Déclaration de M. Jean-Marc Todeschini, secrétaire d'Etat aux anciens combattants et à la mémoire, sur les tracts et papillons clandestins de la Résistance, à Paris le 16 décembre 2015. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de M. Jean-Marc Todeschini, secrétaire d'Etat aux anciens combattants et à la mémoire, sur les tracts et papillons clandestins de la Résistance, à Paris le 16 décembre 2015.

Personnalité, fonction : TODESCHINI Jean-Marc.

FRANCE. Secrétaire d'Etat aux anciens combattants et à la mémoire

Circonstances : Soirée « Tracts et papillons clandestins de la Résistance », à Paris le 16 décembre 2015

ti :
Madame la Sénatrice,
Monsieur le Directeur général des Fondations Edmond Rothschild,
Monsieur le Directeur, représentant le président directeur général de la SNCF,
Madame la Directrice de la mémoire, du patrimoine et des archives,
Madame Pierrette Turlais et monsieur Laurent Douzou qui avez parlé avec passion de ce beau projet,
Mesdames et messieurs les présidents et représentants des fondations de mémoire et des associations d'anciens combattants,
Mesdames et messieurs,


Depuis quelques années, à l'occasion du 70e anniversaire de la Seconde Guerre mondiale, nous revivons l'histoire d'un conflit qui a profondément marqué notre pays et notre société. Nous ravivons ses mémoires.

Aujourd'hui, en cette fin du cycle commémoratif, c'est une porte inédite par laquelle cette page d'histoire se dévoile. Celle des tracts et papillons écrits et diffusés sous l'Occupation.

Des tracts et papillons rédigés dans l'urgence, dans la clandestinité, voués à l'éphémère.

Et pourtant, des rescapés de la mémoire précieusement conservés jusqu'alors à la Réserve des livres rares de la Bibliothèque nationale de France.

Un petit bout de papier gribouillé à la main qui appelle à la mobilisation un 11 novembre 1940 ; un manuscrit écrit entre les quatre murs d'une prison qui n'ont jamais freiné l'esprit de Résistance ; un dessin qui condamne, en caricaturant, l'Occupant.

Derrière chacun d'eux un auteur, souvent anonyme, un itinéraire singulier, un destin qui a rencontré celui de la France.

Des milliers de papiers clandestins ont ainsi circulé pendant la guerre. Autant de preuves du courage et de l'audace de celles et ceux qui, refusant la soumission, au nom d'une idéologie ou d'un idéal, firent un choix.

Un choix qui engageait leur propre vie. Celui de la Résistance.

« Ce n'était pas vraiment un choix », me confiait récemment Louis Cortot, engagé à 15 ans. « Nous n'avions pas le choix. C'était la Résistance ou la mort ».

Aujourd'hui, 70 ans après, ces milliers de tracts et papillons sont autant de témoignages d'une époque dont les derniers survivants nourrissent encore l'histoire et le récit.

Papiers trop longtemps oubliés, ils révèlent le sens même de la Résistance. Ils en incarnent l'esprit : choisir son destin, celui de son pays ; écrire pour survivre comme d'autres ont eu à écrire pour survivre au lendemain de la guerre, hantés par l'expérience de la mort qu'ils avaient côtoyée de près.

Je pense à des hommes comme Jorge Semprun et son ouvrage « L'écriture ou la vie ».

Je pense aussi à toutes celles et tous ceux dont les parcours de vie et les destins vont inspirer, en cette année scolaire 2015-2016, les participants au Concours National de la Résistance et de la Déportation invités à réfléchir à l'acte de résistance par l'art et la littérature.

La préservation et la valorisation de ces documents inédits est d'abord la survie de la mémoire de celles et ceux à qui nous les devons.

Je remercie très sincèrement madame Pierrette Turlais des Editions Artulis pour cette magnifique initiative et monsieur Laurent Douzou pour ses textes qui nous permettent d'appréhender les tracts reproduits dans l'ouvrage.

Je remercie également les partenaires du projet : les fondations Edmond Rothschild bien sûr mais aussi la SNCF et la sénatrice Corinne Bouchoux.

Je suis très fier que le ministère de la Défense ait contribué à ce projet car il répond parfaitement à nos ambitions : faire vivre notre mémoire dans sa pluralité, valoriser notre patrimoine et proposer un outil accessible à tous.

C'est pourquoi il était important que cette initiative trouve un relais numérique à travers la mise en ligne d'un site internet. C'est une manière d'inscrire « sur la toile » les traces des récits individuels à travers les tracts et papillons de la Résistance.

C'est un vecteur essentiel de la mémoire pour le grand public, notamment pour les plus jeunes d'entre nous.

Les deux dernières années témoignent combien le numérique a renouvelé notre approche de la mémoire et la manière dont nous la vivons au quotidien.

Aujourd'hui, grâce au web, le souvenir des conflits contemporains a l'assurance d'être préservé comme le centenaire de la Grande Guerre en a magnifiquement fait la démonstration.

Depuis que je suis entré en fonction, j'ai pris le temps d'échanger avec des jeunes. Beaucoup d'entre eux utilisent Internet comme un accès à l'histoire et à la mémoire.

Des centaines de sites et de ressources sont à leur disposition.

Ce foisonnement interroge aussi la mémoire en même temps que la pertinence des informations diffusées. Et il est de notre devoir d'apprendre à nos enfants à être vigilants et à développer leur esprit critique, notamment en leur donnant les clefs pour accéder à des sources primaires.

La découverte de l'histoire via les outils numériques doit aussi s'accompagner pour les élèves d'une démarche mémorielle plurielle : échanger avec les anciens, acteurs et témoins de notre histoire, se rendre sur les lieux de mémoire, questionner les professeurs.

Parce que la mémoire est une source inépuisable de création, elle nécessite de renouveler ses outils et ses pratiques.

Voilà ce à quoi nous assistons aujourd'hui : un magnifique renouvellement de la mémoire, de son objet, de ses outils et de sa pratique.


Je vous remercie.


Source http://www.defense.gouv.fr, le 23 décembre 2015

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