Interview de M. Manuel Valls, Premier ministre, à BFM TV/RMC le 9 décembre 2015, sur la lutte contre le terrorisme, notamment sur Internet, la campagne de la gauche face au Front national pour le second tour des élections régionales, le régime social des indépendants (RSI) et la situation des éleveurs. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Manuel Valls, Premier ministre, à BFM TV/RMC le 9 décembre 2015, sur la lutte contre le terrorisme, notamment sur Internet, la campagne de la gauche face au Front national pour le second tour des élections régionales, le régime social des indépendants (RSI) et la situation des éleveurs.

Personnalité, fonction : VALLS Manuel, BOURDIN Jean-Jacques.

FRANCE. Premier ministre;

ti : JEAN-JACQUES BOURDIN
Notre invité, Manuel VALLS, Premier ministre. Manuel VALLS, bonjour.

MANUEL VALLS
Bonjour Jean-Jacques BOURDIN.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Manuel VALLS, première chose, je vais vous demander une information, est-ce que le troisième kamikaze du Bataclan a été identifié, vous confirmez ?

MANUEL VALLS
Il a été identifié, il appartient maintenant au procureur de la République, François MOLINS, qui supervise toute cette enquête, qui va se poursuivre, et c'est une enquête longue, mais qui donnera, je n'en doute pas un seul instant, toutes les informations…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous avez son nom, son identité ?

MANUEL VALLS
Le nom a été donné, mais il ne m'appartient pas encore une fois de donner les éléments de l'enquête. Ce qui est important, c'est que l'enquête avance, que les complicités soient bien sûr connues, que les interpellations aient lieu, c'est un travail de longue haleine. Et face à la menace terroriste, qui est malheureusement présente, il faut poursuivre ce travail de traque, et tout simplement, cette guerre, parce que nous sommes en guerre contre l'islamisme radical, contre Daesh.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Alors, autre question sur la lutte contre le terrorisme, avant de passer aux régionales, est-il vrai que la police souhaite l'interdiction du Wifi public, c'est vrai ou pas ?

MANUEL VALLS
Je n'ai pas entendu parler de cela…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous n'avez pas entendu parler de cela, bon, Internet est dans le collimateur du ministère de l'Intérieur, si je puis dire !

MANUEL VALLS
Non, Internet est une liberté…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ah, il paraît que c'est une note interne du ministère de l'Intérieur qui dit cela…

MANUEL VALLS
Internet est une liberté, est un moyen extraordinaire de communiquer entre les gens, c'est un plus pour l'économie, mais c'est aussi un moyen pour les terroristes de communiquer, de diffuser surtout leur idéologie totalitaire. J'ai réuni la semaine dernière l'ensemble des grands opérateurs d'Internet, vous les connaissez, pour que nous continuions, parce que nous avons déjà beaucoup progressé, à travailler ensemble pour être plus efficaces pour lutter contre la diffusion du message de haine des terroristes…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc pas d'interdiction des Wifi publics ni du réseau Tor pour naviguer anonymement ?

MANUEL VALLS
Mais que la police regarde l'ensemble des aspects qui permettent de mieux lutter…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous y seriez favorable ou pas ?

MANUEL VALLS
Non, que la police regarde tous les aspects qui permettent de mieux lutter contre le terrorisme, bien évidemment, mais il faut prendre les décisions efficaces, car la seule chose qui compte, c'est l'efficacité pour traquer les terroristes, pour arrêter ces messages de haine, puisque vous le savez, et nous le savons, les individus qui se radicalisent se radicalisent soit dans des mosquées salafistes, soit en prison, soit, et surtout pour les plus jeunes d'entre eux, sur Internet.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Bien. C'est envisagé, c'est une piste étudiée par le ministère de l'Intérieur, si j'ai bien…

MANUEL VALLS
Non…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Non, bon, d'accord…

MANUEL VALLS
L'interdiction du Wifi n'est pas une piste envisagée aujourd'hui, je vous le confirme…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Bon, non, bon, d'accord. Bon, très bien. Au moins, c'est clair. Liste conduite par Jean-Pierre MASSERET dans le Grand Est des régionales, second tour dimanche, liste maintenue, vous avez fait pression, vous avez envoyé des SMS à Jean-Pierre MASSERET, il n'a pas répondu, enfin, il n'a pas répondu, il a répondu : je maintiens ma liste. Est-ce que Jean-Pierre MASSERET et ses colistiers socialistes seront exclus du PS ?

