'Afrique.

Hier également, une avancée importante a été annoncée sur le système d'alerte précoce aux catastrophes climatiques dans les pays pauvres et vulnérables, « CREWS » en anglais. L'objectif d'ici 2020 est de doter tous ces pays de données météorologiques fiables et de mettre en place des systèmes d'alerte - par exemple par l'envoi de SMS -, afin de mieux anticiper les catastrophes climatiques, de permettre une mise à l'abri des populations, et donc de sauver des vies. Nous avions lancé cette initiative en mars 2015 lors de la Conférence de Sendai, au Japon. Aujourd'hui, nous sommes parvenus à réunir une coalition de 8 États financeurs autour de ce projet. L'objectif était de rassembler 100 millions de dollars d'ici 2020 : nous sommes déjà à 80 millions. La France a annoncé qu'elle y contribuerait à hauteur de 10 millions entre 2016 et 2017.


Ces premiers jours de la COP ont donc permis de commencer à avancer. Il est souhaitable que le travail des négociateurs soit encouragé par cette vague de mobilisation. Et, je le répète, il faut accélérer. Je ferai le point ce soir à 18h avec les co-présidents du groupe ADP et à 19h lors de la réunion du Contact Group.

Une exigence de succès pèse sur nous : nous devrons sans cesse la garder à l'esprit dans nos travaux.

Q - (En anglais - sur la position des Républicains au Congrès américain et sur le message à leur faire passer sur l'importance de cette COP21)

R - Bien évidemment, je ne vais pas m'ingérer dans les affaires intérieures des États-Unis ni d'aucun autre pays. Mais j'ai le sentiment que ce n'était pas une grande surprise, on connaît la position, au sein du Congrès, des Républicains, en tout cas d'un grand nombre d'entre eux. Nous en avons d'ailleurs parlé l'autre jour lorsque nous dinions avec le président Obama ; pour lui, ce n'était pas une surprise. L'important, c'est que cela n'empêche pas les choses d'avancer. Vous l'avez très bien souligné : c'est une cause mondiale.

Je dois aussi à la vérité, de dire que j'ai pris connaissance, il y a peu de jours, d'une étude d'opinion aux États-Unis, non pas sur les élus - on connaît leur opinion - mais sur la population et - vous me corrigerez si je me trompe - les chiffres montraient, à la fois chez les Démocrates et chez les Républicains, une élévation de la prise de conscience de la gravité du problème climatique.

Je pense que le vote qui a eu lieu n'est pas une surprise et que l'administration américaine sait parfaitement quel comportement elle doit suivre.

Q - (En anglais, sur les INDC et sur la justice au niveau du climat et de la responsabilité de chacun des pays)

R - J'ai fait référence à cette expression car elle a été utilisée par beaucoup des orateurs. L'idée, au fond, est la suivante : il y a, c'est incontestable, une responsabilité historique des pays qui, dans le passé, ont bâti leur prospérité industrielle à partir de l'utilisation des énergies carbonées, cependant que d'autres pays, qui n'en étaient pas du tout au même stade de développement industriel, ne les utilisaient pas ou très peu. Ceci est un aspect qu'il faut prendre en compte.

Il y a un autre aspect : tous les pays, globalement, par tête d'habitant, n'émettent pas la même quantité de gaz à effet de serre ; certains sont plus riches que d'autres ; il y a la question dite «des circonstances nationales». Tout cela doit être pris en compte.

À partir de là, je ne vais pas, bien sûr, discuter des termes utilisés mais j'ai trouvé qu'il y avait, dans beaucoup d'interventions des chefs d'État et de gouvernement, l'idée que l'accord devait être juste et équitable. Il y a différents concepts : on parle de «fairness», «justice», ou «equity». Je pense que c'est un élément qui est très présent dans la discussion qui sera présent dans les accords que nous devons trouver.

Sur les INDC, nous avons défini l'année dernière, en particulier à Lima, d'une façon un peu plus précise, ce que cela devaient être. Et, il faut être honnête, au moment où nous avons pris ces décisions et choisi ces définitions, si l'on avait dit à beaucoup d'entre nous qu'il y aurait 185 INDC sur 195 pays, je pense que peu d'entre nous auraient été près à parier là-dessus.

Ces INDC sont différentes, certaines sont plus ambitieuses que d'autres, et puis elles ont un certain degré d'hétérogénéité. Mais l'important, c'est à la fois la fixation des objectifs et la démarche. C'est-à-dire que, dans tous ces pays qui représentent plus de 96% des émissions de gaz à effet de serre - alors que Kyoto je crois que c'est 15% -, il y a eu de la part des pays un effort méthodologique, un effort sur le fond pour réfléchir : «compte tenu de la situation générale, compte tenu de ce qui se passe dans mon pays, où en serai-je dans 10 ou 15 ans ?» Ça, c'est une modification extrêmement profonde, c'est une évolution extrêmement positive, cela veut dire une prise de conscience et une manière d'y répondre. Même si, bien sûr, il peut y avoir des observations, des critiques sur la manière d'y répondre et sur la différence des ambitions.

Mais je veux retenir surtout la démarche, le nombre des pays qui ont fait cette démarche et le pourcentage extrêmement impressionnant de l'ensemble des gaz à effet de serre que cela représente.

Alors, il est certainement à prévoir qu'avec le temps les choses s'amélioreront, se préciseront. Nous en discutons actuellement et nous en discuterons encore. Mais le mouvement général est positif et impressionnant.

Q - Monsieur le Ministre, pourriez-vous nous donner quelques éléments sur les points sur lesquels on a pu avancer ces deux derniers jours au niveau des sous-groupes de travail concernant le texte que vous attendez pour samedi ?

R - En ce qui me concerne, je ferai le point en fin d'après-midi avec les co-présidents du groupe ADP. Comme je vous l'ai dit, j'irai à 19 heures devant le Contact Group et à ce moment-là, nous aurons un rapport qui sera plus précis sur ce qui a avancé et ce qui a moins avancé. Mais, d'ores et déjà, mon sentiment est qu'il faut accélérer.


Source http://www.diplomatie.gouv.fr, le 4 décembre 2015

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