Interview de M. Jean-Marie Le Guen, secrétaire d'Etat aux relations avec le Parlement, à Europe 1 le 18 décembre 2015, sur le projet de révision constitutionnelle incluant l'état d'urgence et la déchéance de nationalité, la poursuite de la politique de réforme en 2016 et le dialogue entre la majorité et l'opposition. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Jean-Marie Le Guen, secrétaire d'Etat aux relations avec le Parlement, à Europe 1 le 18 décembre 2015, sur le projet de révision constitutionnelle incluant l'état d'urgence et la déchéance de nationalité, la poursuite de la politique de réforme en 2016 et le dialogue entre la majorité et l'opposition.

Personnalité, fonction : LE GUEN Jean-Marie, ELKABBACH Jean-Pierre.

FRANCE. Secrétaire d'Etat aux relations avec le Parlement;

ti : THOMAS SOTTO
L'interview politique d'Europe 1, Jean-Pierre ELKABBACH vous recevez ce matin le Secrétaire d'Etat aux relations avec le Parlement, Jean-Marie LE GUEN. Messieurs, c'est à vous.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Bienvenu Jean-Marie LE GUEN, bonjour.

JEAN-MARIE LE GUEN
Bonjour Jean-Pierre ELKABBACH.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Demain, vous continuez à travailler. Vous participerez au séminaire de travail du gouvernement organisé à l'Elysée et le président de la République veut, d'après ce que je lis, cadencer l'action de l'exécutif en 2016. « Cadencer », ça veut dire que vous voulez rester dans l'urgence ?

JEAN-MARIE LE GUEN
On veut être dans la profondeur de l'action et, effectivement, il y a un rythme et il y a la nécessité d'accélérer un certain nombre de réformes – on en a conscience – de soutenir aussi l'économie qui a été un petit peu évidemment ébranlée ce qui s'est passé.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Ce que vient de dire l'Insee, on y reviendra. Donc, il faut moduler les rythmes, accélérer sur l'emploi. On va le voir tout à l'heure.

JEAN-MARIE LE GUEN
On va le clarifier. Il faut sans doute parler mieux aussi aux Français pour leur expliquer la direction où nous allons.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Clarifier dans vos têtes d'abord.

JEAN-MARIE LE GUEN
Bien sûr, oui, oui. Bien sûr. Il y a évidemment à travailler pour rendre tout ça plus cohérent, plus fluide, plus percutant bien sûr, comme dans toute action humaine.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Sur l'emploi, on le verra tout à l'heure, et ralentir le rythme sur ce qui avait été lancé, par exemple dans l'urgence dans la révision de la constitution, la déchéance de nationalité pour les binationaux nés Français. Le Conseil d'Etat vous donne un avis favorable mais il juge que cette mesure est de portée limitée. Est-ce que vous allez y renoncer ?

JEAN-MARIE LE GUEN
Ecoutez, il y a un débat. Le Conseil des ministres tranchera mercredi prochain mais à l'évidence, il y a un débat dans la société. Certains ont une conception de la République qui, à l'image un petit peu de ce que proposait ROUSSEAU et de ce que disait la Révolution française, on est où on n'est pas digne d'être dans la République et puis d'autres disent : « Oui, mais il y a une nationalité qui est acquise et ça, on ne peut pas le remettre en cause ».

JEAN-PIERRE ELKABBACH
A votre avis, vous allez trancher dans quelle direction ?

JEAN-MARIE LE GUEN
J'ai l'impression quand même qu'il y a aujourd'hui de moins en moins de gens qui pensent qu'il est absolument fondamental d'inscrire dans la constitution la perte de nationalité qui existe déjà dans la loi par ailleurs.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Mais alors pourquoi l'avoir lancé ? Pourquoi nous avoir dit au congrès de Versailles que vous alliez le lancer ?

JEAN-MARIE LE GUEN
Parce qu'il y avait une distinction juridique, c'est les binationaux, à condition soit qu'il ait acquis la nationalité française, soit qu'il l'ait eue dès le départ, dès la naissance en quelque sorte. Voilà la nuance juridique.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Et le Conseil d'Etat dit : « Elle ne dissuaderait pas les jihadistes décidés à commettre des attentats ».