MANUEL VALLS
Jean-Jacques BOURDIN, je vais vous répondre à cette question, mais il y a dix-sept régions qui sont concernées par le deuxième tour, douze dans l'hexagone, la Corse, et quatre régions dans les Outremers, qu'on oublie, dont on parle peu…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, c'est vrai, malheureusement…

MANUEL VALLS
La Guyane, La Réunion, la Martinique et la Guadeloupe…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Et la Corse, on en parle peu aussi.

MANUEL VALLS
Et la Corse, on en parle peu aussi. Douze régions hexagonales. Sur ces douze régions, sur ces treize, si on rajoute la Corse, et si on rajoute aussi les quatre régions des Outremers, la gauche rassemblée peut l'emporter, dans les quatre régions d'Outremer, en Corse, et dans neuf régions sur les douze qui sont en jeu. Donc ma tâche, celle des socialistes, des radicaux de gauche, mais désormais de la gauche rassemblée, avec les écologistes, c'est de gagner dans ces régions, dans des conditions difficiles, il y a bien sûr des triangulaires partout, c'est une donnée de la vie politique, il y a trois grandes forces politiques, la gauche rassemblée, la droite républicaine et le Front national. Et nous pouvons l'emporter. Donc ma tâche, c'est de faire en sorte que dans ces régions, nous puissions virer en tête dimanche prochain. Il y a trois autres régions où nous ne pouvons pas gagner, où le Front national peut l'emporter, et c'est la raison pour laquelle nous avons décidé de retirer nos candidats, et c'est une décision difficile évidemment pour les candidats…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Je vais y revenir…

MANUEL VALLS
Mais qui ont dans le Nord-Pas-de-Calais Picardie et dans la région Provence-Alpes-Côte d'Azur à la hauteur, qui ont été dignes, et nous soutenons, et je l'ai dit, et nous l'avons dit avec Jean-Christophe CAMBADELIS, et Christian ESTROSI dans le Sud, et Xavier BERTRAND, dans le Nord-Pas-de-Calais Picardie. C'est la même chose qui doit se passer dans l'Est, et j'ai appelé, et j'appelle de nouveau à voter pour Philippe RICHERT, car c'est le seul moyen de barrer l'extrême droite et de faire en sorte, encore une fois, que la République, ses valeurs, l'emportent.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, Jean-Pierre MASSERET vous dit non, c'est la tête de liste que vous aviez choisie pour le Grand Est, il vous dit non, est-ce qu'il sera exclu du PS ?

MANUEL VALLS
Ce n'est pas à moi de décider de l'exclusion…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, non, mais vous êtes…

MANUEL VALLS
C'est au Parti socialiste de le faire, mais notre position, vous savez, dans ces moments-là, il faut être clair, mon rôle, comme chef de la majorité, ou le rôle de Jean-Christophe CAMBADELIS, comme responsable du Parti socialiste, c'est d'être clair, le rassemblement à gauche là où nous pouvons l'emporter, le retrait de nos listes pour permettre aux Républicains de gagner face à l'extrême droite.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais vous accusez…

MANUEL VALLS
Les choses sont claires…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous accusez sans cesse la droite de courir après le Front national, et vous appelez à voter pour un homme, je vais récapituler les déclarations de Christian ESTROSI, pour lequel vous appelez à voter, Manuel VALLS, comment voulez-vous que les électeurs socialistes comprennent cette position ?

