Déclaration de M. Harlem Désir, secrétaire d'Etat aux affaires européennes, sur la question des réfugiés et sur la construction européenne, à Berlin le 4 novembre 2015. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de M. Harlem Désir, secrétaire d'Etat aux affaires européennes, sur la question des réfugiés et sur la construction européenne, à Berlin le 4 novembre 2015.

Personnalité, fonction : DESIR Harlem.

FRANCE. Secrétaire d’Etat aux Affaires européennes

Circonstances : Audition conjointe avec son homologue allemand devant la Commission des affaires européennes du Bundestag, à Berlin (Allemagne) le 4 novembre 2015

ti :
Monsieur le Ministre, Cher Michael,
Monsieur le Président, Cher Gunther Krichbaum,
Mesdames, Messieurs les Députés,


Ich danke Ihnen herzlich für Ihre Einladung. Es ist mir eine Ehre und eine Freude, an dieser Anhörung teilzunehmen. (Je vous remercie de votre invitation. C'est un plaisir pour moi de participer à cette audition).

C'est la troisième fois en un an que Michael Roth et moi-même présentons ensemble nos visions de l'Europe devant une commission parlementaire à Berlin ou à Paris, la deuxième fois devant vous, et nous nous exprimerons à nouveau devant l'Assemblée nationale le 9 décembre.

Il est très important que nos deux gouvernements puissent rendre compte devant les représentations nationales de nos deux pays des politiques menées par la France et l'Allemagne à l'échelle de l'Europe.

Cette démarche constitue une nouvelle pratique que nous voulons régulière et qui est une nouvelle étape de la coopération entre nos deux pays, au moment où nous devons faire face à des crises majeures, pour lesquelles nous sommes convaincus qu'il n'y a de réponse qu'européenne.

En un an, l'Europe a été confrontée à une succession de crises de nature différente, mais qui ont toutes mis à l'épreuve l'unité européenne et le projet européen.

À chaque fois, que ce soit face à la crise ukrainienne, à la crise grecque, ou à la crise des réfugiés, la France et l'Allemagne ont élaboré et proposé une approche commune qui a permis de faire émerger des solutions européennes.

C'est aussi la démarche que nous avons entreprise sur l'avenir de l'Union économique et monétaire, en présentant une contribution commune à la préparation du rapport des cinq présidents.

Sur le climat, je veux souligner l'appui très fort de la présidence allemande du G7 à la présidence française de la COP21 pour préparer les conditions d'un accord lors de la Conférence de Paris.


I - Mais la crise la plus urgente à laquelle nous devons faire face aujourd'hui, c'est celle des réfugiés.

C'est une crise européenne. Et la responsabilité de l'Europe et de l'ensemble des États membres, c'est de construire une réponse solidaire à ce nouveau défi.

La solidarité doit être notre premier principe car elle est le ciment du projet européen. Et le projet européen ne sortirait pas indemne si la solidarité n'était pas au rendez-vous.

La solidarité, c'est aussi celle qui s'est exprimée au plus profond de la société en Allemagne, qui est le pays qui accueille le plus grand nombre de réfugiés. Et je veux vous dire mon admiration pour l'élan de solidarité et la mobilisation dont les citoyens, les associations, les collectivités locales, les Länder et les institutions fédérales font preuve aujourd'hui en Allemagne pour organiser l'accueil des réfugiés.

Mais c'est aussi la crédibilité de l'Europe qui est en jeu.

Crédibilité au regard des valeurs, car l'asile est un principe qui nous engage tous.

Crédibilité au regard de notre capacité à assurer le contrôle de nos frontières extérieures communes aussi, car si nous ne le faisons pas, c'est le retour aux frontières nationales qui l'emportera et c'est Schengen qui volera en éclat.

C'est pourquoi l'urgence est de mettre en oeuvre complètement, rapidement, résolument l'ensemble des décisions qui sont prises lors des Conseils européens et des Conseils justice et affaires intérieures de septembre et d'octobre : l'enregistrement dans les pays de première arrivée des réfugiés et la distinction entre ceux qui relèvent de la protection internationale et ceux qui n'en relèvent pas dans les hotspots ; la répartition solidaire des réfugiés entre les 28 États membres ; le renforcement de Frontex et de l'EASO ; la lutte contre les trafiquants d'êtres humains ; le retour de ceux qui ne peuvent bénéficier d'une protection dans le cadre d'accords de réadmission ; la coopération avec les pays tiers d'origine ou de transit ; la négociation et la mise en oeuvre du plan d'action avec la Turquie.

À chaque étape de cette crise, la France et l'Allemagne ont défendu ensemble, au Conseil européen et au Conseil justice et affaires intérieures, cette approche globale et cohérente, ainsi que la mise en oeuvre rapide et concomitante de tous les éléments de cette politique.

C'est essentiel car la soutenabilité de notre système d'asile en dépend. Et il nous faut aller vers un véritable système européen d'asile, avec notamment une liste commune des pays d'origine sûrs, la mise en oeuvre d'un meilleur contrôle de nos frontières extérieures et une coopération renforcée avec les pays de transit et d'origine.

L'addition de 28 réponses nationales ne conduirait qu'à l'inefficacité, à la fragmentation de l'Europe et au triomphe des populismes.