JEAN-MARIE LE GUEN
On peut le penser.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Le Conseil d'Etat est contre aussi la prolongation des mesures d'exception après la fin de l'état d'urgence. Comment vous allez en sortir et quand ? Si vous avez la réponse.

JEAN-MARIE LE GUEN
Tout le travail que nous voulons faire autour de la réforme constitutionnelle, c'est d'une part sécuriser cette loi de 1955 mais aussi la modifier. On l'a déjà modifiée dans la prorogation en donnant plus de garanties en droit, un meilleur contrôle parlementaire et puis aussi des recours qui sont facilités. Mais la loi de 1955, c'est une loi qui traitait les cas aigus et qui ne s'occupait pas de la convalescence. Ce que nous voulons faire dans la réforme de loi de 1955, appuyée par cette réforme constitutionnelle, ça sera permettre la convalescence, comme on dit aussi sortir en douceur de l'état d'urgence, savoir monter le niveau de protection au maximum quand c'est nécessaire, mais aussi abandonner les traitements d'urgence pour aller dans le traitement.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Pas d'un coup.

JEAN-MARIE LE GUEN
Pas d'un coup parce que ça ne correspond pas à la menacé à laquelle nous sommes toujours confrontés, faut-il le rappeler.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Vous confirmez, Jean-Marie LE GUEN, que vous renforcez en ce moment la sécurité pendant les fêtes de Noël ?

JEAN-MARIE LE GUEN
Evidemment.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
L'urgence c'est donc l'emploi et cette fois, le tandem HOLLANDE-VALLS veut associer les centristes. Les centristes style RAFFARIN qu'on a entendu ici sur Europe 1, peut-être qu'il veut de la droite pour aboutir à une réforme d'envergure.

JEAN-MARIE LE GUEN
Pas seulement les centristes, Jean-Pierre ELKABBACH. Nous souhaitons associer toutes les formations politiques représentées à l'Assemblée nationale dont nous voulons entendre l'ensemble des propositions. Nous voulons aussi accepter les élus locaux notamment issus des scrutins de dimanche dernier les élus régionaux, et donc de ce point de vue, nous ne ciblons pas telle ou telle sensibilité politique au sein de l'opposition. Nous nous adressons à tous mais il est vrai que certains sont plus sectaires que d'autres.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Oui. Vous pensez à qui ?

JEAN-MARIE LE GUEN
Je pense qu'il y a des gens, voir un certain nombre de déclarations, qui vont dans le sens d'un apaisement du débat politique, d'un travail au fond des choses, qui ont tiré un message. C'est aussi bien Xavier BERTRAND, que Jean-Pierre RAFFARIN, que Christian ESTROSI, que plein d'autres aujourd'hui qui s'expriment pour dire : « Il faut qu'il y ait un dialogue et si possible des convergences », et puis il y a ceux qui sont toujours dans le jeu politicien, les amis des Républicains, le canal officiel en quelque sorte.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
C'est-à-dire que ce matin, vous dites qu'il n'y a pas seulement les centristes qui pourraient participer à cette réunion, cette commission, mais aussi Les Républicains de Nicolas SARKOZY, et aussi les centristes de LAGARDE. Très bien.

JEAN-MARIE LE GUEN
Pas seulement. Nous discuterons avec tous ceux qui sont de bonne foi pour faire avancer la cause de la lutte pour l'emploi, pour la formation professionnelle.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Ces mesures, vous avez réfléchi au calendrier. Les décisions, elles seront prises quand ? Dans cinquante, soixante jours, c'est-à-dire vers la fin janvier, début février ?

JEAN-MARIE LE GUEN
Oui, raisonnablement je pense que votre calendrier est juste, oui.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Oui mais pour aller vite, ça veut dire qu'elles vont passer devant le Parlement ou on n'a pas besoin du Parlement ?