MANUEL VALLS
Mais vous voulez rappeler plutôt les prises de position de madame Marion MARECHAL-LE PEN, qui veut supprimer les subventions au planning familial, qui s'en prend tous les jours à nos compatriotes et à nos concitoyens musulmans, qui a fait des déclarations aberrantes, scandaleuses, qui ont fait d'ailleurs peu de bruit, concernant les protestants de France, qui défend la France de Charles Martel. Mais Jean-Jacques BOURDIN, c'est ça l'extrême droite ! Il n'y pas une seule hésitation à avoir, au-delà de ce qui nous différencie de la droite, et il y a bien sûr beaucoup de choses qui nous différencient, notamment pour ce que nous voulons pour nos régions, et aussi pour l'avenir du pays, mais, mais face à l'extrême droite, à ses positions et à ses solutions inefficaces, parce que c'est de l'arnaque, sortir de l'euro, c'est une arnaque, ça mettrait à genoux le pays, et tous ceux qui parfois sont séduits par le Front national, les ouvriers, les petits retraités, les commerçants, qui seraient ruinés, c'est une arnaque le Front national, quand cette formation parle de sécurité, alors qu'à l'Assemblée ou au Sénat, ils ne votent aucune mesure pour lutter contre le terrorisme, et c'est la même position défendue par madame Marine LE PEN au Parlement européen, qui ne vote pas le dispositif qui permet un meilleur contrôle des voyageurs sur les lignes aériennes, ce qu'on appelle le PNR. Donc c'est une arnaque. Mais quand il s'agit de la France et des valeurs de la République, on n'hésite pas un seul instant. Et même si nous avons des différences avec Christian ESTROSI…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Profondes !

MANUEL VALLS
Et Xavier BERTRAND…

JEAN-JACQUES BOURDIN
La civilisation ?...

MANUEL VALLS
Mais dans l'arc républicain…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Christian ESTROSI a dit : la civilisation judéo-chrétienne dont nous sommes les héritiers est menacée, vous êtes d'accord ou pas ? L'islamo fascisme est présent aussi en France à travers les cinquièmes colonnes ! L'islam n'est pas compatible avec la République !

MANUEL VALLS
Tous ces propos, et ça invite…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, que vous avez condamnés !

MANUEL VALLS
Et ça invite la droite républicaine à réfléchir, tous ces propos qui ont été prononcés pour, au fond, essayer de capter le vote Front national, ont, au contraire, développé et amplifié ce…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Cette droite qui court après – c'est ce que vous avez dit – après le Front national…

MANUEL VALLS
Elle court, mais je fais la différence quand il s'agit encore une fois ses valeurs de la République, et c'est pour cela qu'il n'y a pas d'hésitation à avoir. Je comprends évidemment les interrogations des candidats et des militants, mais que ça soit Christophe CASTANER ou Pierre de SAINTIGNON, ils n'ont pas hésité. Et donc dans l'Est, il ne faut pas hésiter, il y a des dizaines de colistiers de Jean-Pierre MASSERET qui ne veulent pas se maintenir, ils ne veulent pas se maintenir, et moi, j'appelle tous les électeurs de gauche dans cette région Grand Est, c'est vrai aussi en PACA ou dans le Nord-Pas-de-Calais, Picardie, à voter pour le candidat qui représente aujourd'hui les valeurs de la République. Et j'appelle surtout mes compatriotes qui ne sont pas allés voter, parce qu'il y a eu un sursaut républicain pour le premier tour, il y a eu sans doute plus d'électeurs qui sont allés voter que ce qui était prévu suite aux événements que nous avons connus, mais il y a quand même un électeur sur deux qui ne s'est pas rendu dans ces bureaux de vote dimanche dernier…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Est-ce que vous avez vu que Jean-Luc MELENCHON ne donne pas de consigne de vote dans les régions où la gauche est absente, c'est ce qu'il a déclaré, ce qu'il déclare dans Le Monde aujourd'hui, Manuel VALLS.

MANUEL VALLS
Mais, moi, ce qui m'intéresse, c'est le rassemblement de la gauche. Ce qui m'intéresse – pardon de le dire – ce sont les positions que nous prenons…

JEAN-JACQUES BOURDIN
C'est irresponsable ? C'est irresponsable ?