C'est pourquoi, dès le 3 septembre, le président de la République et la chancelière ont adressé une lettre commune aux présidents du Conseil européen et de la Commission pour promouvoir cette réponse européenne.

C'est aussi avec cette volonté qu'Angela Merkel et François Hollande se sont rendus ensemble devant le Parlement européen le 7 octobre.


II - La mise en oeuvre complète et crédible de ces décisions demandera beaucoup d'efforts et beaucoup de moyens.

Pour intégrer les réfugiés : assurer le logement, la scolarisation, l'apprentissage de la langue, une formation, un travail.

Pour sécuriser nos frontières extérieures, avec le renforcement des moyens et du mandat de Frontex - c'est ce dont nous discutons en ce moment avec la Commission européenne - et pour aller vers un système de garde-frontières européens, car la sécurisation des frontières extérieures n'est pas seulement la tâche des pays de première arrivée.

Pour conclure le plan d'action avec la Turquie, qui doit être soutenue dans l'accueil des réfugiés sur son territoire, respectée comme un acteur régional majeur et aidée dans la lutte contre les filières d'immigration irrégulière qu'elle doit effectivement combattre.

Efforts et moyens aussi pour réussir le sommet de La Valette et faire de l'Afrique une chance et non un risque. Si nous ne faisons rien pour aider l'Afrique, nous connaîtrons de nouveaux flux provoqués par le sous-développement, les États faillis et les crises, alors qu'une part de notre croissance future se jouera dans ce continent. Cela est d'autant plus important que des liens historiques et culturels profonds existent entre l'Afrique et l'Europe.

Nous devons également travailler, comme nous le faisons en ce moment à Vienne, avec tous les pays concernés et les Nations unies à une résolution politique du conflit en Syrie et donc à une transition crédible.


III - Cette crise des réfugiés nous place finalement aussi face à un choix : celui d'une plus grande coopération et d'une plus grande intégration ou le risque d'une dislocation du projet européen.

L'Europe doit franchir de nouvelles étapes de son intégration pour répondre aux défis auxquels elle est confrontée et maintenir son unité.

La construction européenne est une grande conquête de l'histoire du continent. Mais souvent nous n'avons fait les choses qu'à moitié.

Nous avons fait l'Union monétaire sans achever l'Union économique. Et Jacques Delors avait dès l'origine souligné que cela soulèverait des difficultés.

Nous avons créé le marché intérieur sans harmonisation fiscale et sociale, avec des risques de dumping social, de distorsion de concurrence. Je pense ici notamment à la directive sur le détachement de travailleurs.

Nous avons supprimé les frontières internes et créé un espace de la libre circulation sans mettre en place le contrôle suffisant des frontières extérieures communes, ce qui met l'existence de cet espace de libre circulation en question.

Nous sommes allés trop loin pour ne pas aller plus loin ensemble.

Ce que nous avons mis en commun, en particulier la monnaie pour ceux qui ont fait le choix de l'euro, est trop essentiel pour que nous n'approfondissions pas davantage notre intégration économique et sociale mais aussi notre union politique et démocratique.

Et nous devrons aller plus loin à l'avenir dans d'autres domaines encore.

Je pense notamment à la question de la sécurité. Nous sommes le continent entouré des plus importantes crises internationales, et personne ne s'occupera de notre sécurité à notre place. Nous appartenons bien sûr à l'OTAN. Mais cela ne suffit pas. Nous devons nous doter d'une véritable politique étrangère commune et d'une politique de défense commune.


IV - Maintenir la cohésion de l'Europe en traçant un chemin de croissance, plus fort et plus soutenable.

Au-delà de la crise des réfugiés, nous ne réussirons pas à maintenir la cohésion de l'Europe sans agir sur la question principale pour nos concitoyens : l'emploi, et donc le soutien à la croissance, à l'investissement, à l'innovation, l'achèvement du marché intérieur, la construction d'une véritable Union de l'énergie et de l'Europe numérique.

La reprise est là, grâce notamment à la politique monétaire volontariste de la BCE, à la baisse du cours de l'euro, à la baisse du prix du pétrole, mais aussi grâce aux réformes structurelles. Vous avez fait ces reformes il y a au moins dix ans. En France, nous les faisons maintenant.

Mais la reprise reste trop fragile.

Nous sommes en retard en termes d'investissement vis-à-vis des États-Unis, mais aussi par rapport au niveau d'avant la crise.

Nous avons besoin de beaucoup plus d'investissements. Le plan Juncker doit monter en puissance.

Avec l'Allemagne, nous pouvons présenter des projets en commun, notamment dans le domaine de l'énergie et du numérique. Le Sommet franco-allemand sur le numérique à Paris du 27 octobre dernier a lancé un signal important.


La France et l'Allemagne doivent donc, c'est notre responsabilité, avancer ensemble sur tous ces sujets - euro, Schengen, sécurité et défense, marché intérieur et croissance - car même si nos propositions communes ne suffisent pas pour trouver un compromis à 28, elles sont la condition indispensable à tout accord et à toute évolution.

Solidarité, crédibilité, responsabilité : ce sont les trois axes de la politique que nous devons promouvoir.

Ich danke Ihnen für Ihre Aufmerksamkeit (Je vous remercie de votre attention).


Source http://www.diplomatie.gouv.fr, le 23 décembre 2015

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