JEAN-MARIE LE GUEN
Certaines mesures nécessiteront des modifications législatives et passeront devant le gouvernement. On imagine qu'il y a d'autres décisions qui peuvent être d'ordre budgétaire : ici un décret, là tout simplement aussi une meilleure concertation, une impulsion des politiques publiques. Bref, il y a une gamme d'actions possibles.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Objectif, aller vite. Jean-Christophe CAMBADELIS, numéro un du PS, lui il invite les centristes, je le cite, « à se détacher de la droite pour participer au bloc républicain et le PS en serait le centre de gravité ». Mais qui va accepter l'hégémonie du Parti socialiste surtout qu'il est en morceaux ? Est-ce que là, il ne démasque pas votre stratégie ?

JEAN-MARIE LE GUEN
Non, il n'est pas question d'hégémonie. Evidemment il est dans son rôle, il est le patron du PS. Il ne va quand même pas dire que le PS ne doit pas être écouté, c'est son rôle.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Il propose l'alliance populaire. On se croirait à Cuba chez les frères CASTRO.

JEAN-MARIE LE GUEN
Ecoutez, quand on dit « Les populaires », c'étaient les jeunes populaires. Vous ne diriez pas que monsieur SARKOZY ressemblait à monsieur CASTRO.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Qu'est-ce que vous voulez que ça me fasse ?

JEAN-MARIE LE GUEN
Rien du tout.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Pour la première fois les nationalistes, je parle de la Corse, les nationalistes et les indépendantistes président la région, Gilles SIMEONI, et l'Assemblée, Jean-Guy TALAMONI qui a prononcé hier son discours en corse, avec des revendications exigeantes. D'abord, est-ce que c'est toujours la France là, pour le moment ?

JEAN-MARIE LE GUEN
Ecoutez, oui c'est la France, et je précise même que c'est la République. Maintenant, il y a eu effectivement des gens qui ont été élus, qui n'ont pas une majorité absolue. J'entends dire qu'il y avait désormais le peuple corse.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Le peuple corse. « Nous obtiendrons l'amnistie des prisonniers et des recherchés, et personne ne pourra s'opposer à cette volonté populaire » dit monsieur TALAMONI.

JEAN-MARIE LE GUEN
Oui mais là, d'abord je répète qu'ils sont restés minoritaires même s'ils sont aujourd'hui, par le biais des modes de scrutin, dominants à l'intérieur de ce conseil régional. Deuxièmement, la République n'a pas l'intention de baisser les bras sur les droits et la loi sera la même pour tous, y compris en Corse.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
C'est-à-dire ? C'est-à-dire ? Je vous dis, l'Etat français est-ce qu'il va accorder de nouvelles prérogatives à cette Corse issue du 13 décembre ?

JEAN-MARIE LE GUEN
L'Etat français a l'intention de faire pratiquer les lois de la République sur l'ensemble du territoire national, y compris la Corse. C'est tout à fait clair et je pense que ce type de déclaration ne peut que renforcer notre détermination.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Je sais que vous aimez, que vous fréquentez la Corse mais vous dites qu'il ne faut ni narguer, ni provoquer l'Etat français.

JEAN-MARIE LE GUEN
Mais je crois que tous les Français aiment beaucoup la Corse et les Corses, mais ils n'ont pas l'intention de renoncer à l'Etat de droit en Corse pour faire plaisir à certains.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Merci d'être venu, merci Jean-Marie LE GUEN. Je voulais dire que moi aussi, maintenant que l'interview est terminée, j'ai mon pull de Noël. Ça va ?

JEAN-MARIE LE GUEN
Bravo ! C'est le plus beau, c'est le plus beau de la station.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
N'exagérez pas.

JEAN-MARIE LE GUEN
Pas du tout, pas du tout. Je suis très jaloux, d'ailleurs.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
L'habit ne fait pas le moine.

THOMAS SOTTO
Vous savez ce que vous faites, Jean-Marie LE GUEN ? Vous faites comme nos auditeurs : vous allez vous acheter un pull de Noël et vous le twittez avec le hashtag #e1PullDeNoel.

JEAN-MARIE LE GUEN
Très bien, bravo.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 21 décembre 2015

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