MANUEL VALLS
Mais, vous n'entendrez pas de ma part de mots qualifiant les uns et les autres, ce qui m'intéresse, c'est le rassemblement de la gauche et des écologistes, pour l'emporter de l'Ile-de-France en passant par la Normandie, le Centre, Rhône-Alpes Auvergne et, et dans une région importante, Franche-Comté Bourgogne, dont on parle peu, avec Marie-Guite DUFAY, qui est la tête de liste de la gauche dans une région…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Qui est arrivée troisième !

MANUEL VALLS
Oui, mais le total gauche est à touche-touche avec le Front national, si vous me permettez cette expression un peu familière, et là-bas, ça se joue entre Marie-Guite DUFAY, la candidate de la gauche, et l'extrême droite, dont la tête de liste, nous la connaissons bien, c'est celle qui a été battue par le député BARBIER dans le Doubs il y a quelques mois. Donc tous les propos, pas depuis quelques mois, depuis des années, montrent ce qu'est le vrai visage de l'extrême droite raciste et antisémite. Donc face à cela, il n'y a pas d'hésitation. Et dans cette région, Franche-Comté Bourgogne, j'appelle, là aussi, au rassemblement, au-delà de la gauche, de tous les Républicains et de tous les démocrates pour cette candidate. C'est vrai en Normandie, c'est vrai dans le Centre, où ça sera serré. Donc il n'y a pas d'hésitation à avoir.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, mais Manuel VALLS, Nicolas SARKOZY vient de déclarer : le vote Front national n'est pas immoral, oh, il n'est pas immoral le vote, il est moral ou immoral le vote Front national ? Il dit cela, lui, le leader du parti !

MANUEL VALLS
Mais ce qui est immoral…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Que vous combattez en permanence, comment voulez-vous que les gens comprennent, Manuel VALLS !

MANUEL VALLS
Mais, d'abord, ce qui est immoral, puisque vous me posiez la question…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, qu'est-ce qui est immoral ?

MANUEL VALLS
Ce sont les positions du Front national, elles sont à la fois immorales par rapport à nos valeurs, parce que toute l'histoire de l'extrême droite française, pas le Front national, c'est l'extrême droite française plonge dans ce qu'il y a de pire dans notre histoire, mais les solutions par ailleurs sur le plan économique, sur le plan de l'éducation, sur le plan de l'Europe, sur le plan de l'environnement, madame LE PEN est contre les grands accords qui sont aujourd'hui en train de se nouer dans le cadre de la COP21 pour sauver la planète, toutes les solutions, vous connaissez, vous, les solutions de madame LE PEN pour lutter contre le chômage…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Elle sera là demain, je lui poserai cette question…

MANUEL VALLS
Vous connaissez les positions de madame LE PEN sur l'agriculture…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Et je lui parlerai de la COP21…

MANUEL VALLS
Je les connais. C'est de sortir de l'Europe et de sortir de la politique agricole commune qui mettrait encore davantage – nous en parlerons sans doute – les agriculteurs et les éleveurs de notre pays. Les électeurs du Front national, je respecte chacun d'entre eux, ce sont mes compatriotes mais ils se trompent. Ils se trompent. Ils sont trompés par cette arnaque et par cette supercherie du Front national. Mais quelle est la différence, Jean-Jacques BOURDIN, entre moi et Nicolas SARKOZY ? C'est que moi, je suis au clair. Je suis au clair, il n'y a pas de ni-ni chez moi. Moi, je n'ai pas d'hésitation une seule fois.

JEAN-JACQUES BOURDIN
C'est-à-dire que lui nous trompe ?

