Interview de Mme Ségolène Royal, ministre de l'écologie, du développement durable et de l'énergie, à iTélé le 15 décembre 2015, sur les leçons des élections régionales, les débats autour de nouvelles façons de faire de la politique et l'accord conclu lors de la conférence de Paris sur le climat. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de Mme Ségolène Royal, ministre de l'écologie, du développement durable et de l'énergie, à iTélé le 15 décembre 2015, sur les leçons des élections régionales, les débats autour de nouvelles façons de faire de la politique et l'accord conclu lors de la conférence de Paris sur le climat.

Personnalité, fonction : ROYAL Ségolène, TOUSSAINT Bruce.

FRANCE. Ministre de l'écologie, du développement durable et de l'énergie;

ti : BRUCE TOUSSAINT
Ségolène ROYAL est donc l'invitée d'I TELE ce matin, bonjour.

SEGOLENE ROYAL
Bonjour.

BRUCE TOUSSAINT
Et merci beaucoup d'être avec nous. Dans un instant vous allez nous raconter cette épopée que vous avez vécue de l'intérieur, la COP21….

SEGOLENE ROYAL
Magnifique épopée.

BRUCE TOUSSAINT
Qui s'est achevée samedi soir, et qui s'est télescopée, d'une certaine façon, avec les élections régionales, ce qui fait qu'on en a un peu moins parlé à partir de dimanche. C'est important pour nous, et pour tout le monde d'ailleurs, d'y revenir ce matin. Mais avant cela j'aimerais avoir votre sentiment sur deux Unes de journaux ce matin, Le Parisien « Politiques, avez-vous entendu les Français ? », et puis celle de Libération, qui est très intéressante aussi, « Veulent-ils vraiment changer ? », « veulent-ils », les politiques. Est-ce que c'est possible aujourd'hui de faire de la politique autrement, Ségolène ROYAL ?

SEGOLENE ROYAL
Moi je pense qu'il y a des fondamentaux dans la politique, ce que je défends d'ailleurs depuis mon premier mandat de 88, la même thématique, c'est la morale de l'action, la politique c'est d'abord de l'action, et la plupart des politiques travaillent beaucoup. Vous savez, ces phénomènes qui consistent, à chaque élection, à remettre en cause, ou à dénigrer les politiques, ou à faire de l'auto-flagellation, moi je ne partage pas du tout cet état d'esprit, d'abord parce que les politiques travaillent beaucoup, pour la plupart, énormément, qu'ils soient élus locaux, qu'ils soient maires, qu'ils soient présidents de région, qu'ils soient ministres, qu'ils soient Premier ministre, qu'ils soient président de la République, les politiques travaillent énormément. Et je pense que ce n'est pas une bonne façon de faire, à nouveau, alors que la politique est déjà décrédibilisée, que ce soit les politiques eux-mêmes qui viennent sur les plateaux de télévision pour à nouveau dénigrer les mandats politiques.

BRUCE TOUSSAINT
Oui, mais si on regarde au cours des 10 dernières années, qui a voulu proposer de nouvelles façons de faire de la politique, qui a voulu associer le peuple en faisant de la démocratie participative, qui a mis les pieds dans le plat, qui s'est mis à dos la plupart des gens de son parti, s'est heurté à des résistances incroyables ?

SEGOLENE ROYAL
Oui, c'est vrai.

BRUCE TOUSSAINT
Quelqu'un que j'ai en face de moi ce matin.

SEGOLENE ROYAL
Oui, c'est vrai.

BRUCE TOUSSAINT
Et vous êtes bien placée pour savoir que ce n'est pas facile.

SEGOLENE ROYAL
Oui, c'est vrai, et d'ailleurs les sujets que j'ai soulevés restent d'actualité, c'est-à-dire que, ce que l'on voit dans ce scrutin c'est que les Français ont une grande maturité politique et qu'ils veulent être davantage associés aux décisions qui les concernent. Ils veulent comprendre aussi le sens de chemins que prend le pays, ils veulent participer, à la construction de ce pays, aux choix fondamentaux qui sont faits, ils veulent comprendre aussi ce que c'est que l'identité nationale, à un moment où elle est bousculée par la mondialisation et par de multiples problèmes.

BRUCE TOUSSAINT
L'identité nationale, vous reprenez ce terme ?

