Déclaration de M. Jean-Marc Todeschini, secrétaire d'Etat aux anciens combattants et à la mémoire, sur un ancien camp d'internement de familles tsiganes pendant la Deuxième Guerre mondiale, à Jargeau le 15 décembre 2015. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de M. Jean-Marc Todeschini, secrétaire d'Etat aux anciens combattants et à la mémoire, sur un ancien camp d'internement de familles tsiganes pendant la Deuxième Guerre mondiale, à Jargeau le 15 décembre 2015.

Personnalité, fonction : TODESCHINI Jean-Marc.

FRANCE. Secrétaire d'Etat aux anciens combattants et à la mémoire

Circonstances : Cérémonie sur l'ancien camp du Jargeau (Loiret), le 15 décembre 2015

ti :


Monsieur le Préfet,
Mesdames et messieurs les parlementaires,
Monsieur le député-maire d'Orléans,
Monsieur le maire de Jargeau,
Mesdames et messieurs les élus,
Madame le Recteur d'Académie,
Madame la Présidente du Cercil-Musée mémorial des enfants du Vel d'Hiv,
Monsieur le Président de l'Union Française des Associations Tsiganes,
Madame la Directrice du Cercil-Musée mémorial des enfants du Vel d'Hiv,
Monsieur le Principal du collège Le Clos Ferbois,
Mesdames et messieurs les anciens internés du Jargeau,
Chers élèves ici présents,
Mesdames et messieurs,


Nous sommes réunis aujourd'hui en un lieu de vie, d'éveil et d'enseignement. Ici, au collège Le Clos Ferbois, les élèves apprennent à devenir des citoyens éclairés.

Ce lieu de vie est aussi un lieu de mémoire. Mémoire douloureuse. Mémoire d'une terre hier camp d'internement pour des milliers de familles tsiganes.

Ils furent plus de 1 200 tsiganes internés ici : des hommes, des femmes, des enfants (ils furent 700) dont beaucoup sont morts alors qu'ils n'avaient que quelques jours. Mais aussi près de 300 prostituées, des étrangers que l'on appelait « indésirables » et des internés politiques.

Le camp est construit dès 1939 : les familles de la région parisienne s'y réfugient. La défaite de 1940 et l'arrivée de la Wehrmacht provoquent leur départ.

Les Allemands y installent alors 900 prisonniers de guerre français.

Le 26 octobre 1940, les autorités françaises reçoivent des Allemands l'ordre d'arrêter tous les nomades du département du Loiret puis d'organiser leur internement à partir de 1941.

Un ordre qui suscite peu de résistance, tant les populations nomades sont victimes de méfiance, de préjugés et de racisme. « Le fait que les nomades gênent suffit souvent, et souvent exclusivement, à justifier leur internement », raconte Jean Richard, arrêté avec sa famille à l'âge de 12 ans.

Des comportements qui expliquent en partie pourquoi les tsiganes restent enfermés dans les camps une fois la guerre finie. Des comportements qui trouvent encore un écho dans la société d'aujourd'hui.

Jusqu'en décembre 1945, alors que la guerre est terminée depuis plusieurs mois, les familles tsiganes restent entassées dans le camp du Jargeau. Certains, comme la jeune Rosa, âgée de 9 ans, y sont enfermés pendant plus de 4 années.

Le 70e anniversaire de la libération du territoire et de la victoire sur le nazisme a été tout au long de l'année l'occasion d'un hommage sans précédent à tous les héros et victimes de la guerre : aux combattants, aux résistants, aux déportés, aux Justes parmi les nations, aux internés, aux victimes civiles.

Ma présence sur cet ancien camp aujourd'hui est mon dernier geste de ce cycle du 70e.

Temps fort du cycle commémoratif, la cérémonie du 26 avril sur l'ancien camp du Struthof a été l'occasion pour le président de la République de saluer la mémoire des tsiganes :

«Au Struthof, des déportés Roms tsiganes sont morts parce qu'ils étaient Roms tsiganes […] Et rien ne rappelait leur martyr. L'oubli est aujourd'hui réparé »,déclara-t-il en dévoilant une plaque.