MANUEL VALLS
Non, lui n'est pas clair. Quand il s'agit de choisir entre les Républicains, entre la gauche ou la droite républicaine et l'extrême droite, il faut être au clair. Moi, je n'ai eu aucune hésitation. Moi, les responsables de la gauche, les socialistes, Jean-Christophe CAMBADELIS, nous n'avons eu aucune hésitation. Nous appelons à voter pour Xavier BERTRAND, Philippe RICHERT ou Christian ESTROSI. Nous sommes au clair comme nous l'avons été en 2002 quand il s'agit de choisir Jacques CHIRAC, comme nous l'avons été à chaque fois. Ce que je reproche à Nicolas SARKOZY, c'est l'absence de clarté. Quand il y a absence de clarté, on brouille et on brouille les lignes involontairement ou, dans le cas d'espèce, volontairement. C'est une faute, c'est une erreur que commet Nicolas SARKOZY. Il devrait se reprendre parce que les Français ont besoin de clarté quand il s'agit des valeurs de la République. C'est pour cela que dans toutes les autres régions où il y a des triangulaires ou des quadrangulaires comme c'est le cas en Corse, la solution pour avoir une République forte, qui affirme l'autorité, qui croit en la laïcité, en l'avenir de l'école, et qui en même temps veut rassembler, qui ne veut pas stigmatiser, qui ne veut pas jeter les Français les uns contre les autres, la solution c'est la gauche. C'est la gauche rassemblée

JEAN-JACQUES BOURDIN
Manuel VALLS, vous avez déclaré il y a quelques mois : « Il est hors de question que la France tombe entre les mains du Front national ». Si le Front national gagne une, deux ou trois régions dimanche prochain, est-ce que vous partirez ?

MANUEL VALLS
Non, parce que le combat, c'est le combat d'une vie.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Même si vous perdez ce combat, parce que vous risquez de le perdre dimanche, ce combat.

MANUEL VALLS
J'espère que, d'abord, nous le gagnerons ce combat. Moi je suis un combattant et tant qu'il y a la possibilité de convaincre les Français qui ne sont pas allés voter au premier tour de venir voter pour les candidats qui représentent l'avenir, la République, les valeurs de notre pays, bon sang quand même ! Ces valeurs de la République, elles ont été plébiscitées au mois de janvier. Elles l'ont été encore, on a brandi le drapeau français, on a chanté « La Marseillaise » après les attentats du 13 novembre, mais vous pensez un seul instant que pour la France, pour l'Europe et pour le monde, la solution c'est l'extrême droite. Ce sont ces idées d'exclusion, celles qui montrent du doigt en permanence ceux qui seraient responsables de ces attentats.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Je ne pense rien. Je vais vous dire une chose, Manuel VALLS, vous avez dit : « Il est hors de question que la France tombe entre les mains du Front national ».

MANUEL VALLS
Oui.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Parce que vous avez dit aussi : « La France possède l'arme nucléaire ». Ça veut dire quoi, ça ? Vous avez dit ça au Portugal, c'était en avril 2004. Je n'ai pas très bien compris pourquoi.

MANUEL VALLS
J'avais tout simplement rappelé…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Il y a un risque si la France tombe aux mains du Front national ?

MANUEL VALLS
Oui, il y a un risque.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Quel est ce risque ?

MANUEL VALLS
J'avais tout simplement rappelé que nous sommes un grand pays et nous en faisons la démonstration tous les jours. Il n'y a pas beaucoup de pays aujourd'hui, membre du Conseil de sécurité – c'est le fruit de l'Histoire – membre permanent du Conseil de sécurité. Nous avons en effet l'arme nucléaire, nous sommes une grande puissance militaire, il n'y a pas beaucoup de pays qui peuvent intervenir à la fois aujourd'hui dans le Sahel, puisque nous avons décidé, c'est une décision du chef de l'Etat en janvier 2013 de sauver le Mali. Il n'y a pas beaucoup de pays qui ont des Rafale et des Mirage, qui peuvent ainsi frapper Daesh. Et il n'y a pas beaucoup de pays qui peuvent entraîner. Enfin, il a fallu attendre les attentats de Paris pour que ça bouge, pour que les lignes bougent, pour qu'enfin on puisse créer progressivement le plus vite possible cette grande coalition pour combattre le seul ennemi que nous avons aujourd'hui. C'est Daesh, l'Etat islamique et le terrorisme ; c'est ça. Et moi, je ne veux pas que mon pays soit sali et puisse tomber dans les mains du Front national. Quand je l'avais dit il y a quelques mois, on me l'avait reproché. Et nous savons parfaitement que si le Front national emporte une, deux ou trois régions, c'est en effet une marche supplémentaire vers cette conquête, et parce que je ne le veux pas…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous voulez dire que le bulletin de vote est une arme contre le terrorisme ?