SEGOLENE ROYAL
Bien sûr, mais je l'ai toujours pris, y compris depuis 20 ans, d'ailleurs c'est heureux que ça revienne sur le devant la scène, parce qu'il faut penser, bien penser ensemble. Chaque époque apporte des problèmes nouveaux, donc la question ce n'est pas de remettre en cause éternellement les politiques et de s'auto-flageller, c'est de repenser chaque époque telle que nous la vivons, qui n'est jamais identique à celle du passé, qui n'est pas non plus celle du futur, elle est dans l'instant présent. Et donc il faut reposer les fondamentaux de ce que nous vivons aujourd'hui et se poser deux questions majeures : quelle est la continuité, quelles sont les valeurs qui font la continuité de la France, d'une part, celles auxquelles on reste profondément attaché, et qu'est-ce qu'il faut changer pour tenir compte des problèmes nouveaux et pour tenir compte de la démocratie participative, qui reste plus que jamais d'actualité, parce que c'est là, je pense, où il y a un grand vide.

BRUCE TOUSSAINT
Vous ne croyez pas qu'il faut faire sauter des verrous aussi ? Jean-Pierre RAFFARIN, qui n'est pourtant pas dans votre camp, a dit hier matin « je voudrais travailler avec le gouvernement. » Qu'est-ce que ça vous inspire qu'un ancien Premier ministre de droite dise une chose pareille ?

SEGOLENE ROYAL
C'est nouveau, en tout cas, de sa part, je l'ai entendu dire des propos beaucoup plus sectaires.

BRUCE TOUSSAINT
Il a dit ça hier matin.

SEGOLENE ROYAL
Mais pourquoi pas.

BRUCE TOUSSAINT
L'idée d'une coalition, comme ça existe parfois en Allemagne, beaucoup même, souvent, en Allemagne, où droite et gauche travaillent ensemble, dans un même objectif, ça vous parle ou pas ?

SEGOLENE ROYAL
Il faut trouver les sujets. Je pense qu'une démocratie a besoin de respiration et aussi d'opposition, parce que c'est stimulant l'opposition, d'une part, et d'autre part elle a besoin, en effet, de convergence, de majorité d'idée. Mais tenez, moi je l'ai trouvée cette majorité d'idée sur la transition énergétique. Je me suis félicitée de voir la qualité du travail au Sénat avec l'opposition, à l'Assemblée avec l'opposition. J'ai co-construit, avec l'opposition, et bien sûr avec la majorité, ce nouveau modèle énergétique français, qui nous a d'ailleurs beaucoup servi pour être en position de force pour accueillir la COP21, la France ayant été exemplaire, ayant su faire adopter par le Parlement dans son ensemble, droite et gauche, une nouvelle loi sur la transition énergétique qui a servi de référence, non seulement à l'Europe, mais aussi, par exemple, pendant la COP21, puisque la France a pu lancer, avec le chef de l'Etat, la coalition du prix du carbone, parce que nous l'avions voté dans la loi de transition énergétique. Et là-dessus nous pouvons continuer. Sur la COP21, par exemple, nous pouvons parfaitement travailler avec les responsables de l'opposition, et donc avec Jean-Pierre RAFFARIN s'il le souhaite.

BRUCE TOUSSAINT
Est-ce qu'il y a un problème d'attitude aussi ? Par exemple, sur le cumul. On a vu par exemple Xavier BERTRAND, est-ce que vous saluez son geste ? Xavier BERTRAND a annoncé hier soir qu'il quittait sa mairie et l'Assemblée nationale pour se consacrer à son mandat de président de région. Vous avez connu ça vous aussi.

SEGOLENE ROYAL
Oui, je l'ai fait il y a 10 ans, voyez, c'est bien que certains écoutent l'élémentaire morale de la vie politique.

BRUCE TOUSSAINT
Oui, mais aujourd'hui ça a l'air exceptionnel quand c'est annoncé par un responsable comme Xavier BERTRAND.

SEGOLENE ROYAL
C'est dommage. Moi je me le suis appliqué il y a 10 ans, ça m'a d'ailleurs coûté cher ensuite parce que, on connaît la suite de l'histoire, mais je pense que c'est indispensable. En plus les régions sont devenues beaucoup plus grandes, c'est un travail à plein temps, et je suis bien placée pour le savoir pour avoir dirigé une région…

BRUCE TOUSSAINT
Poitou-Charentes.

SEGOLENE ROYAL
Pendant 10 ans. C'est d'ailleurs un mandat magnifique, où on peut faire énormément de choses, où j'ai fait, par exemple, un laboratoire de l'excellence environnementale qui va donner aussi l'efficacité et l'expérience pour ensuite généraliser au niveau national des réalisations locales. Souvent, d'ailleurs, les territoires sont en avance sur un certain nombre de règles nationales, donc on a besoin de territoires dynamiques, en articulation avec justement des grands principes nationaux, mais c'est la moindre des choses de ne pas cumuler les mandats, en plus il y a une loi sur le non-cumul.