Désormais vit au Struthof la mémoire des tsiganes morts dans les camps nazis comme vit ici, à Jargeau, la mémoire des nomades français internés sur le sol de France.

Des Français qui avaient déjà témoigné de leur attachement à leur pays en participant à la Première Guerre mondiale ou encore à la campagne de France en 1940.

Et je veux lire à travers cette plaque devant laquelle nous nous trouvons, l'histoire et les itinéraires individuels de tous les tsiganes internés dans les camps français :

à Arc-et-Senan, à Fort-Barraux, à Saliers, à Mérignac, à Rivesaltes où les familles d'Alsace-Lorraine sont envoyées dès 1940, à Gurs, à Poitiers, à Montreuil-Bellay dont les quelques ruines appellent le passant au souvenir, et partout ailleurs.

Je veux y lire plus largement le destin brisé des plus de 250 000 tsiganes d'Europe exterminés pendant la Seconde Guerre mondiale.

Cette plaque, posée en 1991, est un modeste témoignage des souffrances que ces familles ont endurées ici, sur le sol de France.

Souffrances malheureusement trop longtemps oubliées mais dont les quelques souvenirs sont précieusement collectés, gardés et entretenus par le Centre d'études et de recherches sur les camps d'internement de Pithiviers, Beaune-la-Rolande et Jargeau et la déportation juive.

Depuis 1991, le Cercil-Musée mémorial des enfants du Vel d'Hiv s'attache à raconter et entretenir l'histoire des 21 000 personnes internés dans trois camps : ici à Jargeau mais aussi à Beaune-la-Rolande et Pithiviers où 4 400 enfants juifs ont été enfermés, avant d'être déportés et assassinés à Auschwitz.

Avec ses fonds documentaires et ses nombreuses ressources, il encourage les jeunes chercheurs, amateurs d'histoire ou descendants de familles internées à approfondir l'histoire de ces femmes et de ces hommes et à réfléchir sur l'actualité de notre histoire.

Le Cercil s'attache aussi à recueillir des témoignages, qui sont autant de portes ouvertes sur l'histoire de ces familles et de la Nation à laquelle nous appartenons tous. Histoire qui s'est construite aussi durant la Grande Guerre et à qui le Cercil, véritable acteur d'une mise en réseau de nos mémoires, consacre régulièrement une partie de sa programmation.

Enfin, le Cercil s'est engagé ces dernières années dans une véritable démarche pédagogique en mettant en place de nouveaux outils et en organisant des visites scolaires. C'est une manière de répondre au défi que représente la transmission de cette mémoire à nos enfants et je remercie l'ensemble des élèves qui m'accompagnent depuis ce matin.

Je suis fier que le ministère de la Défense continue de soutenir et de nouer des liens avec un partenaire aussi engagé et fidèle que l'est le Cercil. Je veux tout particulièrement saluer et remercier sa présidente, Hélène Mouchard-Zay, sa directrice, Nathalie Grenon et l'ensemble de leurs équipes.

Mesdames et messieurs, je ne peux terminer sans dire mon émotion de venir ici, sur ces terres du Loiret, celles de Jean Zay, à qui un hommage exceptionnel a été rendu le 27 mai dernier au Panthéon.

Jean Zay dont les valeurs, l'engagement, les convictions et le courage politique ont suscité les haines dont le gouvernement de Vichy avait fait son moteur.

Jean Zay, si attaché à sa terre natale, dont le destin fut brisé parce qu'il incarnait ce que la République a de plus noble.

Jean Zay enfin dont l'enseignement, en ces temps difficiles, doit aujourd'hui continuer de nous inspirer lorsqu'il déclarait que notre devoir est de « donner à la jeunesse assez de doctrine offensive, assez de convictions intangibles, assez d'impératifs, assez d'armes pour affronter les dangers d'une époque, pour défendre par tous les moyens l'héritage de nos libertés ».

Je vous remercie.


Source http://www.defense.gouv.fr, le 23 décembre 2015

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