MANUEL VALLS
Le bulletin de vote est toujours une arme pour la démocratie.

JEAN-JACQUES BOURDIN
C'est ce que vous avez dit en votant dimanche.

MANUEL VALLS
Oui, parce que ce qu'on a voulu atteindre, les terroristes…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Sous-entendu, voter FN c'est donner sa voix à Daesh ?

MANUEL VALLS
Non, ça c'est vous qui faites le raccourci.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Non, non, je vous pose la question. Je vous pose la question.

MANUEL VALLS
J'ai dit quand on s'attaque à notre pays, à ses valeurs, à sa jeunesse,  son art de vivre – c'était ça, le but des terroristes par ces attentats, par leurs attentats le 13 novembre dernier -, c'était s'attaquer à ce que nous sommes. Ils ne nous ont pas attaqués parce que nous intervenons en Syrie ou en Irak, ils nous ont attaqués parce que nous sommes le pays des valeurs universelles, parce que nous sommes le pays de la laïcité, parce que nous sommes le pays de la séparation de l'Etat et des églises, parce que nous sommes le pays – c'est le 9 novembre (sic) aujourd'hui, c'est le jour-anniversaire de la promulgation de la loi sur la laïcité de 1905, c'est tout cela qu'on a voulu attaquer, parce que nous sommes le pays de l'égalité entre les femmes et les hommes. C'est la démocratie qu'on attaque. D'ailleurs, quel est l'autre pays dans le monde arabo-musulman que les terroristes attaquent ? C'est la Tunisie. Pourquoi ? Parce que c'est là où le printemps arabe a été une réussite, parce que là-bas il y a de la démocratie, parce qu'il y a des hommes et des femmes surtout libres qui se battent contre le terrorisme et contre l'obscurantisme, donc c'est ça. Et quand on est Français, malgré les difficultés, quand on a un peu le sens et le recul sur l'Histoire, on vote. On vote parce que c'est, en effet, une manière de dire : « Nous sommes debout ». Et on vote aussi bien évidemment pour la démocratie et pour la République.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais on vote aussi pour le Front national parce qu'on n'arrive pas à boucler ses fins de mois, parce que quand on est commerçant, artisan ou indépendant, on est « victime » entre guillemets du RSI. A propos du RSI, Emmanuel MACRON nous a dit hier que c'était une erreur. C'est une erreur le RSI, oui ?

MANUEL VALLS
Le RSI est en place depuis 2006, et il est évident que ce régime connaît de très graves dysfonctionnements, vous en parlez suffisamment sur BFM et sur RMC pour ne pas y revenir. Je sais ce que cela représente comme préoccupation et comme souffrance pour les artisans et pour les commerçants au quotidien, parce qu'ils ont le sentiment qu'on leur fait subir à chaque fois des cotisations supplémentaires. Mon gouvernement depuis plusieurs mois a saisi ce problème à bras-le-corps, parce qu'il faut évidemment le traiter. Il n'a pas été traité pendant des années. Nous avons commandé un rapport à deux parlementaires. Un, vous le connaissez, il est du Gard : c'est Fabrice VERDIER. Tout a été mis sur la table, y compris le retour vers le régime général.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Le régime général avec un guichet. C'est ce qu'a proposé hier Emmanuel MACRON.

MANUEL VALLS
La sur-cotisation que cela impliquerait…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc vous êtes contre cette idée.

MANUEL VALLS
La sur-cotisation que cela impliquerait justement pour les indépendants de l'ordre de 30 % de plus - je veux leur dire que ce n'est pas la bonne solution - nous a conduit à écarter aujourd'hui cette option.