BRUCE TOUSSAINT
C'est quand même dommage…

SEGOLENE ROYAL
Qui n'est applicable qu'en 2017, c'est bien dommage.

BRUCE TOUSSAINT
Et donc c'est dommage que les Bretons n'aient pas un président de région à plein temps.

SEGOLENE ROYAL
Ça c'est particulier, parce qu'on est aussi dans un contexte difficile…

BRUCE TOUSSAINT
Il va falloir expliquer ça aux Bretons.

SEGOLENE ROYAL
Difficile, et le ministre de la Défense est à son poste, dans un moment difficile, donc ça je crois que ça va se discuter avec le président de la République, qui est le chef des armées comme vous le savez.

BRUCE TOUSSAINT
La COP21, est-ce que vous pouvez nous raconter ce qui s'est passé au cours des 24 dernières heures. On a eu un sentiment, parce que peu de choses filtraient au fond, que ça n'a pas été simple, que ça a même été extrêmement compliqué. Est-ce que vous pouvez nous dire si cet accord a bien failli ne pas être signé ?

SEGOLENE ROYAL
Je ne crois pas. Je pense que dès lors que les chefs d'Etat et - ce qui ne veut pas dire que c'était facile ! – mais dès lors que les chefs d'Etat et de gouvernement, de toute la planète, étaient présents à Paris, et ont clairement dit leur volonté, notamment les pays les plus pollueurs – parce que, ce qui est extraordinaire, historiquement extraordinaire dans cet accord, c'est qu'autour d'un même texte se retrouvent les pays les plus pollueurs, qui ont quand même des comptes à rendre et dont on attend des actions opérationnelles, comme les Etats-Unis d'Amérique, la Chine, l'Inde, et puis ensuite c'est l'Europe, qu'on attend donc de ces pays les plus pollueurs des actions très importantes, et notamment en direction des pays émergents, des pays les plus vulnérables. Et donc je pense que dès le départ, sous le leadership d'ailleurs du président de la République, qui a voulu quand même ce sommet climat, et le travail d'1 an, parce que c'est 1 an de travail, bien plus d'ailleurs, c'est plusieurs années, puisque COP21 ça veut dire qu'il y a 21 ans qu'il y a des sommets climat, donc il était temps quand même que ce soit conclu. Mais depuis Lima l'année dernière il y a eu quand même 1 an de travail, et puis, en effet, comme toujours, comme quand on fait une loi, c'est au dernier moment que les choses se finalisent…

BRUCE TOUSSAINT
Oui, parce que ça a été un peu retardé, ça devait être signé vendredi, puis finalement samedi matin, puis finalement samedi soir.

SEGOLENE ROYAL
Oui, mais vous savez, je vais vous dire quelque chose. Qu'est-ce que c'est que 2 jours à l'échelle du temps et à l'échelle de la fin du siècle ?

BRUCE TOUSSAINT
Vous avez raison.

SEGOLENE ROYAL
Nous travaillons quand même pour la fin du siècle ; alors tout de suite, mais pour la fin du siècle aussi.

BRUCE TOUSSAINT
Quelle est la réalité de cet accord ? Nicolas HULOT a dit « tout ça n'est pas le début de la fin, c'est la fin du début. » Vous êtes d'accord avec ça ?

SEGOLENE ROYAL
C'est la fin du début, c'est vrai, au sens où tout reste à construire, c'est-à-dire il reste à appliquer cet accord. Et cet accord il a commencé d'ailleurs a être appliqué, puisque ce qu'on a peut-être moins vu c'est que pendant la COP21 il y a eu autre chose de très important, qui s'est passé indépendamment de l'accord, ce sont les coalitions d'actions. Les entreprises du monde entier qui étaient là, 2000 entreprises, 2000 plus grosses entreprises du monde entier, qui se sont engagées à investir dans les technologies de la lutte contre le réchauffement climatique, par exemple, les fonds financiers qui se sont engagés à verdir leurs investissements, donc ça c'est quand même très important parce qu'on a besoin de financer le développement des énergies vertes. Il y a eu les coalitions de collectivités territoriales, la réunion des 1000 maires, il y a eu des coalitions autour de la géothermie, autour des énergies renouvelables, autour de la forêt, autour de l'océan, autour du bâtiment, une coalition du bâtiment sur les nouvelles technologies du bâtiment, des transports propres, avec des appels à projets mondiaux. Donc, il y a eu un travail considérable, et, finalement, qui est en avance sur l'accord. Et en même temps l'accord était indispensable pour être sûr qu'il n'y aurait pas de retour en arrière, et les entreprises – j'ai participé, moi, à toutes ces réunions et toutes ces coalitions, et ce qui m'a le plus marquée c'est l'accélération de la prise de conscience des entreprises, et dès lors qu'il y a un basculement des milieux économiques je pense que le défi va être relevé.