JEAN-JACQUES BOURDIN
C'est la solution Macron, ce n'est pas la vôtre.

MANUEL VALLS
C'est moi le chef du gouvernement.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ce n'est pas Emmanuel MACRON.

MANUEL VALLS
C'est moi le chef du gouvernement. J'ai pris les mesures de simplification…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Parce que parfois, on pouvait douter.

MANUEL VALLS
Je ne crois pas qu'on puisse en douter, vous n'en doutez pas.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Moi je ne doute de rien, j'observe.

MANUEL VALLS
Très bien, moi non plus. Nous avons pris des mesures de simplification pour raccourcir les délais de paiement, pour sécuriser la liquidation. Cela commence – je sais que c'est difficile – à porter des fruits. Le gouvernement va présenter la semaine prochaine en Conseil des ministres l'ensemble de son plan par rapport au RSI. Donc nous apportons des solutions dans le dialogue avec la profession. J'ai reçu moi-même les représentants du RSI avant l'été à Matignon sur la base du rapport qui avait été commandé et porté par les députés, un député du Gard, une députée de Vendée. Donc nous travaillons et je suis à l'écoute.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Bien. Manuel VALLS, les agriculteurs aussi sont de plus en plus nombreux à voter Front national parce qu'ils n'y arrivent plus, parce que les cours du porc, parce que les cours du boeuf, de la viande de boeuf. Enfin, ils souffrent. Les éleveurs souffrent, Manuel VALLS. Ils demandent une année blanche sur les remboursements bancaires. Vous dites oui ?

MANUEL VALLS
Nous connaissons une crise économique, sociale et morale dans le monde de l'agriculture. C'est les mots que nous avons prononcés Stéphane LE FOLL et moi pas depuis ce matin, mais depuis des mois, parce qu'il y a une crise de ces filières. Je pense notamment à la crise du porc ou à la crise de la filière bovine et à la crise du lait. Ce sont les trois filières qui sont impactées. C'est lié à la chute des prix qui est dramatique pour ces éleveurs, des cours mondiaux aussi et pas seulement évidemment en France. C'est aussi lié, parce qu'il y a des éléments conjoncturels, aux problèmes de maladies animales dans le secteur des bovins, et encore gratuitement, et ovins, en plus de la découverte car il y a les difficultés qui s'accumulent, de la grippe aviaire en Dordogne.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui. Tout ça ce sont les raisons, mais enfin il est un peu tard.

MANUEL VALLS
Donc des mesures sanitaires ont été prises par Stéphane LE FOLL. Nous apportons des réponses aux difficultés de trésorerie depuis des mois, d'où le plan aussi du 3 septembre que j'ai présenté à l'ensemble des organisations du monde agricole, et nous travaillons sur la restructuration de la dette, sur une année blanche – une année blanche – pour tous ceux qui le demandent et j'ai rencontré…

JEAN-JACQUES BOURDIN
C'est important. Année blanche sur les remboursements bancaires pour tous ceux qui le demandent ?

MANUEL VALLS
Pour ceux qui le demandent.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Les banques sont d'accord ? Le CREDIT AGRICOLE est d'accord ?

MANUEL VALLS
J'ai rencontré le CREDIT AGRICOLE le 23 novembre dernier, ça a été dit d'ailleurs par un de vos auditeurs ce matin, le 23 novembre dernier, pour qu'on accélère la réponse aux demandes d'année blanche pour ceux qui le demandent, ça ne doit pas concerner tout les agriculteurs, c'est pour tous ceux qui le demandent. Il faut apporter des réponses concrètes, jamais dans la démagogie…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, parce que, vous savez pourquoi aussi beaucoup de Français votent Front national ? Ils votent Front national parce qu'ils n'en peuvent plus des renoncements des responsables politiques, que ce soit la droite ou vous, les renoncements sur les grandes réformes, la réforme fiscale… la réforme des retraites, et d'autres réformes, vous le savez, Manuel VALLS…

MANUEL VALLS
En même temps, moi, je ne veux pas être emporté par…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Non, mais…

MANUEL VALLS
Je ne parle pas de vous, par la démagogie…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais ça, ce n'est pas de la démagogie ça…

MANUEL VALLS
Les impôts ont trop augmenté dans ce pays, aujourd'hui, nous les baissons pour douze millions de ménages. La réforme des retraites, elle a été faite, elle est importante, elle est à la fois juste et efficace…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Sauf qu'on n'est pas allé au bout de cette réforme.

MANUEL VALLS
Elle est là, aujourd'hui, vous pensez que…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Equilibre entre le privé et le public, vous savez bien…

MANUEL VALLS
Vous pensez que ceux qui votent Front national demandent qu'on parte à la retraite à 65 ou à 67 ans ?

JEAN-JACQUES BOURDIN
Je pense que ceux qui votent Front national sont souvent des Français dits moyens, je n'aime pas trop cette expression, qui n'arrivent pas à boucler leurs fins de mois, qui sont accablés d'impôts…

MANUEL VALLS
Qui ont peur de l'avenir…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Qui ont peur de l'avenir, qui ne savent pas ce que vont donner les années qui viennent…

MANUEL VALLS
Eh bien, à ces Français, vous me parliez des agriculteurs, vous pensez que c'est en sortant de l'Union européenne, de la politique agricole commune, d'ailleurs, les agriculteurs ne le demandent pas, comme le propose le Front national, qu'on règlera le problème. J'ai pris cet exemple hier, dans une des régions qui a connu et qui connaît encore la crise agricole la plus importante, notamment dans la filière du porc, où le cours est tombé à 1,…

JEAN-JACQUES BOURDIN
20, 1,20…

MANUEL VALLS
1,08…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Et même parfois 1,08, mais il était à 1,20 hier…

MANUEL VALLS
1,08, il était à 1,20 hier, il était à 1,40 il y a quelques semaines, grâce à toutes les mesures que nous avons prises, et nous le savons que cette filière doit se restructurer, je veux parler de la Bretagne, dans cette région, qui a connu la crise des bonnets rouges, la crise du monde agricole, parfois la crise industrielle, même si ça va mieux dans le secteur automobile, la crise de la pêche, même si ça va, là aussi, mieux, Jean-Yves LE DRIAN, membre du gouvernement, a fait le score que vous connaissez, et va, je n'en doute pas un seul instant, garder la région Bretagne à gauche dimanche prochain. C'est-à-dire que quand vous avez et de l'autorité et que vous incarnez l'avenir, que vous parlez vrai aux gens, que vous n'êtes jamais dans la démagogie, que vous leur dites la vérité, c'est ce que j'essaie de faire en me trompant sans aucun doute, moi, je n'ai pas la vérité infuse…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Alors, alors, vous avez…

MANUEL VALLS
Alors, à ce moment-là, on redonne confiance aux citoyens, regardez, si le président de la République, le ministre de l'Intérieur, le ministre de la Défense, le chef du gouvernement que je suis, ont la confiance des Français, pour mener cette guerre contre Daesh, contre le terrorisme, c'est parce que nous parlons clair, c'est parce que nous désignons clairement quels sont les ennemis de la France et de la République, donc ce langage de clarté, il s'impose. Et c'est comme ça qu'on va redonner confiance. Et moi, je dis à mes compatriotes : ne tombez pas dans l'arnaque du Front national. Croyez en la France, nous sommes un pays, soyez fiers de ce que nous sommes, et de nous-mêmes, et ainsi, nous retrouverons confiance. Je ne nie en rien les souffrances et les problèmes des Français, ils me le disent tous les jours, je le dis souvent à votre micro, je suis l'élu d'une circonscription populaire, à Evry, et dans l'Essonne. Mais je ne veux pas que mon pays, alors qu'il est attaqué, que nous sommes dans un moment historique face à la menace terroriste, qu'il aille chercher dans l'extrême droite une solution, il n'y a pas de solution, c'est une impasse.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Bien. Merci Manuel VALLS.

MANUEL VALLS
Merci Jean-Jacques BOURDIN.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 9 décembre 2015

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