BRUCE TOUSSAINT
C'est ma question suivante, parce que les Français, tous ceux qui nous regardent, ont vu ce volontarisme, le vôtre, celui de Laurent FABIUS, de François HOLLANDE, de tous les pays qui ont participé à cette COP21, mais tout ça est encore un peu abstrait. A quel moment, à partir de quand on va pouvoir comprendre, évaluer l'impact de ce qui s'est passé ce week-end au Bourget ? C'est quoi, c'est dans 1 an, c'est dans 2 ans, à quel moment ça va devenir concret, palpable ?

SEGOLENE ROYAL
Il faut que ce soit en cours d'année, c'est cette année. C'est-à-dire que les engagements…

BRUCE TOUSSAINT
Et comment ?

SEGOLENE ROYAL
C'est très simple.

BRUCE TOUSSAINT
Qu'est-ce qui va changer dans notre vie ?

SEGOLENE ROYAL
Qu'est-ce qui va changer dans la vie ? C'est la création d'emplois dans les filières du développement des énergies renouvelables, du bâtiment performant énergétiquement, du traitement des déchets, des déchets transformés en biogaz, donc tous ces secteurs, et notamment, bien évidemment, le secteur qui est le plus créateur d'emplois, celui des énergies renouvelables, et la diminution du retour au charbon et au pétrole, c'est ça qui est important. Et la mesure de la diminution du réchauffement climatique. Donc, ça doit se traduire très rapidement dans un investissement ultra rapide, par exemple en France on a les Territoires à énergie positive qui montent très rapidement en puissance. Moi je vois partout les maires qui investissent sur l'isolation de leur mairie, sur le transport propre, sur l'éclairage public, sur les économies d'énergie, et tout ça crée de l'emploi dans les filières, chez les artisans du bâtiment, dans les filières du bâtiment. Il faut former aux nouveaux métiers de la croissance verte, il faut former des gens qui savent installer les panneaux photovoltaïques, les éoliennes, la géothermie, la route à énergie positive. Et en plus il y a un champ d'innovations, d'inventions, de services nouveaux, les compteurs intelligents, par exemple, qui vont permettre de créer des activités, des emplois, et donc de donner un nouveau souffle à la croissance verte dans les pays développés, et de sortir de la pauvreté les pays pauvre. Il est là le défi, il est là le pari extraordinaire, c'est que, à partir des mêmes choix de développement économique, liés à la croissance verte, on peut sortir de la pauvreté les pays pauvres, je pense notamment aux initiatives qui ont été prises pour l'électrification de l'Afrique à partir de l'énergie solaire. Et si on réussit extraordinaire, ce défi humanitaire extraordinaire, d'apporter de l'énergie à tous les citoyens d'Afrique, on limitera aussi considérablement l'immigration, parce que les gens pourront rester dans leur village, développer des activités, créer de l'emploi, donner du travail aux jeunes. On a dit aussi que la COP21 était le plus grand sommet de la paix jamais réuni, et ça c'est très vrai.

BRUCE TOUSSAINT
Est-ce que votre mission est finie, maintenant que vous avez réussi ça ?

SEGOLENE ROYAL
Sûrement pas, parce qu'il faut accélérer, c'est-à-dire la France va accélérer l'application de la loi de transition énergétique, ensuite il y a la loi fin janvier sur la biodiversité, puisqu'il y a un lien très étroit – vous savez que le réchauffement climatique il y a aussi une disparition des forêts, disparition des océans, une destruction des espèces animales et végétales, et des problèmes de santé publique très graves…

BRUCE TOUSSAINT
Ça c'est sur les rails.

SEGOLENE ROYAL
Ça c'est sur les rails également.

BRUCE TOUSSAINT
Mais votre travail, d'une certaine façon, vous pouvez avoir le sentiment du devoir accompli et vous dire je peux me consacrer à d'autres choses.

SEGOLENE ROYAL
Au contraire, puisqu'il faut maintenant appliquer cet accord, et surveiller l'appli… puisque la France va garder la présidence de la COP pendant 1 an, donc nous sommes responsables de ce qui va se passer dans l'application de l'accord et surtout dans l'application des engagements concrets, dont je parlais à l'instant, pour qu'ils soient vraiment réalisés avant la fin de cette année.

BRUCE TOUSSAINT
Ce matin Cécile DUFLOT accorde une interview au Monde et elle dit « il faut inscrire la lutte contre le dérèglement climatique dans la Constitution. » Qu'est-ce que vous pensez de cette idée ?

SEGOLENE ROYAL
Je pense que c'est déjà inscrit, c'est déjà fait, il y a déjà le principe, le droit d'accès à un environnement préservé qui est inscrit dans la Constitution, donc je pense que ce qui est important ce sont les actions opérationnelles. Vous savez, ce qui est plus important c'est ce qui va se passer dans toutes les communes de France, dans toutes les entreprises de France, pour qu'elles économisent l'énergie, que de relancer des choses un peu grandiloquentes sur la réforme de la Constitution. On a besoin d'actions, d'actions opérationnelles, tout le monde est prêt à avancer, il faut vraiment galvaniser ces énergies, de ce qu'on appelle la société civile, les citoyens aussi ont leur mot à dire, les associations ont des choses à faire, et donc toute cette vitalité, cette énergie de nos sociétés, c'est ça qu'il faut mettre en mouvement parce que c'est un défi magnifique. On peut à la fois être citoyen, de son village, de son pays, et en même temps être citoyen du monde, et donc c'est merveilleux à porter.

BRUCE TOUSSAINT
Elle dit aussi Cécile DUFLOT, « Je tends la main à François HOLLANDE pour bâtir une coalition de transformation », ça me permet de faire une transition vers la question suivante qui concerne finalement le prochain grand défi pour la majorité, pour François HOLLANDE, pour le gouvernement, ça va être évidemment la présidentielle de 2017. Qu'est-ce que vous répondez à Cécile DUFLOT sur cette coalition de transformation, c'est nouveau, elle tend la main à François HOLLANDE ? Est-ce que les écologistes doivent être avec vous ?

SEGOLENE ROYAL
Je ne savais pas que la main avait été non tendue.

BRUCE TOUSSAINT
Elle était quand même partie avec fracas.

SEGOLENE ROYAL
Oui, tant mieux, il faut toujours mieux de toute façon des rassemblements et des convergences. On l'a vu d'ailleurs à ces élections régionales, il vaut mieux être uni au premier tour que de divisé, ça c'est évident.

BRUCE TOUSSAINT
Vous souhaitez qu'il soit candidat en 2017, François HOLLANDE ?

SEGOLENE ROYAL
Ce que je pense surtout c'est que les citoyens ont horreur qu'on anticipe les échéances suivantes, que l'opposition le fasse, ça me parait logique, mais quand on est aux responsabilités, on s'occupe d'obtenir des résultats ici et maintenant, et tout de suite par rapport aux attentes. Et on attend ensuite les échéances telles qu'elles se situent. Vous savez il peut se passer beaucoup de choses en plus d'un an.

BRUCE TOUSSAINT
Alors j'ai une dernière question à vous poser, 6 800 000 personnes ont voté pour le Front national dimanche soir.

SEGOLENE ROYAL
Oui.

BRUCE TOUSSAINT
Ce sont des gens que la gauche en grande partie a perdu. Comment les récupérer, est-ce que c'est possible, est-ce que quelqu'un doit travailler spécifiquement sur cette question ? Et est-ce que ça ne peut pas être vous ?

SEGOLENE ROYAL
Vous savez moi, la politique c'est toujours du travail collectif, mais il faut bien sûr travailler sur cette question. Bien sûr qu'il faut travailler sur cette question, il faudrait savoir… il y a un vote d'adhésion, mais il y a une grande partie des citoyens qui ont voulu faire un vote protestataire par ce geste, donc il faut vraiment se poser la question parce qu'en même temps, il y a eu un sursaut citoyen au second tour, peut-être qu'un jour il n'y aura pas le sursaut citoyen au second tour. Donc c'est un avertissement fort qu'il faut entendre et je pense qu'une des réponses, c'est revivifier la démocratie, c'est de savoir pourquoi des citoyens se sentent si éloignés finalement de ce qui se passe dans leur pays, pour vouloir voter quelque chose qui est dangereux finalement pour leur propre pays et donc essayer d'aller chercher les raisons pour lesquelles… il y a beaucoup de problèmes liés à la perte d'identité, il y a beaucoup de votes dans les banlieues où les gens se sentent isolés, ni dans les villes, ni dans les campagnes. Il y a un délitement aussi du lien social de proximité, il y a des difficultés bien évidemment liées à la question du chômage mais, pas seulement.

BRUCE TOUSSAINT
Merci beaucoup Ségolène ROYAL, merci d'avoir été notre invitée ce matin sur I TELE.

SEGOLENE ROYAL
Merci à vous.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 16 décembre 2015

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